L'hypersensibilité, un super-pouvoir !
Chapitre 7 : Relations professionnelles et amicales
Chapitre 7
Relations professionnelles
et amicales
Quand nous travaillons au sein d’une entrepr ise, nous
sommes exposé(e)s à des dynamiques de groupe complexes
dont les répercussions peuvent être à la fois enrichissantes
et destructrices. Exister et travailler dans un groupe est une
expérience puissante qui exacerbe beaucoup de nos batailles
intérieures. Dans un contexte professionnel, nous sommes
soumis(es) aux tensions constantes entre rapprochement et
indépendance, identité de groupe et différenciation, valeurs
collectives et individualisme. Dans une situation de groupe,
ne pas être conforme nous confronte brutalement à nos pires
angoisses, à savoir nous perdre nous-mêmes ou bien être
exclu(e)s et ostracisé(e)s.
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L’, -
Comprendre les défis liés au lieu de travail
Tout comme les individus, les entreprises disposent de méca-
nismes de défense inconscients pour gérer les émotions et
les sujets trop menaçants ou trop délicats. Ces défenses
sociales incluent le déni, le clivage, l’idéalisation et le blâme.
Elles peuvent aussi se manifester sous la forme d’une pro-
jection vers l’extérieur – c’est-à-dire qu’un groupe déplace
volontairement un problème auquel il ne peut pas faire face
pour éviter d’avoir à le prendre en compte. Bien que souvent
invisibles et tacites, ces dynamiques de groupe exposent
les individus hypersensibles et intenses à une myriade de
problèmes complexes.
Dans ce chapitre, nous évoquerons les obstacles que vous
rencontrerez le plus fréquemment au travail. À moins que
vous ne les identiiez avec lucidité, vous risquez de continuer
à confondre le personnel avec le systémique et de prendre
pour un défaut individuel ce qui est une réaction naturelle à
une inltration toxique. J’ai l’espoir que les informations par-
tagées ici vous aideront à adopter une nouvelle perspective.
Être trop extrême
Comme à toute personne hypersensible et intense, on vous
reproche souvent à la fois d’être «trop ceci» et «pas assez
cela ». Votre cerveau fonctionne comme une voiture de
course et vous avez instinctivement une force qui vous
pousse à l’action. Quand votre esprit est engagé, vous vous
focalisez totalement sur un sujet ou un projet et vous n’ar-
rivez pas à vous détendre, même après le travail. Votre
imagination s’étend bien au-delà du cadre traditionnel ;
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vous repérez des schémas ou des tendances en avance sur
votre temps, et la plupart des gens ont du mal à suivre votre
clairvoyance. Comme ils ne comprennent pas votre intensité,
les autres peuvent juger votre énergie excessive et dénigrer
vos efforts. Par nature, vous vous investissez beaucoup; vous
vous trouvez dans des situations où vous fournissez plus
de travail que tous les autres sans aucune reconnaissance,
et vous nissez toujours les tâches de vos collègues. Ce
qui vous paraît normal peut paraître idéaliste aux autres;
vous vous battez donc souvent seul(e) pour l’excellence.
Comme votre éthique professionnelle pousse tout le monde
vers le haut, celles et ceux qui travaillent sous vos ordres
suppor tent parfois mal la pression. Vos compétences et
votre efcacité n’étant pas reconnues, vous vous sentez
étouffé(e) et exploité(e).
Paradoxalement, on vous reproche parfois de ne pas mani-
fester plus d’énergie, d’engagement ou d’intérêt dans les
circonstances où les conventions sociales l’exigent. Alors que
les conversations sérieuses vous motivent et que vous vous
livrez volontiers à des débats intellectuels approfondis, vous
avez du mal à parler de la pluie et du beau temps, à papoter
près de la machine à café, ou encore à cancaner et à discuter
avec des collègues éméché(e)s. Votre niveau d’énergie s’ef-
fondre quand vous devez assister à des salons professionnels,
des fêtes d’entreprise ou des réunions ennuyeuses. Même
si vous savez qu’il est nécessaire de rester diplomate au
moins en façade, vous avez du mal à maintenir un semblant
d’intérêt. La plupart du temps, vous n’arrivez plus à cacher
votre impatience. Vous griffonnez, vous rêvassez ou vous
gigotez pour passer le temps, mais vos collègues et vos
supérieur(e)s s’en offusquent.
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Surmenage et ennui profond
Autre paradoxe, vous risquez à la fois le surmenage et l’ennui.
Votre corps est sollicité par la multitude de stimuli sensoriels
qui émanent des environnements professionnels modernes.
Vous êtes mal à l’aise dans un espace de travail chaotique,
bruyant, ouvert, avec ses cliquetis de machines et de claviers,
sa lumière uorescente et un murmure constant en bruit de
fond. Au-delà de ces agressions sensorielles, votre nature
empathique fait que vous vous imprégnez de l’énergie émo-
tionnelle de celles et ceux qui vous entourent. Vous détectez
sans cesse les diverses dynamiques interpersonnelles et les
changements d’ambiance. Cette charge d’information peut
vite devenir trop lourde ; elle entrave votre productivité
et conduit au surmenage. Bien que vous puissiez utiliser
quelques gadgets pour vous protéger, par exemple des boules
Quiès ou des écouteurs, la culture professionnelle tradition-
nelle n’est pas toujours très compréhensive ni à l’écoute de
vos besoins.
Pourtant, alors que vous êtes surmené(e) physiquement,
vous pouvez être sous-stimulé(e) intellectuellement, émo-
tionnellement et spirituellement. Compte tenu de vos mul-
tiples centres d’intérêt, vous n’arrivez pas toujours à rester
centré(e) sur le domaine spécialisé qui correspond à votre
poste. Les compensations nancières ne sufsent pas à vous
motiver, vous espérez trouver un but plus profond et plus
spirituel. Vous avez soif de connaissances et vous désirez
enrichir votre âme, mais vous êtes cantonné(e) à des tâches
ennuyeuses et répétitives. Vous êtes sans cesse à la recherche
de nouveaux dés ou problèmes à résoudre pour faciliter
votre concentration, mais certains prennent votre zèle pour
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un esprit de compétition trop agressif. Étant donné l’acuité
et la complexité de votre processus de pensée, il n’est pas
évident pour vous de trouver des gens dont l’intellect est à
la hauteur du vôtre et avec qui vous pourriez échanger des
idées.Lasous-stimulationchroniquegénèreenvousunennui
insupportable,vousvoussentezdéprimé(e),vidé(e)etaigri(e).
Vous absorbez les émotions indésirables des autres
Le déni collectif est l’un des mécanismes de défense sociale
les plus répandus, aussi bien au sein des petites entreprises
que des grandes. Il permet de décharger sa conscience d’un
certain nombre de pensées, d’émotions et d’expériences qui
sont trop dérangeantes et qui sortent de la zone de confort
des intéressés. Il concerne par exemple le harcèlement, la
discrimination, les abus de pouvoir ou encore l’incerti-
tude quant à une vague de licenciements. La répression de
l’anxiétéetdelacolèrecauséesparcetypedepréoccupations
est renforcée par certains phénomènes comme la pensée de
groupe, l’oppression systémique et même l’endoctrinement
idéologique.
Comme vous êtes empathique, le déni ne fait toutefois
pas partie de vos défenses naturelles. En revanche, vous
êtes susceptible d’absorber et de ressentir les émotions que
le groupe refuse, réprime ou désavoue. Par exemple, si une
entreprise tout entière est confrontée à un démantèlement
potentiel et à l’incertitude nancière, vous serez peut-être
la seule personne à être anxieuse et déprimée. Ou si vous
êtes furieux(se) à cause d’une situation de toute évidence
injuste, vous êtes frappé(e) par le fait que vos collègues se
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montrent tellement indifférents. Comme vous éprouvez les
émotions à la place de tous les membres du groupe, vous êtes
une éponge qui absorbe la colère, la peine, la culpabilité et
le désespoir qu’ils ont évacués systématiquement.
