Les Affres d'un défi
Début du texte
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 7 parties.
Les idolâtres respirent par une trompette glorificatrice vissée à leur anus et trimbalent un encensoir accroché à leur roupette / vivat gloria la mère des putes à molles mamelles blettes suspendues battant la démesure arythmique en contrepoids jusqu’aux genoux l’étouffoir d’une masse de chair où sueur et poussière aménagent des glissements automatiques sur coussins lubrifiés / plus de temps à perdre dans la viscosité bitumeuse / en contrepartie la poussière de chaux s’élevant en un tournoiement de fumée blanche / les incursions de Zofer et de Saintil à l’intérieur des cimetières / cercueils fendus / les zombis gémissent oui ouan dans les marécages / des accapareurs de terres arrosées douze mois sur douze / voleurs de femmes / voleurs d’âmes / voleurs d’eau / l’amour de Sultana pour Clodonis prend feu / Zofer a des soupçons / Saintil continue d’introduire des pintadines dans le gallodrome.
Jumelage de la vie et de la mort. La lune porte les cicatrices de la variole. / Rien ne traduit mieux le désir de vengeance que l’envie de renverser une tasse de café amer sur la table de l’ennemi. / Lèvres serrées. Mâchoires crispées. Le feu se prépare. / Le coq du voisin a reçu deux coups de pattes successifs. / Les fardeaux pesants nous disloquent les hanches. / Zofer a assailli les zombis de coups de fouet. Les pierres saignent.
Clappement de langue mettant feu aux poutrelles entre lesquelles bourgeonne un bouton de clitoris préludant la contrecharge sur la patinoire en plein cirage ; et la musique de fond filtrée par un transistor Juliette à deux bandes se mêle au souffle rauque du gymnaste épuisé, éliminé avec un demi-point sur dix, bousillé par les rotations les pointes et les saccades du vilebrequin besognant à cinq cents tours à la minute ; et les geôliers jaloux se sont alliés aux impuissants sexuels pour construire des prisons avec vue sur la mer, orchestrant la symphonie des moustiques, côté champ de tir terrain d’exécution pour un requiem sans titre et sans gloire ; des tournesols fleurissent anonymes sur cette vaste étendue de terre maudite remuée pour la mort ; et file en douceur un voilier langoureux sur la mer étalée telle une terrasse dans la baie. Tout près de l’abattoir, des cochons détalent la queue en tire-bouchon, effrayés par les détonations meurtrières, tandis qu’un gamin fait pirouetter son cerf-volant dans le vent du soir. Quelques semaines plus tard, le sol ensanglanté s’affadit, délavé par la pluie… Mais qui donc aura parlé du voyage sans retour de tant de chevaliers aux yeux bardés de rêves et de lunes féeriques ?
L’amour lève l’ancre. Retenons notre souffle pour ne pas sombrer dans les abysses de la mort. Gaston s’enfonce dans un corridor ; il enjambe une à une plusieurs flaques de boue. Débraguettement du cyclone.
Nous avons avalé une cathédrale de mots vifs insérés dans des rêves antiques ; et tant de paroles étouffées nous font mal au ventre, tandis que couve l’espoir à fleur de peau. Les clignotements de la parole devraient nous rendre conscients de notre affreux bégaiement et de la nécessité immédiate d’ajuster un nouveau langage à l’impatience de nos désirs, sans cavaler vers les régions vertigineuses de la solitude et du délire. Ô miracle du verbe s’incarnant dans l’écho de nos douleurs et de nos joies !
Le cyclone se propage. La tempête dévaste le fond de notre âme en détresse. Massacre. Nous traversons le fleuve en crue. Souplesse des racines de l’eau sous nos pieds pourris de pian. La lune saigne dans le tremblement de l’eau et la transpiration de la pierre. La lumière nous déchire les entrailles avec la puissance d’une aile de squale. Arrimage de cris vifs sur le dallage de la nuit où nos voix harcèlent les rapaces aux nerfs d’accordéon. Dans notre chute, nous approfondissons la cruauté du vent et la gravité de nos blessures. Perchés sur des nuages à vocation de coursier, nous jouons à cache-cache avec la lune moins âgée que notre ombre. Rêve impair se prolongeant hors de nous dans la fertilité du hasard et la patience du porte-à-porte. Voyageant sans cesse, nous vérifions nos goûts dans la variabilité des passions et l’intérimat d’un amour à destin fugace.
Tant d’inquiétude dans le recyclage de nos sentiments quand le cœur enclenche la vitesse supérieure de l’émotion. L’apocalypse s’approvisionne déjà à la source des mensonges et des crimes gratuits, au point que les paysages révélés ne sauraient nier la fête sanglante ni l’éclat de la vengeance future intarissable. Sous le découpage des questions-pièges se dessine le cancer muet des squelettes à dentelles. Toute l’intelligence du jeu réside dans la destruction opportune des pièces de l’échiquier.
Le faîtage de la maison a brûlé ; un pan de ciel nous sert de lieu de toiture. Nos ennemis ont répandu des pelotes de poil à gratter dans la cour où nous vivons ; ils ont ensuite semé du poivre dans l’arène. Nos enfants ont hurlé à tue-tête ; ils en ont la voix toute rauque. À peine sortis des limbes de la nuit, prenons garde que la lumière ne nous dévore les yeux. L’espoir se perd et se retrouve dans la molle nudité du sable qui s’étend jusqu’aux portes du désert où le désir s’embrase dans l’imaginaire.
Une brindille d’allumette pour mettre le feu aux muselières et aux barbouquettes. Nous crachons d’innombrables paroles, soulageant notre poitrine d’un grand poids. Desserrement de l’étau. Grondement des ténèbres en crue. Nous anticipons sur les démarches tourbillonnaires de l’aube. La bobèche de la lampe s’est inclinée. Divulgation des secrets. La vie et la mort complices des orgies guerrières. Les mains nouées dans le même acte de sorcellerie princière, enfermés dans le même hounfor, nous transpirons un mélange de sueur et de sang. Miroitements de tessons dans l’eau stagnante. Pierres lisses à la naissance des hautes sources. Le moulin des eaux nerveuses tourne jusqu’aux frontières gloutonnes de l’embouchure ; et les squales, déchirant la mer de leur scie menaçante, se lancent à nos trousses. Glissements, plongées, tours et détours, brasses et jeux de pieds. Le temps bruit. Faux mouvement de corps en guenilles sous la texture malingre de l’automne. Nous apprenons le métier de vivre en marchant à tâtons sur une corde tendue dans le vide, le cœur en équilibre sur la tête, une lampe nue dans nos mains tremblantes.
Ruse de matou maquillant la bouche du canon de bronze en trou de voix éteinte. L’hydrocèle s’enfle, se dilate à la limite du vide à combler, un lieu d’abîme et de pesanteur incommensurable où des corps difformes s’agitent dans un lourd sac de clous. Boitillement grotesque des zombis marchant et zigzaguant dans un vallon, suivis d’une affreuse bande de coupeurs de langues gesticulant dans un espace hérissé de lames tranchantes. La machine broyeuse d’os est mise en marche. Les bougonnements des condamnés font place au silence dans un crépuscule embrumé par les premières poussières de la nuit, tandis qu’un lecteur à cagoule lit la sentence à la lueur d’une chandelle. Puis, à la décharge fatale, un frémissement d’étoiles envahit le champ de tir en même temps que brillent des éclairs dans les yeux terrifiés du plus jeune des condamnés debout face à la mort.
