Les guêpes — séries 1 & 2
Mars 1841.
L’auteur au Havre.—La ville en belle humeur.—Popularité de M. Fulchiron.—
Ressemblance dudit avec Racine.—La Chambre des pairs.—Le duc d’Orléans.—Le roi
et M. Pasquier.—M. Bourgogne et madame Trubert.—Les femmes gênées dans leurs
corsets par la liberté de la presse.—M. Sauzet invente un mot.—M. Mermilliod en
imagine un autre.—Les masques.—Lord Seymour.—Mésaventure du préfet de police.—
Histoire de François.—Sur les dîners.—La liste civile fait tout ce qui concerne l’état des
autres.—A M. le comte de Montalivet.—Le roi jardinier et maraîcher.—Plaintes de ses
confrères.—Les Guêpes n’ont pas de couleur.—Un poëme épique.—Un bienfaiteur à bon
marché.—Une croix d’honneur.—La propriété littéraire—Une prétention nouvelle du
peuple français.—M. Lacordaire et mademoiselle Georges.—Les princes et les sergents
de ville.—Une anecdote du général Clary.—M. Taschereau.—M. Molé.—M. Mounier.—
M. de la Riboissière.—M. Tirlet.—M. Ancelot.—M. de Chateaubriand.
image d’une guêpe MARS.—J’arrive du Havre,—jamais je n’ai vu une ville en aussi belle humeur.—M. Breton, du Journal du Havre, avait, dans un article fort bien fait, dénoncé à la ville un discours prononcé à la Chambre des députés par M. Fulchiron,—et la ville riait à perdre haleine.
J’allai sur la jetée, on parlait de M. Fulchiron, et on riait.
—M. Fulchiron a découvert les vents alisés, disait Corbière, enveloppé dans son manteau brun.
—Il a bien découvert le mousson,—répondait le capitaine Lefort.
—Ce que nous appelons la mousson?...
—Précisément,—à moins cependant que ce ne soit toute autre chose, car son mousson à lui mène DIRECTEMENTN aux îles de la Sonde,—ce que ne fait nullement la mousson,—attendu qu’elle ne règne pas par là—et qu’on n’arrive aux îles de la Sonde qu’en courant des bordées.
—Il ajoute que cela se fait sans aucune peine.
—On voudrait l’y voir.
—Il assure qu’il n’y a qu’à tendre les voiles et à marcher devant soi.
—Certainement,—disait M. Baron,—c’est juste comme pour jouer de la flûte; il n’y a qu’à souffler dedans et à remuer les doigts.
—Venez-vous dîner?
—Je ne mangerai pas, j’ai réellement trop ri.
Je descendis sur les quais;—des calfats qui travaillaient à la coque d’un navire—parlaient et riaient à la fois.—Je m’approchai d’eux,—et ils disaient:
—Dites donc, M. Fulchiron qui dit à la Chambre des députés—que, pour aller à Pondichéry, il faut SORTIRI des vents réguliers et entrer dans les vents variables.
—Comme si les enfants ne savaient pas qu’il faut, au contraire, entrer dans les vents réguliers et sortir des vents variables.
Et les calfats riaient aux éclats.
Le lendemain,—j’avais passé du Havre à Honfleur, et j’étais à Trouville. —C’était la marée basse,—et les filles pêchaient aux équilles, les pieds et les jambes nus sortant de leurs jupons courts.
Il y en avait une brune fort belle qui disait à une autre:
—M. Fulchiron a dit qu’il fallait deux ou trois fois plus de temps pour aller à Pondichéry que pour aller à Java.
—Deux traversées égales.
Et les filles riaient à se faire mal.
Il y avait au bord des enfants qui jouaient dans une flaque d’eau qu’avait laissée la mer en se retirant.—Ils avaient fabriqué un navire avec une petite planche;—le mât était une grosse allumette et la voile une feuille de chou. —L’un d’eux dirigea mal le vaisseau, car il resta en panne au milieu de la mare. «Il faut, disait l’armateur au pilote maladroit, que tu sois bien Fulchiron.»
image d’une guêpe Racine, qui faisait des tragédies comme M. Fulchiron,—a commis également,—autre point de ressemblance,—une faute du même genre quand il a fait dire à Mithridate:
Doutez-vous que l’Euxin ne me porte en deux jours
Aux lieux où le Danube y vient finir son cours?
«Oui, certes, j’en doute,» s’écria un spectateur.
Il est fâcheux que M. Fulchiron ne réserve pas ces choses-là pour ses tragédies.
image d’une guêpe Le duc d’Orléans et le roi se donnent un soin extraordinaire pour entraîner le vote des pairs en faveur des fortifications.— M. Pasquier, qui a le bon esprit d’y être fort résolument opposé, a passé deux heures avec Sa Majesté. Le soir, M. Pasquier disait: «J’ai longtemps causé avec le roi;—j’espère l’avoir ébranlé.»
Le roi, de son côté, disait: «J’ai eu avec M. Pasquier une longue conversation; je crois l’avoir ébranlé.»
image d’une guêpe Le lendemain, le roi a dit: «Si cependant mes arguments n’ont pas produit sur M. Pasquier plus d’effet que les siens sur moi,—il doit être bien affermi dans son opinion.»
Au moment où j’écris ces lignes,—je ne sais pas encore ce qu’il adviendra des fortifications à la Chambre des pairs,—je crains bien qu’il n’arrive précisément ce que j’ai annoncé le mois dernier;—cependant les hommes les plus considérables de la Chambre sont tout à fait contraires au projet;—il restera toujours ceci de fort honorable pour eux, que le parti qu’ils prennent les prive à la fois de la faveur et de la popularité.
En effet, d’ordinaire, en France,—il suffit de déplaire à la cour pour mériter les amours du public;—mais dans cette circonstance, unique peut-être dans l’histoire,—le gouvernement et l’opposition sont d’accord pour forger une arme dont chacun espère se servir pour écraser l’autre, pour piper des dés avec lesquels chacun espère tricher l’autre.
Certes, si les pairs voulaient se donner le libertinage de se mettre mal avec la cour—pour laquelle on leur reproche tant de complaisances, il leur était facile de choisir une occasion dans laquelle cet accès d’opposition leur attirât la bienveillance publique;—mais, en prenant celle-ci, ils mécontentent tout le monde,—et on ne peut attribuer leur résistance qu’à une opinion fondée sur le bon sens.
image d’une guêpe Dans l’Auberge des Adrets, Serres, auquel les gendarmes demandent sa profession, répond: «Ma femme prend des enfants en sevrage.»—M. Bourgogne, si on lui adressait une semblable question, répondrait: «Ma femme fait des corsets.»
Voici un bienfait incontestable de la presse. Madame Bourgogne fait des corsets;—madame Trubert n’est pas contente d’un corset que madame Bourgogne a fait pour sa fille;—M. Bourgogne fait imprimer une brochure qu’il répand dans Paris—avec ce titre:
Lettre adressée à madame Trubert, rue Miroménil, 29, par M. Bourgogne, rue Hauteville, 28.
Paris,—typographie de Firmin Didot frères,—imprimeurs de l’Institut, rue Jacob, 56.—1841.
Ce n’est plus le temps aujourd’hui où on pouvait impunément, abusant d’un odieux privilége, ne pas prendre chez une marchande de corsets un corset que l’on ne trouvait pas fait à son goût;—le peuple a reconquis ses droits;—le marchand de corsets, grâce à la presse, appelle, de votre refus de prendre son corset, à la France, à l’Europe, au monde entier;—honneur donc à M. Bourgogne!—il a accompli un devoir—sans se laisser arrêter par cette futile objection, que la liberté de la presse menace de s’engraisser du carnage qu’elle fait des autres libertés;—que bientôt elle sera seule;—et qu’enfin la liberté de la presse semble un peu ici restreindre celle qu’on aime à trouver dans son corset,—et la liberté de choisir ses fournisseurs.
