L'hypersensibilité, un super-pouvoir !

Imi Lo · Chapitre 8 sur 10

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L'hypersensibilité, un super-pouvoir !

Chapitre 6 : Relations amoureuses et intimité

 

Chapitre 6

 

Relations amoureuses

 

et intimité

 

Trouver l’amour tout en étant vous-même

 

Les personnes hypersensibles et intenses sont des amoureux

passionnés, mais qui se heurtent à un certain nombre de

dés liés à leur tendance à l’hyper-empathie, à la vitesse à

laquelle leur esprit fonctionne et à leur niveau d’intuition très

élevé. Dans ce chapitre, nous évoquerons quelques obstacles

pouvant affecter vos relations intimes et ce que vous pouvez

faire pour lutter contre.

 

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L’,  - 

Vous vous ennuyez et manquez de patience

 

Comme vous avez une personnalité intense, vous fonctionnez

à un rythme qui n’est pas forcément celui des autres. Quand

votre partenaire ou partenaire potentiel(le) ne montre pas la

même capacité que vous à saisir la complexité des choses et

à rassembler des informations, vous avez du mal à ne pas

vous impatienter. Comme vous avez beaucoup d’imagina-

tion et d’énergie, vous partagez des idées et des sources

d’inspiration avec votre partenaire qui ne peut pas toujours

vous rendre la pareille. Ainsi, vous nissez par prendre en

charge la plupart des décisions et des conversations, et par

dominer la relation, sans le vouloir.

Vot re vie est une quête intellect uelle et spi r it uelle

constante. Vous montrez de l’enthousiasme pour toutes les

formes d’apprentissage et les mystères de l’Univers vous

fascinent. Votre moitié, pour sa part, se contente peut-être

de l’ordinaire et ne partage pas nécessairement votre soif

de savoir. Vous êtes sans cesse à la recherche de nouvelles

expériences et de dés intellectuels; si vous étendez votre

horizon et votre conception du monde beaucoup plus rapide-

ment que votre partenaire, vous aurez de moins en moins de

choses en commun. Cela entraînera une situation bien morose

car, même si vous vous aimez profondément, le décalage

entre vos styles de vie, vos développements personnels et

vos conceptions spirituelles va s’amplier de plus en plus,

au point de devenir insupportable. Le résultat est que vous

risquez de ne pas vous sentir sufsamment stimulé(e) et

de vous trouver enfermé(e) dans un monde réduit à deux

personnes.

 

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R   

Vous avez besoin de grandes plages de solitude

 

Vous avez une imagination débordante et une vie intérieure

très riche. Vos centres d’intérêt sont extrêmement diversiés,

de l’art à la musique, en passant par la politique. Quand

vous vous passionnez pour un loisir, un projet ou une idée,

votre cerveau ne s’arrête pas un instant. Quand vous vous

sentez inspiré(e), vous travaillez sans relâche. Éteindre la

lumière le soir n’est peut-être ni ce dont vous avez envie ni

ce dont vous avez besoin. Pour vous, chaque minute compte,

car vous savez au fond de vous que vous avez le potentiel

d’accomplir de grandes choses. Toutefois, votre partenaire

risque de trouver votre comportement excessif si ce n’est

pas son mode de fonctionnement.

Les projets créatifs et professionnels requièrent des

moments de solitude pour penser et laisser libre cours à

son imagination, mais si vous êtes en couple, ce n’est pas

toujours facile de vous isoler. Vous aimez pouvoir vous

focaliser sur votre projet pendant de longues heures et

résoudre les dés qui se présentent, mais vous vous sentez

parfois un peu piégé(e), que vous deviez aller au cinéma ou

dîner chez des amis. En comparaison avec vos recherches

intellectuelles et spirituelles, vous appréciez peut-être de

moins en moins les moments passés avec votre partenaire

qui se sent à l’écart, et vous culpabilisez de rechercher trop

souvent la solitude.

 

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L’,  - 

Vous cherchez de la profondeur dans un monde

superficiel

 

Notre monde de plus en plus superciel est un dé pour

les personnes hypersensibles, surtout quand elles cherchent

l’amour. Le monde avance trop vite pour nous, et faire

preuve d’intégrité est une valeur en berne. Par exemple,

les études montrent que, sur les sites de rencontre, les

gens ont tendance à se présenter com me les individus

qu’ils voud ra ient être plutôt que ceux qu’ils sont vrai-

ment, et qu’ils n’hésitent pas à mentir 1 . Pour celles et ceux

qui, comme vous, sont avides de vérité, c’est fr ustrant.

Apprendre à connaître quelqu’un demande de la patience

et un investissement personnel, mais ces vertus ne sont pas

données à tout le monde. Vous avez besoin, pour vous lier

à quelqu’un, de plus de temps que ce que prévoit la norme

sociale actuelle, et vous avez peut-être du mal à distinguer

le sexe d’un lien affectif profond. Votre complexité vous

éloigne de la foule; comme vous êtes un peu décalé(e), il

vous faut plus de temps et plus d’efforts pour trouver des

gens qui sont sur la même longueur d’onde.

 

Votre partenaire ne comprend pas votre

hypersensibilité

 

De nombreuses personnes intenses sont aussi très sen-

sibles physiquement –elles sursautent au moindre bruit, se

sentent agressées par des signaux sensoriels trop nombreux

et ont besoin de temps pour se ressourcer après avoir été

au m ilieu de la foule. Quand vous êtes bomba rdé(e) de

 

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R   

stimuli, votre corps réagit à grand renfort d’allergies, de

maux de tête, de m igraines, de douleurs ou de fatigue.

Ce qui enthousiasme votre pa r tenaire est pa r fois dif-

cile à supporter pour vous – montagnes russes, musique

tonitruante, bruit de fond constant, parfums forts… Vos

besoins sont légitimes, mais ce n’est pas toujours facile

de les com muniquer clairement et avec assurance pour

garantir la viabilité de votre relation. Si votre moitié vous

critique parce que vous êtes «trop intense», «trop théâ-

tral(e)», «trop difcile», trop ceci ou trop cela, ne vous

laissez pas faire, et surtout n’intégrez pas l’idée que quelque

chose ne tourne pas rond chez vous.