Arrimage de cadavres ensanglantés suivant deux rangées. Ensuite, les bourreaux jettent les corps des zombis au milieu d’un brasier dévorant. L’incendie se propage à travers un immense champ de riz. Rage et torsion des jets de flammes. Des nuages de fumée aux reflets chatoyants lèchent le ventre de la lune ; un idiot joufflu suce son index, la tête levée vers le ciel. Des spectateurs affolés parlent simultanément en hurlant dans une totale confusion ; nous leur tournons le dos. Jouissant de leur puissance nocturne, les vlingbinding projettent de nous capturer à la corde. Jusque-là, nous avons su éviter les pièges grossiers et déjouer toutes les machinations. Depuis longtemps, nous apprenons à délier les nœuds qui nous serrent la gorge, à dénouer les lianes et les cordages qui nous immobilisent dans un lieu de fange et de pestilence, la tête à contreface, les yeux révulsés par les terreurs d’un jeu sans condition où il n’est jamais possible de reprendre souffle.
Nous œuvrons à toutes les saisons. D’avoir marché nuit et jour, sous le soleil, sous la pluie, nous avons la peau tannée, les talons racornis, les chevilles tuméfiées, les jambes engourdies, l’estomac ravagé par les griffes de la faim. Les jours passent, notre mal demeure (à peau lunaire). Nous nous baignons dans une infusion de feuilles vertes ; nous nous humectons le bout de la langue ; nous nous gargarisons d’eau fraîche au point d’or de la source, dans l’espoir d’une guérison. Le jour, nous parlons à voix basse. En présence de nos ennemis, nous communiquons discrètement par l’ambiguïté et le silence de nombreux vêvês indéchiffrables, nous chuchotons au creux de l’oreille, nous murmurons nos vérités secrètes d’une voix rauque et inintelligible. Pour chasser les malfinis et les fresaies de notre demeure, nous lançons des grains de sel sur le toit et nous disposons un balai, le manche renversé, derrière la porte de sortie. Ah ! Quels gestes de folie n’aurons-nous pas esquissés en cette nuit de peur ?
Le neuvième combat démarre sur un rythme époustouflant de coups d’éperon aux flancs déverrouillés de deux coqs au plumage ébouriffé. Hurlements et chaleur. Un amateur excité enlève sa chemise et ses chaussures ; puis il les lance au milieu de l’arène. Piétinement, boutons arrachés, affolement dans un coin où l’air se raréfie ; où l’atmosphère devient irrespirable. Une pintadine sautille, agressive, et plante ses ergots dans la gorge d’un coq déplumé. Charivari. Huées et vacarme. Jets de bouteilles et de pierres. Interruption du neuvième combat.
Frisson soudain sous les blessures du regard. Couteau, poignard, flèche empoisonnée et boomerang. L’apocalypse quand s’éveille par un désir de nuages explosifs l’insatiable cupidité d’un essaim rapace humant à toutes narines l’odeur rythmique des aubes tropicales délaissant les corps décrépits et les sexes décatis dans les lits vides où nous éprouvons de temps en temps des douleurs articulaires. La fièvre saisonnière nous irrite les lèvres et la peau. Dehors, notre cheval impatient ne cesse de hennir en tournant autour du poteau d’attache, tandis que persistent les jappements des chiens au bout du village. Derrière nous, l’essoufflement d’un amour têtu. Par-delà l’étang, un glapissement de voix. Là-haut s’étirent des filaments de nuages.
Chaque fois que nous regardons la mer, nous pensons au pouvoir du sel. À suivre des yeux le déploiement des oiseaux migrateurs en plein vol, notre cœur se resserre nostalgique. Pourrissement du bois. Les feuilles se défraîchissent. Les fleurs se fanent sur les branches. Les mangues surissent. Les racines des arbres se dessèchent. Malédictions et sortilèges. Une énigme née de la rencontre de la foudre et du vent couve dans l’encouleuvrement des nuages nouant de folles alliances entre l’eau et les ténèbres.
Notre sommeil est entrecoupé de visions macabres. Nous hurlons en proie à des cauchemars. À notre réveil, nous prenons des purges amères. Faux espoirs. Poignards rouillés. Chair gangrenée. Défilé de séquences carnavalesques. Nous avalons l’huile âcre de l’échec. Poison foudroyant tétanisant nos muscles. Perforation des intestins. Les zombis se dirigent lentement du côté des ombres ; ils s’en vont lourdement, bercés par la sourde et molle musique de leur âme à demi éteinte. Les étoiles toussent dans l’eau grise du temps. Les branches de la lampe frissonnent. Nous recensons les fenêtres ouvertes et les têtes coupées quand s’épuise le silence.
Zofer trancha la tête d’un zombi qui s’était baissé pour ramasser une feuille sèche. Langue crachée hors de la bouche. Une voix inconnue prolifère dans nos artères et transforme notre corps en un lieu de mystères.
Aussitôt que l’amour aura crié notre nom, notre cœur s’échappera de nos mains, réveillant toute sève endormie dans les profondeurs de l’arbre. Préfiguration de clartés durables, des coquilles d’astres se brisent dans la dérive infinie des abîmes, et de violentes lumières propagent leur cancer de feu à travers les entrailles de la nuit. Ivresse de corps blessés à vif d’ombre. Bleuissement de cadavres parés d’une aura de mouches voraces. Les feuilles de l’arbre tantôt jaunissent, tantôt reverdissent sous les baguettes des pluies mêlées de soleil pâle. L’opacité du temps ajourne la moisson des fruits transparents et contrarie nos espoirs de fleurs vives.
Nos larmes surissent dans le miroir balafré multipliant nos grimaces. Rires tarés et sources taries. Nous percevons les grincements métalliques du soleil qui roule en roue libre sur un essieu de nuages rouillés. Puis, l’après-midi éclate dans l’amphithéâtre de l’île avec une soudaine turbulence et des éclaboussures de voix agressives. Explosion de lumière à la cime des montagnes. Nous recherchons notre ombre, les paupières dévorées par les dents du soleil, la chair grillée par des tenailles rougies au feu. Des mouches repues, les ailes repliées, somnolent, agglutinées sur une masse compacte de charognes. Copeaux de chair vive. Femme aux fesses d’assôtor. Forêt nocturne où des bêtes échevelées s’entre-déchirent dans le feu de la débauche. Intestins tailladés jetés à des chiens affamés. Dégoupillage des viscères. Toutes les paroles d’amertume se consument dans les flammes intérieures par un vœu d’alliance et un brûlant désir d’hygiène. Le dévoilement des secrets antiques mange l’espace du mystère.