J’ai pris tant de plaisir à lire la brochure de M. Bourgogne, que je veux faire participer mes lecteurs à ma satisfaction, et en même temps contribuer à donner à cette œuvre de courage une publicité dont son auteur doit être désireux.
image d’une guêpe LETTRE ADRESSÉE A MADAME TRUBERT PAR MONSIEUR BOURGOGNE. —Madame, en me présentant chez vous, lundi dernier, j’espérais que vous voudriez bien m’entendre, afin de juger avec connaissance de cause une affaire grave, puisque les rapports mensongers et malveillants qu’on a pu vous faire pourraient compromettre la réputation de notre maison. N’ayant pas été reçu, j’ai l’honneur de vous écrire.
Je vais, madame, vous dire l’exacte vérité: J’ai tout entendu; ce que mademoiselle Marie pourra confirmer.
Lorsque ces dames vinrent la première fois, mademoiselle Trubert aînée, en entrant dans le salon, commença par dire: «Nos corsets vont bien, madame Bourgogne;» la gouvernante ajouta: «Quant à celui de la petite, il va comme un cochon.»
N’attendant pas qu’une dame considérable, qui se trouvait dans le salon, eût fini de lui faire ses observations, elle répéta: «Il va comme un cochon.»
Lorsque cette dame fut partie, madame Bourgogne demanda à voir le corset sur mademoiselle, à quoi ces dames répondirent avec un peu d’aigreur qu’elles étaient beaucoup trop pressées, qu’elles reviendraient mercredi ou jeudi.
Ainsi, on est venu seulement avec l’intention d’humilier madame Bourgogne devant le monde, sachant qu’à cette heure on en trouve toujours.
Elle fit observer à la gouvernante que ce mot inconvenant la blessait, qu’elle lui renvoyait ce mauvais compliment. (Comme qui dirait: Vous en êtes un autre.) Mademoiselle Trubert aînée dit alors: «Mais voilà comme nous parlons à tous nos fournisseurs.—Tant qu’il vous plaira, mademoiselle, moi, je ne le souffrirai pas.» (Dignité,—leçon donnée à propos.)
La seconde fois, lorsque la gouvernante vint avec mademoiselle Marie, pour faire voir le corset, il y avait encore des dames qui faisaient à madame Bourgogne de sincères compliments (douce consolation pour une artiste méconnue), et qui avaient la bonté de rire aux éclats avec elle (bonté touchante en effet); ce qui augmenta sans doute son impatience, car, sachant ce qui s’était passé, j’entrai dans le salon pour arranger le feu, afin de l’observer. Je la vis assise derrière la porte du boudoir, à l’endroit le plus sombre, feignant de lire un journal de modes; mais, à ses mouvements convulsifs, elle me parut fort agitée.
Lorsque ces dames furent sorties, madame Bourgogne l’engagea, ainsi que mademoiselle Marie, à entrer dans le boudoir, en la saluant humblement, sans recevoir aucun signe de politesse. Elle la salua une seconde fois, auquel salut elle répondit par un bonjour bien sec. Le corset étant mis, madame Bourgogne demanda si madame Trubert l’avait vu sur mademoiselle. «Pourquoi me demandez-vous cela? reprit la gouvernante d’un ton hautain.—Parce que ce corset n’est qu’un peu aisé dans toute sa longueur, ce qui convient aux jeunes personnes, et que je ne trouve pas qu’il
aille comme vous avez dit [D].» Alors, sa fureur commença. «Je n’ai pas dit cela, vous en avez menti! c’est mademoiselle Trubert qui l’a dit, et vous devriez me faire vos excuses. Je représente ici madame Trubert; voyez votre corset, et taisez-vous; je vous défends de causer avec moi, vous ignorez qui je suis, je ne veux pas vous répondre.» Madame Bourgogne fit alors la même question à mademoiselle Marie; mais, en anglais, elle lui défendit de répondre. Sans doute, mademoiselle Trubert aînée, par bonté pour sa gouvernante, à voulu prendre ce mot sur elle; mais j’affirme que c’est elle qui l’a dit et répété plusieurs fois.
[D] On se rappelle comment avait dit la gouvernante.—On doit remarquer ici la
délicatesse avec laquelle madame Bourgogne évite de répéter le mot.
«Comment! dit alors madame Bourgogne, vous niez ce fait, ayant vu les paroles sortir de votre bouche! D’ordinaire, une personne qui s’estime soutient ce qu’elle a dit. (Haute moralité.) Quoi qu’il en soit, je ne souffrirai pas qu’on me parle sur ce ton. Je reçois des personnes de distinction, qui toujours sont polies envers moi, et jamais une gouvernante ne m’en imposera.»
Alors sa fureur augmenta; levant la main sur madame Bourgogne... (Je vis ce mouvement à travers le rideau.)
(Pardon,—que faisait M. Bourgogne derrière le rideau d’une pièce où on essaye des corsets?)
...Disant avec une exaspération violente: «Taisez-vous, ou sinon! Je vous l’ordonne, taisez-vous! Vous êtes une bête! Je vous méprise profondément; vous ignorez qui je suis; vous aurez de mes nouvelles: il vous en coûtera cher. Taisez-vous!»
Il fut impossible à madame Bourgogne de se taire (aveu naïf); elle répliqua vigoureusement et sur le même ton; alors, le scandale fut au comble. (Cela devait être gentil.)
Voulant mettre un terme à un pareil train, je frappai à la porte et lui imposai silence. (Lui, pourquoi pas leur, puisque ces dames parlaient du même ton?)
Elle se calma peu à peu, mais en répétant dans ses dents: «Je vous méprise, vous aurez de mes nouvelles, vous ne savez pas à qui vous parlez...»
Lorsqu’elle sortit, elle ferma la dernière porte avec fracas, et criant sur le palier de toute la force de ses poumons: «Je vous méprise tous, tous, je vous méprise;» elle parlait avec tant de véhémence, que les voisins se mirent aux fenêtres.
Voilà, madame, à peu près comme cette scène de désordre se passa.
S’il n’en eût rien résulté, j’aurais dédaigné la conduite et les emportements de cette furibonde; mais elle a agi contre l’honneur et l’intérêt de notre maison: je dois les défendre.
Le soir même, ses menaces furent suivies d’effets; vous écrivîtes, madame, que vous ne prendriez pas le corset que mademoiselle Marie avait laissé à corriger, de vous renvoyer de suite, sans y toucher, le corset que vous veniez de donner à blanchir et réparer, et de vous envoyer votre mémoire, ne voulant plus avoir aucun rapport avec madame Bourgogne.
Le lendemain, madame Damaison, femme du notaire, et sa demoiselle vinrent, courroucées, demander leur facture en disant: «Nous avons passé hier la soirée chez madame Trubert, et, au salon, nous avons appris de belles choses sur votre compte.
«Vous ne saviez donc pas à qui vous répondiez de la sorte? c’était à la comtesse ***, de la famille de la branche aînée des Bourbons... (Ce n’est pas la branche cadette qui ferait des choses pareilles; aussi M. Bourgogne doit-il se féliciter d’avoir jonché Paris de son cadavre en 1830, comme tout le monde, pour l’expulsion de ladite branche); que madame Trubert considère et chérit depuis douze ans. Vous avez cru parler à une femme de chambre: cela vous fera un tort immense; nous et toutes nos connaissances ne mettrons plus jamais les pieds chez vous.»