Habituellement, vous n’avez pas conscience de votre
rôle «d’éponge émotionnelle». Vous pensez, au contraire,
que ces émotions perturbantes – surtout la colère – vous
appartiennent. Vous avez sûrement supposé que vous étiez
«trop sensible» et que vous «imaginiez des choses», mais
si vous vous penchez sur ces dynamiques psychologiques
insidieuses, vous découvrirez que les émotions qui se mani-
festent en vous révèlent des informations importantes sur ce
qui se passe sur votre lieu de travail, sous la surface. Si vous
les utilisez correctement, vos compétences d’observation et
votre empathie sont sans doute exactement le changement
dont votre entreprise a besoin.
Vous posez les questions difficiles
Dans les grandes entreprises, les gens n’osent généralement
pas perturber l’équilibre; ils préfèrent fermer les yeux sur
les problèmes potentiels et optent pour la passivité. Ils se
tournent vers le ou la chef(fe) pour décider de la marche à
suivre et se voient comme des suiveurs. Au lieu de consi-
dérer des idées susceptibles d’entraîner des changements
systémiques, ils privilégient un champ de réexion plus
restreint. Un peu frileux, ils dépensent la plus grande partie
de leur énergie à éviter les erreurs ou les conits au lieu
de rééchir à des moyens d’améliorer les choses. Même
s’ils sont témoins d’une injustice, ils ne la dénoncent pas
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ouvertement et préfèrent propager des rumeurs ou protester
en silence. L’accord tacite qui les unit dans l’inaction leur
donne un faux sens d’appartenance, bien que ce type de
complaisance ne fasse que perpétuer un système rigide et
dysfonctionnel.
Votre capacité à penser de façon indépendante, alliée à
votre tendance à vouloir agir de façon autonome, vous posi-
tionne en marge du système. Il est probable que vous soyez
le ou la seul(e) à être éveillé(e) dans un environnement où la
plupart des autres sont endormis. Si quelqu’un se conduit de
façon injuste ou contraire à l’éthique, cela ne vous échappe
pas. Comme bien faire votre travail est plus important à vos
yeux que faire plaisir aux autres, vous n’hésitez pas à poser
les questions qui fâchent, du moment que cela participe à
l’intégrité de votre travail.
Ce dont vous ne vous rendez pas nécessairement compte,
c’est que vous êtes inconsciemment choisi(e) par la dyna-
mique de groupe pour assurer une fonction unique. Vous
êtes implicitement «élu(e)» pour être le ou la contestataire
ou le ou la challenger(euse), dont le rôle est de confondre
les autorités ayant pris la mauvaise décision, de désigner
des responsables, de faire respecter les principes moraux
d’un comité, ou encore de signaler une faille importante qui
serait sans doute passée inaperçue. Comme vous exprimez
les doutes et les frustrations de vos collègues, ils n’ont pas
besoin de le faire. Ils sont parfois assis dans la même pièce
que vous, l’air un peu gêné, et échangent des regards en
biais, secrètement bien contents de ne pas avoir à s’exposer
au grand jour. Ils vous ont coné la charge d’exprimer leur
colère et leurs doutes, et vous devenez leur porte-parole, ce
qui les arrange bien.
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Vos collègues éprouvent des sentiments ambigus à votre
égard, entre respect et détestation. Inconsciemment, votre
présence les rassure, car sans vous les problèmes ne seraient
jamais discutés ouvertement. D’un autre côté, ils redoutent
les changements que vous risquez d’apporter au système. Ils
bénécient secrètement de votre honnêteté mais craignent
votre perspicacité. Cela devient bien trop facile pour eux de
continuer à vous reprocher votre attitude directe, franche
et conante, alors que paradoxalement ils comptent sur
vous pour exprimer ce qu’ils répriment, pour rééquilibrer
ce qui est déséquilibré et réparer ce qui ne fonctionne pas.
Malheureusement, tant que les autres membres du groupe
n’auront pas le courage d’exprimer leurs opinions, vous
continuerez sans doute d’être marginalisé(e) et considéré(e)
comme un élément «perturbateur» ou «difcile».
Vous avez toutes les responsabilités mais aucun
pouvoir
Sur le plan professionnel, de nombreuses personnes hypersen-
sibles et intenses sont coincées «au milieu». Comme vous
apprenez vite, il vous est facile d’acquérir rapidement de nou-
velles compétences. Inévitablement, vos collègues prennent
l’habitude de compter sur votre efcacité. Même si cela n’est
pas dit ouvertement, vous êtes vu(e) comme un(e) leader et
on vous cone de nombreuses responsabilités, mais souvent,
on ne vous accorde pas la reconnaissance ni les gratications
que vous méritez.
Au travail, votre motivation n’est pas guidée par la recon-
naissance des autres, elle est plus probablement intrinsèque.
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Vous visez l’excellence car vous appréciez le plaisir d’être
mis au dé et les tâches exécutées à la perfection, à la hauteur
de vos propres attentes. Cela signie que vous ne faites pas
cela pour être sur le devant de la scène. Bien que le pouvoir
ne soit pas ce qui détermine vos actions, il est important
pour vous d’obtenir la reconnaissance que vous méritez et la
liberté d’action qui accompagne un poste ofciel. Vous avez
besoin d’autonomie pour que votre esprit créatif s’épanouisse.
Si vous êtes cantonné(e) à un poste en milieu de hiérarchie
qui reste fortement microgéré, vous êtes assommé(e) de
tâches bureaucratiques et privé(e) de l’espace nécessaire
pour développer votre vision créative.
Vous rencontrerez sans doute un peu d’opposition si vous
obtenez ce que vous méritez, car il y a toujours des envieux.
D’un côté, vos supérieurs comptent sur vous à cause de votre
productivité et de votre créativité, mais ils sont aussi intimi-
dés par votre rapidité, votre intuition et votre intelligence. Ils
n’hésitent pas à vous déléguer tâche après tâche, sans être
prêts à partager leur pouvoir. Pour obtenir les ressources et
les informations dont vous avez besoin, vous devez «gérer»
votre manager. Malheureusement, vous ne pouvez pas vrai-
ment prouver l’oppression silencieuse dont vous êtes victime.
Les autres font sans doute semblant de ne rien voir, ce qui
ne fait que perpétuer l’injustice de la situation.
L’exil ultime: devenir la cible du clivage
En tant que mécanisme de défense, le clivage est déni
comme la polarisation des croyances, des actions, des objets
ou des personnes en deux catégories: le bon et le mauvais,
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par un processus sélectif ne tenant compte que des attributs
positifs ou bien négatifs. Le concept de clivage a été introduit
pour la première fois par le psychanalyste Ronald Fairbairn 1 .
Cela commence par l’incapacité de l’enfant à associer dans
un même tout les aspects enrichissants (le bon) et les aspects
décevants (le mauvais) de ses parents. Il est naturel pour un
enfant de tout concevoir en noir et blanc, car son jeune esprit
n’est pas assez développé pour assimiler la complexité des
nuances. C’est pour cela que, dans la littérature enfantine, il
existe des personnages très distinctifs, comme la bonne fée
et la méchante sorcière. Quand quelqu’un est désigné comme
faisant partie du camp des «gentils», il est idéalisé et ne
peut rien faire de mal. S’il fait partie des «méchants», il est
la cause de tous les ennuis. Les enfants utilisent le clivage
pour essayer de mieux comprendre le monde, pour éviter la
confusion et pour conserver un certain sens du contrôle. Les
adultes stressés peuvent régresser et avoir recours au clivage
pour surmonter leurs angoisses et les conits. Les dilemmes
professionnels, comme avoir à choisir entre l’envie de stagner
et le besoin de changement, ou entre la discrimination et la
justice, sont des anxiogènes et conduisent souvent au clivage.
Les tensions intégrées au niveau d’un système opèrent entre
individus et sous-groupes. Des tribus se forment pour ren-
forcer un sentiment d’appartenance et offrir à leurs membres
une fausse impression de réconfort. En général, le résultat
est un scénario «moi contre eux»: si les gens du campA
sont considérés comme responsables, automatiquement les
gens du campB ne le sont pas et sont donc ceux qui accusent
ou se complaisent dans l’autosatisfaction 2 .