Des vers de terre dévastent nos champs. Des bêtes voraces se nourrissent de boue, lèchent le pus verdâtre des cadavres en décomposition, fouillent au creux des nombrils putréfiés, sucent le crachat des morts. Sombre prélart de la nuit exhalant une odeur de cimetière. Nous nous bouchons les narines. Les fossoyeurs se recueillent à genoux, humant la senteur des tombeaux ouverts. Nous chevauchons des cercueils, boumbas mouvants et frêles, roulis et tangage sur la mer démontée de coups d’éperon, avirons labourant les flancs de la cavale. Nous galopons beaucoup plus vite que les chevaux chauffés à la térébenthine. Fleurs mutilées sous la ruée des sabots. Clameurs d’animaux sauvages. Cris de femmes suppliciées. Effusion de sang. Nous agitons des branches d’arbres, dans l’espoir insensé que nos gestes détourneraient la sorcellerie des mangeurs d’enfants. Nuages noyés dans l’eau des flaques. Méfions-nous des paroles lancées par les charmeurs de serpents et les prestidigitateurs. Un volcan rugit dans le ventre des avaleurs de flammes.
Nos rêves s’envolent dans l’hémorragie crépusculaire vers un espace accablé d’oiseaux fous. Nous avons perdu la clef du voyage dans le lac nocturne. Comment sortir de l’asphyxie du sommeil et obtenir, à contre-tour des horloges brisées en pleine nuit, un éclatement d’aube dans un lâcher de lunes ? Comment pénétrer le secret de la marche subtile des lézards parmi les tessons des vieux murs ? Fausses pierreries jetées à pleines brassées dans la vapeur miroitante des déserts tristes de midi. Nous avons gaspillé notre temps à regarder les vieux serpents changer de peau, alors que de nouveaux astres s’allument aux épousailles du silence et de la nuit. Le châtreur rit, satisfait de son travail, euphorisé par le bruit de ses outils, couteaux, aiguilles, ciseaux et pinces, qui s’entrechoquent dans son sac. Et le vent, fou d’espace, continue sa course aveugle sur le sable des plages et les gradins des montagnes grises.
La cloche énigmatique en résonance avec le tourbillon des saisons dans le trébuchement des troupeaux en panique. Le rassemblement des eaux dévastatrices sous le pont de la nuit nous épouvante. La peur souveraine et insupportable dans le renversement de nos songes. Autant de menaces camouflées dans les pièges dragéifiés, les tourments, les haines, les démangeaisons de l’égoïsme, les irritations de l’or, jusqu’au massacre accablé de masques, où tant de douleurs passent par l’oubli infinitif, avant de se pétrifier, hors des écluses de la mémoire, sous la brume de l’âge mûr couleur de pluie. Triste silence aux mâchoires serrées. À l’ombre du crime, le témoin ne parlera pas. Et les hounsis ne chanteront plus pour rythmer la danse de la mort.
Pourritures aux commissures de nos lèvres. La douleur lance ses javelots ; agressive, elle investit les forteresses intérieures : elle nous brasse les tripes et les méninges. Mourir de déraison. Toutes les portes se referment. Ils nous acculent dans un réduit obscur ceinturé de barbelés, nous ravalent au niveau des bêtes de somme, pour pouvoir nous livrer au néant. Métamorphose et zombification. Pourquoi tiennent-ils à nous marquer au fer rouge, alors que leur machine nous a déjà écrabouillé la chair et les os ? Pour que nous ne soyons point tentés de parler au futur, ils ne reculent ni devant la stérilisation, ni devant la castration. Qui pis est, ils persécutent notre progéniture, n’épargnant même pas les nouveau-nés agressés, dès leurs premiers cris, par des escadrilles de mouches, de moustiques, de cafards et de bigailles. En fond sonore, la musique agaçante des maringouins. Une armée de bêtes répugnantes fait l’éloge de la nuit. Prenons garde que le mal des zombis ne déteigne sur nos enfants !
Les chaînes, les anneaux de fer, les boulets et les tribarts pour ne pas bouger aux heures où la machine coupe les jarrets et les cuisses / le moulin vomit du sang noir / le cœur meuble descend vers l’embouchure, s’engouffre sous les vagues / nous nous remuons / nos racines s’entrelacent / l’encre des pieuvres nous aveugle / nous entendons venir de loin les chevaux sauvages de nos rêves assaisonnés de vitriol ; nous nous empressons de grimper d’inaccessibles montagnes de lumière. Nous chevauchons nu-corps un nuage géant, filant à vive allure dans un ailleurs féerique où l’on pêche à toute saison des poissons aux écailles de perle rose, où l’on piège des oiseaux au plumage d’or. Les mains ouvertes, nous cueillons des étoiles aux lueurs violacées. Bouillonnant d’ardeur et d’impatience, nous plongeons dans le lit de la Sirène où nous palpons son corps hybride. Fuite nocturne sous les couteaux des ombres. Course impossible où nous perdons le sens de nos élans. Hors de la piste, nous nous exerçons à traduire le silence mûrissant de la solitude et de l’échec.
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Remonter par les glissières du temps pur aux durs reflets de diamant / la fièvre anticipatrice / le fleuve charrie une kyrielle d’objets hétéroclites toutes sortes de débris / la mécanique détériorée / notre ombre triste / le vent draine d’insondables chiffres vers la mer / effondrement d’empire / dans le massacre des eaux bleues la contestation illusoire / dans l’arène Philogène a le visage crispé / tout un flux de mécontentements d’abord quelques bourdonnements ensuite des murmures puis des injures et enfin le scandale en feux croisés jusqu’à la brisure sanglante du miroir brûlé à la chaux vive / des souvenirs remodelés à nos goûts / nous ramassons les tessons éparpillés sur le sol / nous comptons les dents du monstre à la bouche mielleuse / ruse insurmontable terreur énigmatique des paroles entassées dans le mutisme des pierres / beaucoup de paris s’engagent tant que dure le dézafi / nous accordons nos douleurs aux battements de notre sang fouetté par les frétillements des papillons nocturnes affolés autour des lampes.
En proie au feu le faîtage craque laissant indifférente la femme assise sur des fesses valises pour un long séjour en enfer dans un appartement tapissé de flammes ramures en émergence lèvres crispées elle s’étiole dans l’inertie des vacances des culs cadenassés la prostration puis l’extase euphorique démolition de palissades / quelques filles se lamentent toutes nues dans des cages d’acier il leur pousse des oreilles d’âne une queue de singe une suite de gestes désespérés dans l’ombre / nos pensées s’embrument nous nous métamorphosons en bêtes difformes après l’écroulement de nos maisons la brutale crevaison du ciel il pleut à verse sur les charniers et se répercutent les accords plaqués hors des cérémonies crématoires / les tortionnaires se sont réveillés dans une ville déserte / les vampires ont sucé durant la longue nuit le sang de nos enfants / quand le soleil aura tiré la langue nous porterons nos rêves à bout de bras à travers les rues.