Madame Bourgogne répondit qu’elle n’avait offensé personne; qu’au contraire on l’avait insultée chez elle, qu’elle ignorait que la gouvernante fût comtesse (concession légère, il est vrai, et corrigée par le reste de phrase,—mais concession cependant aux préjugés autocratiques, qui m’étonne de la part de madame Bourgogne), qu’en tout cas madame la comtesse s’était grandement oubliée.
En remettant la facture à madame Damaison, je lui dis: «Quel que soit le titre de cette femme (très-bien), elle n’avait pas le droit de venir faire du scandale dans une maison honorable.» A ce mot honorable, madame Damaison hocha la tête et regarda sa fille en souriant de pitié.
Je ne sais où la comtesse-gouvernante (sarcasme) a puisé ses renseignements, mais, assurément, elle a été mal informée; ce ne peut être qu’une machination d’intrigants qui, jaloux de la prospérité de notre maison, et dans l’intention de la déprécier, ont fait agir cette méchante dame: car, de la manière dont elle a osé parler, il semblerait que madame Bourgogne est de la plus vile extraction, que sa vie est immorale et honteuse; bien que madame Bourgogne n’ait pas de titres de noblesse en parchemin (autre sarcasme), elle n’est pas non plus de basse naissance. (Elle n’était pas née pour faire des corsets.)
Je me trouve ici obligé, à regret, de dire un mot sur son origine et sa vie tout entière. (Modestie honorable.)
Sa mère, Dorothée Young, était d’une des meilleures familles de Mayence, fille du célèbre statuaire Young, dont les ouvrages sont considérés aujourd’hui comme des chefs-d’œuvre. Elle épousa, malgré l’aveu de son père (mépris des préjugés dans le sang), François Krempel, honnête artiste attaché à la chapelle du prince de Metternich; le mariage fut signé du prince; le père, irrité, déshérita sa fille. M. Krempel, sans fortune, n’eut que son talent pour soutenir et élever sa famille. Il était, à Coblentz, voisin et ami intime de M. Weskery, qui est encore aujourd’hui à Paris premier secrétaire à l’ambassade de Prusse. Par suite, les Français envahirent l’Allemagne; le prince quitta le pays. (Était-ce bien une raison suffisante d’envahir l’Allemagne, et les Français n’ont-ils pas agi un peu légèrement?)
Kunégonde Krempel, aujourd’hui madame Bourgogne, naquit (remarquez tout ce qu’il y a d’aristocratique dans ce prétérit) au château de Coblentz; la comtesse Kunégonde, parente du prince, voulut qu’elle fût tenue en son nom sur les fonts de baptême.
Elle perdit sa mère à l’âge de neuf ans; son père la mit en pension, et vint à Paris, où le comte sénateur Saur le fit entrer à la chapelle de Napoléon, pour la contre-basse; il entra aussi premier pour cet instrument au théâtre des Variétés (première contre-basse aux Variétés!), était compositeur et professeur de plusieurs instruments.
Il est mort chez lui (chez lui!) en 1833, rue de Rochechouart, 7 (de sorte que moi, je me trouve voisin de M. Krempel, comme M. Krempel était voisin de M. Weskery) âgé de quatre-vingt-trois ans, après vingt-trois ans de service à son théâtre (au théâtre des Variétés comme première contre-basse), qu’il ne quitta qu’à la mort.
En 1813, M. Krempel, étant remarié en secondes noces, fit venir sa fille à Paris; mais elle ne put sympathiser avec sa belle-mère (indépendance de caractère); elle préféra se placer, persuadée que, ayant reçu les principes de morale et de vertu de sa mère, elle pourrait se conserver dans toutes les positions. (Belle pensée!)
Ne sachant pas un mot de français, elle entra d’abord chez une maréchale, duchesse allemande; et plus tard dans d’autres honorables maisons que je pourrais citer.
Le 10 janvier 1820, je l’épousai (juste récompense!) à la mairie du deuxième arrondissement; la cérémonie eut lieu le même jour à Saint-Vincent-de-Paul. Étant moi-même sans fortune (aveu plein de noblesse), sa position ne fut pas améliorée (conséquence rigoureuse); elle se résigna, fit des économies, espérant un avenir meilleur.
En 1827, elle commença son établissement; là, de nouvelles peines l’attendaient. Elle éprouva des difficultés et des embarras de toute nature, que sa religion (l’application de la religion à la fabrication des corsets est une découverte de ce siècle), son courage surnaturel et son grand amour du travail lui firent surmonter.
Ce n’est que depuis 1832 que sa maison prend chaque année une extension croissante; elle est aujourd’hui une des plus fortes de son genre.
Étant arrivée, après tant d’années de tribulations, à former une maison honorable, je puis le dire hautement, peut-elle, de sang-froid, laisser un libre cours à la calomnie? Parce qu’elle n’a pu supporter les impertinences d’une gouvernante, verrait-elle ternir une réputation si bien acquise?
Ce n’est pas possible.
Ainsi donc, madame, j’ai l’honneur de vous prévenir que si une seule de ces dames venait encore lui parler de cette affaire, que pour son honneur la comtesse-gouvernante aurait dû taire, je distribue cette lettre à toute sa clientèle, qui se compose en grande partie de la haute société.
VICTOR BOURGOGNE.
Il faut croire que quelqu’une de ces dames a encore parlé de cette affaire à madame Bourgogne, car M. Bourgogne a rendu sa lettre publique. Comme on pourrait croire que j’invente la lettre et M. Bourgogne, la lettre restera déposée pendant trois jours au bureau du journal, rue Neuve-Vivienne, 46.
image d’une guêpe M. Sauzet, président à la Chambre des députés,—a dit: «L’honorable membre consent-il au retirement de son amendement?»
image d’une guêpe M. Mermilliod, avocat et député, a dit: «Le réclamataire.»
image d’une guêpe Le dimanche gras,—je me suis trouvé pris dans la file des voitures qui couvraient le boulevard;—tout Paris était là pour voir les masques,—sans songer qu’il faudrait que quelqu’un se décidât à être masqué.—C’est le contraire du gouvernement représentatif, où tout le monde veut jouer les rôles, et où personne ne veut être spectateur.
Comme tout le monde regarde les masques, il s’ensuit naturellement qu’il n’y a pas de masques,—et les bonnes gens disent: «Ce n’est pas étonnant: le commerce va si mal à présent!»
Disons en passant que jamais on n’a vu une époque où on ait dit: Le commerce va si bien!
Il faut remarquer, au contraire, que jamais on ne s’est tant déguisé qu’aujourd’hui.—Autrefois on ne se déguisait que pendant les trois jours gras.—Aujourd’hui, trois fois par semaine, pendant deux mois, dix bals masqués sont encombrés chacun de plus de masques chaque jour qu’il n’y en a jamais eu à aucune époque sur le boulevard.
Je suis curieux de savoir pendant combien de temps on ira voir le jour, sur le boulevard,—les masques qui sont la nuit dans les théâtres,—et pendant combien de temps on s’étonnera de ne pas les voir où ils ne sont pas.
image d’une guêpe Par une bizarrerie assez ridicule,—l’autorité a fait ce jour-là traverser Paris à quinze canons, avec des artilleurs à cheval,—la mèche à la main.—On s’est obstiné à prendre le tout pour des masques,—et plusieurs personnes du peuple ont dit: «C’est lord Seymour.»