Une personne risque d’être la cible du clivage si elle est
en marge. Par exemple, un nouvel employé ou un consultant
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extérieur deviennent souvent «l’ennemi». Mais cela affecte
aussi quelqu’un qui se trouve en minorité, par exemple
celui ou celle qui réussit mieux que les autres, l’introverti(e)
dans une culture extravertie, ou la personne qui s’exprime
quand toutes les autres se taisent. À l’intérieur d’un système,
qu’il soit professionnel ou d’un autre type, les personnes
hypersensibles et intenses sont souvent en marge. Vous
êtes un membre du personnel mais, clairement, votre façon
de penser, de vous conduire ou de ressentir les choses
ainsi que les caractéristiques que vous incarnez signient
que vous ne faites pas vraiment partie de la bande. Cette
position délicate vous place immédiatement dans le rôle de
«l’autre», faisant de vous une cible idéale pour le clivage
et une victime des projections d’animosité, voire de haine 3 .
L’incertitude générée par le climat économique actuel
et les réductions budgétaires ne font qu’exacerber l’an-
xiété de survie, ce qui favorise la tendance à recourir à
des mécanismes de défense primitifs, dont le clivage.
Malheureusement, c’est ainsi que commence un cercle
vicieux particulièrement négatif. Les employés dont les
mécanismes de défense correspondent à ceux de l’entreprise
sont celles et ceux qui restent, tandis que celles et ceux
dont les valeurs ne sont pas en phase avec la stagnation du
système sont ostracisés ou écartés. Refuser un changement
productif ne favorise pas, en n de compte, l’équilibre de
l’entreprise, mais c’est pourtant souvent ce qui se produit 4 .
Quand on fait de vous le bouc émissaire, votre travail est
automatiquement dévalorisé. Même si vos idées représentent
exactement ce dont l’entreprise a besoin, elles sont rapide-
ment rejetées. Dans les cas extrêmes, on peut même vous
demander de quitter votre emploi ou vous harceler jusqu’à
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ce que vous acceptiez de partir, malgré vos nombreuses
contributions.
Acceptez votre destinée
Les personnes hypersensibles et intenses ont soif de connais-
sance, disent la vérité et sont idéalistes. Il est possible que
vous ayez toujours eu l’impression d’être à l’extérieur et
d’observer les autres par la fenêtre, ou que vous n’ayez jamais
trouvé votre place au sein d’un groupe. Vous aviez l’impres-
sion d’être un(e) Martien(ne) sur terre ou un(e) sorcier(ère) qui
n’avait pas sa place à Poudlard. Vous ne pouvez pas changer
ce que vous êtes, mais vous pouvez accepter èrement vos
traits de personnalité et en tirer le meilleur parti possible.
Cela vous permettra de laisser derrière vous le sentiment
d’impuissance et de l’échanger pour une nouvelle force, de
cesser de vous voir comme une victime pour vous sentir
enn reconnaissant(e) d’être la personne que vous êtes.
L’une des étapes essentielles de ce processus est de faire
le deuil de la vie que vous auriez aimé avoir. Tout comme
nous le ferions après le décès d’un proche ou la perte d’un
objet matériel, nous pouvons faire le deuil de la vie idéale
que nous n’avons jamais pu avoir. Vous ne trouverez peut-
être jamais votre place d’une façon ordinaire. Vous ne vous
reconnaîtrez pas forcément dans les valeurs dominantes de
la société et vous ne tolérerez pas les activités banales que
les autres semblent apprécier. Vous vous sentirez peut-être
toujours en décalage. Pourtant, une fois que vous aurez
accepté qui vous êtes, vous pourrez abandonner certains
espoirs et certains rêves et vous libérer des idéaux que vous
ne pourrez jamais atteindre.
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Notre culture et notre société privilégient l’uniformité, et il
faut beaucoup de force intérieure et de pratique pour être à
l’aise avec l’idée que nous ne sommes pas conformes à la
« norme ». Arrêter de prétendre être quelqu’un que vous
n’êtes pas vous appor tera un immense soulagement et un
sentiment de paix. Le fait que les autres vous rejet tent ne
signifie pas que vous ayez tor t. Votre dif férence n’est pas un
défaut. Elle signifie que vous êtes mieux équipé(e) pour sup-
por ter les blessures et les at taques que la vie vous réser ve.
Vous avez peut-être envie de crier sur les toits que la vie n’est
pas juste, mais elle n’a jamais fait la promesse de l’être. Ce
qu’elle vous promet, pour tant, c’est que vous trouverez la joie
et l’épanouissement en devenant pleinement la personne que
vous êtes réellement.
La solution pour vous épanouir dans votre environne-
ment professionnel est de ne pas éviter les difcultés mais
de développer vos points for ts et des stratégies qui vous
aideront à affronter toutes les situations, même les plus
complexes. Si vous ne pouvez pas empêcher les autres
de vous attaquer ou de vous oppr imer au t rava il, vous
avez le pouvoir de gérer votre réaction. Dans la section
suivante, nous étudierons les meilleures méthodes pour
faire face à la critique et au rejet, pour établir des limites
personnelles, et pour transfor mer des situations hostiles
en oppor tunités d’apprendre et de grandir.
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L’, -
Exploration: quels sont vos divers rôles?
L’environnement professionnel peut apparaître comme le
théâtre de multiples psychodrames individuels et collectifs.
Des tâches spéciques doivent être attribuées aux différents
membres du groupe pour assurer le bon fonctionnement de
l’entreprise. Parfois ces rôles sont uides et dynamiques,
d’autres fois ils sont stricts et rigides. En rééchissant aux
rôles qui vous sont typiquement assignés au sein du sys-
tème, vous pourrez évaluer la place que vous occupez dans
le groupe et dans quelle mesure cela correspond à votre
personnalité.
Identiez les circonstances dans lesquelles vous assumez
les fonctions suivantes:
Je suis la personne qui s’occupe des autres quand je
---------------.
Je suis la personne qui blague quand je ---------------.
Je suis la personne créative quand je ---------------.
Je suis la personne avisée quand je ---------------.
Je suis la personne aux commandes quand je ---------------.
Je suis le héros/l’héroïne quand je ---------------.
Je suis la personne médiatrice quand je ---------------.
Je suis la personne qui résout les problèmes quand je
---------------.
Quels rôles prenez-vous du plaisir à jouer et lesquels
supportez-vous difcilement?
Dans lequel de ces rôles votre hypersensibilité et votre
intensité sont-elles le mieux exploitées?
Avez-vous tendance à toujours endosser le même type
derôle? Vous identiez-vous tout particulièrement à certains
rôles? Est-ce qu’ils reètent dèlement votre personnalité?
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Est-ce que vous les assumez avec plaisir ou est-ce qu’on vous
les impose? Dans quelle mesure ont-ils un impact sur votre
productivité ou sur votre niveau de satisfaction au travail?
Est-ce que votre lieu de travail est devenu une réplique de
la répartition des rôles au sein de votre famille?
Si la décision vous appartenait, quels rôles souhaiteriez-
vous assumer plus souvent?
S’épanouir au travail
Il n’est pas rare pour une personne hypersensible et intense
de ressentir la frustration d’être un cas à part. Vous brillez
peut-être dans la dimension technique ou intellectuelle de
votre emploi, mais vous avez du mal à maîtriser les réseaux
relationnels complexes et la dynamique de pouvoir. Vous
appréciez peut-être le contact avec les clients, mais pas avec
vos collègues ni vos supérieurs. Il n’y a pas de mentor pour
voussoutenirouvousguider.Pisencore,vousintimidezcelles
et ceux qui occupent des postes plus élevés que vous. Vos
supérieurs immédiats ont du mal à être aussi consciencieux
que vous et vous reprochent d’être bien trop sérieux(se).
Vos points forts sont ignorés et votre contribution n’est pas
valorisée. Vous êtes bien conscient(e) des failles et des dys-
fonctionnements du système, pourtant votre voix est étouffée
par les représentants de l’autorité que vous ne respectez pas.
Parfois, vous ne pouvez vous empêcher de tirer la sonnette
d’alarme, mais votre intervention est rarement bien accueillie.