Grouillement dans la boue des marais oui ouan saison des avocats oui ouan saison des mangues oui ouan saison du maïs oui ouan saison du millet oui ouan saison de la canne à sucre oui ouan saison des captures à la corde oui ouan morte-saison oui ouan corps étendus dans un lit de barbelés oui ouan billets de banque essuie-cul oui ouan la défoucade éclitorisante oui ouan le chevrotement des voix au petit jour oui ouan la pluie la boue la poussière oui ouan le cycle de la faim oui ouan le calvaire et ses miracles oui ouan le calvaire et ses méandres oui ouan le calvaire et son vertige oui ouan le calvaire de l’attente oui ouan les poitrines enchaînées le cœur se vide oui ouan les mères se sont serré les entrailles l’éparpillement la solitude les larmes et dure le temps de lasigoâve pour que nos enfants n’oublient ni la légende des morts ni la douleur des vivants marqués par le deuil oui ouan oui ouan oui ouan.
Débordement du cancer en une apparition tardive en boucles et nœuds / la montagne d’ordures barre l’horizon / martèlement sur les terrains vagues où les immondices commencent à pourrir par suite de l’alternance de la pluie et du soleil / le vent souffle ; les vautours ouvrent leurs ailes ; les tourterelles s’envolent / bondissement et fuite d’un chat sauvage / ricanements de la lune au visage troué par la variole / une voix tonitruante énumère les viscères empilés derrière les étals des boucheries / une rangée d’étoiles suspendues aux fils de fer barbelés / poignards rouillés / trois cœurs crevés / dix-huit poumons déchiquetés / vingt cervelles écrabouillées / l’irrépressible violence de la dégringolade / nous avons rêvé de Tête-Sans-Corps ; nous tenons fermement nos couteaux par le manche.
Nous rassemblons nos connaissances guerrières dans les agitations du vent, tandis que s’entortillent nos amours au confluent des heures gonflées de nuits blanches. Les hululements des hiboux nous rappellent que l’arbre a perdu ses feuilles, ses fleurs, ses fruits et ses branches. Nous sommes condamnés à errer à travers des chemins tristes et à franchir des portes froides. À peine avions-nous fini de nous coiffer qu’ils nous ont décoiffés. Ils nous ont tiré les cheveux ; ils nous les ont arrachés. Les rues demeurent toutes sombres. Nous ne finirons pas de nous repeigner de sitôt. Et si nos os sont déjà broyés, pulvérisés, il n’y a aucun espoir qu’il nous reste encore une goutte de sang dans les veines.
Dans l’attente de l’aube, nous fumons sans arrêt. Âcreté de la langue naufragée dans le goudron du silence. À nos lèvres, le tabac plus amer que du fiel, l’eau exécrablement plus répugnante que la bave des pendus. Nous nous couchons tout seuls, recroquevillés sur un amas de pierres. De la stridence des cigales insomniaques, nous tirons de neuves leçons de patience et de courage. Perdus dans la forêt obscure, nous écoutons venir le vent. Seule la bourrasque nous ouvrira de nouvelles routes. Nous avons pris rendez-vous avec les animaux qui vivent au fond des bois. Turgescence des mamelles de la vache. Sur nos épaules se posent des libellules, des papillons. Dans nos mains dorment des anolis. Autour de nos jambes s’enroulent des serpents. Mais, le chemin s’obscurcit de plus en plus. Le ciel s’assombrit sous nos ongles. Brise-Roche. Brise-Fer. Brise-Montagne. Les ailes du malfini se replient. Nous nous mettons debout. Nous marchons sans relâche. Nous nous enfonçons dans les rivières où les anguilles s’enfuient avec souplesse. Atteignant le littoral, plongeant dans la mer, nageant sous l’eau, nous retrouvons les secrets des conques marines. Nous avons pris rendez-vous avec les animaux qui vivent dans les profondeurs aquatiques.
Mobilité des arbres dans le vent. Choc et clameur. Nous reconnaissons les couleurs du ciel sur nos ongles. Ils peuvent ériger les murailles les plus hautes : nos rêves enjambent tous les obstacles, franchissent toutes les distances, s’élèvent au-dessus des remparts. À chaque battement d’ailes, les femmes poussent des cris déchirants. Les rapaces et leurs ombres s’éloignent aussitôt. Revirement de voix. Qui sont les véritables auteurs du mal majeur ? Nous promenons notre langue dans tous les recoins de notre bouche. Pourquoi nos gencives saignent-elles ? Pourquoi nos dents surissent-elles ? En quoi serions-nous responsables du crime ? Nous ne sommes ni des instigateurs, ni des complices. Nous n’avons eu à préparer ni les armes, ni les appâts. Nous vivons au rancart, dans le dénuement le plus complet, sous un amoncellement de paille. Quand s’éteignent les lampes, à tâtons nous partons rechercher nos yeux morts en maudissant les dieux au corps inachevé.
Des grappes de fumée s’élèvent à l’autre versant de nos clôtures. Chaque jour, nos voisins mettent le pot au feu : et nous percevons le grésillement de la viande dans l’huile brûlante. Depuis longtemps, nous avons les tripes encordées de sept nœuds par la faim. Qui donc aurait participé à l’insolite festin ? Qui aurait délibérément massacré les enfants du voisinage pour ensuite se nourrir de leur chair ? Après maintes réflexions, nous nous souvenons quelque peu… Nous nous souvenons de l’aiguisage des rasoirs sur la meule, du cliquetis des poignards et des machettes, des relents de boucherie, des puanteurs de la mort. Nous arpentons les rues, les corridors, les ruelles, dans tous les sens. Un régiment de chiens squelettiques s’affrontent sur un monticule d’immondices.
Il pleut. Des entremêlements de tripes et de déchets descendent vers la mer. Paniers troués. Cuvettes crevées. Fils de fer rouillés. Retailles de tissus. Morceaux de haillons. Marmites cabossées. Pots de chambre sans fond. Cadavres de chiens. Pieds de chaises. Paillassons pourris. Semelles usées. Empeignes déchirées. Chapeaux racornis. Culs de bouteilles. Le lendemain, très tôt à l’aube, des spécialistes en bricolage, des ferblantiers, des fabricants de réchauds à charbon de bois, des vendeurs de mélimélocamelotes cherchent fiévreusement dans la masse incalculable d’objets hétéroclites échoués dans les ravins, dans les rigoles et sur les trottoirs. Des gosses en guenilles se chamaillent dans les égouts pour des fragments de tôle et des morceaux de carton dégringolant à la dérive dans l’eau boueuse. Culs de bouteilles, débris de verre, clous et tessons. De quelle côté penche la balance ?
Attirés par les saillies des fesses, le parfum des aisselles, la fente charnue, ils rampent en haletant sans se soucier de notre présence. Enivrés de sexe et d’or, ils sacrifient nos enfants aux pieds de leurs maîtresses dévêtues. Seins fragiles balayés par des cris de fauves. Ils oublient l’appartenance du sang bu dans les lits aveugles ; et ils nous persécutent impunément. Or, nous n’avons nulle intention d’aller ailleurs. Un brasier nous brûle la plante des pieds. Carnage au fond du cœur. Nous regardons un navire appareiller. Les panaches de fumée sur la mer nous attirent. À pas précipités, nous nous dirigeons vers le port, butant sur les arêtes des pierres. Nous réfléchissons un instant. Déchirures sous nos vêtements. Nous versons du sel pulvérisé sur nos jambes blessées. Puis, nous poursuivons jusqu’aux approches des grandes vagues échevelées venues de loin. En proie à la soif abrasive, nous avons la bouche sèche et la gorge en feu. Nous nous désaltérons dans des puits improvisés dans le sable. Vannant des cailloux, des gravats, des grains de poussière et des crachats d’étoiles sous la brillance laiteuse de la lune en partance, nous ne pouvons guère mesurer le poids de nos âges. Dehors et en nous déambulent des dragons et des fantômes menaçants. Or, nous n’avons nulle intention d’aller ailleurs, même si nous bâillons de faim, de peur et d’impatience.