Ce pauvre lord,—qui n’a à se reprocher aucune manifestation en ce genre, est victime d’un préjugé populaire, qui s’obstine depuis dix ans—à lui attribuer toutes les mascarades, à le reconnaître dans toutes les extravagances,—à lui mettre sur le dos tous les verres qu’on casse,—tous les cochers qu’on rosse,—toutes les vieilles femmes qu’on écrase.
image d’une guêpe Faute de masques, les gamins ont pris le parti de se réjouir de toutes les figures un peu singulières qui circulaient sur le boulevard.—Plusieurs promeneurs, non déguisés, se sont vus, à leur grande surprise, déclarés masques,—et, comme tels, poursuivis de huées et de cris joyeux.
image d’une guêpe Il y a quelques mois, arriva à Paris un M. Penckel;— c’est un Allemand qui a voyagé longtemps en Russie, et qui s’est ensuite marié en Italie.
Il descendit d’abord rue du Helder, nº..., jusqu’à ce qu’on lui eût préparé un logement, après quoi il s’en alla demeurer au faubourg Saint-Germain.
Une fois installé, il se rappela qu’il avait un frère qu’il avait laissé à Paris dix ans auparavant, et dont jamais, depuis, il n’avait reçu de nouvelles.—Il se transporta chez M. le préfet de police, lui fit part de sa pieuse inquiétude en le priant de faire faire toutes les recherches nécessaires pour le découvrir.—Il donna sa propre adresse, rue du Bac. Deux mois après,—comme il allait se mettre à table pour dîner, un homme se présenta, qui annonça avoir à lui parler de la part de M. Delessert;—il le fit passer dans le salon, et l’étranger lui dit:
—Le M. Penckel sur lequel vous avez demandé des renseignements est retrouvé.
—Grand Dieu!—où est-il?—menez-moi près de lui.
—Je ne le sais pas,—je ne peux vous conduire que chez M. le préfet, qui vous attend.
—Où est-il?
M. Penckel—descend sans chapeau,—prend un cabriolet qui passait,— abandonne le messager dans la rue, et arrive, pâle d’émotion, à la rue de Jérusalem.—Il demande à parler à M. le préfet.—M. le préfet dîne,—il attend, ses pensées se pressaient tumultueusement dans sa tête,—il allait revoir son frère.
Réjouis-toi,—honnête Penckel, tu sauras plus tard qu’à la fin de la vie les gens que tu aimes t’auront causé plus de chagrins, et de plus profonds, que tes ennemis.—Il est introduit.
—Monsieur, lui dit M. Delessert,—le M. Penckel dont vous êtes inquiet est retrouvé, du moins à peu près.
—Où est-il?
—Je ne le sais pas précisément, mais on est sur sa trace, et on ne peut tarder à connaître son adresse.—Voici ce qu’à force de soins, de recherches et de peines, la police a découvert.—Ce M. Penckel est Allemand.
—Je le sais.
—Il a été en Russie.
—Vraiment!
—Puis en Italie.
—Pas possible!
—Où il s’est marié.—De là, il est rentré en France, et il a logé rue du Helder, nº... C’est là qu’on a perdu ses traces, on ne sait plus où il est allé et on l’a perdu de vue.
—Eh bien! monsieur le préfet, je puis compléter vos renseignements.
—Comment cela?
—De la rue du Helder, M. Penckel est allé demeurer rue du Bac.
—Ah!
—Numéro...
—Vraiment?
—Et, aujourd’hui même,—comme il allait se mettre à table,—on est venu le chercher de votre part,—il est accouru sans chapeau,—et il est devant vous, où il admire votre profonde sagacité.
—Monsieur...
—Monsieur,—ce M. Penckel dont vous me parlez, sur lequel vous avez découvert tant de choses,—et dont vous avez perdu la trace rue du Helder, —c’est moi;—celui sur lequel je vous avais demandé des renseignements, c’est mon frère, Ludwig Penckel.—Vos gens se sont trompés.
image d’une guêpe Il y avait à la Salpêtrière un garçon de salle appelé François.
Un jour, à l’heure du dîner, on appelle François.
On cherche François; pas de François;—c’était lui qui servait à table;— grand embarras.—Cependant on se passera de lui.
On sert le potage.
Les malades le trouvent excellent.
La marmite de la Salpêtrière est grande comme une chambre.—On met et on retire la viande avec un croc pendu à une poulie.
Le potage mangé, on descend le croc et on retire le bœuf.
—Ah ça! s’écrie un des domestiques, j’ai vu ce bouilli-là quelque part.
—C’est étonnant, dit un autre, comme il ressemble à François.
—Mais il a la veste de François!
—Mais c’est François!
C’était François qui, las de l’existence, s’était jeté dans la marmite.—On ne l’a pas mangé.
image d’une guêpe L’homme commence par l’enfance et finit par l’enfance;—mais ces deux états de faiblesse sont séparés par un long intervalle, un intervalle de vie, de force, d’action, de puissance. Le gouvernement représentatif, lui, a réuni ses deux enfances en une seule: enfance de faiblesse et enfance de décrépitude;—enfance qui suit le néant et enfance qui le précède.—Le gouvernement représentatif, semblable aux enfants morts sans baptême, ne tardera que quelques années à s’en aller dans les limbes;—enfant ridé et décrépit, enfant mort de vieillesse avant d’avoir vécu.
image d’une guêpe C’est singulier comme l’habitude nous rend indifférents pour les choses les plus révoltantes, à un tel degré que nous ne les voyons pas, quoique tous les jours elles se passent sous nos yeux.
Ainsi, une petite bourgeoise qui a de l’ordre et qui tient bien sa maison, quelque jolie, mignonne et dégoûtée qu’elle puisse être,—envoie le matin sa cuisinière à une de ces morgues où les bouchers étendent des cadavres d’animaux—sans que cela attriste ni dégoûte les passants.
Puis, vers six heures, on se met à table,—et la maîtresse du logis,— bourgeoise—ou non,—supposez-la, si vous voulez, la plus élégante et la plus belle,—la plus éthérée et la plus diaphane,—dissèque et fouille successivement divers cadavres, s’efforçant de se rappeler de quel morceau du corps mort aime à se repaître tel ou tel convive.
Celui-ci veut que le cadavre soit encore saignant;
Cet autre le préfère un peu plus cuit;
Elle engage son voisin à manger l’œil du veau,—ou telle autre partie du cadavre qui passe pour plus délicate et plus recherchée.
Voici un homme qui n’a plus faim;—mais il mange encore.—C’est si amusant de faire tenir dans son estomac le plus de cadavre possible!— D’ailleurs, quelques-uns se font gloire d’être gros mangeurs,—et c’est leur position dans le monde.
Et puis, on a mêlé à tous ces corps morts des ingrédients qui en hâtent la décomposition dans l’estomac et permettent d’en entasser davantage.— Entre les animaux qui mange de la chair,—l’homme est le seul qui en mange pour son plaisir, c’est-à-dire au delà de sa faim.
De telle sorte qu’il m’est arrivé plus d’une fois—de voir à mes yeux se métamorphoser tout à coup la femme la plus gracieuse, donnant à dîner,— en une goule partageant un cadavre à une volée de corbeaux affamés.
Il est vrai qu’on a ajouté à tout cela l’usage dégoûtant de se rincer la bouche à table,—sordide propreté dont, pour ma part, j’ai soin de m’abstenir.
image d’une guêpe A propos de dîner, il faut encore remarquer que beaucoup de gens, en invitant, songent beaucoup moins à être agréables aux gens qu’ils reçoivent qu’à les écraser par l’opulence de leur maison,— beaucoup plus à les étonner qu’à les nourrir.—C’est dans ces maisons surtout qu’on mange des primeurs,—c’est-à-dire des légumes qui ont besoin d’être étiquetés pour qu’on ne les prenne pas au goût pour une seule et même herbe sans saveur. Beaucoup de personnes, en vous donnant des pois verts à certaines époques, n’ont évidemment d’autre intention que de vous montrer des pois chers.
image d’une guêpe J’ai déjà, à plusieurs reprises, donné à M. le comte de Montalivet la preuve d’estime de lui dénoncer à lui-même les abus qui se commettent dans son administration.
