Les chansons de Bilitis

Pierre Louÿs · Chapitre 116 sur 131

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Les chansons de Bilitis

142 — Mélancolie

Je frissonne; la nuit est fraîche, et la forêt toute mouillée. Pourquoi m’as-tu conduite ici? mon grand lit n’est-il pas plus doux que cette mousse semée de pierres?

Ma robe à fleurs aura des taches de verdure; mes cheveux seront mêlés de brindilles; mon coude, regarde mon coude, comme il est déjà souillé de terre humide.

Autrefois pourtant, je suivais dans les bois celui… Ah! laisse-moi quelque temps. Je suis triste, ce soir. Laisse-moi, sans parler, la main sur les yeux.

En vérité, ne peux-tu attendre! sommes nous des bêtes brutes pour nous prendre ainsi! Laisse-moi. Tu n’ouvriras ni mes genoux ni mes lèvres. Mes yeux mêmes, de peur de pleurer, se ferment.