L'homme de Mittelwerk
Note de l’auteur
Mon frère et moi nous sommes rendus en Allemagne au cours de l’été 2019 pour retracer les pas de la 104e division d’infanterie des États-Unis qui a libéré Mittelbau-Dora et capturé Mittelwerk. Nous avons visité le centre historique d’Anvers et déjeuné au Quinten Matsys, qui n’a presque pas changé depuis le jour où Jack et Jordan s’y sont retrouvés, il y a soixante-quinze ans de cela. Nous avons pris un train pour Cologne et visité son immense cathédrale, en imaginant à quoi devait ressembler la ville après les bombardements aériens des Alliés. Nous sommes allés à Nordhausen pour y visiter le mémorial du camp de concentration de Mittelbau-Dora. Nous y avons vu les baraques, le terrain de parade, le portail principal et le crématorium, un minuscule bâtiment de deux pièces encore debout.
Nous avons ensuite retracé le chemin que Jack Waters a emprunté dans les tunnels de Mittelwerk, le 11 avril 1945. Depuis que les Russes ont tenté d’en sceller l’accès en faisant exploser l’entrée en 1948, l’endroit est resté à l’abandon. On y trouve encore des morceaux de moteur de V2, des gyroscopes rouillés et autres détritus.
L’été 2019, nous fêtions le cinquantième anniversaire du premier pas sur la Lune, un exploit qui fut rendu possible grâce à la fameuse fusée Saturn V de Wernher von Braun. Dans les années 1950, von Braun fut adulé en tant que héros américain et grand nom de la NASA.
Von Braun était un véritable héros américain, cela ne fait aucun doute. Mais il était aussi Sturmbannführer dans les SS. C’est lui qui a conçu les missiles V2 ayant servi à bombarder Londres et Anvers et s’est rendu à Mittelwerk une douzaine de fois durant la guerre. Quand les progrès se sont avérés trop lents à son goût, il est allé à Buchenwald pour y réquisitionner des milliers de travailleurs forcés, condamnant ainsi la majorité d’entre eux à une mort certaine. Plus de vingt mille prisonniers ont ainsi perdu la vie à Mittelwerk pour construire les missiles V2, soit cinq fois plus de décès que ceux causés par les bombardements des V2 eux-mêmes.
Ce roman ne prétend pas répondre à la question de savoir si les États-Unis auraient dû, ou non, recruter des scientifiques nazis, mais c’est une parabole de ce qui peut se passer si, tout comme Amy Hugo, on ouvre cette porte. Les personnages de cette histoire sont fictifs, mais Mittelwerk, la T-Force, la liste Osenberg, l’opération Paperclip et le projet Venona ont bien existé. Pendant plus de trente ans, la CIA et le FBI ont employé d’anciens nazis pour servir d’espions et d’informateurs dans la lutte contre le communisme.
Il existe de nombreux ouvrages de qualité traitant du projet Venona. Le meilleur d’entre eux est sans nul doute The FBI-KGB War de Robert J. Lamphere, l’agent qui, au cours de ses quatorze années de service au sein du FBI, a collaboré avec le MI5 et lancé le projet visant à décrypter les communications câblées top secrètes des Russes. Lamphere a contribué à dévoiler les activités de Klaus Fuchs, une révélation qui a conduit à l’arrestation de Harry Gold, de David Greenglass et des Rosenberg en été 1950. L’ouvrage de Lamphere se lit comme un thriller. Malheureusement, il n’est plus imprimé à ce jour mais est encore disponible d’occasion sur eBay.
Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur le recrutement des scientifiques nazis par les États-Unis, je recommande chaudement Operation Paperclip d’Annie Jacobsen. Aucun scientifique de l’opération Paperclip ne fut jugé coupable de crimes de guerre, que ce soit aux États-Unis ou en Allemagne, mais une poignée d’entre eux se virent forcés de quitter le pays dans des circonstances douteuses.
Dans l’ouvrage d’Annie Jacobsen, un long passage retrace les pas du major général Harry G. Armstrong, pionnier de la médecine spatiale et inventeur de la cabine pressurisée. Après la guerre, Armstrong a recruté des docteurs en aviation allemands pour le compte des États-Unis, dont son homologue, le directeur de la recherche aéromédicale de la Luftwaffe, le docteur Hubertus Strughold, qu’il avait rencontré lors de conférences dans les années 1930. Ils avaient connu une carrière similaire et sont rapidement liés d’amitié. Armstrong a été promu au rang de chirurgien général d’Air Force et Strughold est devenu scientifique en chef du service de médecine spatiale de la NASA. Strughold a fait l’objet de trois enquêtes distinctes pour sa participation présumée à des crimes de guerre commis sous le régime nazi. Il est mort en 1986 et reste, encore à ce jour, un personnage controversé.
Par le plus grand des hasards, il s’avère que Harry G. Armstrong est le grand-père de ma femme.
Zack Urlocker
Traverse City, Michigan
mzurlocker@gmail.com
www.mzurlocker.com
OceanofPDF.com