Je viens aujourd’hui lui apprendre qu’on fait du roi de France un jardinier et un fruitier,—et que les autres jardiniers et les autres fruitiers, ses confrères, se plaignent amèrement de lui.
Il y a à Versailles,—au château,—un potager fort beau et fort bien cultivé par le jardinier Grison. Ce potager produit beaucoup au delà de la consommation du château, surtout en fruits et en légumes de primeurs;— vous croyez peut-être que le surplus est consacré à des présents.
Nullement,—on le vend à beaux deniers comptants à divers fruitiers de Paris.
Et, comme ceux qui vendent les produits de Versailles les ont pour rien, ils les donnent aux marchands à un prix auquel les producteurs industriels ne peuvent abaisser les leurs.
Pour vous montrer que je suis bien instruit, nous allons procéder par exemples.
EXEMPLE:—Il n’y a qu’un seul jardinier qui fasse des haricots verts de primeur,—c’est un nommé Gauthier qui demeure au Petit-Montrouge.
Cette année, au 20 février, on n’avait encore vendu que deux fois des haricots verts à Paris.
Les premiers par le roi,—les seconds par M. de Rothschild, qui a un jardin à Boulogne,—à Maillez, fruitier, marché Saint-Honoré.
Aujourd’hui Gauthier, qui, avec moins de ressources que ses deux rivaux, arrive cependant presque en même temps qu’eux,—est obligé, pour rentrer dans ses frais, de vendre ses haricots vingt ou vingt-quatre francs la livre,—tandis que ses concurrents, le roi de France et M. de Rothschild, les donnent à meilleur marché.
L’année dernière,—Gauthier, plutôt que de donner ses haricots à vil prix, a mieux aimé en faire des présents.
C’est agir royalement.
AUTRE EXEMPLE:—L’an dernier, à Trianon, pour un dîner qui devait avoir lieu, on avait demandé trente ananas au potager de Versailles;—le dîner n’eut pas lieu, et le lendemain les ananas étaient vendus à Bailli, glacier, rue Neuve-des-Petits-Champs,—à un prix auquel ne peuvent les céder les producteurs, auxquels chaque ananas coûte de huit à quinze francs.
Autrefois, les cultivateurs de Versailles obtenaient la permission de faire prendre dans la forêt de la terre de bruyère, nécessaire à leur travail, qui y est fort bonne;—mais la liste civile a pris le parti de la réserver pour le potager de Versailles et pour les pépinières de Trianon,—tandis que les jardiniers marchands sont obligés de la tirer de Palaiseau et de Saint-Léger, c’est-à-dire de quatre à cinq lieues de là.
Les jardiniers ont un si grand besoin de feuilles d’arbres ramassées et de mousse, qu’ils les payent, l’hiver, huit ou neuf francs par voiture. Il y a quelques années, les pépiniéristes ont fait une pétition pour demander la réforme de quelques abus, et on leur a supprimé la permission de ramasser des feuilles,—permission qui, du reste, leur a été rendue depuis.
Je sais bien,—monsieur le comte,—qu’Abdalonyme était jardinier avant d’être roi,—et que Dioclétien le fut après avoir été maître du monde;
Mais je ne vois aucun prince qui ait cumulé ces deux professions de roi et de maraîcher, et qui les ait exercées simultanément.
J’en excepterais un duc de Pirmasentz, ville de soixante-dix-huit maisons, dont j’ai raconté l’histoire dans un livre appelé Einerley, et qui cultivait des œillets,—mais celui-là ne les vendait pas.
Croyez-vous, monsieur le comte, qu’il soit bien utile à la gloire du roi Louis-Philippe qu’il soit le premier à donner ce spectacle?
Voici ce que me rapporte une guêpe, qui a passé les barrières et qui est allée du côté de Versailles pour voir si le printemps s’avance.
image d’une guêpe On lit dans un journal, sous la rubrique de Calais: «L’éclipse de lune a été la cause bien involontaire de l’échouement d’un de nos bateaux pêcheurs.»
image d’une guêpe Voici des choses un peu fortes que me dit une guêpe nouvellement enrôlée dans mes escadrons.—Si quelqu’un avait des preuves à me donner contre les assertions de ma nouvelle recrue,—je les accepterais et les enregistrerais avec plaisir,—ainsi que je le fais et le ferai toujours chaque fois qu’on me démontre ou me démontrera que j’ai été ou que j’aurai été mal informé.
Le maréchal Soult nous a appris entre autres choses, dans la séance du 22 janvier, qu’il avait gagné la bataille de Marengo tout en défendant Gênes.
Cette victoire, si opiniâtrément disputée par les Autrichiens au premier consul Bonaparte, ne lui est pas moins vivement contestée par les Français.
Du vivant de l’Empereur, certaines gens prétendaient que c’était le général Desaix qui avait gagné la bataille. Le fait est qu’il y fut tué.
Sous la Restauration, feu le duc de Valmy passait pour avoir gagné la bataille par une certaine charge de cavalerie.
Voici maintenant M. le maréchal Soult qui nous apprend qu’à lui seul est dû l’honneur de cette victoire, de même que celle d’Austerlitz.
Il y a trois ans, M. le maréchal Clauzel, dans ses Explications, apprit à toute la France qu’il avait gouverné Raguse et couvert de belles routes toute la côte dalmate. Il se vantait, en outre, d’avoir amené son corps d’armée à l’Empereur sur le champ de bataille de Wagram.
Vérification faite, il se trouva que tout ce que ledit maréchal Clauzel croyait avoir fait appartenait en propre au maréchal Marmont, duc de Raguse, sous les ordres duquel M. Clauzel était alors employé.
Pendant quinze ans le maréchal Macdonald s’est laissé appeler par tous les journaux vainqueur de Raab.
Cette bourde a été reproduite dernièrement par M. Ph. de Ségur dans un éloge qu’il a prononcé en Chambre des pairs.
Le fait est que la bataille de Raab a été gagnée par le prince Eugène Beauharnais, qui commandait l’armée d’Italie; à la vérité, le maréchal Macdonald, alors général de division, servait sous les ordres de ce prince, mais il n’assista même pas à cette bataille, étant avec sa division à une journée en arrière.
Toutes ces choses pourraient bien devenir de l’histoire si la critique contemporaine n’y met bon ordre. Celui de nos maréchaux qui vivra le plus longtemps finirait par avoir gagné, à lui tout seul, toutes les batailles de la Révolution et de l’Empire.
image d’une guêpe Nous avons déjà parlé des avantages incontestables que procurent au pays les fréquents changements de ministère dont nous jouissons depuis quelques années. A peine les administrations et les institutions ont-elles commencé à recevoir une impulsion dans une ligne quelconque,—qu’un autre ministère vient changer la direction pour une autre, qui sera encore changée avant qu’on ait atteint aucun but.
Il y a encore d’autres agréments attachés à ce système, agréments qu’il n’est peut-être pas mauvais de dévoiler. Les ministres sortants— ressemblent à ces marins—dans une scène fort bien décrite par M. Sue,— qui, après dîner, s’amusent à jeter, par les fenêtres, la vaisselle et les meubles. On pourrait encore les comparer à ces marchandes de salade de la halle, qui, chassées à une certaine heure par les sergents de ville,—offrent, à un vil prix, le reste de leur marchandise.