Lointaine forêt en un débobinage de tripes de nerfs et de veines / dessus le sable de l’asphyxie le poison de l’ennui / entre les lianes l’égarement des oiseaux drogués soûlés de fleurs / une étrange odeur chatouille notre mémoire / présage de soleil bleuté d’ailes caraïbes / par une usure de vieille date nous bougeons lourdement avec nos chaînes nos maladies et nos hontes / la barbarie des orties l’orphelinat des ombres invertébrées sur les parois de la caverne le cinéma des joies imaginaires / le jour pâlit dans le labyrinthe où les corps exsangues mangent leur faible part de lumière pour la lecture impossible et l’indéchiffrable ambiguïté / nous savourons le nectar de nos folies dans les végétations terminales du miroir prophétique / aucune prémonition ne saurait nous ébranler à l’issue de tant de massacres alors que les zombis se recueillent à genoux devant le sacrificateur qui garde les yeux fermés en humant la fumée de l’encens.
L’araignée cousue d’or se fige à l’envers de sa toile de lumière tissant l’absence en un navire poudroyant de silence / dans l’été vif la révision des pluies mûres l’éparpillement de l’amour à manteau d’ombre / nous habitons nos paroles / hors des masques le travail patient des insectes / nous déchiffrons les signes de la forêt et le ballet des paysages sonores / chevaux sauvages mâchoires d’âne montagnes érodées savanes brûlées morues infectes / déluge / la saison des averses se prolonge par les voix barbaresques de la colère et du sang / moisissure et champignons arrachés des troncs morts / les champs de millet n’ont pas fleuri / le maïs n’a pas bourgeonné / le vent a conquis les montagnes les vallées les plaines et la mer / nous nous débarrassons de nos vieux vêtements en riant de la sorcière aux seins blets.
Dans le voisinage, les chiens hurlent à la mort. Comment offrir de l’eau et du clairin à des loas assoiffés de sang ? Le cercle est tracé dans l’arène pour un jeu difficile à débroussailler. Nous avons godillé en vain. Perles et cristaux de sueur sous nos aisselles. Des chevaux sauvages piaffent au fond de nous. Éparpillement de cendre. La poussière de nos rêves embrume notre vision. Pleine faim qui nous ramène vers les pôles des désirs sans voix. La lune est tiède sur nos paupières. Nous récupérons des souvenirs qui ne reviennent que la nuit lorsque les glaives de la solitude nous pénètrent jusqu’aux os. Au moment où le monstre idiot cherche une arme tranchante pour découper la chair utopique d’une proie fugace, l’instant n’est plus. Attentifs à l’espace dans lequel s’insère le temps, nous changeons sans cesse de place. Nos lèvres brûlées de fièvre projettent la terreur des mots, quand l’amour épuisé par des ombres vampires nous tourne le dos. L’équipage de la mort se met en branle. Éclosion de foudre. Le ciel se débonde. Les mâchoires du dragon grincent de quarante-quatre rangées de dents. Tours et détours pour l’accouplement dans les ténèbres. Danse et contredanse. Mais, sur quel pied devrions-nous danser à cet entrecroisement de routes ? Désormais nous n’accréditerons plus les fausses joies qui s’éventrent sur les crocs de la mémoire à vocation de suicide. Les dévoreurs d’âmes ont promis nos corps à leurs corbeaux, et nos sexes à leurs maîtresses.
Nous nous taisons, pendant que se dissolvent trois poignées de sel dans un chaudron d’eau bouillante. Le temps connaît le secret de nos silences et nous dévore. Nous n’espérons aucun miracle, sinon que la parole traverse le désert et retrouve le monde des vivants. Pierres des ruines à l’intérieur desquelles couvent nos douleurs. Bouche ouvrière d’ombres. Fourvoyés dans une forêt, nous cherchons nos racines dans la dispersion des orages et les fausses ellipses du serpent hors de la lumière. Loin de la source, le chemin respire mal par des poumons empoussiérés. Exercice d’oubli. Les zombis s’enlisent doucement dans la vacuité voluptueuse de l’impuissance ; et nous comptons les années qui s’effilochent sous nos doigts.
Le corps d’un zombi pendu à une traverse du péristyle se balance, et le faîtage craque. L’éclair et sa puissance attractive. Pillage et dévastation.
Ils ont déposé des objets maléfiques devant les portes de nos maisons ; ils ont versé de la poudre sympathique dans nos mets avec l’illusion de nous envoûter. Carmeleau et Philogène communiquent par des chuchotements dans un coin de l’arène, au moment où s’affrontent deux coqs de race dans un échange de coups violents aux salières. Vives clameurs. Jeu d’éperons oppressant soudain notre cœur.
Murmures de vivre et de mourir rassemblés inlassablement en un même lieu de pénombre où toutes les routes s’embrouillent à pleine distance de nos lèvres et de nos bras. Tout le poids du possible en un point de pause pour le retour ou pour la marche. Et le pouvoir de vaincre s’affirme dans l’affinement du regard et la tension du poing. Cassant le rythme des ténèbres, nous surprenons la nuit en son lit d’abîme et nous plongeons nos yeux dans la science des profondeurs, nos mains dans la lianerie des racines. Puis, nous nous lavons le visage dans l’eau du savoir, percevant déjà la musique approximative d’une aube lointaine. Et le feu s’apprête à délivrer le sang de sa froideur, libérant du même coup toute la machinerie des désirs pour une moisson de flammes.
Tant d’heures / revenir tenter l’ultime expérience / l’hébétude de Gédéon / la poitrine haletante / la maison délabrée / le jouet de la maladie / la duperie / un dernier geste de contrôle / le corps a perdu le sens de l’équilibre dans un espace contracté / la même atmosphère de complicité / le tête-à-tête / Rita passe des heures entières auprès du lit de Gédéon / le jaillissement de l’angoisse / les reptations silencieuses de la peur et les souvenirs d’une enfance lointaine exaltée jusqu’au délire en un recul où revient toujours le même visage / la danse tremblotante des fesses nues / simagrées à l’intérieur de la gallière / une masse de chair superflue provoquant une véritable tempête dans l’arène / puis arrive la saison des festivités / pourtant règne un climat de malaise né des fausses réconciliations succédant à la rage des combats / la violence aveugle / les manœuvres déloyales / et l’inconscience de la vache à l’abattoir.