En l’absence d’une éthique, d’une culture empathique ou de
véritables égaux qui partagent vos valeurs, vous vous sentez
souvent exclu(e), seul(e) et très peu soutenu(e).
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L’, -
Surmonter les défis de votre milieu
professionnel
Il est tout à fait compréhensible qu’après le temps et les
efforts que vous avez investis au travail, vous souhaitiez
vous sentir apprécié(e) et soutenu(e). Vous vous êtes peut-
être adapté(e) pour mieux vous intégrer et temporairement,
vous avez ressenti une certaine afnité avec les autres.
Malheureusement, comme vous avez bâillonné votre vraie
nature, votre sentiment d’appartenance n’est qu’une illusion.
Si vous vous contentez d’être toléré(e) plutôt que d’être plei-
nement accepté(e), vous vous rendrez compte un jour que
la seule chose qui aura trouvé sa place sera votre façade.
Même si votre idéal était de trouver un emploi où vous
vous sentiriez soutenu(e), changer de carrière n’est pas tou-
jours possible. Quand vous devez faire face quotidiennement
à un environnement hostile, la solution n’est pas de fuir ou
de vous cacher, mais de trouver des stratégies mentales pour
surmonter les dés qui se présentent à vous. Voici quelques
pistes qui vous seront sans doute utiles si vous travaillez dans
un environnement où les dons liés à votre hypersensibilité
et votre intensité ne sont pas appréciés.
Prenez conscience des moments qui vous font
voyager dans le passé
Si vous êtes stressé(e) et peu soutenu(e) au travail, vous
constaterez sans doute que le moindre signe de rejet ou de
critique vous entraîne dans une spirale émotionnelle négative.
L’incident qui déclenche votre malaise peut être tout à fait
230
R
mineur –quelqu’un détourne le regard ou vous interrompt,
ou encore vous n’arrivez pas à décrypter ce qu’il pense.
Instinctivement,vousvousreprochezsansdouted’avoirdes
réactions si extrêmes, mais les ash-back émotionnels ne sont
pas quelque chose que vous pouvez contrôler consciemment.
La peine que vous ressentez n’est pas celle d’un adulte, c’est
celle de l’enfant qui est en vous. Cet enfant intérieur est celui
que vous étiez, innocent mais vulnérable. Il a peut-être été
blessé,menacéouisolé.Lessituationsdecrisevousrenvoient
auxsouvenirsdevotreenfancequivousontfaitleplussouffrir
–vosfrèresetsœurssemoquaienttoujoursdevous,votrepro-
fesseur(e) ne vous prenait pas au sérieux, ou vos parents vous
interrompaient à chaque fois que vous vouliez dire quelque
chose… Elles peuvent aussi incarner vos luttes permanentes,
comme l’incompréhension des autres, qui avaient du mal à
voussuivreouprojetaientleursfaillessurvous.Cequisepasse
dansleprésentincitevotremémoireàlibérertouteslesimages
d’incompréhension, de harcèlement ou d’exclusion qui sont
restées enfouies en vous. Comme votre mécanisme combat-
fuite s’enclenche, l’amygdale (la zone cérébrale responsable
desémotions)prendledessussurlapartierationnelledevotre
cerveauetbloquevotrecapacitéàraisonner.Mêmesilapartie
adulte et logique de vous-même sait que la désapprobation
des autres ne peut pas causer de véritables dégâts, vous sentez
votrecorpsetvotreesprits’effondreràcausedestraumatismes
du passé. En d’autres termes, vous perdez momentanément le
contact avec votre réalité actuelle et vous êtes mentalement
«remonté(e) dans le temps».
Ce qui vous rend pa r ticulièrement vulnérable à ces
moments de doute, c’est qu’inconsciemment vous attendez
de vos collègues qu’ils vous traitent comme le ferait une
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L’, -
famille aimante. Vous avez peut-être désespérément besoin
d’être reconnu(e) par des gures d’autorité parce que vous
auriez souhaité l’être par vos parents ; vous voulez être
le plus proche possible de vos collègues pour compenser
le manque de connivence avec vos frères et sœurs. Votre
enfant intérieur(e) réclame, à juste titre, amour et appro-
bation. Malheureusement, l’environnement professionnel
est rarement l’endroit qui répondra à vos besoins affectifs.
Au lieu de vous reprocher encore davantage votre souf-
france, vous pouvez faire l’effort conscient de séparer la
réalité du présent de vos souvenirs du passé. La première
étape consiste à prendre conscience que ces ash-back se
produisent. Puis, rappelez-vous que, même si ces sentiments
sont réels, ils ne reètent pas toujours la réalité du moment.
Ce n’est pas parce que vous vous sentez comme un(e) enfant
de cinq ans, sans défense et sans personne vers qui se tourner,
que c’est la réalité. Vous pouvez vous dire: «Le pire s’est
déjà produit. Ce ash-back ne fait que passer comme il l’a fait
si souventet va bientôt cesser.» Vous êtes maintenant un(e)
adulte robuste qui peut choisir de partir, se défendre tout(e)
seul(e) ou demander de l’aide. Avec un peu d’entraînement,
vous deviendrez votre meilleur(e) ami(e), mentor et protec-
teur(trice). Vous pouvez murmurer des paroles rassurantes
à votre enfant intérieur(e) blessé(e). Vous pouvez créer pour
lui ou elle une enveloppe de protection imaginaire. Vous
réafrmez le fait que, quoi qu’il arrive, il n’y a aucune raison
d’avoir honte ou de culpabiliser. Il ou elle n’a rien fait de mal
et, même si des choses négatives se produisent, ce n’est pas
sa faute. Votre enfant intérieur(e) nira par apprendre que
vous êtes la source de l’amour et du soutien qu’il ou elle n’a
plus besoin de chercher à l’extérieur.
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Repérez les projections
Si une situation vous attriste, vous met en colère ou vous
rend aigri(e), c’est un signe que vos limites personnelles,
dont le rôle est de protéger votre santé émotionnelle, ont été
atteintes. Les personnes hypersensibles et très rééchies ont
tendance à accepter une part de responsabilité trop grande
pour ce qui se produit au sein d’une relation; elles autorisent
le bagage psychologique non assimilé des autres à épuiser
leur énergie et à ternir l’image qu’elles ont d’elles-mêmes.
Pour altérer ce schéma, vous pouvez apprendre à développer
des limites qui soient exibles mais non perméables. Cela
vous permettra de xer une frontière entre votre esprit et
celui des autres pour savoir précisément quelles émotions
vous appartiennent et lesquelles ne relèvent pas de votre
responsabilité.
Dans cet objectif, il est utile de mieux comprendre la
dynamique et le comportement de groupe, ainsi que la façon
dont les gens réagissent consciemment ou inconsciemment
à la différence. Nous avons abordé dans le chapitre précé-
dent de nombreux types de dynamique de groupe, dont la
projection des sentiments d’insécurité et des frustrations. Il
est primordial que vous réussissiez à identier l’hostilité des
autres pour ce qu’elle est, surtout quand elle se dissimule
dans des actes ou des commentaires passifs-agressifs. Quand
vous faites des choix de vie authentiques mais différents de
la norme, les gens autour de vous ne savent pas forcément
où «vousplacer». Vos actions leur semblent trop progres-
sistes, trop rebelles, trop osées. Ne pas pouvoir vous placer
dans une case précise de leur esprit les dérange. Peut-être
que vous avez concrétisé ce qu’ils n’osaient pas ressentir,
233
L’, -
exprimer ou faire. Si ce que vous représentez menace leurs
choix et leurs visions du monde, ils maîtrisent leur anxiété
en vous opprimant. Ils vous reprochent votre «agressivité»
quand vous ne faites qu’être honnête, ils interprètent votre
sensibilité comme «du cinéma», ou ils vous accusent de
«semer la zizanie» à cause de votre intégrité morale.
N’oubliez pas que la source de la plupart des critiques et
des insultes est la peur – expression des combats intérieurs
de chacun, de l’insécurité, de la jalousie et de l’incapacité
générale à accepter des perspectives différentes. Ce que vous
avez ressenti comme un rejet de la part des autres n’était pas
une négation de ce que vous êtes ni de votre identité, mais
le produit de leurs perspectives limitées. Les attaques dont
vous êtes victime sont le résultat de l’incapacité d’une autre
personne à supporter une ambiguïté ou une tension interne.