Au moment du départ, toutes les complaisances, toutes les amitiés, tous les dévouements, sont admis à une grande curée de tout ce qui reste à la disposition des ministres: les croix, les emplois, l’argent, sont distribués à la manière des comestibles aux anciennes fêtes publiques.—Pendant que le ministre s’en va,—on l’arrête sur l’escalier, dans la cour,—à la porte du ministère,—il est encore un peu ministre: on lui fait signer, signer, signer. Tout cela se fait avec tant de confusion, qu’il est arrivé quelquefois, par hasard, et sans mauvaise intention, que l’on ait commis quelque mesure utile, que l’on se soit laissé aller à décerner une récompense méritée. Le plus sûr est pourtant de ne pas s’y fier.
Il est un reproche qu’on me fait fréquemment.—Je reçois une lettre ce matin qui est la soixantième, contenant à peu près les mêmes choses; je réponds aux soixante lettres et aux soixante reproches à la fois: Pourquoi n’avez-vous pas de couleur?
Il faut que j’explique ce qu’on appelle,—en journalisme,—avoir une couleur. Quand vous voulez avoir une couleur,—je vous fais grâce des nuances,—vous annoncez que vous êtes pour ou contre le pouvoir.
Si vous êtes pour le pouvoir, de ce moment vous êtes enchanté de tout ce qu’il fait et de tout ce qu’il fera; s’il pleut, vous en rendez grâce à sa haute sagacité, à sa paternelle prudence. Si le pouvoir dit: «Comment vous portez-vous?» vous citez le mot charmant; les cheveux de M. Bugeaud vous paraissent blond cendré; M. Fulchiron est un poëte distingué. Le pouvoir ferait guillotiner la moitié de la nation, brûler les moissons, rôtir les enfants, que vous n’en feriez pas moins l’éloge de son inépuisable bonté.—Si vous êtes dans l’opposition, tout ministre est un voleur, un traître. Le roi ne peut se promener dans son jardin sans que vous vous croyiez obligé de crier à la tyrannie et à l’arbitraire. A tout homme qui éprouve des contrariétés de la part de la police vous êtes obligé de tresser des couronnes. Le gouvernement répandrait l’abondance, la paix, l’union, dans toute la France, que ce n’en serait pas moins pour vous un gouvernement absurde, ennemi du pays, et qui pèserait sur la France.
image d’une guêpe Ne pas avoir de couleur, c’est ne suivre de règle que le sens commun, c’est blâmer le mal, louer le bien, rire du ridicule, quel qu’en soit l’auteur; c’est garder entre tous les partis du bon sens, de la bonne foi, du jugement et de l’esprit.
image d’une guêpe Grande nouvelle: les journaux nous annoncent que nous avons enfin un poëme épique, la divine épopée.—Il paraît que c’est une chose fort agréable et fort utile que d’avoir un poëme épique,—car dans tous les temps on a agité cette question: «Avons-nous un poëme épique?» Tous les vingt ans—il en paraît un nouveau,—et on dit alors: «La France n’avait pas de poëme épique.»
Si un poëme épique se compose de quelques milliers de vers très-ennuyeux, nous avions la Henriade de Voltaire, dont la France—ce me semble—aurait pu se contenter.
J’ai toujours entendu dire que la Henriade est un poëme épique;—un poëme épique est une chose dont on est fier, mais qu’on ne lit pas.
Je ne trouve pas que le peuple français,—en cette circonstance,—montre un enthousiasme suffisamment frénétique.
On a cependant fait beaucoup d’annonces pour apprendre audit peuple français l’événement qui devait le combler de joie.
Mais—entends donc,—peuple français, entends donc—la bonne nouvelle.—Peuple français, tu as un poëme épique;—la nature non plus ne se met guère en harmonie avec la circonstance,—l’hiver recommence,—les sureaux et les chèvrefeuilles, qui étaient tombés dans le piége que leur tendaient quelques rayons de soleil, ont vu sécher leurs premières feuilles déjà sorties,—absolument comme si nous n’avions pas de poëme épique;— mais qu’est-ce que cela te fait,—peuple français?—tu as un poëme épique; —du reste, c’était le vrai moment d’en avoir un.
image d’une guêpe On s’occupe beaucoup à la Chambre et dans les journaux de la loi sur la propriété littéraire.—On a déjà prononcé beaucoup de discours, on a écrit de longues pages, et nous ne sommes pas au bout. Il y a quelques années déjà,—au milieu d’une discussion sur le même sujet,— j’avais proposé une loi, qui a été jugée, en ce temps-là, par les meilleurs esprits, si simple, si raisonnable, qu’on n’y a pas trouvé la moindre objection. Ce projet de loi, le voici,—j’ai lu tout ce qu’on a dit, tout ce qu’on a écrit sur la question; il répond à tout:
ARTICLE UNIQUE. La propriété littéraire est une propriété.
Et cette propriété, une fois reconnue, rentrerait dans toutes les lois et ordonnances relatives à la propriété en général. Cela est simple,—cela est facile à trouver,—ce qui n’empêche pas que cela ne sera pas pris en la moindre considération.
image d’une guêpe On a frappé de ridicule l’ancien amour romanesque, —qui attendait cinq ans un regard,—cinq autres années un ruban,—cinq autres années un baiser sur la main, et n’arrivait à recevoir le prix de son douloureux martyre que lorsque ce prix était considérablement avarié et décrépit.—Cependant l’amour ressemble beaucoup à un jardin au bout duquel on arriverait en trois pas, si le chemin à faire n’était prolongé en une foule de petites allées tournant capricieusement, fleuries et embaumées.
La nature avait donné à l’homme sa femelle, comme à tous les animaux, —c’est l’homme qui a inventé la femme,—et c’est sa meilleure invention.
En ce temps-là, les romans et les romances ne vous peignaient que des Amadis ténébreux et des Galaors mélancoliques—chantant leur martyre dans leur délire, etc.
Aujourd’hui on a changé cela comme bien d’autres choses; les romans et les romances ne représentent plus que des femmes méprisées,—se roulant, se tordant aux genoux d’un homme,—ce qui est assez laid.
image d’une guêpe La même manie de changement qui a fait mettre sur les adresses le numéro avant la rue,—a amené quelque chose de plus grave et de plus satisfaisant pour la vanité des gens;—autrefois, quand on perdait un parent,—la formule des lettres de faire part était celle-ci:
«Nous avons l’honneur de vous faire part de la perte de M..., etc.»
Puis, au bas de la lettre, en caractères plus petits, on ajoutait: «De la part de M. et de M...»
Il est évident que le mort jouait le premier rôle et que les parents, simples comparses,—n’avaient que le petit plaisir collectif et indirect d’étaler les titres et les décorations de leur mort. Cela ne pouvait durer ainsi, et on a changé la formule; on écrit aujourd’hui: «M..., chevalier de... de... et de...; M. le président de..., madame la marquise de..., etc.;» puis, quand il n’y a plus ni noms, ni titres, on ajoute au bas: «Ont l’honneur de vous faire part de la mort de...»
Ce qui me paraît peu décent;—mais de ce temps-ci tout le monde veut tellement paraître, qu’on est jaloux de l’attention posthume qu’usurpe le pauvre mort.
J’ai sous les yeux un exemple curieux de ce nouvel usage. Il s’agit de la mort de M. le baron Bl*** de B***, mort à Versailles.—Eh bien! si, averti par l’encadrement noir de la lettre, vous voulez savoir lequel de vos amis vous avez à regretter, il faut lire d’abord dix-sept noms suivis chacun de deux à trois lignes de titres et de décorations en petit texte, avant d’arriver au nom du mort, que rien ne sépare des noms de ses parents, afin qu’il soit impossible de le lire sans avoir préalablement lu les autres. Mais il s’est glissé dans cette lettre une singulière erreur:—on a confondu l’ancienne et la nouvelle formule, et on s’y est considérablement embrouillé.