D’étranges lueurs dans les champs de riz / un tremblement bizarre dans la voix / une charge d’horreurs / le village de Bois-Neuf vit prostré dans la terreur / claquement des cymbales de l’orage avec dents et griffes d’un rêve affreux / les tambours zobop s’accordent dans la nuit / Saintil conduit une file de sept zombis hors du cimetière de Ravine-Sèche après une patiente et laborieuse exploration de tombes / par des couloirs, des sentiers déserts, la marche de l’épouvante où le moindre balancement de feuilles devient suspect / à travers une éclaircie la fuite sèche d’une bête aux abois / la mystérieuse migration vers le point de non-retour / vêtements en lambeaux / le corps couvert de poussière / la symphonie nasillante oui ouan oui ouan oui ouan / les gifles les coups de trique le baptême l’initiation à la mort lente / et seul le zombi qui aurait la chance de goûter du sel deviendrait un bois-nouveau.
Succédant au silence des ruines, la rumeur croît par les brèches et les béances. Échafaudage pour la vie en un passionnant combat jusqu’au chamboulement désembourbant nos corps. Et nos gestes, aux prises avec la mort, gardent leur sève et leur fécondité, encore que les coups de pattes de la douleur nous ébranlent. Éparpillement de plumes. Arrachement de crêtes. Nous avons misé sur un coq fougueux. Excités par la jalousie aveugle, ils ont fermé la porte à clef. Nous introduisons nos doigts dans les moindres fentes, insinuant nos paroles par les cassures de l’âme qui saigne. Et nos blessures bourgeonnent de clartés illuminant le trou de la serrure. Nous étions difformes ; la lumière a dégauchi nos corps.
Les étoiles excentriques rompent leurs amarres et vont choir dans le vertige des abîmes jusqu’aux bords ignorés de lointains îlots imaginaires. Nous recherchons le point d’impact et de complicité pour rehausser la fête initiatrice. Vœux de retrouvailles et de grossesse. Nos cris surplombent le silence des pierres, la pureté du diamant, la virginité du cristal. Toute paresse s’anéantit dans la floraison de nouveaux bras et l’élan de la colère mûrie à l’ancrage des brasiers. La terre éventrée rampe vers la source femelle. Dans nos songes, de puissantes hanches s’infléchissent vers les premières braises de l’aurore, bien que la nuit ne se hâte nullement de mourir. Sans relâche, nous préparons notre réveil dans l’austérité et la pure tradition des rêveurs somnambules de haute race, en cueillant les étoiles avec nos dents.
La flamme de la bougie clignote : notre ombre esquisse une danse bouffonne. Il bruine. Déchirures de nuages et crachats de lune. Nous découvrons les nervures de la lumière dans chaque gouttelette d’eau. La mémoire pourrie de plaies, nous n’avons pas encore les yeux bien ouverts. Cendre vive semée à l’intérieur du crâne. Effervescence, bouillonnements et contorsions. La saison s’embourbe dans le difficile à vivre. Un chien borgne, incliné sur sa queue, aboie de faim. Nous continuons à marcher, cachés derrière notre visage, changeant de temps en temps d’ombre et de masque. Un soleil albinos cligne des paupières. Le mapou s’effeuille et Gédéon tousse interminablement, glissant lentement dans le sombre entonnoir de la mort.
Vent vadrouilleur. Vent de la dérive. Il souffle un vent violent qui vanne la poussière au visage des vivants. Confusion et désarroi dans le décryptage des rêves. Et quand revient le jour, la douleur nous travaille sous un soleil vitriolant. Au fond de nous tourbillonne une nuée d’oiseaux fous. Nous avalons des semences d’orage en léchant le tranchant des éclairs. Jeu de crocs et de griffes. La main qui frappe se dissimule sous l’étal. Les gloutons traînent l’innocente vache à l’abattoir, ils lui arrachent les cornes, les sabots, la queue, les dents et les mamelles. Avec rage, ils écorchent vif l’infortuné bovin, lui ouvrent les entrailles. À leur grande déconvenue, d’autres mangeurs, confortablement installés, le visage barbouillé de lymphe, les mains souillées de sang, découpent les dernières portions de viande, achevant de dévorer de l’intérieur la trop candide et généreuse vache.
Croissance de lumière odorante en un bourdonnement de nuages phtisiques s’entrelaçant et toussant / prisonniers dans une maison de santé avec vue sur la mort traversée de vent porteur de sang, comment pourrions-nous oublier tout le mal qu’ils nous ont fait ? / le silence essaime / des nuages chétifs s’entremêlent / nos geôliers embusqués derrière les portes de nos cachots / la turbulence des gosses tirant sur la corde pourrie / et le rat musicien excelle à charmer le baka étendu sur le dos dans son palais de pierres phosphorescentes / notre sang roule à mille tours dans nos veines / le tambour gronde entre nos jambes / la bagarre des ombres autour de la lampe aveugle / telle une éclaboussure la flamme brûle les chardons nocturnes / le vent s’applique à sécher la sueur sanguinolente d’une lune moribonde dans un espace de nul retour.
Ensemencement sous les genoux pliés la tête enfoncée dans l’oreiller le hasard des lignes fugaces parcourant le faux relief d’un corps impalpable Sultana traîne son regard sur le plafond du hounfor les plis du drap s’enroulent autour de ses jambes nues vision trouble de la rêverie et de la conscience tronçonnée flairant à chaque jaillissement de l’éclair l’instant du passage de l’amour sur le pont branlant de la mort aux dures mâchoires où les cauchemars se dévoilent par les culs crevés défoncés déchiffrés de la nuit saccagée de spasmes la grande foulée la traversée des immensités ténébreuses avec bruits de tonnerre et jets de vomissement rythmant les glissements de biais sur les chemins lourds de l’insomnie.
Crise de sanglots précédant l’effritement des os / les papillons jouent à la marelle sur les héliotropes / tout le fatras des visions sous lequel sont dissimulés des kilogrammes d’excréments enveloppés dans du papier doré / emballage de luxe pour rendre la marchandise attrayante / des grognements de porc sous les mousses de la mémoire / toute la géométrie du vide s’aligne dans leurs paroles / derrière les rideaux du vent les débris des échos morts / l’inanité des lèvres et des utérus inféconds sous la tentation et les rugissements du sexe / nous découvrons l’irritation morbide des muqueuses d’un vagin dilaté outre mesure bavant, écumant, la bête bavarde sous le vif éclairage d’un projecteur. Fronçant les sourcils, le gynécologue plonge sa main gantée dans le labyrinthe ensanglanté, brasse, gratte, fouille et arrache un volumineux fibrome de quinze livres ; à la fin de l’intervention chirurgicale, le médecin l’air abattu laisse tomber d’une voix brouillée le diagnostic du doute, de la surprise, du désespoir, du coup de massue, de la mort étalée sur plusieurs générations, la bouleversante hypothèse des erreurs et des dettes collectives basée sur l’inéluctable revanche de l’Histoire : si l’animal offert en holocauste est inhumé les quatre pattes en l’air c’est-à-dire sur le dos, la femme dont nous percevons souvent la voix ne pourra pas enfanter de sitôt, elle vivra persécutée par de puissants ennemis étrangers, méprisée, humiliée au sein de sa propre famille, mais tout le village en subira la malédiction pendant longtemps tant que persisteront le mythe et ses traumatismes jusqu’au jour où conscience sera prise de l’inutilité du sacrifice de la bête avec la certitude que notre sang suffit à rendre viable toute naissance hors des chemins de la servitude, de l’égoïsme, de la folie, loin du pourrissement des eaux sacrificielles.
