L'hypersensibilité, un super-pouvoir !
Chapitre 2 : Être hypersensible et intense : une différence cérébrale
Chapitre 2
Être hypersensible et intense:
une différence cérébrale
Grâce au progrès de la recherche en neurologie, les psycho-
logues commencent à porter un regard plus positif sur la
«neurodiversité» – le fait que nos cerveaux ne fonctionnent
pas tous exactement de la même manière. Au lieu d’éliminer
ce qui ne semble pas correspondre à «la norme», cela permet
d’observer les nombreuses façons dont les êtres humains
peuvent s’épanouir.
Nous naissons tous avec un tempérament unique, qui
repose sur des différences individuelles:
• biologiques;
• qui se manifestent très tôt;
• qui restent des caractéristiques constantes dans de nom-
breuses situations tout au long de la vie.
23
L’, -
L’hypersensibilité, l’intensité émotionnelle
et l’empathie extrême sont des traits qui se
recoupent et contribuent au tempérament
d’une personne hypersensible et intense.
Ce sont des différences cérébrales qui vous accompagnent
dès le départ. Dans ce chapitre, nous nous pencherons sur
des concepts, des études et des théories de psychologie pour
mieux comprendre les origines de ces traits, les dons qu’ils
représentent et la manière de les exploiter.
Certains d’entre nous naissent avec une
sensibilité plus exacerbée
Dès la naissance, nous nous distinguons les uns des autres
par la façon dont nous réagissons aux sensations et aux
stimuli externes 1 . Jerome Kagan, psychologue à Harvard et
spécialiste du développement, a été le premier à étudier la
sensibilité sous l’angle de la différence cérébrale. Au cours
de ses recherches, il a établi que certains bébés réagissaient
davantage à des stimulations telles que des odeurs fortes ou
des sons très bruyants; ils semblaient aussi plus perturbés par
la présence d’étrangers. Ces réactions avaient une explication
biochimique: leurs cerveaux sécrétaient des taux plus élevés
de norépinéphrine (l’équivalent cérébral de l’adrénaline) et
d’hormones du stress telles que le cortisol 2 . Cela préparait
ces bébés à mieux détecter les menaces mais, bien que ce soit
un avantage d’un point de vue évolutif, ils réagissaient aussi
rapidement à des facteurs de stress bénins. Une fois adultes,
les individus sensibles sont plus susceptibles d’accumuler
24
Ê :
du stress, ce qui se traduit par des troubles physiologiques
comme des douleurs chroniques, de la fatigue, des allergies
ou des céphalées migraineuses.
Les personnes hypersensibles
Le concept de l’hypersensibilité se répand auprès du grand
public en 1995, grâce au livre d’Elaine Aron publié en fran-
çaisen2005sousletitreCes gens qui ont peur d’avoir peur:
mieux comprendre l’hypersensibilité 3 . Aron suggère que 15
à 20 pour cent de la population est hypersensible et que ce
phénomène concerne aussi bien les hommes que les femmes.
Comparativement à la population moyenne, les personnes
hypersensibles ont un système immunitaire et un système
nerveux plus réactifs. Cela signie qu’elles éprouvent des
sensations physiologiques et psychologiques plus fortes en
réponse à des stimuli tels qu’un bain de foule, une odeur
forte, une surface rugueuse ou un son bruyant. Comme les
adultes, les enfants hypersensibles sont facilement perturbés
par des changements soudains; ils ont tendance à sentir et à
absorber la détresse émotionnelle des autres. Selon le tempé-
rament de leurs parents, ils seront toutefois perçus de façon
opposée. Certains seront considérés comme «différents»,
«sensibles» ou «timides», alors que d’autres seront vus
comme «agités», «têtus» ou même «difciles».
Voici quelques-uns des traits de caractère et réactions
typiques d’une personne hypersensible d’après l’autotest
conçu par Aron en 2019 4 :
• sursauter facilement;
• être très sensible à la douleur physique;
25
L’, -
• perdre son calme quand on a beaucoup de choses à faire
dans un laps de temps rédui t;
• apprécier les senteurs, goûts, sons ou œuvres d’art délicats
ou rafnés;
• être facilement déstabilisé(e) par les lumières vives, les
odeurs fortes, les tissus rêches ou le bruit des sirènes;
• avoir besoin d’éviter les scènes violentes dans un lm ou
un feuilleton télévisé;
• avoir besoin de s’isoler dans sa chambre ou dans une pièce
sombre quand la journée a été agitée et être soulagé(e)
par le fait d’être seul(e).
À cette dénition de l’hypersensibilité, nous ajoutons
dans ce livre la notion d’intensité. Bien qu’il y ait entre ces
deux traits de considérables recoupements, une dimension
de rigueur, de rapidité, de passion et d’excitabilité doit être
ajoutée à la description d’une personne intense. Selon le
concept d’origine des personnes hypersensibles, les indivi -
dus sensibles sont décrits comme étant facilement surpris
et troublés. Ils sont perturbés par le changement et, dans
un environnement compétitif, ils se montrent nerveux ou
déstabilisés (à l’exception d’une sous-catégorie minoritaire
de personnes hypersensibles en quête de sensations fortes).
