Les chansons de Bilitis

Pierre Louÿs · Chapitre 85 sur 131

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Les chansons de Bilitis

102 — La Mer de Kypris

Sur le plus haut promontoire je me suis couchée en avant. La mer était noire comme un champ de violettes. La voie lactée ruisselait de la grande mamelle divine.

Mille Ménades autour de moi dormaient dans les fleurs déchirées. Les longues herbes se mêlaient aux chevelures. Et voici que le soleil naquit dans l’eau orientale.

C’étaient les mêmes flots et le même rivage qui virent un jour apparaître le corps blanc d’Aphrodita… Je cachai tout à coup mes yeux dans mes mains.

Car j’avais vu trembler sur l’eau mille petites lèvres de lumière: le sexe pur ou le sourire de Kypris Philommeïdès.

 

103 — LES PRÊTRESSES DE L’ASTARTÉ

 

Les prêtresses de l’Astarté font l’amour au lever de la lune; puis elles se relèvent et se baignent dans un bassin vaste aux margelles d’argent.

De leurs doigts recourbés, elles peignent leurs chevelures, et leurs mains teintes de pourpre, mêlées à leurs boucles noires, semblent des branches de corail dans une mer sombre et flottante.

Elles ne s’épilent jamais, pour que le triangle de la déesse marque leur ventre comme un temple; mais elles se teignent au pinceau et se parfument profondément.

Les prêtresses de l’Astarté font l’amour au coucher de la lune; puis dans une salle de tapis où brûle une haute lampe d’or, elles se couchent au hasard.