Essayez de garder à l’esprit que, dans la plupart des cas,
l’opinion des autres n’est pas liée à la personne que vous êtes.
Créez une zone favorable à une réaction saine
Quand quelqu’un empiète sur vos limites personnelles, la
colère, le ressentiment et l’amertume sont des réactions
émotionnelles tout à fait normales. Comme nous l’avons déjà
mentionné, la colère est un messager venu vous prévenir que
quelque chose qui a de la valeur pour vous a été bafoué. Elle a
une fonction importante et, si vous la réprimez, vous risquez
de douter de votre place dans le monde – qui vous êtes, vos
valeurs, vos convictions et vos droits. Lorsque quelqu’un vous
malmène, au lieu de vous effondrer en perdant vos moyens
ou de répondre à la violence par la violence, vous pouvez
234
R
puiser dans une conance en vous saine, pour vous défendre
et exercer vos droits. Cela demande un peu d’entraînement,
mais vous apprendrez à repousser l’injustice sans blesser qui
que ce soit, ni vous ni les autres.
Essayez de prendre conscience des moments pendant
lesquels, dans le courant de la journée, vous éprouvez
l’énergie du ressentiment. Quand l’irritation, l’agacement
et l’impatience se manifestent, détournez votre attention loin
de ce chaos mental et recadrez-vous sur votre corps. Prêtez
attention à la sensation pure que cette situation a initiée, par
exemple une impression de chaleur, une contraction ou un
pincement. À l’aide de techniques simples, comme compter
de 1 à 10 ou respirer profondément, gagnez autant de temps
que possible et essayez de ne pas réagir de façon immédiate,
de ne pas céder à la réaction primaire combat-fuite et de ne
pasdiredeschosesquevousrisquezderegretter.Quandc’est
possible, prenez du recul et donnez-vous le temps de vous
calmer. Prenez conscience de la façon dont ces sensations
montent et descendent en vous, et vous constaterez qu’elles
disparaîtront d’elles-mêmes, sans causer de dégâts, si vous
arrêtez de verser de l’huile sur le feu en laissant votre esprit
tourner en rond ou en ajoutant d’autres griefs à l’équation.
Être capable de se poser en témoin de ses sensations phy-
siques crée de l’espace entre le stimulus et la réponse, et
c’est dans cet espace que vous pouvez décider du meilleur
moyen d’action.
Une fois que la vague des émotions fortes est passée, vous
avez la possibilité de convertir votre ressentiment en une
opportunité de trouver l’apaisement et de grandir. Examinez
attentivement les besoins inassouvis qui nourrissent l’aigreur
ou une envie de vengeance irrépressible: est-ce que votre
235
L’, -
sécurité, votre liberté d’expression ou votre dignité ont été
entachées d’une façon ou d’une autre ? Sans vous laisser
emporter par l’indignation et sans nier toutes les expressions
de vulnérabilité, autorisez-vous à explorer les zones plus
paisibles qui sont en vous. Puis tournez-vous vers celle qui
est blessée et apeurée, et imaginez prendre sa défense. Si vous
avez du mal à penser à ce que vous pourriez dire ou faire,
imaginez que quelqu’un en qui vous avez conance arrive;
que dirait-il ou que ferait-il à votre place? Si vous étiez un(e)
enfant et que l’adulte le plus héroïque et le plus intelligent
qui soit volait à votre secours, comment réagirait-il? Que
pouvez-vous faire maintenant pour répondre aux besoins qui
ont été ignorés? Bien que vous ne puissiez pas contrôler le
comportement des autres, vous avez le pouvoir de protéger
vos limites mentales, physiques et psychiques. L’afrmation
de soi est une démarche positive qui peut ouvrir la voie à
votre vitalité, à votre créativité et à tous les éléments qui
sont essentiels à votre épanouissement.
L’ancrage
Quand quelque chose vous dérange, il est facile de vous
effondrer et de laisser une expérience déplaisante prendre
complètement le dessus sur votre réalité. Cela se pro-
duit parce que vous êtes en état de choc ; votre système
combat-fuite-inhibition est activé, et votre perception est
chamboulée. Mais si vous arrivez à prendre du recul et à
adopter une vue d’ensemble, vous vous rendrez compte que
la blessure interpersonnelle, aussi douloureuse soit-elle, ne
se généralise pas.
236
R
Les moments où vous vous sentez le plus vulnérable sont
des opportunités en or pour vous entraîner à tirer de la force
devosressourcesinternesetexternes.Vosressourcesinternes
sont par exemple vos valeurs, votre éthique professionnelle,
vos expériences positives et votre résilience. Vos ressources
externes peuvent être un(e) mentor, des ami(e)s, les gens
qui vous aiment ou les organisations qui apprécient votre
contribution. Bien que les expériences positives n’effacent
pas celles qui sont négatives, la désapprobation exprimée
par une personne n’a pas à contaminer les autres éléments de
votre vie. Même dans des circonstances difciles, faites en
sorte que des moments d’amour, de gratitude, de créativité et
d’intimité vous reviennent à l’esprit – et faites-en la base de
votresentimentd’épanouissement.L’ancragen’estpasjusteun
exerciceintellectuel,c’estunedémarchecorporellequipermet
d’intégrer, dans votre réalité intérieure, le message «Je suis
un être humain digne, qui mérite d’être respecté et aimé».
Dans cet objectif, le neuropsychologue Rick Hanson sug-
gère que nous fassions l’effort conscient d’intérioriser les
expériences quotidiennes tendres et positives. Quand vous
vous sentez aimé(e), conant(e) et digne, renforcez les voies
neuronales positives en prenant cinq à dix secondes (ou plus)
pour protéger et conserver ces moments. Vous pouvez les
prolonger et les intensier intentionnellement, et essayer de
vous rappeler les sensations qu’ils ont provoquées en vous,
mentalement et physiquement. Plus vous renforcez ces émo-
tionspositives,plusvous«connectez»deforceintérieuredans
votrecerveau.Vosémotionspositivesconstituerontunesource
d’autonomie, d’équilibre émotionnel et de conance en vous.
Il est également toujours utile de se rappeler, quand on se
trouve dans un environnement toxique, que même si cette
237
L’, -
expérience est déplaisante, elle n’est pas permanente. Quand
vous êtes submergé(e) par vos émotions, faites attention
aux pensées qui incluent des mots tels que «toujours» et
«jamais», car elles peuvent renforcer un scénario rigide
et nourrir des sentiments d’impuissance et de désespoir.
Posez-vous les questions suivantes: «Est-ce que les gens y
penseront encore dans l’avenir?», «Est-ce que cela aura de
l’importance dans cinq ou dix ans?» Chaque instant vous
donne l’opportunité de changer votre histoire et il n’existe
rien de tel que «le reste de ma vie» ou «pendant des années
et des années». Ça blesse et ça passe. Et quand ce sera passé,
vous serez toujours sur pied, dans votre intégrité.
Soyez un(e) observateur(trice) participant(e)
L’une des stratégies mentales les plus efcaces pour lutter
contre un environnement professionnel toxique ou inadéquat
consiste à devenir un(e) observateur(trice) conscient(e). Vous
pouvez faire semblant d’être chercheur(se) en anthropologie.
Les anthropologues vivent avec les gens dont ils étudient
la culture. Ils mangent avec eux, passent du temps en leur
compagnie, leur posent des questions et rééchissent à leurs
échanges. Ils sont autant participants qu’observateurs.
En tant qu’anthropologue, vous êtes présent(e) dans votre
vie professionnelle, vous apprenez et vous observez, mais
vous n’intervenez pas dans les scènes dont vous êtes témoin.