En général, on leur conseille de faire des choix de vie qui
leur permettent de se protéger des situations déroutantes.
La plupart des thérapeutes et des livres de développement
personnel qui s’adressent aux personnes hypersensibles
insistent sur le besoin de limiter les stimulations 5 et d’éviter
les situations difciles à contrôler. Toutefois, si vous êtes
hypersensible et intense, ces conseils sont insufsants. Pour
vous, ne pas être stimulé(e) est tout aussi problématique que
26
Ê :
l’être trop. Ce n’est pas en évitant toutes les expériences
que vous trouverez le bien-être, mais plutôt en identiant
le degré d’intensité adéquat. Pour atteindre un état de
«ow» 6 , il faut un certain degré de vigueur appliqué à
tous les aspects de votre vie, notamment le travail, l’amour,
l’amitié et les activités quotidiennes. Par exemple, vous
pouvez ne pas être satisfait(e) par une relation qui n’est pas
sufsamment stimulante, tout comme vous pouvez risquer
le burn-out au travail si vous vous voyez coner des tâches
intellectuellement trop faciles. Dans ces contextes, les dés,
la concurrence et le fait d’être mis(e) en avant peuvent vous
aider. Le bien-être, quand on est une personne hypersen-
sible et intense, est une question d’équilibre – il s’agit de
trouver la bonne dose de dés intellectuels, émotionnels et
physiques, au lieu de s’enfermer dans une bulle protectrice
et de ne pas proter de la vie.
Orchidées et pissenlits
Étant donné la façon dont la société continue à stigmatiser
la sensibilité émotionnelle, on peut se demander si être
né particulièrement sensible est un désavantage. Est-ce
que cela suppose que l’on sera confronté à des difcultés
toute sa vie ? Pour tenter de répondre à ces questions,
Thomas Boyce a élaboré la «théorie del’orchidée et du
pissenlit» 7 .
Boyce et son équipe ont étudié le développement d’en-
fants sur le long terme. Ils ont établi qu’environ 80 pour
cent de la population est peu sensible; comme les pissen-
lits dans la nature, ils survivent dans presque toutes les
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L’, -
conditions. Les autres, soit 20 pour cent, sont comparables
à des orchidées, des eurs merveilleusement sensibles à
leur environnement et vulnérables face à l’adversité. Le
quota 80/20 de leurs conclusions reète plus ou moins
les recherches d’Aron sur les personnes hypersensibles.
La théorie de l’orchidée et du pissenlit explique pourquoi
les frères et sœurs élevés dans la même cellule familiale
réagissent parfois différemment à la dynamique dysfonc-
tionnelle de la fam ille ou au désa r roi de leurs pa rents.
Aucun degré de négligence ou de comportement abusif
n’est tolérable, mais les enfants orchidées détectent les
différences même les plus subtiles dans l’attitude ou dans
les sentiments de leurs parents et en sont affectés, alors
qu’en comparaison, les enfants pissenlits sont relativement
peu perturbés par la situation.
L’aspe ct le plus posit if de la recherche orch idé e et
pissenlit réside dans les études longitudinales de l’équipe,
qui a observé le même groupe d’individus pendant plu-
sieurs années. Il semble que, même si les enfants sensibles
sont davantage affectés pa r des scéna r ios défavorables,
ils sont aussi plus réceptifs aux conditions favorables.
S’ils sont convenablement entourés, ils sont plus suscep-
tibles de s’épanouir et de prospérer que leurs congénères
dont la sensibilité est moins exacerbée. De nombreux
enfants orchidées obser vés pa r Boyce sont devenus des
adultes accomplis, de merveilleux parents et des citoyens
du monde intelligents et généreux. En d’autres ter mes,
la sensibil ité n’est pas une ta re, ma is plutôt un « pa r i
évolution n iste » non sa ns conséquence, qui compor te
à la fois des risques élevés et un impor tant potentiel de
satisfaction 8 .
28
Ê :
Avez-vous de l’empathie?
Depuis plusieurs années, on parle beaucoup d’empathie. De
multiples articles en ligne et de nombreux livres de dévelop-
pement personnel s’intéressent aux personnes qui semblent
avoir plus d’empathie que la moyenne. On y lit qu’elles ont le
don de détecter les sentiments des autres, mais aussi qu’elles
peuvent devenirde véritables «éponges émotionnelles» qui
absorbent les énergies positives ou négatives de celles et ceux
qui les entourent. Voici les caractéristiques d’une personne
très empathique selon Judith Orloff 9 :
• d’une nature partageuse, l’esprit ouvert et très à l’écoute;
• facilement blessée dans les relations interpersonnelles;
• trèsenphaseavecleshumeursdesautresetayanttendance
à absorber leurs émotions;
• cible idéale pour les «vampires psychiques»;
• généralement introvertie et ayant besoin de moments de
solitude;
• dotéedeperceptionssensoriellesexacerbées,maispouvant
être perturbée par le bruit, les odeurs ou les conversations
trop bruyantes;
• très généreuse – souvent au point de risquer l’épuisement.