 

Vous êtes sensible à toutes les émotions et à

toutes les nuances

 

Votre hypersensibilité s’accompagne d’une forte intuition.

Vous êtes très perspicace et relevez les nombreuses nuances et

changements dans les interactions sociales et les dynamiques

interpersonnelles. Votre instinct est particulièrement able,

surtout quand il s’agit de vos proches. Quand votre partenaire

n’est pas tout à fait honnête, vous le décelez, et vous détectez

sa colère ou sa contrariété avant qu’elles ne se manifestent

ouvertement. Du fait de votre tendance hyper-empathique,

vous «absorbez» ce que l’autre ressent, parfois même vous

éprouvez ses émotions à sa place. Comme votre intelligence

émotionnelle est plus développée, c’est généralement vous

qui initiez les conversations importantes ou abordez les

problèmes de votre couple. Votre perspicacité génère deux

types de problèmes:

 

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L’,  - 

• Être une éponge émotionnelle est épuisant. Si vous n’éta-

blissez pas des frontières affectives saines, vous allez tout

droit au burn-out.

• Vous intimidez votre partenaire car vous détectez toutes

ses pensées et ses émotions.

 

Vous donnez la priorité aux besoins des autres

plutôt qu’aux vôtres

 

Étant donné votre nature extrêmement empathique, vous vous

êtessansdoutetoujourssenti(e)responsabledesautres,d’une

manièreoud’uneautre –physiquementouémotionnellement,

ouvertement ou secrètement. Si vos parents étaient vulnérables

ouabsents,ilestprobablequ’étantl’enfantleoulaplussensible

et intuitif(ve), vous soyez intervenu(e) en tant que «mini-

adulte». Vous avez par exemple été le(la) condent(e) de vos

frères et sœurs ou de vos parents, ou vous avez même joué le

rôle du thérapeute. Vous avez peut-être dû grandir si vite et si

tôt que vous avez été conditionné(e) à donner la priorité aux

besoins des autres. Vous avez souvent l’impression d’être en

pilote automatique, mais vous êtes si perméable aux besoins

et aux désirs non exprimés de votre partenaire que vous lui

offrez votre aide avant même qu’elle ne soit sollicitée.

Si vous n’avez jamais eu l’opportunité d’exprimer vos

besoins et qu’ils soient pris en compte, il est logique que vous

ne sachiez pas comment demander de l’aide aujourd’hui.

Vous avez tendance à ne pas partager votre détresse et votre

vulnérabilité avec votre partenaire qui, malgré ses tentatives

pour vous soutenir, se heurtera souvent à un mur. Le résultat

est que vous vous sentez aussi seul(e)s l’un(e) que l’autre.

 

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R   

Suggestions pour les personnes

 

hypersensibles et intenses

 

Réfléchissez à la différence entre partenaire de

vie et âme sœur

 

Notre culture propage depuis longtemps le mythe selon lequel

chacun(e) de nous a besoin de «quelqu’un de spécial», mais

si vous êtes hypersensible et intense, il est presque impossible

de rencontrer quelqu’un qui vous corresponde sur tous les

plans – physiquement, émotionnellement, spirituellement et

intellectuellement. La personne qui vous attire sexuellement

est peut-être émotionnellement distante ou celle avec qui vous

avez un lien affectif fort n’est peut-être pas à la hauteur de

vos débats intellectuels. L’une des stratégies utiles dans ce

cas consiste à rééchir à la différence entre «partenairede

vie» et «âme sœur» et à se demander si ce doit être une

seule et même personne.

Un partenaire de vie est quelqu’un à qui on peut faire

conance. Il sert de copilote pour les tâches de la vie quo-

tidienne comme pour la création d’un foyer ou l’éducation

des enfants. Il est notre meilleur ami et notre pilier. Nous

n’avons pas forcément un lien spirituel électrisant avec lui,

mais il nous aide à nous sentir calmes et aimé(e)s.

Une âme sœur est une personne capable de nous com-

prendre intimement. Elle suit le cours de notre pensée, aussi

rapide soit-il, alimente notre imagination, s’enthousiasme

pour notre vision du monde et remarque ce que nous voyons

intuitivement. Elle saisit notre sens de l’humour, nous incite

à rééchir et à apprendre et ne nous reproche jamais nos

«excès». Quand nous sommes avec elle, nous nous sentons

 

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L’,  - 

transporté(e)s, compris(es), et la communication se fait sans

effort.

En psychologie, on fait une distinction entre l’amour

compatissant et l’amour passionné. L’amour compatissant

implique des sentiments de respect mutuel et de conance,

alors que l’amour passionné est motivé par des émotions

fortes et un «désir d’union intense» 2 . Le premier est celui

que nous ressentons envers nos partenaires de vie, alors que

le second est ce que nous éprouvons quand nous sommes

attiré(e)s par une âme sœur.

Certaines personnes hypersensibles et intenses ont la

chance de rencontrer une âme sœur qui devient leur parte-

naire de vie. Mais d’autres passent leur existence à recher-

cher leur idéal sur tous les plans et essuient déception après

déception.

Si vous arrivez à distinguer partenaire de vie et âme

sœur, vous pouvez rééchir à vos priorités et concevoir

votre vie en conséquence. Vous pouvez être parfaitement

satisfait(e) même si votre partenaire n’est pas votre âme

sœur et chercher ailleurs la stimulation intellectuelle, ou

encore le lien émotionnel ou spirituel. Après tout, votre

âme sœur peut être un(e) ami(e), un(e) professeur(e) ou un

membre de votre famille. À l’inverse, vous pouvez choisir

de consacrer votre existence à chercher votre âme sœur, en

refusant les compromis. Il n’y a pas de bon ou de mauvais

choix; vous devez respecter vos besoins. Toutefois, avoir

une idée précise de ce que vous voulez et faire les choix qui

en découlent évitera le ressentiment, les conits intérieurs

et les efforts inutiles.