Ils ont laissé traîner les clés des portes élargissant ainsi le champ des pièges. Au bord de l’étang, un caïman ouvre une bouche affreuse à l’intérieur de laquelle viennent transiter des centaines de mouches dans leur voyage vers l’engloutissement. Le serpent, travesti en courtisane, tantôt sautille sur la pointe de la queue, tantôt se roule par terre. Inconscients du danger, nous nous fourvoyons dans les fioritures galantes, nous nous égarons dans de vaines confidences au tuyau de l’oreille. Concupiscence et vertige. Les yeux écarquillés à travers l’entrebâillement d’une fenêtre, nous regardons un défilé de carnaval érotique, éprouvant une horrible sensation de glissement dans une masse de chair molle. Fuite et grouillements d’invertébrés. Pourtant, la vie frappe à nos portes intérieures.
Nous avons longé tous les corridors de la faim par l’entortillement inextricable des tripes. Sur nos lèvres contrariées, les plis du doute. Autour du cou, la corde tressée de mort lente. Sous le brusque démarrage du vent, nous renversons nos rêves en cours. Là où les lumières et les sons butent contre nos corps, la peur s’amoindrit et nous dénouons nos liens avec nos dents à l’approche de l’aube quand les fanfares des coqs raturent les derniers silences de la nuit. Pourtant, le jour revient avec les interrogations de la veille, l’irritation des questions sans réponse, l’âpreté du grand-goût jusque-là insoluble, les ruminations en plongée solitaire, le resserrement des nœuds du suicide, les caillots de sang à la gorge, les indéchiffrables graffiti des désirs refoulés en arrière des yeux. Et nous nous réveillons obsédés par un refrain de ronde enfantine : — La lune et le soleil dansent nus. Lequel des deux paraît plus beau ? Lequel des deux préférons-nous ? — Chanson de clair de lune. Chanson de triste guerre. Errance quotidienne sous la mitraille du soleil. Mais, le pain manque chaque jour. La faim élargit l’espace de la douleur. Les gamins s’amusent, fascinés par les extravagances lumineuses des astres. Les adultes s’inquiètent, angoissés par les temps incertains, remâchant les souvenirs lointains de leur enfance insouciante.
Nuit courbe par dérèglement de nos mains ajustant la flamme de la lampe. Les antennes de nos doigts bougent dans l’attente d’un message tactile, un frôlement fortuit à pouvoir mesurer le poids et la distance de nos rêves. Et le cœur, oiseau fragile, retrouve sa route hors de la paralysie du doute, délaissant la trajectoire en zigzag de l’égarement. L’impatience en un voyage d’insectes fous à travers nos nerfs survoltés, gardant intactes la puissance massive du poing dressé et l’éloquence de la lame libérée de sa gaine, cassant la pierre habitée par le désir. Devenir à la fois bouche et sexe angulaires avec jaillissement de braises, cautérisant pourritures et plaies, fécondant chaque parole. Et la forêt amplifie la marche des arbres dans le sens de nos gestes.
Ils ont parqué des milliers de zombis dans des cellules exiguës privées de tout système d’éclairage et d’aération. Personne n’ose élever la voix. Les rescapés, immobilisés par la peur, font semblant de ne pas entendre les cris d’appel au secours des mourants. Saison de soufre, d’acide et de griffes. Les rares survivants, intoxiqués jusqu’aux os par la méfiance, acclimatés aux ténèbres, craignent les morsures de l’aube et les brûlures du soleil. Les accapareurs de terres ont détourné le cours des sources loin de nos champs. Devant les portes de nos maisons, des excréments de vaches s’entassent, boursouflés, répugnants, secs à la surface, pâteux en profondeur, apparemment inoffensifs, au fond très dangereux. Dans la poussière des sentiers, les urines des chevaux moussent abondamment. Des cadavres de rats coiffent des piles d’immondices. Il nous faudra nettoyer nos jardins et notre âme, et briser le cercle de la mémoire prise au piège de la nuit.
Nous fuyons vers la zone instable entre la naissance et la mort sous un amas d’objets fétiches pointus et tranchants. Nos bourreaux, assourdis par le bruit des armes, n’entendent point nos hurlements ; ils rient de nos grimaces, en fouillant nos cicatrices et nos blessures. Surgissement de la peur marécageuse dans l’espace où travaillent les zombis. Une formation d’oiseaux approche, décrit un cercle au-dessus de nos têtes, puis disparaît. Quelques nuages, suggérant les formes les plus abracadabrantes, s’engouffrent lentement à l’horizon. Zofer frappe Clodonis plusieurs fois aux épaules et à la nuque. Secoués de frissons, à peine pouvons-nous détacher nos pieds du sol. Ils ont dressé de hautes murailles pour arrêter la lumière et barrer nos voix. Ailes suspendues en porte-à-faux. Ombres blessées. Nous saisissons l’éclair avec nos dents. Les rapaces, malfinis et chouettes, virevoltent avant de s’enfuir au fond des bois.
Ils s’écartent des ronces, pénètrent en voyeurs dans les jardins marécageux où vivent quelques zombis cachés derrière un épais buisson. Philogène et Carmeleau jettent un profond regard sur l’étang de Bois-Neuf avant de s’éloigner en direction de la voie ferrée. Cri des yeux traversant les entrailles de la nuit, brisant le miroir embué de caillots de silence. Obscurité du combat contre la mort et ses stratagèmes. Nous flottons dans une enveloppe de fumée aveuglante que ne dissipent point les vaksines du vent et de l’orage. Il pleut à Ravine-Sèche ; le cyclone tourbillonne dans la crique. Combien de brasses pour franchir de biais la rivière en crue ? Les avalasses charrient des immondices, des tiges de bananier, des cadavres d’animaux, des troncs d’arbres, des galets. Des masses de boue s’accumulent partout dans le village. Demain, nous retracerons les limites de nos terres. Nourritures. Pourritures. Et fantasmagorie.
Bruit au fond de l’eau pour réveiller les consciences. Illumination pour chasser les oiseaux maléfiques. Sur le sol imbibé de vinaigre, nous voyageons, pieds nus ; même les traînards accélèrent leur allure. Nous marchons, toute la nuit, jusqu’à l’aube. Et bourgeonnent les gencives du soleil, dévorant, dans un éclat de rire, les branches des étoiles de mauvais augure, débarrassant nos rêves d’un cortège de maux : flux de miasmes, plaques et pourritures cancéreuses, moisissures de lèpre, chiffres enchevêtrés dans les mailles du hasard. Dans les rues, sur les places publiques, des tournoiements de vent soulèvent les jupes des femmes jusqu’aux hanches. Gardons-nous de maudire l’indécence des tempêtes qui mettrait à nu les régions intimes du corps.