Dans l’ancienne formule—on mettait: «De la part de MM. tels et tels, de mesdames telles et telles,—ses frère,—cousin,—neveu,—nièce, etc.»
Dans la nouvelle,—on doit mettre: «MM. et mesdames tels et telles vous font part de la mort de M. Bl*** *** de B, leur frère, cousin, oncle, etc.»
Dans la lettre de faire part de M. Bl*** de B***, on a confondu les deux formules,—et on dit: «MM. et mesdames tels et telles vous font part de la mort de M. Bl*** de Bl***,—leur père, beau-père, etc.,—nièce et petite nièce.»
De telle sorte que ce vieillard de quatre-vingt-trois ans se trouve, dans la lettre qui annonce sa mort, être la nièce et la petite-nièce de mesdemoiselles trois et quatre étoiles.
image d’une guêpe Je viens de lire dans un journal que feu M. de Quélen, l’archevêque de Paris,—s’était adjoint—je ne sais plus quel prélat, —pour l’aider à supporter le fardeau de l’épiscopat.—Cela me rappelle que je vois de temps à autre dans d’autres feuilles et j’entends dire à la tribune —le poids des affaires publiques,—le faix de la royauté,—etc., etc.
Ces phrases étaient bonnes à la rigueur et pouvaient espérer des dupes quand il était d’usage de couvrir son ambition et son avidité d’un manteau d’amour du bien public et de désintéressement;—mais elles sont bien ridicules aujourd’hui—que l’on joue les plus vilains jeux, cartes sur table.
image d’une guêpe UN BIENFAITEUR A BON MARCHÉ.—Un homme fort riche se délasse des travaux qu’il ne fait guère à la Chambre et de ceux qu’il fait faire à son argent—par des amours cachées; modeste, il n’a pas la prétention d’être aimé tout à fait pour ses avantages extérieurs. Il ne peut pas, comme César, donner un royaume à la femme qu’il aime;—il n’a pas de royaume, et, s’il en avait un, il ne le donnerait pas,—il le prêterait plutôt à quinze pour cent.
La belle, un de ces jours derniers,—était en conversation avec un rival heureux de son bienfaiteur—lorsque tout à coup la sonnette se fait entendre.
—C’est lui!
M. de *** se trouble.
—N’aie pas peur, mon ami,—je l’aurai bientôt renvoyé: j’ai un moyen.
On cache l’ami dans un cabinet.—Le bienfaiteur arrive:
—J’ai sonné bien longtemps,—dit-il.
—J’étais occupée à mettre en ordre des mémoires;—je dois à tout le monde,—vous êtes un horrible avare,—vous ne me donnez rien,—je suis dans la misère.
—Mais, ma bonne...
—J’attends des fournisseurs,—des créanciers.
—Mais...
—Tenez, allez-vous-en,—je ne peux pas supporter votre présence.— Allez-vous-en,—vous reviendrez demain.
Le bienfaiteur s’en va.—En sortant—il laisse clandestinement sur la cheminée un billet de mille francs. La belle ne s’en aperçoit pas et le reconduit—pour être plus certaine de son départ.
M. de ***, qui a vu le geste,—sort de sa cachette,—voit le billet de mille francs et le met dans sa poche.
—Comment, mon cher ange, dit-il à la déesse,—tu es gênée et tu ne m’en dis rien;—tu me caches tes chagrins, à moi qui serais si heureux de les effacer!—mais c’est mal,—c’est très-mal!—Comment,—tu ne pouvais pas me dire: «J’ai besoin d’argent.» Je suis bien en colère contre toi.—Tiens, j’ai là un billet de mille francs,—je veux que tu le prennes;—je ne te pardonnerai qu’à cette condition.
La belle hésite,—sans s’exposer cependant à être prise au mot.—M. de *** insiste,—fait accepter le billet de mille francs de son rival,—et s’échappe pour aller conter l’anecdote au foyer de l’Opéra.
image d’une guêpe M. le marquis de Basincourt, qui pendant les désastres de Lyon a négligé ses propriétés pour celles des pauvres habitants, qui a sauvé à la nage la vie de plusieurs personnes en danger,—a distribué de l’argent et du pain à ceux que l’inondation avait le plus maltraités, a été nommé officier de la Légion d’honneur.
C’est très-heureux et très-flatteur... pour la croix,—et c’est tout au plus si elle le mérite.
image d’une guêpe A la Chapelle-Saint-Denis, le cimetière est tenu par un homme qui n’a d’autre charge que d’enterrer les corps qui lui arrivent.— Il n’a pas de registres, et, conséquemment, ne peut donner aucun renseignement.—Une fois qu’il a mis ses morts en terre, tout est fini pour lui, et, à ce qu’il croit, pour les autres, tellement que l’autre jour il trouvait fort mauvais la colère où était un monsieur qui cherchait une fosse sans pouvoir la reconnaître; il n’a jamais pu la lui indiquer.—Une autre personne, plus favorisée, a été guidée par lui; mais, comme il ne va lui-même qu’au hasard, il l’a conduite sur une tombe où était un autre mort que le sien,—ce dont elle ne s’est aperçue—qu’après une assez considérable effusion de larmes pieuses.
Ce quiproquo de douleur rappelle ce qui se passa à Paris à l’église des Petits-Pères—à l’époque du choléra:—on prenait les morts dans des tapissières, où on en entassait une douzaine en ayant soin seulement de numéroter les cercueils.
Arrivé à l’église, le cocher faisait porter chaque bière pendant quelques instants dans le chœur.
Allons, nº 1;—les parents du nº 1, venez pleurer votre mort; assez pleuré le nº 1;—passons au nº 2.
Allons, les parents du nº 2,—finissons-en, nous ne sommes pas ici pour nous amuser,—dépêchons la douleur,—pleurons un peu vite.
Tout cela alla fort bien jusqu’au moment où on arriva au nº 6:— comment distinguer le nº 6 du nº 9;—l’un de ces deux chiffres peut être l’autre renversé.
A qui le mort?—voyons;—eh bien! les parents du nº 6 et les parents du nº 9;—pleurez ensemble et partons.
image d’une guêpe Les Français ont eu longtemps un ridicule qu’on retrouve du reste plus ou moins chez les autres peuples,—c’est la prétention d’être invincibles.—On en a vu récemment une dernière manifestation lorsque messieurs les députés s’emportèrent si fort contre M. Bugeaud, qui avait osé dire que les Français avaient été quelquefois battus dans le commencement des guerres de la République.
image d’une guêpe Remarquons en passant, à propos de M. Bugeaud,— que son discours en faveur de la paix a été récompensé par un commandement militaire.
Revenons à notre sujet:—la nouvelle prétention des Français est aujourd’hui d’être humiliés, insultés, foulés aux pieds;—vous avez vu le gâchis où ont failli nous mettre M. Thiers et les affaires d’Orient;—depuis ce temps il est impossible qu’un cuisinier anglais fasse une sauce,—qu’un serf russe coupe un arbre,—sans que les journaux annoncent à la France que c’est dans l’intention de l’insulter;—les bonnes gens le croient et sont prêts à crier comme le père du Cid:
C’en est fait,—prends ma vie avec un tel affront,
Le premier dont ma race ait vu rougir son front.
On prend des attitudes abattues,—des airs déshonorés à n’en plus finir.