 

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R   

Évitez le piège de la culpabilité: ce n’est pas

parce que vous êtes «trop intense»!

 

Nous avons toutes et tous nos propres mécanismes de défense

– ou stratégies d’adaptation –, et les vôtres risquent d’être

en contradiction avec ceux de votre partenaire. Si vous êtes

en couple, vous avez peut-être l’impression d’être pris(e)

dans un cycle conictuel sans n, au sein duquel le même

schéma se répète régulièrement. Parmi les schémas fré-

quents, on trouve la dynamique demande-retrait. La demande

consiste à vouloir maintenir le contact avec l’autre même en

situation de conit. Au lieu de laisser les choses en plan ou

d’attendre qu’elles se calment, vous préférez poursuivre une

conversation animée. Quand vous n’êtes pas sûr(e) de vous,

vous souhaitez que l’autre vous rassure et vous soutienne.

Si votre partenaire se renferme, vous revenez à la charge;

vous élevez la voix, vous formulez des critiques ou insistez

pour avoir une réponse. Pour vous, ce n’est pas parce que

quelqu’un évite la confrontation qu’il ne vous provoque pas.

La passivité envenime parfois les choses et le silence peut

blesser plus que les mots. Votre partenaire, ayant opté pour

le retrait, considérera vos tentatives d’approche comme trop

insistantes, voire agressives.

Par nature, les individus hypersensibles et intenses sont

souvent les demandeurs, mais selon votre passé et votre

personnalité, vous pouvez aussi être la personne du couple

qui choisit le retrait et cherche à éviter les conits. Vous avez

besoin de vous replier sur vous-même pour que la situation

ne vous submerge pas, précisément parce que vous ressentez

les émotions de façon si intense. Au lieu de vous expliquer

avec votre partenaire, vous préférez d’abord assimiler la

 

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L’,  - 

situation dans votre espace privé. Vous évitez que vos regards

se croisent, vous lui tournez le dos, vous partez de votre côté

ou vous optez pour le silence. Vous essayez de rester paisible

en prenant de la distance. Quand votre partenaire s’énerve,

vous pensez peut-être qu’il est dangereux de dire ou de

faire quoi que ce soit, et vous ne vous sentez sufsamment

en sécurité pour reprendre la conversation qu’une fois que

votre moitié s’est calmée.

Quand un couple se dispute, chacune des deux parties

est tentée d’attribuer toute la responsabilité à l’autre. Avec

un peu de recul, pourtant, vous comprendrez que c’est un

processus réciproque et non unilatéral; vous participez tous

les deux au schéma et vous l’entretenez. Par exemple, si votre

partenaire n’optait pas pour le retrait, vous n’auriez pas à

revenir à la charge. Àl’inverse, si vous n’éleviez pas la voix,

l’autre prendrait moins ses distances. Vous avez l’impression

de ne pas être écouté(e), de ne pas être aimé(e) ou pris(e) au

sérieux, et vous insistez encore davantage pour vous sentir

rassuré(e). Aux yeux de votre partenaire, vous ne faites que

l’étouffer, l’asticoter, voire l’attaquer – vous ne lui donnez

aucune raison de sortir de son silence. Vous vous retrouvez

dans une situation où les stratégies d’adaptation des deux

personnes concernées sont exacerbées.

Poursortirdecetypedescénariopeuproductif,prenezdu

recul. Évitez de tomber dans le piège qui consiste à endos-

ser toute la responsabilité, surtout si votre partenaire vous

reproche d’être «trop sensible» ou «trop ceci ou cela».

En revanche, admettez que vous avez joué un rôle dans la

dispute et reconnaissez que vous avez des caractéristiques

peuatteusesquevousnevoyezpasnécessairementenvous-

même. Essayez de ne pas vous focaliser sur la surface du

 

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R   

conit mais sur les désirs et les vulnérabilités sous-jacents.

Vos mécanismes de défense, à tous les deux, se doublent de

besoins émotionnels qui ne veulent pas être ignorés. D’une

part, la peur de l’abandon et la solitude émotionnelle; d’autre

part, des traumatismes non assimilés et liés à la colère et à

l’agressivité, la sensation d’être sans défense et un sentiment

d’échec dans votre rôle de partenaire. Porter votre attention

sur les blessures émotionnelles et sur les besoins affectifs

des deux membres de votre couple vous permet de vous

remémorer votre condition d’êtres humains et de passer des

reproches à l’empathie et à la compassion.

 

Évitez les décalages de communication

 

C’est un autre problème assez répandu, surtout quand les

deux partenaires ont différentes façons de fonctionner.

Les couples se plaignent souvent qu’une des deux per-

sonnes interrompt l’autre et ne la laisse pas nir de parler 3 .

En fait, les gens n’ont pas tous les mêmes attentes en ce qui

concerne le temps de parole de l’autre et la quantité de détails

qu’ils peuvent supporter. Certains tests de personnalité, tels

que le Myers-Briggs Type Indicator (MBTI), peuvent expli-

quer ces différences de perception. Selon le MBTI, le choix

entre sensation et intuition est ce qui détermine la façon dont

un individu traite l’information. Celles et ceux qui optent

pour la sensation se focalisent sur ce qui est présent et factuel.

Ce sont des penseurs(euses) qui privilégient le concret et le

littéral, et valorisent le sens pratique. Par contraste, celles

et ceux qui fonctionnent par intuition traitent l’information

en détectant des schémas, en utilisant des métaphores et en

 

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L’,  - 

se fondant sur des impressions. Ils ont de l’imagination et

attachent plus d’importance à l’inspiration qu’au sens strict

des choses.

La différence entre ces deux types de fonctionnement

détermine les éléments de la conversation sur lesquels cha-

cun se concentre en priorité. Les intuitifs s’intéressent au

contexte plus large alors que les sensitifs se préoccupent

des détails notables. La majorité des gens sont sensitifs,

mais les personnes hypersensibles et intenses ont tendance

à être intuitives. Ces préférences ne sont pas gravées dans

le marbre, et vous pouvez aussi vous trouver entre ces deux

types de fonctionnement. Si l’intuition est votre mode pré-

dominant, vous constaterez peut-être que votre partenaire,

qui fonctionne par sensation, vous interrompt constamment

pour collecter ou corriger des informations. À ses yeux, les

faits doivent être corrects avant que l’histoire ne puisse se

poursuivre. Alors que pour vous, ces détails ne sont pas aussi

importants que le déroulement du récit et les concepts plus

larges qu’il implique 4 .