Malgré l’intérêt croissant pour ce concept, la termino-
logie est trompeuse. S’il est vrai que certaines personnes
le font de façon plus extrême, nous sommes toutes et tous
capables de manifester de l’empathie. Le terme «hyper-
empathie» est donc plus exact quand il s’agit de décrire une
tendance à être extrêmement ouvert sur le plan émotionnel
et interrelationnel. Les personnes hyper-empathiques sont
particulièrement réceptives, non seulement physiquement
29
L’, -
mais aussi psychiquement et socialement. Quand elles entrent
dans une pièce, elles perçoivent les nuances, le contexte et la
dynamique. Sans en avoir conscience, elles «téléchargent»
l’énergie psychique des autres et l’intériorisent. Cette capacité
peut sembler un peu mystique, toutefois, si on y regarde de
plus près, les théories de psychologie peuvent nous aider à
la comprendre. Par exemple, les recherches sur la contagion
émotionnelle et sur les neurones miroirs peuvent expliquer
le fondement scientique des capacités hyper-empathiques.
Être sujet(te) à la contagion émotionnelle
Les sociopsychologues s’intéressent depuis longtemps à
l’idée que certaines personnes «attrapent» les sentiments
des autres; ils ont baptisé ce phénomène «contagion émo-
tionnelle». De nombreuses études tendent à prouver qu’en
tant qu’êtres sociaux, nous imitons inconsciemment les
expressions émotionnelles des autres, à un point tel que nous
ressentons la même chose qu’eux 10 .
Si l’on considère le concept de l’empathie, la question
estcelle-ci: certaines personnes sont-elles plus susceptibles
d’«attraper» les sentiments des autres? D’après les conclu -
sions des études sociologiques sur le sujet, la réponse est
oui 11 . Dans toute interaction entre deux personnes ou plus,
il y en aura toujours une dont l’orbite émotionnelle est plus
puissante et qui peut plus facilement contaminer les autres.
Ce sont des «émetteurs» d’émotions. Àl’inverse, certains
individus sont plus facilement infectés par les émotions
des autres, ce sont des «récepteurs». La personnalité et
les prédispositions cognitives de chacun déterminent qui
30
Ê :
sont les émetteurs et qui sont les récepteurs. Les émetteurs
ont tendance à être plus charismatiques, plus expressifs et
amusants, et à avoir un caractère plus dominant 12 , tandis que
les récepteurs sont généralement ceux qui prêtent davantage
attention aux émotions qui les entourent.
Toutefois, ce n’est pas parce que l’on remarque la façon
dontlesautressesententquel’onestforcémentunepersonne
empathique. La contagion émotionnelle est un processus
rapide, inconscient et automatique, qui n’est pas toujours
productif.C’estunphénomèneprimitif,systématiqueetincon-
trôlable.Ils’enclenchesansquenousnousenapercevions;il
estpossiblederemarquerl’énergiepsychiquesansladigérer,
la transformer ni en faire usage. En revanche, l’empathie est
un processus cognitif complexe qui implique plus d’efforts 13 .
Si,entantquepersonnehyper-empathique,vousêtessujet(te)
àunecontagionémotionnelleincontrôléeetquevousabsorbez
systématiquement les émotions des autres, vous risquez de
vous sentir rapidement submergé(e). Pour un degré d’empa-
thie constructif et sain, il faut développer certaines aptitudes
d’observationducontexteetderégulationdesémotions,cequi
permetd’allerau-delàdelacontagionémotionnelle.L’empathie
requiertuncertainniveaud’équilibreémotionnel,dematurité
etd’entraînement. C’estune compétencequis’apprendetqui,
unefoisacquise,devientlefondementdel’intelligencesociale,
du bonheur et de vos capacités de meneur(euse).
Avoir des neurones miroirs particulièrement actifs
Outre le point de vue sociopsychologique, les neurosciences
contribuent aussi à nous faire mieux comprendre les ten-
dances de l’hyper-empathie. Il y a une trentaine d’années, les
31
L’, -
chercheurs ont découvert un certain type de neurones dans
le cerveau humain, qu’ils ont baptisés neurones miroirs. Ces
cellules créent un lien neurophysique entre nous et les autres,
si bien que les zones de notre cerveau sollicitées pour accom-
plir une action sont réellement activées alors même que nous
n’en sommes que les observateurs. De même, il nous suft
de constater les émotions éprouvées par une autre personne
pour qu’elles résonnent en nous, dans notre corps comme
dans notre esprit 14 . Les spécialistes appellent ce phénomène
«résonance neuronale» ou «couplage cerveau-cerveau» 15 .
L’action des neurones miroirs est importante, car elle permet
de générer un lien neurologique direct entre les individus,
sans impliquer de raisonnement cognitif. Cet effet miroir
est une facette essentielle du comportement parental, de
la psychothérapie et des autres processus qui requièrent
une profonde empathie. En fonction de nombreux facteurs,
notre système de neurones miroirs peut être hyperactif ou
hypo-actif. Les recherches en neuropsychologie ont établi que
les humains éprouvent différents degrés d’empathie les uns
envers les autres 16 et que les personnes hyper-empathiques
doivent avoir un système de neurones miroirs plus actif que
la moyenne.