Pour commencer, imaginez avoir une «vue aérienne» de ce
qui se passe et remarquez que les autres se comportent d’une
façonquin’estpasliéeàvouspersonnellement.Puistracezune
ligne imaginaire entre votre propre espace psychologique et
238
R
énergétique et leur énergie hostile. Cette ligne est votre limite
personnelle.Avecdurecul,vousavezaussilacapacitédefaire
usage d’un peu de compassion. Vous verrez que sous l’agres-
sivité des autres se trouvent leurs blessures, leurs douleurs et
leur vulnérabilité. Vous pouvez alors dire: «C’est intéressant
devoircommentfonctionnentlesêtreshumains;ilsprojettent
leurs émotions.» Avoir des limites personnelles saines vous
permet de vous sentir solide et en sécurité, de sorte que vous
pouvez donner et aimer sans compromettre la personne que
vous êtes, être généreux(se) avec les autres sans les protéger
excessivement, et pardonner à celles et ceux qui vous ont fait
du tort sans endommager vos capacités.
Vous pouvez aussi établir un rituel pour passer de votre
«vraivous»àvotre«vousautravail».Parexemple,envous
habillantlematin,imaginezquevousenlezunearmure.Vous
pouvezêtreunacteurouuneactricequijoueunrôlesurvotre
lieu de travail. Quoi qu’il arrive, vous considérerez que les
projectionsoulescritiquesdirigéescontrevousvisentenfaitle
personnagequevousinterprétez.Quandvousrentrezdutravail,
baissezlagardeetlevraivousresteintact.Envousséparantdes
projections toxiques et des drames psychologiques des autres,
vous aurez des pensées chaleureuses pour les réconforter de
la peine et de la souffrance dont vous êtes témoin.
Trouver sa place dans le monde
Pour rester authentique sans renoncer au sentiment d’apparte-
nance, vous devrez accepter un certain nombre de paradoxes.
• Les gens sont parfois décevants, mais ils peuvent changer
et vous surprendre agréablement à tout instant.
239
L’, -
• Vous êtes différent(e) des autres, mais vous êtes aussi
connecté(e) à eux.
• Vous avez des opinions mais vous avez le droit de changer
d’avis.
• Les gens peuvent être hypocrites et se conduire de façon
agressive, mais cela ne reète pas qui ils sont.
• Parfois, c’est normal de dissimuler qui vous êtes pour
vous sentir en sécurité dans un contexte social, mais à
d’autres moments, vous devez ouvrir la porte et accueillir
les autres avec plaisir pour leur présenter votre véritable
moi dans toute son extravagance.
N’oubliez pas le plus important: quoi qu’il se soit passé
autrefois, vous avez le pouvoir de faire de nouveaux choix.
Soyez prudent(e) mais à l’affût des possibilités.
Soyez non conventionnel(e), mais restez diplomate.
Même si nous ne vivons pas dans un monde par fait, vous
pouvez y trouver votre place. Gardez la tête haute et soyez en
paix avec vous-même.
Pour trouver la place que vous méritez, ne cherchez pas une
solution «facile» et optez plutôt pour une voie enrichissante,
stimulante et épanouissante qui vous permet tra de vous sentir
le plus vivant(e) possible.
240
R
Exercice de réf lexion:
retour sur votre journée
Cet exercice vous apprendra à mieux analyser votre état
mental et votre comportement au travail.
À la n d’une journée de travail, quand vous êtes rentré(e)
chez vous, prenez dix à quinze minutes pour méditer.
Commencez par fermer les yeux et respirez profondément
pendant quelques secondes.
Maintenant, imaginez que vous sortez de votre corps et
que vous vous regardez de l’extérieur.
Avec compassion, intéressez-vous à votre position, aux
vêtements que vous portez et à l’expression de votre visage.
Puisrembobinezmentalementvotrejournéeetvosactions.
Commencez par la chaise sur laquelle vous êtes assis(e),
repensez à votre trajet de retour, retournez sur votre lieu
de travail. Faites déler les images scène par scène, instant
par instant, jusqu’à ce que vous arriviez au début de votre
journée de travail.
Essayez de vous rappeler autant de détails que possible et
observez-vousaveccuriositéetpatience.Quanddesémotions
se manifestent, essayez de voir si vous pouvez continuer à
observer de l’extérieur, comme si vous regardiez vos pensées
et vos émotions sur un écran.
Imaginez que vous n’étiez qu’un(e) acteur(trice) jouant
un rôle et que tous ceux et celles qui étaient autour de vous
étaient des personnages de la même série.
Refaites cet exercice cinq jours de suite. Pendant ce pro-
cessus, rééchissez aux questions suivantes et écrivez vos
réponses dans votre journal intime.
241
L’, -
1. Focalisez votre esprit sur les moments où vous vous
sentiez vulnérable, anxieux(se) ou humilié(e).
• Était-ce parce que vous ne vous sentiez plus validé(e)
par les autres?
• Quel type de reconnaissance espériez-vous recevoir?
Est-ce que vous vouliez, par exemple, qu’on vous féli-
cite pour vos compétences ou pour votre apparence,
ou qu’on vous rassure en vous disant que vous vous
débrouilliez très bien?
• Quel âge avez-vous l’impression d’avoir intérieurement
quand vous cherchez la validation des autres?
• Comment avez-vous tendance à réagir aux situations
qui vous donnent une impression d’impuissance,
d’humiliation ou de honte?
2. Notez les incidents qui ont provoqué chez vous de
l’agacement ou de l’impatience à l’égard des autres, ou
qui vous ont rendu(e) particulièrement critique envers
eux. Pensez à ces moments comme des formes de colère
assez subtiles. En reconnaissant et en admettant les
bourgeonnements de colère, vous pouvez les empêcher
d’éclore.
• Posez-vous la question suivante: quels types de situa-
tions créent une tension en vous?
• Concentrez-vous sur votre colère. Où est localisée
cette tension?
• Est-ce que vous dirigez généralement votre colère
vers l’extérieur ou vers l’intérieur?
• Est-ce que vous mangez ou buvez frénétiquement
après une crise de colère? Ou est-ce que vous vous
sentez léthargique?
242
R
• Est-ce que vous redoutez de perdre votre sang-froid au
travail? En combien de temps la colère passe-t-elle?
3. Maintenant, dressez la liste des moments où vous avez
fait quelque chose dont vous êtes er(ère). Ce n’est pas
nécessairement un épisode majeur, mais par exemple,
prendre le temps de parler à une personne que vous ne
connaissez pas ou aider quelqu’un.
• Quelle va leu r ou qualité cela ref lète-t-il ? (Pa r
exemple, respect, loyauté, générosité…)
• Quelles opportunités vous permettraient de ressembler
davantage à la personne que vous souhaitez être?
4. Imaginezunmondedanslequelvouspourriezvivresans
aucune crainte et en étant la personne que vous voulez
être. Dans cette nouvelle réalité, vous allez au travail
en représentant les valeurs dont vous souhaitez faire
preuve (par exemple, intégrité, authenticité, respect…).
• En quoi votre apparence, votre démarche et votre
façon de parler seraient-elles différentes?
• Quels types de relations entretiendriez-vous avec
votre entourage?
• En cas de conit, quelle attitude adopteriez-vous?
• Si on vous accusait injustement ou que l’on vous
brimait, réagiriez-vous d’une façon différente?
• Est-ce que vous parleriez différemment?
• Ya-t-ilquelquechosequevouscommenceriezàfaire?
• Y a-t-il quelque chose que vous arrêteriez de faire?
• Quels rêves, quels espoirs et quelles ambitions asso-
ciez-vous à cette nouvelle façon d’être?
• Quels changements les autres remarqueraient-ils en
vous?
243
L’, -
Maintenant, identiez un petit changement que vous
pouvez apporter pour être davantage comme vous voudriez
l’être.
Des relations qui s’étiolent
Est-ce que vous vous accrochez à des gens ou à des endroits
dont vous n’avez plus besoin?
Est-ce que cela vous chagrine beaucoup de voir que cer-
taines amitiés ont évolué et ne sont plus ce qu’elles étaient
auparavant?
Est-ce que vous niez le fait que vous avez bien mieux
réussi dans la vie que votre famille et vos amis de longue
date ne l’imaginaient possible?