Si vous êtes intuitif(ve), vous aimez explorer les possibili-

tés et les nouvelles idées. Dans l’enthousiasme, vous sautez

d’un point à l’autre en dépeignant une vision d’ensemble et en

passantrapidementsurlesdétails.Votremodedepenséepeut

lui aussi être différent, et votre esprit fonctionne en dressant

des parallèles inattendus entre les idées qui suivent librement

le cours de votre imagination. Votre partenaire, en mode

sensitif, aura sans doute du mal à suivre vos idées abstraites

et le l de votre pensée, préférant les messages précis, spé-

ciques et linéaires. Votre tendance à sauter du coq à l’âne

sans jamais atterrir est déstabilisante. Quant à vous, vous

trouvez cela agaçant quand l’autre s’attache machinalement

 

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R   

à un élément que vous estimez sans importance ou s’obstine

de façon presque obsessionnelle à corriger les moindres

détails, interrompant le ot de votre intervention. Pour vous,

les autres ne se rendent pas compte que les arbres cachent

la forêt. En revanche, quand vous écoutez quelqu’un parler,

vous avez du mal à supporter tous les détails, et vous vous

intéressez davantage à essayer de comprendre les idées et la

logique de ce qui est dit. Vous peinez à vous concentrer sur la

conversation et laissez votre esprit vagabonder et extrapoler.

Il existe peut-être des solutions simples à votre problème.

Ellen Watchel, spécialiste des thérapies de couple, suggère

de xer à l’avance une durée pendant laquelle chacun doit

écouter l’autre avant de prendre la parole 5 . Plutôt que de

laisser l’autre s’impatienter et l’interrompre, la personne qui

parle peut, de temps en temps, se rendre compte que l’autre

l’écoute depuis longtemps et l’inviter à intervenir. C’est

important quand nous écoutons de sentir qu’on s’adresse à

nous plutôt que d’avoir la sensation de subir un monologue.

Ce décalage au niveau de la communication devient

plus complexe quand il fait remonter à la surface des trau-

matismes du passé ou quand il implique des problèmes

plus profonds au niveau de la dynamique du couple. Si ce

n’est pas le cas, toutefois, il est possible de concilier ces

différences pour favoriser l’intimité. Essayez toujours de

garder à l’esprit que vous avez, de naissance, des façons

différentes de percevoir le monde et de fonctionner. Chaque

style présente des avantages et aucun n’est supérieur à un

autre. Parfois, le fait que votre partenaire ne s’intéresse pas

à la théorie et à l’abstrait est une force, car son attention

aux détails peut être exactement ce dont vous avez besoin

pour faire fructier votre vision métaphysique. Son attitude

 

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L’,  - 

pragmatique peut vous aider à rester ancré(e) dans la réalité

quand votre imagination s’emballe. Vous n’avez pas besoin

d’être égaux sur le plan intellectuel; vos idées ne viennent

pas de votre partenaire, elles naissent en vous. Si vous

pouvez lui faire savoir que sa simple présence à vos côtés

est utile, cela lui permet de ne pas toujours ressentir l’obli-

gation d’être à votre niveau. En outre, sans cette pression

constante, il lui paraîtra peut-être moins essentiel de vous

interrompre aussi souvent.

Les clashs de personnalité ne sont pas forcément négatifs.

Même si, au quotidien, ils représentent un dé, ils peuvent

aussi constituer un atout dans votre relation.

 

Soyez réaliste dans vos attentes

 

Vous pouvez changer et contrôler de nombreux éléments de

la vie, mais pas le tempérament de quelqu’un.

Dans une relation équilibrée, chaque partie doit apprendre

à reconnaître et à recevoir le «langage amoureux» singulier

de l’autre, sans insister pour que ses besoins soient assouvis

exactementcommeellelesouhaite.Lesgensontdemultiples

façons d’exprimer leur amour et ne le font pas toujours à la

même fréquence ni avec la même intensité. Par exemple,

l’être que vous aimez peut vous offrir une présence calme

et able, mais ne pas se montrer à la hauteur de vos attentes

quand il s’agit de trouver des solutions ou de faire un effort

physique. À l’inverse, il peut manifester son amour par des

actions positives mais éviter de montrer ses émotions. Il peut

ne pas savoir vous inonder de mots doux mais toujours être

là pour vous soutenir dans les moments de crise. Ou alors,

 

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R   

vous ne trouverez peut-être jamais de roses sur votre oreiller,

mais les tâches ménagères seront toujours faites.

Si vous cessez de limiter votre perspective à un cadre

de référence rigide –la façon dont les choses «devraient»

être faites–, vous ouvrirez la porte à une large gamme de

manifestations d’amour qui vous ont échappé jusqu’ici.

Même quand vous êtes déçu(e), essayez de faire preuve

de compassion et prenez en compte les inhibitions, les

sentiments d’insécur ité et les fragilités de votre pa r te-

naire. Demandez-vous si un traumatisme guide sa façon

de manifester son amour. Si les mots ne lui viennent pas

facilement, que disent ses actions? Prendre conscience de

ses limites peut changer votre perspective: et si ce que vous

prenez pour un rejet était une façon malhabile d’exprimer

son amour ? Le sentiment d’abandon que vous ressentez

pour rait-il être une projection extérieure du sien ? Est-il

possible que ses limites soient encore plus frustrantes pour

votre partenaire que pour vous?