Avoir survécu à un traumatisme survenu
pendant l’enfance
Les facteurs qui contribuent à l’hyper-empathie peuvent
être innés ou acquis. Si vous êtes hyper-empathique, il est
probable que vous ayez, par nature, un système psycholo-
gique et physique sensible, des limites d’énergie perméables,
32
Ê :
et que vous réagissiez de façon plus émotionnelle à votre
environnement. Certains contextes de l’enfance peuvent
toutefois exacerber cette tendance. Si vous avez grandi dans
un milieu chaotique ou violent, cette façon d’être en phase
avec ce qui vous entoure peut avoir été votre seul mode
de survie. Dans les environnements pleins d’imprévus, le
cerveau s’adapte en identiant des schémas à partir des
informations qu’il détecte 17 . Si vous avez été confronté(e) à
des parents très instables, vous aurez appris à percevoir des
microchangements dans leur niveau d’énergie, l’expression
de leur visage ou le ton de leur voix. Sans y prêter attention,
vous vous serez entraîné(e) à repérer les signes annonciateurs
les plus subtils de leur colère ou de leurs attaques. Quand
l’intuition empathique est ampliée par un environnement
précaire, cela engendre l’hypervigilance et l’anxiété. Même
si, maintenant que vous êtes adulte, vous n’êtes plus en dan-
ger, chaque fois qu’il y a des changements d’atmosphère dans
une pièce et des variations dans le ton émotionnel d’autres
personnes,vouscontinuezàavoiruneréactionautomatiqueet
viscérale de combat-fuite, qui se manifeste par un serrement
dans la poitrine, une accélération du rythme cardiaque et le
sentiment «qu’il faut faire quelque chose».
Votre perceptivité peut aussi être exacerbée si les per-
sonnes qui vous ont élevé(e) vous contrôlaient à l’excès ou
étaient trop étouffantes. Les parents manquant de maturité
émotionnelle sont terriés à l’idée que leurs enfants n’aient
plus besoin d’eux ou les abandonnent. Ils peuvent, de façon
subtile, en partageant trop leurs émotions, en culpabilisant
ou en manipulant leurs enfants, les empêcher de s’éloigner
d’eux.Enpsychanalyse,onemploiel’expression«frontière du
moi» pour décrire la distinction émotionnelle et identitaire
33
L’, -
entre soi et les autres. Si vos parents envahissent sans cesse
votre espace, vous n’avez pas l’opportunité de développer
sainement votre individualité et de séparer votre psyché de
celle des autres. Vous pouvez vous retrouver enfermé(e)
dans une dynamique familiale trop fusionnelle, où deux
personnes (ou plus) sont impliquées à outrance sur le plan
émotionnel et surréagissent à ce que ressent l’une ou l’autre.
Dans ce type de dynamique, un individu est conditionné à
être profondément affecté par les sentiments des autres et à
s’en sentir responsable. En conséquence, il a du mal à faire
la différence entre ce qu’il ressent et ce que ses proches
ressentent. Le risque est qu’il se sente obligé de préserver
les autres de leurs sentiments négatifs. (Nous reviendrons
sur ce type de dynamique dans le chapitre5).
Surexcitabilité et grande intelligence
Bien que peu de gens le sachent, l’intensité est l’une des
caractéristiques communes des enfants et des adultes sur-
doués 18 . Vous aurez peut-être un mouvement de recul à la
lecture du mot « surdoué ». C’est un terme associé à de
nombreux préjugés et souvent mal compris. Sa dénition
traditionnelle est restrictive et généralement associée au
QI (quotient intellectuel) ou au talent dans des domaines
classiques, comme la musique ou le sport, elle ne tient
absolument pas compte d’une multitude de dons sortant de
l’ordinaire. Au-delà de leur rigueur intellectuelle, nombre de
personnes hypersensibles et intenses possèdent un degré élevé
d’intelligence interpersonnelle – la capacité de comprendre
les autres et de s’attacher sincèrement à eux –, mais aussi
d’intelligence intrapersonnelle – la capacité d’introspection
34
Ê :
et de connaissance de soi–, et d’intelligence existentielle – la
capacité de donner un sens à la vie et de se sentir connecté
aux êtres vivants comme au reste du monde 19 .
D’aprèsunethéoriebaptisée«hyper brain, hyper body» 20 ,
les sujets disposant de grandes capacités cognitives ont aussi
des symptômes physiques d’hyperactivité, et leur système
nerveux sympathique peut être activé de façon chronique.
Chez eux, les informations sensorielles peuvent atteindre le
cerveau bien plus vite que la moyenne et elles y sont traitées
en un temps nettement plus court. Cette surexcitabilitése
manifeste à différents niveaux. Malgré le préxe «sur», il
s’agit là d’un effet qui n’est ni dénaturé ni indésirable, mais
simplement exacerbé, d’où l’emploi parfois du mot «hyper-
stimulabilité» 21 . Il existe cinq formes de surexcitabilité:
intellectuelle, imaginative, émotionnelle, psychomotrice et
sensorielle. Chacune renvoie à des caractéristiques et des
qualités spéciques 22 .