Éblouissant passage devant le poteau d’exécution à tête de chien / totem de la mort / bras ouverts au-dessus d’un déversoir le meurtrier opère dans les coulisses oui ouan nous percevons dans la trame de nos rêves les nasillements des zombis forçant contre le couvercle des cercueils de bois oui ouan céder ensuite au sommeil oui ouan de malsaines excroissances se collent à nos nombrils pourris oui ouan un mur sans écho mange nos voix oui ouan attirés vers les profondeurs interdites de la mémoire nous demeurons paralysés dans nos désirs oui ouan et se poursuit le maquillage des zombis manipulés à la corde pour un carnaval de pantins oui ouan oui ouan oui ouan.
Une meute de carnassiers tambourine contre nos portes en pleine nuit. Arrachement, éparpillement, massacre. Hurlements de femmes éventrées. Entassement de chair sanglante. Les bourreaux et les complices du carnage, après avoir désinfecté hâtivement les corps de leurs victimes au chlorure de chaux, précipitent tous les cadavres dans un immense trou creusé sous un bayahonde au bord de la mer : puis, ils dissimulent le charnier sous une jonchée de jasmins, de camélias, de cretonnes et de coraux. Mais, quoi qu’ils fassent, les pourritures, mêlées au parfum des fleurs, attirent des nuées de charognards voyageant en roue libre dans le vent de la mort et faisant fuir d’innombrables oiseaux pacifiques. Pourtant, un rossignol chante quelque part ; le soleil va se lever, dit-on. Toujours s’agira-t-il de saisir dans l’agressive clarté l’oiseau paniqué par son propre cri et de retrouver la faille de lumière à chaque battement d’ailes.
L’épidémie zombificatrice se répand. Au bout de l’interrogatoire absurde, la tête s’embrouille de peur et le cœur se fige dans le silence.
— Décline ta complète identité.
— Je m’appelle Jérôme. J’ai vingt-quatre ans. Je suis étudiant. J’aime la vie, le soleil, la paix. Je déteste la mort, les ténèbres, le mensonge. Et, je m’attache à ma terre, de toutes mes forces.
— Tu mens, petit opposant ! Tu n’es qu’un anarchiste, un vulgaire terroriste ! Tu refuses d’avouer ton crime.
— Lequel ?
— Ta gueule ! C’est à moi de poser les questions. Et à toi de répondre sans détours. Quel est ton nom ?
— Je m’appelle Jérôme.
— Quelle est ta profession ?
— Je ne travaille pas. Je suis étudiant.
— Menteur ! Il faut répondre : je suis un anarchiste, je suis un terroriste, je suis un ennemi du Pouvoir ! Réponds !
— Je m’appelle Jérôme. Je suis un étudiant. Je déteste le mensonge. Et, je m’attache à ma terre, de toutes mes forces.
Et, peut-être pour la trentième fois, Jérôme reçoit un déluge de coups de matraque, de coups de pied, de coups de poing, auxquels viennent s’ajouter d’autres formes de violences, d’autres tortures de plus en plus insoutenables, au fur et à mesure que s’aiguise la rage des tortionnaires et que s’épuise la patience de l’inquisiteur.
— Que font tes parents pour pouvoir payer tes études ?
— Mon père rafistole de vieilles chaussures. Ma mère est une revendeuse ambulante de coupons et de pacotille.
— Menteur sans vergogne ! Ton père, un ivrogne pédéraste ! Ta mère, une prostituée des trottoirs !
Et l’inquisiteur passe en revue toutes les techniques, toutes les expériences accumulées dans les chambres de torture, pour parvenir à briser l’âme de sa victime.
— Dis tout ce que tu sais de la trame du vent, de l’eau et du feu à travers les jointures de la nuit.
— Mais, je n’en sais rien.
— Parle, et tu pourras te reposer dans un bon lit douillet, hors de la cellule grouillante de punaises et de poux.
— Je ne sais rien.
— Dévoile le complot, et tu pourras apaiser ta soif, te laver le visage, te nettoyer le corps avec de l’eau fraîche.
— Je ne sais rien.
— Dénonce tes camarades, et tu pourras manger à ton goût.
— Je ne sais rien.
— Donne les noms de tes complices, et tu auras la vie sauve.
— Je ne sais rien.
— Toi, comment tu t’appelles ?
— Je m’appelle Jérôme ?
— Quel métier exerces-tu ?
— Je ne travaille pas. Je suis étudiant.
Gifles. Coups de pied. Coups de poing. Coups de bâton à la nuque. Aiguilles enfoncées sous les ongles. Cris. Gémissements. Hurlements.
— À qui as-tu serré la main avant-hier dans la rue, près du Portail Saint-Joseph, alors qu’il commençait à pleuvoir ?
— À personne.
— À qui as-tu parlé sous la pluie, avant-hier, à la bruine du soir ?
— Je ne sors jamais quand il pleut.
— Pourquoi ?
— À cause des avalasses et de la boue.
— Donc, tu détestes la pluie, la boue, les rues, la ville et la patrie entière, alors que tu prétends aimer ton pays, de toutes tes forces. Vilain petit menteur ! Tu vas parler ! Tu vas avouer tes crimes ! Je vais te broyer les os. Réponds que tu es un anarchiste, un terroriste, un ennemi du Pouvoir, un communiste !
Nouvelles tortures. Tibia brisé. Tympan crevé. Péritoine transpercé. À bout de forces, Jérôme ne sent même pas les coups qui lui meurtrissent la chair. À demi-inconscient, il continue de répéter :
— Je ne sais rien… je ne sais rien… je ne sais rien…
Le hache-viande fonctionne sans bruit. Comment saisir le sens sauvage du silence peuplé de visions sanglantes ? Éparpillées, nos voix cherchent un lieu de regroupement hors de la poussière du doute, loin de l’acoustique trompeuse des échos désincarnés. Trébuchant contre les corps des oiseaux morts, nous crachons de dépit sur les masques nés de la fausse neutralité du miroir exsangue. Nous nous éloignons des marais bourbeux de l’inertie, marchant vers la transparence exorcisante de l’aube où l’inachèvement de la nuit se transforme peu à peu en feu mûrissant sous la cendre des cauchemars, où la flamme vive modifie les pierres les plus rebelles, où le soleil incendiaire brûle les vestiges des divinités jadis infaillibles. Nous voyageons vers la fête, loin des souillures de l’été sanglant, sur un fleuve luisant en sa mobilité, fascinés par la beauté des femmes qui se dévêtent aux angles crus de la lumière. Déjà, nous dansons le nago du réveil.
Très tard la nuit, Saintil s’agite à l’intérieur du hounfor, avant de se rendre au cimetière de Bois-Neuf.
— Zofer ! Avez-vous déjà égorgé le mouton ?
— Oui, chef. Vous m’avez toujours enseigné que le sang doit couler au décours de la lune.
— Avez-vous mis le cœur et la langue du sacrifié dans une assiette blanche ?
— Oui, chef.
— Avez-vous pulvérisé les os du crâne ?
— Oui, chef.
— Apportez-moi la pommade composée avec la cervelle du nouveau-né.
— Tout de suite, chef.
— Je vais me graisser le visage et les mains avec l’huile de la mort. Je franchirai le portail du palais de Baron Samedi, à minuit sonnant. Je reviendrai avec un attelage de quatre zombis. Apprêtez le fouet, les couis et les chabraques. Et, surveillez la maison pendant mon absence.
— Soyez sans inquiétude, chef.