Par nature, les personnes hypersensibles et intenses ne
perdent pas de temps. Votre développement personnel et
spirituel se produit à toute vitesse et votre vie se déroule à
un rythme effréné, une aventure après l’autre. Quand vous
stagnez, vous mourez d’ennui, vous devenez irritable et vous
vous sentez totalement insatisfait(e). Quand vous poursuivez
une relation amicale qui s’étiole, votre vérité s’impose. Cela
commence par de petits agacements, puis cela conduit très
vite à un manque de satisfaction chronique et à beaucoup
de ressentiment. Avec votre esprit curieux, votre grand
cœur et votre soif de vous enrichir, vous avez du mal à
trouver des compagnes et compagnons de route qui soient à
la hauteur de votre profondeur intellectuelle, émotionnelle et
spirituelle. Vous avez souvent des afnités pour des cultures
et des individus appartenant à d’autres parties du monde et
d’autres époques.
244
R
Comme vous êtes non conformiste, vous avez un désir
naturel d’échapper aux conceptions limitées du monde et aux
contraintes sociales qui vous ont été imposées. Vous distan-
cier de la mentalité de groupe n’est pas juste une envie, c’est
votre destinée, et c’est la seule chose que vous pouvez faire.
Votre force motrice innée vous entraîne dans des univers qui
dépassent largement l’entendement des proches qui peuplent
votre ancien monde. À chaque fois que vous retournez là
d’où vous venez, vous vous sentez plus étranger(ère) que
jamais. Vous vous rendez compte que vous n’avez plus rien
en commun avec vos ancien(ne)s ami(e)s, et c’est un constat
très douloureux. À chaque fois que vous partez vers de
nouveaux horizons, la même situation se reproduit. Un jour,
vous remarquez que vous ne pouvez pas échapper au fait que
vous évoluez plus vite que la majorité des gens, des endroits
et de la communauté qui vous entourent.
Un changement inévitable
Quand vous passez à un autre niveau dans votre vie, certains
de vos proches ont du mal à s’adapter à ce changement.
Comme vous êtes de plus en plus en contact avec votre
moi authentique, vous commencez à dire ce que vous pen-
sez et à exprimer ce que vous ressentez. Au lieu de vous
faire discret(ète), vous revendiquez votre espace créatif et
laissez votre intensité transparaître. Cette nouvelle version
de vous est trop éblouissante pour celles et ceux qui ne
sont pas prêts. Même si ce n’est pas votre intention, vous
devenez une menace pour celles et ceux qui vivent dans
«l’ancien monde» de la sagesse conventionnelle avec un
245
L’, -
faux sentiment de sécurité que leur procure la tradition. Votre
existence représente leurs aspirations secrètes. Eux aussi, au
fond d’eux, ressentent le besoin d’être libérés. Mais ils ne
sont pas prêts à remettre en question les seules autorités qu’ils
connaissent ou les relations interpersonnelles sur lesquelles
ils comptent, à renoncer à la sécurité dont ils bénécient
ou à prendre le risque de se diriger vers l’inconnu. Votre
évolution incite le rebelle qui est en eux à bousculer leur
âme, et pour éviter les insupportables conits intérieurs, ils
doivent désavouer vos choix an de valider les leurs.
Pour la plupart des gens, il est plus confortable de main-
tenir l’équilibre de la dynamique relationnelle telle qu’elle se
présente. Lorsque vous élargissez votre estime de soi, quelque
chose change. Vos anciens amis doivent s’adapter non seule-
ment au nouveau «vous» mais aussi à une nouvelle version
d’eux-mêmes, celle qu’ils devront adopter quand ils sont avec
vous. S’ils n’évoluent pas en même temps que vous, la relation
s’étiolera inévitablement; elle deviendra dysfonctionnelle et
parfois cruelle. Certains individus, par exemple, supportent
mal leur vulnérabilité et tendent à projeter leurs faiblesses
sur les autres; dans toute relation, ils ne savent ainsi être
que «le sauveur» ou «la sauveuse». Si vous devenez moins
dépendant(e), ils peuvent se sentir abandonnés ou rejetés.
S’ils ne sont plus «celui qui aide», ou «celle qui décide»,
qui sont-ils? Cette question est parfois trop déstabilisante
pour eux. Ils continuent alors à se conduire comme avant,
en espérant retrouver la dynamique dysfonctionnelle qui
vous plaçait dans un état de dépendance.
En y regardant de plus près, vous remarquerez peut-être
les façons subtiles dont vos amis de longue date essayent
de vous rabaisser. Par exemple, au lieu de vous demander
246
R
des nouvelles de ce qui se passe bien, ils se font l’avocat du
diable. Ils suggèrent que vous brûlez les étapes ou que vous
risquez d’être déçu(e). Ils se montrent excessivement inquiets
pour votre santé ou vous parlent d’une façon infantilisante
ou condescendante. Si ce qu’ils vous disent ravive votre
insécurité, ils réagissent inconsciemment en privilégiant
leurs désirs. Vous vous retrouvez dans une position où vous
cherchez un réconfort dont vous n’avez pas besoin et où vous
demandez des conseils dont vous pourriez vous passer. Vous
mettez l’accent sur vos inquiétudes et cachez les bonnes
nouvelles. C’est comme si vous régressiez pour répondre à
leur besoin, car ils veulent que vous restiez la personne que
vous étiez. En apparence, ils prennent soin de vous, mais
vous vous rendez compte que cette interaction censément
amicale vous a affaibli(e) et a entamé votre conance en vous.
Votre intention n’est jamais de dénigrer les choix de vie
des autres. Quand vous vous éloignez d’eux ou que vous
évoluez, c’est pour survivre et faire la seule chose dont vous
savez qu’elle peut étancher votre soif existentielle. Pourtant, à
chaque fois que vous vous rebellez contre les choses du passé,
que vous vous détournez de la voie tracée par vos parents ou
que vous agissez contre l’ordre établi, vous vous heurtez à
des résistances de toutes parts. On vous fait comprendre – à
grand renfort de critiques, de regards désapprobateurs ou de
lourds non-dits – que vous êtes égoïste, arrogant(e) et irres-
pectueux(se). Le sentiment de culpabilité toxique que vous
intériorisez se traduit par des doutes et de l’anxiété. Vous
commencez à vous demander si vous n’êtes pas réellement
quelqu’un de hautain et de péremptoire ; vous avez peur
d’avoir trahi celles et ceux qui vous aiment. Vous redoutez
aussi la solitude qui vous attend si vous sortez des sentiers
247
L’, -
battus. Vous vous demandez où est votre foyer, si vous avez
une tribu, si vous trouverez un jour enn votre place.
Des choix difficiles
Même si leurs paroles ou leurs actes vous déstabilisent, cela
ne signie pas que votre famille et vos ami(e)s ne vous aiment
pas. La plupart du temps, ce qu’ils disent ou font n’est pas
une attaque malveillante, mais une réponse combat-fuite à
ce qu’ils perçoivent comme une menace contre leur système
de croyances. Quand vous vous épanouissez sous une forme
qui dépasse leur entendement, la seule façon dont ils savent
protéger l’équilibre de leur psyché est de vous rabaisser. Ils
ont beau vouloir le meilleur avenir possible pour vous, leurs
craintes limitent leur capacité de vous soutenir sans retenue.
Ce n’est pas parce que vous remarquez ce schéma que
vous devez pour autant mettre n à une relation amicale.
Pour empêcher cette dynamique de vous affecter, il suft
que vous ayez conscience de ce qui se produit. Une fois que
vous en comprendrez mieux les tenants et les aboutissants,
vous pourrez faire l’effort conscient de ne pas laisser leurs
projections vous atteindre. Si nécessaire, vous reverrez vos
attentes et déciderez ce que vous espérez donner à cette
relation et en tirer. Vous pouvez devenir la personne la plus
mûre de la relation car vous considérez avec compassion les
vulnérabilités de vos ami(e)s.
Dans certaines circonstances, la seule solution pour aller
de l’avant est cependant de mettre un terme à la relation.