Surexcitabilitéintellectuelle
C’est une caractéristique qui vous pousse à être constamment
en quête d’érudition et de vérité. Votre cerveau cherche
sans cesse à apprendre, résoudre des problèmes, analyser
et rééchir. Vous avez une soif de connaissances que vous
essayez d’étancher en lisant, en voyageant et en faisant des
recherches. Vous êtes précoce sur le plan intellectuel, vous
faites preuve d’une grande curiosité concernant le monde
qui vous entoure et vous avez un sens de l’observation très
développé. Vous avez une grande capacité de réexion et
êtes capable de faire la synthèse de théories complexes. Vous
pensez de façon indépendante et critique et ne prenez aucune
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L’, -
information pour argent comptant. Enfant, vous demandiez
souvent «pourquoi?», vous poussiez les adultes de votre
entourage à rééchir à des questions qui ne leur seraient pas
forcément venues à l’esprit, et vous n’abandonniez pas tant
que vous n’aviez pas la réponse.
Quand vous vous enthousiasmez pour une idée, vous
avez l’impression que votre esprit s’emballe. Votre curiosité
et votre persévérance vous paraissent normales, mais les
autres les trouvent déroutantes ou disproportionnées. Vous
êtes parfois très critique ou impatient(e) avec celles et ceux
qui n’arrivent pas à suivre votre raisonnement. Votre intros-
pection, quand elle s’allie à de fortes exigences morales, vire
à l’autocritique.
La surexcitabilité intellectuelle ne se limite pas au QI.
Puisque c’est le besoin de comprendre et l’amour de la vérité
qui vous motivent et non pas une soif de reconnaissance,
vos accomplissements ne reètent pas toujours votre grande
intelligence et votre rigueur.
Surexcitabilitéimaginative
Vous débordez de créativité, d’originalité et d’idées fantas-
tiques. Vous pensez en termes d’images et de métaphores;
la poésie et le langage visuel vous viennent naturellement.
Enfant, vous aviez des amis et des animaux imaginaires
et passiez de longues heures à rêvasser ou à inventer des
histoires. Votre monde intérieur si riche est la source de votre
créativité, mais c’est aussi votre refuge. Vous pouvez sembler
timide ou peu sûr(e) de vous car vous passez beaucoup de
temps en votre propre compagnie.
36
Ê :
Vous avez pleinement conscience de la dimension spiri-
tuelle du monde et vous voyez ou percevez des choses qui
échappent aux autres. Vous avez tendance à avoir des vues
idéalistes que les autres ne partagent pas.
Surexcitabilitéémotionnelle
Les caractéristiques de la surexcitabilité émotionnelle
recoupent celles d’une personne hypersensible ou hyper-
empathique. Vous êtes capable de ressentir une vaste gamme
d’émotions complexes avec une intensité peu commune.
Cela inclut les deux extrémités du spectre: dans une même
journée, vous pouvez éprouver un profond désespoir comme
une joie extrême. Vous êtes constamment conscient(e) de
l’état émotionnel des autres, et vous vous sentez submergé(e)
par la quantité d’informations que vous recevez au sein d’un
groupe ou au milieu d’une foule. Comme vous avez une forte
capacité d’empathie, vous avez le sentiment d’être chargé(e)
du bien-être émotionnel de l’environnement dans lequel vous
vous trouvez. Vous nouez des liens affectifs forts avec les
gens, les lieux, les animaux et même les objets. Comme
vous ressentez les choses plus profondément que vos amis
ou votre partenaire, vous êtes constamment habité(e) par un
sentiment de solitude.
Surexcitabilitésensorielle
Il s’agit d’une sensibilité exacerbée aux sons, aux odeurs,
aux goûts et aux matières. Les images, la musique, les cou-
leurs et autres expériences sensorielles vous procurent un
37
L’, -
plus grand plaisir qu’à la moyenne des gens. Toucher une
surface douce, écouter les bruits de la nature ou discerner
les différentes saveurs d’un plat sont pour vous des moments
particulièrement plaisants. Vous appréciez l’expression d’une
beauté qui échappe aux autres, que cela concerne l’art, le
langage ou la musique…
Comme vous êtes facilement stimulé(e), vous êtes vite
submergé(e) par un sur plus d’informations sensorielles.
Enfant, vous n’aimiez pas les activités sociales qu’appré-
cient les autres enfants, à cause d’une lumière trop crue,
d’un niveau sonore trop élevé ou parce qu’il n’y avait pas
assez de temps calmes. Vos professeurs et vos parents vous
ont peut-être mal compris(e) s’ils ont pensé que vous vous
montriez difcile par plaisir.
Comme vos expériences sensorielles ont plus de magni-
tude, c’est aussi vers elles que vous vous tournez pour libérer
votre tension intérieure. Vous trouvez très tentant d’abuser
des plaisirs sensoriels, qu’il s’agisse de la nourriture, du sexe
ou du shopping.