Personne, pas même votre âme sœur, ne peut répondre à

absolument tous vos besoins. Les relations ne sont jamais

parfaites et ne sont d’ailleurs pas censées l’être. Chaque

déception, agacement ou conit contient des leçons qui nous

aident à grandir et élargissent notre horizon. Elles invitent

notre esprit idéaliste à collaborer avec la réalité et à remettre

en question nos tendances infantiles à toujours vouloir que

les choses se déroulent comme nous le souhaitons. Elles vous

empêchent aussi de transformer votre partenaire amoureux

en un parent de substitution et vous incitent à trouver votre

lieu sûr en vous-même.

L’une des étapes essentielles pour l’épanouissement per-

sonnel est d’apprendre à accepter la réalité telle qu’elle est

 

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L’,  - 

plutôt que telle que vous souhaiteriez qu’elle soit, et à en tirer

des enrichissements. Cela n’est pas synonyme de passivité

ou d’inaction, mais d’efforts guidés par la sagesse. Prendre

conscience de ce que vous avez le pouvoir de changer et

de ce qui est hors de votre contrôle vous aide à investir

votre énergie et à placer vos espoirs de façon plus produc-

tive. «Faites le deuil de ce qui est absent et exprimez votre

gratitude pour ce qui est présent» est une leçon de vie qui

n’enrichira pas simplement vos relations amoureuses mais

toute votre existence. Loin d’être un obstacle, une relation

imparfaite est un espace au sein duquel vous vous entraînez

à devenir un(e) adulte résilient(e) qui supporte les paradoxes

et les tensions et apprécie le monde tel qu’il est –avec tous

ses défauts.

 

Méfiez-vous de la tentation de vous renfermer

sur vous-même

 

Si vous avez déjà été blessé(e) ou trahi(e), pendant votre

enfance ou dans des relations précédentes, vous vous cachez

peut-être derrière une carapace. Ce n’est pas une action

consciente mais un mécanisme de défense automatique.

Comme le disjoncteur d’un circuit électrique, votre système

se ferme quand la douleur est trop forte. Vous avez désormais

adopté un schéma de pensée qui vous répète: «Je n’ai besoin

de personne», «On ne peut se er à personne», «C’est dan-

gereux de faire conance à quelqu’un», «Quelqu’un pourrait

me faire du mal et, cette fois, je ne m’en remettrais pas.»

Votre carapace se manifeste sous différentes formes: vous

vous sentez détaché(e) sur le plan émotionnel, vous éprouvez

 

172

R   

un vide, vous évitez les contacts sociaux, vous faites preuve

d’arrogance ou de cynisme et vous avez tendance à tout intel-

lectualiser à l’excès. Vous engourdissez la douleur en vous

activant sans cesse, en vous tournant vers la drogue, l’alcool

ou autres substances addictives, ou encore en présentant une

façade sociable tout en limitant les échanges avec les autres

à un niveau très superciel. Vous refrénez votre passion et

protégez vos sentiments. Vous vous empêchez de tomber

amoureux(se) et ne montrez jamais votre vulnérabilité aux

autres. Votre masque vous donne peut-être l’impression d’être

en sécurité et de garder le contrôle, mais il vous enferme

dans une zone aride. Faire barrage à votre capacité d’aimer

est une réaction infantile pour tenter de vous protéger de la

vie, mais ce n’est pas une méthode viable.

Sortir de cette torpeur ne peut se faire que progressive-

ment, en faisant d’abord preuve de compassion et d’amour

envers soi. Au lieu de le considérer comme un ennemi,

soyez tolérant(e) et attentionné(e) envers votre besoin de

vous renfermer sur vous-même. En prendre conscience

constitue le premier pas, puis vous pour rez essayer d’en

identier la source. Vous avez subi un traumatisme dans le

passé, mais vous avez désormais beaucoup plus de force.

Bien qu’il soit impossible d’éviter les déceptions, vous

pouvez les surmonter. Petit à petit, vous arriverez à ouvrir

à nouveau votre cœur à quelqu’un. Même si les relations

ne sont pas sans risque, elles méritent vos efforts. Nous

reviendrons sur cette thématique plus loin dans ce chapitre,

dans la section «Fuir l’intimité».

 

173

L’,  - 

Montrez-vous comme vous êtes

 

Comme vous avez eu toute votre vie la sensation d’être en

décalage avec les autres et que vous avez intériorisé toutes

les critiques sur vos tendances excessives («trop intense»,

« trop complexe », « trop sensible », etc.), vous avez du

mal à vous aimer. Si votre entourage n’a pas valorisé votre

hypersensibilité quand vous étiez enfant, vous ne savez pas

comment l’accepter vous-même. Comme vous avez l’habitude

de vous occuper des besoins affectifs de tous, vous peinez à

vous battre pour votre droit à l’amour inconditionnel. Pour

s’aimer soi-même, il faut commencer par se connaître. Prenez

le temps de clarier ce qui compte pour vous – vos valeurs,

vos convictions et vos priorités –, et n’oubliez pas que vous

méritez de partir à la poursuite de ce dont vous avez besoin.

Il est absolument essentiel que vous vous octroyiez le

droit de vous exprimer. Dans le passé, il est possible que

prendre le devant de la scène vous ait valu la jalousie et les

critiques des autres, et cela vous a convaincu(e) de privilégier

la sécurité aux dépens de l’authenticité. Vous avez peut-être

passé votre vie à vous cacher, à essayer de vous conformer

à la norme et à vous taire. Cette stratégie de défense est

arrivée à expiration. Maintenant, la seule façon pour vous

de trouver des gens qui vous apprécient sans rejeter votre

hypersensibilité et votre intensité est de ne pas hésiter à les

montrer.

L’objectif de votre vie n’est pas de vous perfectionner,

mais de perfectionner l’amour que vous vous portez. Que

vous trouviez l’amour ou non, vous pouvez apprendre à

vous accepter dans votre totalité, en assumant vos qualités

et vos défauts ainsi que les aspects charmants et agaçants

 

174

R   

de votre personnalité. Ce n’est pas votre apparence, ce que

vous faites et les personnes que vous attirez qui font que vous

méritez l’amour. Vous avez de la valeur parce que vous êtes

une création de la nature. Chaque arbre et chaque feuille

ont une forme et une taille distinctes, c’est votre droit de

naissance de briller tel(le) que vous êtes. Ne privez pas le

monde de votre lumière: quelqu’un comme vous est à votre

recherche mais ne vous trouvera que si vous vous montrez

sous votre vrai jour.