Même si quelqu’un a eu une énorme importance pour vous
dans le passé, il n’a peut-être plus la même place dans votre
248
R
vie actuelle. Comme vous êtes une personne hypersensible,
vous êtes conscient(e) que continuer à faire comme si rien
n’avait changé serait hypocrite. D’une certaine manière,
l’autre personne se rend également compte que la relation
arrive naturellement à son terme. Si elle n’a pas le courage
de sauter le pas, elle risque de recourir à des comportements
passifs-agressifs visant à vous repousser. Parfois, prendre
la décision de rompre avec quelqu’un, qu’il s’agisse d’un
membre de la famille, d’un(e) ami(e) d’enfance ou de votre
partenaire, n’est pas juste le choix le plus prudent, c’est aussi
une preuve d’amour.
Sur le plan relationnel, il est souvent difcile de trouver
le bon équilibre entre rendre hommage à ce que l’on avait
et laisser derrière soi ce qui n’a plus de sens. Nous devons
vider notre tasse avant de pouvoir la remplir. S’accrocher à
ce qui ne nous convient plus ne conduit qu’à la stagnation,
au ressentiment et à la dépression.
Une rupture ne signie pas que l’une des parties soit en
tort. Vous avez tous les deux fait de votre mieux, compte
tenu de qui vous étiez et de ce que vous saviez. Les gens
entrent dans votre vie pour une raison, pour une saison ou
pour la vie. Mais personne n’a le devoir de rester au-delà
du moment où cela n’a plus de sens ni pour l’un ni pour
l’autre. L’essentiel est que vous ayez partagé des fous rires,
des chagrins, fait ensemble un bout de chemin. Rien n’est
une erreur. Vos amitiés passées sont les pierres angulaires
de votre développement, et elles vous ont accompagné(e)
jusqu’à ce tournant. La meilleure façon d’honorer celles et
ceux qui ont fait une partie du voyage avec vous n’est pas
de vous accrocher, mais de savoir lâcher prise quand le
moment est venu.
249
L’, -
Tourner la page est un moment difcile, mais cette épreuve
de la rupture est en quelque sorte une douleur de crois-
sance. Vous lâchez les rênes pour vous envoler vers votre
destinée. Tout comme un papillon qui doit sortir de son
cocon, vous vous dirigez vers un avenir moins restreint et
plus gratiant. Une fois que vous serez libre de révéler vos
dons de personne hypersensible et intense, tout le monde, y
compris vous-même, vous sera reconnaissant. Même si c’est
pénible, essayez d’accepter la douleur des adieux et trouvez
du réconfort dans l’idée que les larmes sont le signe que les
choses progressent dans la bonne direction.
Au fur et à mesure que vous procéderez à des changements
pour adapter votre environnement à votre nouvelle identité
de personne confiante et digne, tout en vous deviendra plus
clair et plus c alme. Un jour, vous const aterez à quel point
vous vous sentez libre. Vous vous rendrez compte aussi que
vous ne recherchez plus désespérément l’approbation de vos
parents, de vos ancien(ne)s ami(e)s ou des courants domi-
nants de la société. Vous savez qui vous êtes et vous vous
sentez bien ancré(e). C’est une sens ation mer veilleuse de
pouvoir vous étirer de tous vos membres et occuper l’espace
qui est le vôtre, puis de laisser votre flamme at tirer votre
véritable tribu.
250
R
Rituel: affiner son discernement et
tourner la page
Vouspouvezafnervotrediscernementpourmieuxévaluersi
quelqu’unauneplacedansvotrenouvellevie.Commencezpar
vous demander ce que vous ressentez – viscéralement, émo-
tionnellement,spirituellement–quandvousêtesencompagnie
decettepersonne.Envousfondantsurlesquestionssuivantes,
rééchissez à un échange spécique que vous avez eu.
1. La conversation vous semble-t-elle naturelle, facile ou
forcée? Avez-vous besoin de rééchir à des sujets de
conversation?
2. Est-ce que vous avez l’impression d’avoir une connexion
affective ou d’être motivé(e) intellectuellement ? Ou
est-ce qu’au contraire, vous vous ennuyez et perdez
patience?
3. Cette personne vous inspire-t-elle sufsamment conance
pour que vous lui racontiez des détails intimes de votre
vie? Vous retenez-vous de partager de bonnes nouvelles
ou minimisez-vous les aspects positifs de votre vie?
4. Est-ce que vous vous sentez sufsamment à l’aise pour lui
montrer votre vrai visage? Ou est-ce que vous ressentez
le besoin de dissimuler certains aspects un peu extrêmes
de votre personnalité pour qu’elle ne vous trouve pas
«trop intense», «trop sensible», etc.?
5. Vos objectifs, vos valeurs et vos styles de vie sont-ils
très différents? Bien que partager des objectifs et des
valeurs ne soit pas toujours essentiel pour forger une
amitié, cela peut devenir problématique si vous devez
éviter les discussions approfondies ou si le comportement
de l’autre personne est incompatible avec votre éthique.
251
L’, -
Vous vous sentez peut-être trop critique envers elle,
ce qui vous pousse à culpabiliser et entraîne un cycle
émotionnel épuisant.
6. Après chaque conversation, vous sentez-vous coupable
ou avez-vous l’impression de ne pas avoir été sincèr e?
7. Est-cequecettepersonnes’intéresseàsondéveloppement
personnel et spirituel? Est-elle capable d’analyser sa
propre personnalité?
8. Est-ce que le passé est la seule chose que vous avez en
commun?
9. Imaginez que vous puissiez effacer le passé. Si vous
veniez tout juste de rencontrer cette personne, vou-
driez-vous qu’elle fasse partie de votre cercle d’amis?
10. À la n d’une conversation, est-ce que vous vous sen-
tez épuisé(e), rabaissé(e), déprimé(e) ou, au contraire,
stimulé(e)?
11. Est-ce qu’entretenir cette amitié commence à ressembler
àunecorvée?Attendez-vouslaprochainerencontreavec
hâte ou préféreriez-vous faire autre chose?
12. Est-ce que vous avez l’impression que cette personne
vous repousse passivement, par exemple en se montrant
apathique ou peu intéressée par vos propos? Est-ce
qu’elle vous donne l’impression qu’elle préférerait être
ailleurs mais n’ose pas le dire?
Vous avez peut-être identié dans votre vie des relations
interpersonnelles auxquelles vous souhaitez mettre un terme.
Si cela semble être le bon choix, suivez le rituel suivant pour
vous aider à lâcher prise:
• Préparez des petits morceaux de papier de différentes
couleurs.
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R
• Dessinez ou inscrivez le nom de chaque personne qui n’a
plus sa place dans votre vie ou dont vous souhaitez vous
séparer. Vous pouvez inclure non seulement le nom de la
personne mais aussi une description de votre interaction,
par exemple: «codépendance».
• Rééchissez aux raisons pour lesquelles ces personnes
sont encore dans votre vie et inscrivez-les au dos des
petits papiers.
• Préparez votre esprit à lâcher prise et imaginez ce à quoi
votre vie ressemblerait sans elles.
• Pour couper les liens, vous pouvez brûler, déchirer ou
enterrer les petits papiers.
• Prenez un instant pour rendre hommage à la connexion
que vous avez eue avec ces personnes/pensées, puis
relâchez-les.
• Félicitez-vous de vous être autorisé(e) à faire un pas vers
la liberté et la légèreté.
C’est un exercice symbolique dont le but est de promouvoir
un léger glissement psychologique. L’acte de brûler ou de
déchirer les papiers peut paraître brutal, mais cela ne veut
pas dire que vous devez passer à une action aussi drastique
dans la vraie vie. Ce glissement pourra se manifester de
façon subtile, comme une conance en vous renforcée, une
nouvelle façon d’envisager une relation spécique ou un
discret changement de vos attentes.
Soyez assuré(e) que, consciemment ou inconsciemment,
quand le moment sera venu, ce qui ne vous sert plus dispa-
raîtra naturellement. Imaginez-vous comme un arbre dans
la nature. Vous n’avez pas besoin de faire ou de contrôler
quoi que ce soit, ni de prendre aucune décision. Avec le
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L’, -
changement des saisons, la nature vous débarrassera de
vos branches et de vos feuilles mortes.Vous n’avez pas non
plus à vous inquiéter de la forme de vos nouveaux fruits,
car on vous fournira les éléments nutritifs et les ressources
nécessaires pour ceux que vous êtes destiné(e) à porter.
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