L’inconvénient de la surexcitabilité est que vous êtes constam-
ment sollicité(e). Votre cer veau intellectualise sans cesse à
l’excès, et votre corps réagit à tous les éléments de votre
environnement 23 . Quand votre système ner veux sympathique
est activé de façon permanente, les réactions combat-fuite-
inhibition peuvent af fecter votre système immunitaire, engen-
drer un stress chronique et influer sur votre humeur et votre
fonctionnement.
38
Ê :
L’hypersensibilité et l’intensité émotionnelle:
dons ou pathologies mentales?
Nous vivons aujourd’hui dans une culture qui a la phobie des
émotions et qui nous encourage à faire taire nos sentiments,
surtout s’ils sont «négatifs». Quand on est une personne
hypersensible et intense, toutefois, les stratégies normatives
qui consistent à nier, ignorer ou minimiser ses réactions ne
fonctionnentpas.Quandvosamisvousdisent:«Nerééchis
pas trop», «Va boire un verre» ou simplement «Laisse
tomber», ce ne sont pas des conseils que vous trouvez très
utiles. Le domaine de la psychologie est depuis longtemps
dominée par l’analyse quantitative et par la psychiatrie, et la
dénition de la santé mentale repose sur la façon dont une
personne peut s’adapter aux normes sociales. Étant donné
que votre comportement «habituel» peut être qualié de
névrosé ou d’obsessif par les autres, vous risquez de faire
l’objet d’un diagnostic de dépression ou d’anxiété 24 . Dans
leurs manifestations extrêmes, vos symptômes peuvent être
diagnostiqués comme ceux du trouble de la personnalité
limite, du trouble de la dysrégulation émotionnelle et com-
portementale, du trouble bipolaire, ou encore du trouble du
décit de l’attention avec hyperactivité (TDAH).
Notre culture a toujours considéré les dés émotionnels,
de la dépression à l’hyperactivité, comme de la malchance.
Pourtant, on ne peut ignorer le fait que de nombreux lea-
ders et artistes très admirés de notre histoire souffraient de
troubles de l’humeur ou d’un intense désarroi psychologique.
La recherche scientique établit de plus en plus de liens entre
des caractéristiques ou comportements analysés comme des
«maladies mentales» et la créativité ou la réussite.
39
L’, -
En comparant certaines études cliniques, on peut identier
un schéma récurrent : les formes de dépression légères à
modérées, particulièrement quand elles sont doublées d’un
QI supérieur à la moyenne, sont associées à l’empathie, la
perspicacité et la créativité 25 . On observe chez les personnes
souffrant de dépression une activité plus soutenue dans une
zone du cerveau appelée le cortex septal/subgénual 26 et
liée à des comportements altruistes. Elles sont davantage
susceptibles d’agir avec bienveillance que les individus non
dépressifs. D’autres études ont souligné un lien entre capacité
de perception et anxiété, et démontrent que quelqu’un qui
souffre d’anxiété est plus apte à déchiffrer les expressions
faciales des autres et à interpréter leurs émotions avec per-
tinence 27 . Apparemment, les connexions cérébrales qui
génèrent l’angoisse sont aussi celles qui se rapportent à la
créativité et à une grande intelligence 28 . En tant que personne
émotionnellement intense, vous avez tendance à plonger
dans les zones les plus sombres de la conscience collective,
mais c’est précisément pour cela que vous êtes plus à même
de ressentir la douleur d’un monde qui vous a doté(e) d’une
profonde empathie et d’une solide intuition.
L’angoisse existentielle chez les
personnes hypersensibles et intenses
Dans un article publié en 2012 dans la revue European
Psychiatry, le docteur R.Seubert explique que les méthodes
d’évaluation et les thérapies conventionnelles de la dépression
sont inefcaces quand il s’agit de personnes naturellement
nerveuses et intenses 29 . La dépression dont elles souffrent
40
Ê :
est rarement causée par un déséquilibre purement chimique,
mais par une crise existentielle. Cette dernière émerge d’une
situation saine quand elles sont confrontées à des considéra-
tionstellesquelesensdelavie,lajustice,l’isolement,lamort
et leur place dans le monde. Il vaut mieux, par conséquent,
s’éloigner des méthodes conventionnelles et analyser leurs
symptômes dans le cadre de la théorie de la désintégra-
tion positive (TDP), développée par le psychiatre polonais
Kazimierz Dabrowski (1902-1980).
Dans notre société, le succès est souvent déni par l’ac-
quisition de biens matériels et le pouvoir politique; cette
culture nourrit une mentalité du « chacun pour soi » et
un individualisme forcené. Selon Dabrowski, faire de son
mieux pour trouver sa place dans un monde si «primitif et
confus» est plus malsain que de s’y sentir mal à l’aise 30 .
Dansununiversoùlaplupartdesgensacceptentpassivement
la socialisation, ceux qui sont mécontents de la situation
deviennent les «canaris dans la mine de charbon» – les
militants qui sentent le danger avant les autres.