 

Arrêtez de vouloir contrôler le résultat, prenez

 

chaque jour comme il vient

Comme vous êtes quelqu’un d’intense et de compétent, vous

avez l’habitude d’être aux commandes. En amour, toutefois,

la règle de l’effort et du résultat ne s’applique pas. Vous ne

pouvez pas vraiment contrôler qui vous allez rencontrer,

quand, comment et ce qui se produira après.

S’agissant de facteurs aussi peu tangibles que l’amour

et les relations intimes, il est utile de pratiquer ce que les

bouddhistes appellent «l’esprit du débutant». Nous ne sau-

rons jamais ce qui aurait pu se passer si nous avions fait des

choix différents dans le passé – quelque chose que nous avons

rejeté nous aurait peut-être conduits à la fortune, et une option

que nous trouvions alléchante n’était potentiellement que

le début d’une situation infernale. Nous sommes tellement

souvent en quête de ce dont nous n’avons pas besoin que

nous négligeons les précieux cadeaux dont nous bénécions.

C’est pourquoi il est important d’arrêter de vous focaliser

sur le résultat. Vous pouvez avoir des désirs, vous xer

 

175

L’,  - 

des objectifs; vous pouvez diriger vos efforts pour trouver

l’amour que vous cherchez ou conserver celui que vous avez,

mais essayez de ne pas vous laisser emporter par l’illusion

du contrôle. Vous pouvez avoir de l’emprise sur les actions

que vous entreprenez sans être obnubilé(e) par un résultat

précis; c’est une question d’équilibre.

La vie n’est pas une salle d’attente. Si vous attendez l’his-

toire d’amour idéale pour commencer à vivre, vous risquez

d’attendre longtemps.

 

Même si vous n’êtes pas satisfait(e) de ce dont

vous disposez dans l’instant présent, rappelez-

vous que ce moment n’existera qu’une fois, et

qu’un jour vous regretterez qu’il soit passé.

 

Éprouvez de la gratitude pour ce que vous avez, au lieu

de vous concentrer sur ce qui vous manque. Chaque moment

de la vie, y compris l’attente, la solitude, la séparation, la

nostalgie et le chagrin, est un point essentiel qui tisse la

tapisserie de votre vie. Accepter le moment présent ne signi-

e pas s’abandonner à l’inaction. Cela veut dire que vous

prenez volontairement conscience de chaque instant de votre

existence, pour qu’en n de course, vous ayez la satisfaction

d’avoir bien vécu, quoi qu’il se soit passé.

 

176

R   

Votre invitation à l’amour

 

Si j’avais un seul conseil à vous donner, ce serait de ne jamais

sacrifier votre énergie et votre passion au profit d’un sens

de sécurité fallacieux. Que vous vous soyez brûlé les ailes

ou que vous ayez perdu tout espoir, n’oubliez pas que c’est

à travers les failles que jaillit la lumière. Quelle que soit son

intensité, votre douleur n’est que passagère. Mais si vous

éteignez votre âme, vous vendez au diable des moments que

vous ne retrouverez jamais. L a vie louvoie entre ombre et

lumière, plaisir et douleur, confiance et trahison. L’amour n’est

pas très dif férent. Rien n’est vraiment sans risque, mais vous

avez en vous une force infinie qui peut résister à toutes les

tempêtes. Aimez et chutez; relevez-vous et aimez à nouveau.

Le dernier jour de votre vie, vous repenserez au passé et vous

vous rendrez compte que ce sont les sommets et les vallées

qui font que le voyage en vaut la peine.

 

Exercice de réf lexion:

«Quand j’aime quelqu’un…»

 

Dans votre journal intime, complétez les phrases suivantes,

notez vos idées ou écrivez un poème en utilisant les sug -

gestions proposées.

Essayez de ne pas trop rééchir et de ne pas analyser vos

réponses.

Laissez votre côté joueur et spontané prendre le dessus.

Quels que soient les résultats, vous pourrez en tirer des

informations importantes pour guider vos futurs choix de vie.

 

177

L’,  - 

Quand j’aime quelqu’un, je suis ------.

Pour moi, un partenaire de vie, c’est ------.

Pour moi, une âme sœur, c’est ------.

------ me stimule.

------ m’aide à me sentir en sécurité.

Pour moi, avoir une relation enrichissante signie ------.

Mon fantasme le plus fou, c’est ------.

C’est important que je me sente ------.

Je ne le dirai jamais, mais je veux que les autres sachent

que je suis ------.

En couple, j’agis souvent comme si ------.

Ma plus grande inquiétude pour mon couple, c’est ------.

Je regrette que ------.

Je me sens vraiment aimé(e) quand ------.

Je suis vraiment épanoui(e) quand ------.

Je m’ennuie et je manque de stimulation quand ------.

Je me renferme sur moi-même quand ------.

Je voudrais pouvoir me libérer de ------.

J’ai peur que ------.

C’est quand ------ que je m’aime le plus.

Ce que j’attends de mon/ma/mes partenaire(s), c’est ------.

Ce que j’ai besoin que mon/ma/mes partenaire(s) m’ap-

porte(nt), c’est ------.

Passez en revue les ph rases que vous avez complé-

tées. Ont-elles quelque chose de fort, de surprenant ou de

révélateur?

Qu’est-ce que ces afrmations révèlent sur vos valeurs,

vos besoins et vos désirs du moment?

Que pourriez-vous faire pour avoir une vie amoureuse

plus satisfaisante?

 

178

R   

La peur de l’abandon

 

L’anxiété est un élément naturel de toute relation humaine.

Être attiré(e)s par quelqu’un ou attaché(e)s à lui nous rend

vulnérables, et les relations intimes favorisent souvent la

résurgence de peurs développées dans le passé et encore

enfouies en nous. Elles peuvent être classées grossièrement

en deux catégories:

• la peur de l’abandon/du rejet;

• la peur d’être englouti(e)/étouffé(e)/de se perdre soi-même.