Dernièrement des carrés de papier (organes de l’opinion publique) avaient fait croire aux Français que l’on jouait à Londres une pièce injurieuse pour notre honneur national,—intitulée le Coq gaulois chante, mais il ne se bat pas.
Les Français se sont indignés, sans penser que pendant quinze ans, en France, il ne s’est pas joué un seul vaudeville,—où il n’y ait eu un Anglais bafoué et battu.
Indignation de plus en plus véhémente des carrés de papier,—et par contre-coup du peuple français.
Pendant ce temps, Victor Bohain,—qui est aujourd’hui à Londres, et qui, —lorsqu’il demeurait à Paris, n’allait au théâtre que pour y dormir,—s’est mis à courir les théâtres de Londres, et n’a pu voir ni la pièce en question, ni rencontrer quelqu’un qui l’eût vue quelque part.
image d’une guêpe PROGRÈS DE L’ANNONCEP:—On lit dans divers journaux:
«M. Lacordaire prêchera dimanche à Notre-Dame, en habit de franciscain.»
Cela rappelle beaucoup les affiches des théâtres de province qui annonçaient que mademoiselle Georges jouerait avec tous ses diamants.
image d’une guêpe Au bal déguisé de lundi chez la reine, où toutes les femmes étaient brillantes, on a remarqué madame la duchesse de Nemours, qui était admirablement belle dans un costume choisi par le roi, qui avait mis tous ses soins à la rendre encore plus jolie.
Les princes étaient tous fort exactement costumés. On a dansé jusqu’à cinq heures.
Le lendemain,—le prince de Joinville,—le duc de Nemours—et le duc d’Aumale—ont demandé à M. L... un bal où ils sont arrivés déguisés, le premier en débardeur,—le second en hussard,—le duc d’Aumale en marin; —ils se sont fort amusés,—et se sont laissés aller à mille folies, entre autres de déchirer les habits de ceux qui n’étaient pas déguisés.—Leur danse a été si animée, que, dans un établissement public, elle eût inévitablement éveillé la sollicitude des sergents de ville.—Le duc de Nemours a ôté son habit.—Il est possible,—comme dit le vieux journal, le Constitutionnel, dans ses jours de terreurs,—que nous dansions sur un volcan;—mais il faut dire que nous y dansons beaucoup.
image d’une guêpe Voici une anecdote que m’a racontée un jour,—en dînant chez notre ami G ***,—ce bon général Clary, qui vient de mourir subitement:
Il était lieutenant, et se trouvait à dîner à la campagne avec le général Lasalle.—Un bourgeois arriva un peu en retard et fort en désordre,—et dit pour s’excuser qu’il avait mis pour la première fois au cabriolet un cheval très-vigoureux qu’il avait;—que le cheval s’était emporté, avait rompu les brancards; que son domestique était blessé, et que c’était un grand hasard si lui n’avait pas été tué;—que, du reste, il avait donné ordre à son domestique de reconduire le cheval sans l’atteler.
—Il est donc bien difficile?—demanda le général Lasalle:
—Si difficile—que je considère comme impossible de l’accoutumer jamais à la voiture.
—Voulez-vous me prêter votre cheval et votre cabriolet pour m’en retourner à la ville après dîner?
—D’abord, mon cabriolet est brisé,—et, ne le fût-il pas, je ne voudrais pas vous exposer à un danger que je crois très-grand et inévitable.
—C’est égal, j’y tiens.—Obligez-moi, mon cher, dit le général au maître de la maison, de me faire avoir un cabriolet.
On veut détourner le général, mais il se montre si décidé, qu’on lui cède.
—Lieutenant Clary, dit-il, voulez-vous m’accompagner?
—Certainement, général.
Après dîner,—on attelle le cheval;—Clary et Lasalle allument chacun un cigare,—et montent dans le cabriolet après avoir subi de nouvelles observations.
Le cheval gagnait à la main, et portait le nez au vent.—Le bruit des roues l’effrayait au point de lui faire faire des bonds convulsifs.—Lasalle, qui était très-vigoureux,—le maintenait de toutes ses forces.—Bientôt il fut obligé de tourner chacune des rênes autour de ses mains;—mais on arriva à une chaussée pavée,—le bruit des roues augmenta;—le cheval devint fou et s’emporta tout à fait, malgré les efforts de Lasalle.—La situation se trouva bientôt très-aggravée par cette circonstance qu’il se rencontra une colline à descendre. «J’avais assez peur,» disait Clary en racontant le fait.
Lasalle me dit: «Faites comme moi.»—Il me donna une des rênes,—il se mit à tirer sur l’autre de ses deux mains.
Mais bah!—le cheval ne courait que plus fort.
Alors Lasalle me dit froidement: «Rendez-moi la rêne.»—Je la lui donnai;—il noua les deux ensemble et les jeta par-dessus le tablier du cabriolet, sur le dos du cheval, croisa les bras et se remit à fumer son cigare, qui n’était pas éteint,—le mien l’était.—Le cheval alors—n’étant plus gêné, —se lança à travers la campagne, franchissant les fossés.
—Voulez-vous du feu, Clary?—me dit le général.
Mais à ce moment—le cheval, le cabriolet, Lasalle et moi, fûmes précipités au fond d’un ravin,—le cheval à moitié mort, le cabriolet brisé,— moi fort étourdi;—Lasalle, debout,—me répéta: «Voulez-vous du feu?»— Ma foi,—je rallumai mon cigare, qu’au moment de la chute j’avais machinalement et convulsivement tenu serré entre mes dents,—et nous continuâmes la route à pied.
image d’une guêpe Dans la discussion des fonds secrets, M. Thiers a dit qu’il n’y a plus à faire que de la politique extérieure,—le tout parce que sa femme ne veut recevoir que des étrangers, et parce qu’elle a du ruban violet et blanc. Ceci veut dire que, manquant d’idées pour gouverner et organiser son pays, il demande à remuer l’Europe pour que le bruit du monde empêche de voir le trouble de la France.
La gauche,—qui faisait de si longs discours contre les fonds secrets,— les a votés,—comme un seul homme,—en faveur de M. Thiers,—les marchande cette fois-ci à son successeur.—On n’est violée qu’une fois, ô gauche! et il est ridicule de jeter de si grands cris à la seconde.
image d’une guêpe Éloquence de M. Taschereau: «Ah!—oh!—hi!—han! —je demande l’appel nominal.»—(A propos de l’armée): «A bas les sinécures!»—A M. Guizot: «Allez à Gand!»—A M. Soult: «Vous n’étiez pas au siége de Troie.»
image d’une guêpe Le rapport des fortifications traîne en longueur à la Chambre des pairs, c’est déjà quelque chose que cette lenteur, comparativement à la pétulance de l’autre Chambre.
image d’une guêpe Nous avons cependant la douleur de répéter ici—que la coalition des Tuileries et du National l’emportera,—que les ambassadeurs, les généraux, les hommes dépendants, et tous ceux qui veulent le devenir,—se joindront pour voter le projet de loi—à une portion de la Chambre très-prononcée contre le projet en paroles, et qui se laissera attendrir. On craint la faiblesse de MM. Pasquier et Portalis.
image d’une guêpe M. Ancelot a été élu à l’Académie;—cette élection est entachée de vaudeville,—il faut l’avouer.
image d’une guêpe M. de Chateaubriand, qui n’écrit plus une ligne sans parler de sa mort et de sa sépulture,—semble s’être fait le saule pleureur de sa propre tombe.
image d’une guêpe La direction de l’Opéra, qui n’est que l’application du 1er mars à l’art dramatique, est menacée d’un changement de ministère. —C’est vers le 1er juin qu’aura lieu cette révolution;—on remarque déjà qu’il n’y a plus que la Favorite et plus de répertoire.