Les individus intenses sont perpétuellement guidés par
leur insatisfaction devant le statu quo et leur besoin de
repousser les limites arbitraires imposées par les traditions
ou la société, ce qui ne les promet pas à une existence pai-
sible ni particulièrement séduisante. En tant que personne
hypersensible, vous visualisez dans quelle mesure les choses
pourraient être meilleures, ce qui signie que vous êtes
aussi pleinement conscient(e) que le monde, les gens, les
institutions et les systèmes ne sont pas à la hauteur de cet
idéal. Vous percevez clairement les hypocrisies, les dysfonc-
tionnements et le caractère arbitraire du monde qui vous
entoure, et le fossé qui sépare la réalité de vos idéaux vous
41
L’, -
conduit parfois à l’isolement, voire au désespoir 31 . Avant de
pouvoir tirer de votre anxiété les éléments nécessaires au
changement, vous serez sans doute déchiré(e) par de dou-
loureux conits intérieurs. Votre dépression n’est pas une
maladie biologique, mais un indicateur de votre potentiel
créatif. La fonction du chaos émotionnel que vous ressen-
tez est de vous aider à faire la transition entre des niveaux
inférieurs de mécanismes mentaux et des stades supérieurs
d’intégrationdelapersonnalité.Dans La psychonévrose n’est
pas une maladie (1972), Dabrowski explique clairement:
«Si l’on n’a pas vécu d’expériences difciles ou même connu
un état proche de la psychonévrose […] on ne peut pas se
rendre compte de son développement multidimensionnel
pour atteindre des niveaux supérieurs.» 32
De nombreux scientiques, artistes et écrivains de renom
ayant consacré leur temps à «faire jaillir la lumière de
l’obscurité» ont eux-mêmes souffert de dépression exis-
tentielle 33 , ce fut le cas par exemple d’Abraham Lincoln, de
Winston Churchill, Carl Jung, Léon Tolstoï, Isaac Newton,
VincentVanGogh,LudwigvanBeethovenetHansChristian
Andersen, pour n’en citer que quelques-uns. À un stade de
leur vie, ils ont connu des périodes de souffrance physique
ou mentale, durant lesquelles ils ont cherché en vain une
réponse à leurs problèmes émotionnels 34 . C’est «la nuit
obscure de l’âme» qui les a conduits à trouver un sens à
leur vie. Lincoln, par exemple, a réagi à sa mélancolie et à
ses dépressions nerveuses en décidant qu’il devait accepter
une destinée plus élevée. L’écrivain et conférencier canadien
Eckhart Tolle a lui aussi vécu des moments sombres avant
de découvrir la spiritualité qui lui a permis à la fois de
trouver la paix et de se sentir profondément vivant 35 . Pour
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Ê :
lui, la dépression a fait partie de ce processus d’éveil; elle
a marqué la mort de celui qu’il était et la naissance de sa
véritable personnalité.
L’objectif en citant ces exemples n’est pas de glorier
les maladies mentales. Le pouvoir de la psychiatrie et
l’efcacité des traitements chimiques sont indéniables et
peuvent sauver des vies. Quand on évoque le lien entre
les troubles psychologiques et la créativité, il est utile de
se pencher sur le travail de Gail Saltz. Dans son livre The
Power of Different 36 , elle avance qu’il existe un intervalle
idéal permettant d’exprimer des talents et aptitudes asso-
ciés aux différences cérébrales, et qu’il se situe entre les
extrêmes des fonctions cérébrales ordinaires et des formes
de maladie aiguës. Par exemple, une personne atteinte d’un
trouble bipolaire léger ou modéré sera plus créative qu’une
personne atteinte d’un trouble bipolaire sévère. De même,
un individu dont le trouble du décit de l’attention avec
ou sans hyperactivité (TDAH) est sous contrôle sera plus
épanoui, quelle que soit sa vocation, qu’un autre dont les
symptômes ne sont pas gérés convenablement. L’intensité
peut se manifester sous la forme d’une maladie mentale,
mais celle-ci ne sera pas handicapante au point d’empê-
cher ces personnes de traduire leur mal-être à travers des
créations artistiques ou une grande productivité. Ce phé-
nomène fait écho aux conclusions empiriques établies par
la loi Yerkes-Dodson 37 , selon laquelle l’anxiété améliore la
performance (uniquement jusqu’à un certain point).
Notre objectif est donc à la fois de respecter notre intensité
émotionnelle et de la gérer. Elle peut devenir une puissante
alliée si nous en reconnaissons la véritable nature et en
tirons le maximum.