 

Cette section est consacrée à la peur de l’abandon.

Craindred’êtreabandonné(e)sparquelqu’unquenousaimons

et dont nous sommes dépendant(e)s n’est pas une pathologie

en soi; c’est une peur primaire qui s’inscrit dans notre méca-

nisme de survie. Elle ne devient problématique que si nous

ne sommes plus que la somme de nos peurs ou que nous la

laissons dicter nos comportements. Si vous souffrez d’une

peur de l’abandon excessive, vous êtes susceptible d’avoir des

demandes, des projections ou des attentes irréalistes. Pour

vous aider à sortir de ce schéma d’autosabotage, nous nous

pencherons sur le concept de la constance de l’objet, sur les

expériences ayant pu favoriser la peur de l’abandon et sur la

meilleure façon de ne pas laisser le passé affecter le présent.

 

Êtes-vous sujet(te) à la peur de l’abandon?

 

Voici quelques signes indiquant que vous avez sans doute

une peur de l’abandon exacerbée:

• Bien qu’engagé(e) dans une relation à long terme, vous

doutez constamment. «Est-ce que la personne que j’aime

 

179

L’,  - 

sera là quand j’aurai besoin d’elle ? » « Est-ce que je

compte pour elle?» «Est-ce qu’elle me rejettera si j’ex-

prime ce que je ressens vraiment?»

• Vous avez un sentiment de vide quand les gens auxquels

vous tenez sont absents.

• Vous vivez dans l’angoisse que quelqu’un d’important à

vos yeux soit blessé, tué ou disparaisse soudainement.

• Vous êtes hypervigilant(e), toujours à l’affût de signes

indiquant que votre partenaire s’éloigne de vous.

• Quand les autres ne sont pas là physiquement, vous avez

la conviction qu’ils ne pensent plus à vous.

• Poursupporterlasolitude,vousadoptezdescomportements

addictifs –alcool, jeux d’argent, surmenage, rituels com-

pulsifs… – ou vous entrez dans une torpeur émotionnelle.

• Le moindre signe de désapprobation ou de critique vous

déstabilise. Quand les autres ne formulent pas explicite-

ment leur affection ou leur admiration, vous avez peur

qu’ils pensent du mal de vous.

• Vous vous comparez aux autres et avez la conviction

d’être moins désirable et moins susceptible d’être aimé(e).

Vous avez constamment besoin que votre entourage vous

rassure, mais quand il vous fait des compliments, vous

avez du mal à les trouver sincères.

• Vous avez tendance, surtout au début d’une relation amou-

reuse, à idéaliser l’autre et à en faire une obsession.

• Vos sentiments pour l’autre passent d’un extrême à l’autre.

Un jour c’est l’amour de votre vie, et le lendemain vous

décidez que vous ne pouvez pas lui faire confiance.

Parfois, la dépendance semble être la seule option; parfois,

vous ne voulez pas nourrir d’espoirs inutiles.

 

180

R   

• Vous avez soif d’affection, mais si on vous en offre,

vous avez peur qu’elle disparaisse et vous ne vous aban-

donnez pas totalement à l’intimité.

• Vous aimez quelqu’un qui ne vous aime pas en retour

car, au fond de vous, vous ne pensez pas pouvoir être

aimé(e) com me vous le désireriez.

• Vous vous liez facilement et ignorez les signaux d’alerte

quand vous vous engagez avec quelqu’un. Vous risquez

aussi de rester dans une relation toxique trop longtemps.

Qua nd l’aut re vous quitte, vous vous dites que c’est

votre faute et que vous ne méritiez pas son amour.

• Vous entretenez des rancunes pendant plus longtemps

que vous ne le souhaiteriez, et vous r um inez longue-

ment les situations où, selon vous, on vous a fait du tort.

• En cas de conit, vous avez la mauvaise habitude de

pa r t i r en claqua nt la por te, en supposa nt que vous

pou r rez reven i r qua nd vous aurez digéré la dispute.

Vous sous-estimez les tensions que cela crée dans votre

couple jusqu’à ce que votre par tenaire menace de s’en

aller pour de bon.

• Vous dépensez beaucoup d’énergie à vous occuper des

aut res, et vous éprouvez du ressentiment qua nd vos

effor ts ne sont pas récompensés en retour. Vous êtes

souvent blessé(e) par le manque de considération que

manifestent les autres à votre égard.

• Les sentiments que vous éprouvez pour celles et ceux

que vous aimez sont mitigés; vous voulez être proche

des autres mais vous vous mettez en colère quand ils

ne sont pas disponibles, et votre compor tement oscille

entre agressivité et vulnérabilité.

 

181

L’,  - 

• Le stress causé par votre relation vous obnubile tellement

que vous avez du mal à vous concentrer sur votre travail

ou sur vos projets personnels.

 

D’où vient cette crainte?

 

Il y a beaucoup de facteurs qui expliquent une peur de l’aban-

donexcessive,parexempleunemauvaiseexpériencedansune

relation passée ou un stress post-traumatique. Selon la théorie

del’attachement,lapeurdel’abandonestétroitementliéeàun

styled’attachementappelé«anxieux/ambivalent».Ceschéma

se manifeste souvent quand les personnes qui s’occupent de

vous pendant la petite enfance sont imprévisibles, instables

ou envahissantes. Il peut aussi être facilité par une expérience

formatriceantérieure–unpremiermariageparexemple–dont

vous portez encore les blessures.

 

Quand l’amour manque de constance

 

La peur de l’abandon peut résulter d’un manque de constance

dans l’amour qui vous est donné. Par exemple, quand vous

étiez enfant, les personnes qui vous élevaient étaient gen-

tilles et chaleureuses un jour, mais cruelles et froides le

lendemain. Vos parents n’étaient peut-être pas capables de

tolérer l’intimité. Ils avaient peur de la tendresse et de la

vulnérabilité qui naissent des échanges authentiques; c’est

pourquoi à chaque fois qu’ils remarquaient qu’ils n’étaient

plus sur leurs gardes, ils se renfermaient sur eux-mêmes.

