Les chansons de Bilitis

Pierre Louÿs · Chapitre 92 sur 131

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Les chansons de Bilitis

111 — L’indifférent

Dès qu’il est entré dans ma chambre, quel qu’il soit (cela importe-t-il?): « Vois, dis-je à l’esclave, quel bel homme! et qu’une courtisane est heureuse! »

Je le déclare Adônis, Arès ou Héraklès selon son visage, ou le Vieillard des Mers, si ses cheveux sont de pâle argent. Et alors, quels dédains pour la jeunesse légère!

« Ah! fais-je, si je n’avais pas demain à payer mon fleuriste et mon orfèvre, comme j’aimerais à te dire: Je ne veux pas de ton or! Je suis ta servante passionnée! »

Puis, quand il a refermé ses bras sous mes épaules, je vois un batelier du port passer comme une image divine sur le ciel étoilé de mes paupières transparentes.

 

112 — L’EAU PURE DU BASSIN

 

« Eau pure du bassin, miroir immobile, dis-moi ma beauté. — Ô Bilitis, ou qui que tu sois, Téthys peut-être ou Amphritritê, tu es belle, sache-le.

« Ton visage se penche sous ta chevelure épaisse, gonflée de fleurs et de parfums. Tes paupières molles s’ouvrent à peine et tes flancs sont las des mouvements de l’amour.

« Ton corps fatigué du poids de tes seins porte les marques fines de l’ongle et les taches bleues du baiser. Tes bras sont rougis par l’étreinte. Chaque ligne de ta peau fut aimée.

— Eau claire du bassin, ta fraîcheur repose. Reçois-moi, qui suis lasse en effet. Emporte le fard de mes joues, et la sueur de mon ventre et le souvenir de la nuit. »

 

113 — LA FÊTE NOCTURNE (non traduite)