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L’, -
En tant que personne hypersensible et intense, vous tra-
verserez peut-être au cours de votre vie non pas un mais
plusieurs cycles d’effondrement et de renouveau. Vous êtes
quelqu’un qui continue à grandir et cherche la vérité, vous
tenterez par conséquent toujours de trouver une meilleure
version de vous-même. Vous testez vos limites et vous vous
lancez sans cesse des dés. Vous ne vous rendez pas compte
de ce que vous faites, ni du fait qu’il existe une force aussi
saine que positive derrière votre refus des compromis. Il
est possible qu’une période de chaos et de confusion soit
un rite de passage nécessaire pour celles et ceux qui sont
naturellement non conformistes. Souffrir, vous sentir seul(e)
ou triste, douter de vous-même ou être aux prises avec des
conits intérieurs sont autant de symptômes qui conrment
votre prise de conscience progressive. Vous avez en vous
un potentiel de développement sans limites; c’est quelque
chose que vous devez exploiter, sinon cela vous rongera de
l’intérieur. La dépression existentielle et les épisodes d’an-
xiété sont peut-être récurrents dans votre vie, mais chaque
fois que vous sortez du tunnel, vous échappez au chaos en
trouvant un nouvel équilibre, une nouvelle perspective et une
nouvelle façon d’être. Chaque fois, vous émergez de cette
expérience en vous sentant plus profondément vivant(e), et
vous vous approchez davantage de la personne que vous
souhaitez être et de votre plein potentiel.
De non conformiste à meneur(euse)
À ce stade, votre étiquette de « surdoué(e) » vous gêne
peut-être encore, ou vous vous renfrognez à l’idée d’être
«spécial(e)». Vous craignez peut-être l’étendue de votre
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Ê :
pouvoir, ou vous êtes anxieux(se) à l’idée que cette nouvelle
perception de vous-même risque de vous éloigner des autres.
Au lieu de penser à vos dons en termes de supériorité, il
serait peut-être plus utile d’adopter la perspective suivante:
chacun de nous a des caractéristiques uniques. Votre mode
de fonctionnement est peut-être rare et atypique, mais il
n’est ni mieux ni pire que celui des autres, et c’est la nature
qui en a décidé ainsi. Comme le dit très justement Alan
Watts: «Dans un paysage de printemps, il n’y a rien de
supérieur ni d’inférieur au reste; des branches couvertes de
bourgeons poussent, certaines sont longues, d’autres sont
courtes. De ce point de vue, vous voyez, chaque personne
est la manifestation parfaite de la divinité, ou du vide,
ou de toute autre entité, quel que soit le nom que vous lui
donnez.» 38
Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui est traversé
de crises mais il a aussi un grand potentiel. L’humanité
réclame une redénition du pouvoir. De plus en plus, les
gens souhaitent être guidés par l’empathie plutôt que par la
force. L’hypersensibilité et l’intensité émotionnelle, que l’on
considérait autrefois comme des faiblesses, sont désormais
des qualités recherchées qui vous distinguent des autres.
Dans L’Homme aux deux cerveaux : apprendre à penser
différemment dans un monde nouveau , Daniel Pink explique
que la société a atteint un point où la systématisation, l’in-
formatisation et l’automatisation cèdent progressivement la
place à de nouvelles compétences, dont l’intuition 39 . Depuis
plus d’un siècle, on valorise ce qui est linéaire, séquentiel
et logique. Àl’aube d’une nouvelle ère économique, les
dirigeants de ce monde devront être capables de penser de
façon innovante et de faire preuve d’empathie.
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L’, -
En tant que personne hypersensible et
intense, vous avez en vous le potentiel
de changer réellement le monde.
Votre curiosité intellectuelle vous pousse à remettre en
question, à évaluer et à analyser le système existant. Votre
sensibilité vous donne la capacité de ressentir la douleur des
autres et de voir comment les aider. Votre soif d’apprendre
vous a amené(e) à acquérir des connaissances dans de mul-
tiples domaines. Votre imagination vous permet d’avoir des
idéaux qui sortent des sentiers battus. Votre énergie vous
donne la résilience et la motivation nécessaires pour agir.
Il est essentiel que vous n’ignoriez pas vos talents. Si vous
venez au monde avec « un cerveau rapide », une passion
forcenée et la capacité d’envisager les choses clairement et de
les ressentir profondément, vous avez aussi la responsabilité
de maîtriser ces dons – non seulement pour vous-même mais
aussi pour le bien des autres.
Nous vivons une époque où les personnes non conformistes
et émotionnellement intenses ont la possibilité de devenir des
meneurs(euses). Pour tant, c’est loin d’être une tâche facile.
Cela demande de la per sévér ance, du cour age et la c apa-
cité de s’accepter. L a première étape consiste en un chan-
gement de paradigme : cessez de vous considérer comme
quelqu’un de fr agile qui a besoin de se défendre contre le
reste du monde, acceptez les imper fections de la réalité et
cherchez à comprendre ce que l’on at tend de vous. Les autres
risquent encore de vous blesser ou de vous décevoir, mais
vous pouvez renforcer votre résilience pour être au-dessus
des mesquineries, quelle que soit la situation. Ce n’est pas en
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Ê :
dissimulant qui vous êtes, c’est en allant courageusement et
sincèrement à la rencontre des autres que vous apprendrez
à tolérer la tristesse, à montrer de la compassion dans les
moments sombres et de l’humilité dans la réussite.
Quand vous assumerez votre choi x de vie et vos qualités
intrinsèques, vous reconnaî trez vos dons. En vous consacrant
à un objectif qui ne concerne pas que vous, vous trouverez la
force d’aller de l’avant. Même si vous ne le voyez pas ou ne le
ressentez pas dans le moment présent, le monde at tend que
vous preniez votre place sur le devant de la scène.
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