L'Epouvante

Artsybachev · Chapitre 4 sur 9

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L'Epouvante

Chapitre IV

Le corps de Nina, en chemise toute propre, aux plis non encore effacés, se balançait dans un coin, pendu au porte manteau, débarrassé de tous les effets. Les petites mains frêles, déjà marbrées, pendaient impuissantes le long du corps ; les jambes gainées dans les bas noirs aux jarretières bleues, s’étaient anormalement allongées et la tête rejetée en arrière, énorme, enflée, les yeux vitreux, la langue noire dépassant les lèvres gluantes de bave sanguinolente, gardait une expression d’épouvante et de surhumaine souffrance.

Le vieux Iswolguine hurlait sauvagement, des gens criaient, menaçaient ; près du perron la foule massée, grondait. L’effroi, l’indignation surexcitaient les cerveaux, où germait, grandissait rapidement l’idée furieuse de la vengeance.

 

IV.

 

Le commissaire, le juge d’instruction et le docteur revinrent le lendemain soir, non pas ensemble, mais séparément. Malgré le crépuscule tombant, il faisait encore clair. De la mairie, ils se rendirent à l’école, gardée par deux gardes champêtres aux plaques reluisantes. Les autorités gravirent le perron. Le docteur grand et gros respirait pesamment, agitait ses doigts nerveusement. Le commissaire maigre marchait en avant, son visage était dur, résolu, plein d’assurance. Le juge d’instruction se tenait à l’écart, indifférent en apparence, mais son cou très blanc convulsivement rentrait dans ses épaules.

Le commissaire entra le premier dans la chambre, s’approcha résolument et froidement du corps de Nina, dissimulé sous un drap. Un instant il fixa le cadavre, puis se détourna et sourdement commanda, sèchement.