L'Epouvante

Artsybachev · Chapitre 3 sur 9

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L'Epouvante

Chapitre III

— Qu’allons-nous faire d’elle ? ! murmura avec désespoir coléreux, le juge d’instruction.

On entendait déjà les bruits lointains du village qui s’éveillait. Sous la fenêtre même trois fois un coq avait vigoureusement chanté.

— Ah !... â... â... â... !! hurla Nina ayant réussi à arracher de sur sa bouche la main qui la bâillonnait.

Le visage du commissaire prit une expression de terrible colère bestiale ; avec une force impitoyable, il saisit Nina à la gorge, serra, serra encore, jusqu’à ce que la bave sanguinolente collât sur ses doigts. Une seconde les yeux du bourreau et de la victime se rencontrèrent en un regard effroyablement inhumain.

— Crie donc !... hurle donc, maintenant ! mâchonna triomphalement l’homme, entre ses dents.

 

III.

 

C’était une claire matinée ensoleillée. Près des maisons, dans l’ombre, s’allongeaient encore de larges bandes humides, mais là où tombaient les rayons de soleil, les petites flaques gelées semblaient d’argent et d’or les brins de paille éparpillés sur la route.

Dans la cour de l’école, vide, se détachait, sur la terre boueuse, le sillon régulier des roues d’une voiture. Dans la « chambre des fonctionnaires » tous les meubles étaient bousculés, sauf le grand canapé barrant soigneusement la porte ; des bouteilles vides jonchaient le parquet ; sur la table, des verres sales côtoyaient des assiettes contenant des cendres de cigares mouillées et des bouts de cigarettes mâchurées. Derrière la porte, dans la chambre de Nina, tout était calme, silencieux ; les persiennes closes hermétiquement gardaient jalousement le secret.

Jusqu’à onze heures, écoliers et écolières, massés près du perron, jouèrent et se battirent insoucieusement, comme une bande de moineaux. Puis régna subitement un silence inquiet et impressionnant. Quelqu’un courut le long de la route, annonçant la terrible nouvelle, ameutant tout le village. De tous côtés des gens se précipitèrent vers l’école, effarés et criants, parmi eux le vieux Iswolguine, le maire et le brigadier de gendarmerie. On ouvrit la porte et la chambre à jamais silencieuse se trouva tout à coup envahie par des gens aux yeux agrandis par l’épouvante et la curiosité. Sans nul doute possible, tout avait été là rangé en hâte et maladroitement — les meubles trop alignés, le lit refait, les vêtements de Nina plies avec un soin exagéré. L’atmosphère de la pièce gardait une odeur indéfinissable, suffocante.