Vous vous rappelez peut-être que quand vous partagiez

un moment tendre et familier avec eux, ils vous faisaient

 

182

R   

subitement et systématiquement une remarque déplaisante,

vous rabaissaient ou avaient un geste pour vous repousser.

Vous ressentiez un choc et une déception, et vous vous en

vouliez de leur avoir fait conance. Comme vous étiez sans

cesse confronté(e) à la menace de l’abandon, vous n’avez

jamais intériorisé le sentiment de sécurité. Votre soif d’amour

était occasionnellement et partiellement apaisée, mais jamais

assouvie. Ce constant va-et-vient affectif vous empêchait de

vous détendre, et vous étiez toujours à l’affût du prochain

retrait d’affection ou de la prochaine crise de colère.

Ou peut-être que vos parents ne vous rejetaient pas entière-

ment. Pis encore, parfois ils vous rejetaient et parfois ils vous

montraient leur amour. Cette uctuation maintenait en vous

l’espoir d’obtenir ce dont vous aviez besoin. Pour gagner leur

amour, vous êtes devenu(e) «un(e) bon(ne) petit(e) enfant»,

en vous appliquant de votre mieux ; ou à l’inverse, vous

protestiez en multipliant les caprices et les crises de colère.

Comme votre comportement demandeur vous permettait

parfois d’obtenir ce que vous vouliez, vous étiez tenté(e) de

continuer. Ce schéma qui basculait de la colère à la demande

d’attention a ni par s’installer comme un cycle addictif.

Même si vous ne vous conduisez plus de la même façon en

présence de vos parents, l’arrivée de votre partenaire dans

votre vie réactive ces comportements d’attachement.

 

Si vous avez des parents particulièrement anxieux

 

Du fait de leur manque de maturité et de leurs capacités

affectives limitées, les parents très anxieux risquent de laisser

leurs propres faiblesses prendre le dessus sur les besoins

 

183

L’,  - 

d’autonomie et de développement de leurs enfants. Comme ils

vous surprotégeaient, vos parents risquent d’avoir compromis

votre conance en vous en limitant vos opportunités d’explo-

rer le monde et de commettre vos propres erreurs. Cela vous

a empêché(e) de vous développer correctement, de forger

des relations saines et d’être capable de prendre des déci-

sions autonomes. Comme vous avez absorbé leur anxiété de

séparation, vous ressentez votre besoin d’autonomie comme

une trahison, et cela vous pousse à culpabiliser. En d’autres

termes, vous avez été conditionné(e) à redouter la séparation

et à penser que vous ne pouvez pas vous débrouiller seul(e).

Contrairement aux parents qui maltraitent leurs enfants,

les parents anxieux ne cherchent pas à faire peur à leur

progéniture, mais étaient eux-mêmes effrayés quand ils

étaient petits. Leur agitation et leur tendance à pressentir

des catastrophes partout marquent leurs enfants en trans-

mettant le message que «le monde est un lieu dangereux»

et qu’il «ne faut pas faire conance aux gens». Comme ils

veulent tout contrôler dans le but de protéger leur famille,

leurs angoisses sont transmises à la génération suivante;

leur angoisse de la séparation devient la peur de l’abandon

de leurs enfants qui, même une fois adultes, ont du mal à

se défaire de cet héritage.

 

Comprendre la constance de l’objet

 

Pour mieux comprendre les raisons psychologiques qui

expliquent une peur de l’abandon excessive, penchons-nous

sur le concept de la «constance de l’objet» – l’idée qu’un

lien affectif reste intact malgré une dispute, un désaccord

ou la distance.

 

184

R   

La constance de l’objet est liée à un élément important du

développement cognitif, appelé «permanence de l’objet».

Ce concept consiste à comprendre que les objets continuent

d’exister même quand ils sont cachés ou que l’on ne peut

ni les voir, ni les toucher, ni les entendre. Si vous avez déjà

joué à « coucou » avec un bébé, vous saurez que si vous

vous cachez le visage, il pense que vous avez cessé d’exister.

Quand vous placez un objet sous une couverture, il renonce

à le chercher. Comme il n’a pas encore saisi la permanence

de l’objet, il ne peut garder à l’esprit que les choses qu’il

voit effectivement.

La permanence de l’objet concerne les objets physiques,

tandis que la constance de l’objet se rapporte à la capacité de

garder d’autres personnes à l’esprit et la conviction qu’elles

ne vous oublient pas, malgré l’éloignement temporaire, les

absences et les conits. Si votre enfance a été stable et enri-

chissante, vous avez intériorisé un sentiment de sécurité et

vous n’avez pas besoin que les autres soient à vos côtés pour

savoir qu’ils vous aiment. En revanche, si votre entourage

était chaotique, imprévisible ou étouffant, il vous a privé(e)

de l’opportunité d’intégrer des ressources intérieures qui vous

apportent du réconfort, de l’autonomie et de l’encouragement.

Vous nissez par éprouver le besoin constant d’un objet

extérieur qui puisse combler un vide intérieur.

Sans la constance de l’objet, vous envisagez les autres

comme des « parties », plutôt qu’un « tout». Comme un

enfant qui ne peut pas comprendre que sa mère est une

personne complète – qui récompense et frustre tour à tour–,

vous avez du mal à intégrer le paradoxe selon lequel vous-

même et les autres avez à la fois des aspects positifs et

négatifs. Vous considérez donc sans doute que les relations ne

 

185

L’,  - 

sont pasables, et cela vous rend vulnérable et dépendant(e)

de l’humeur du moment.

Adultes, nous avons besoin de la constance de l’objet pour

apprécier les relations et ressentir de la satisfaction. Ainsi,

même quand un être aimé n’est pas à vos côtés, en train de

vousparleretdevousrassurer,votrelienaffectifn’estpasremis

encausecarvoussavezquevousoccupezuneplacedansson

cœur.Sanslaconstancedel’objet,uneabsencetemporaireest

ressentie comme une disparition ou un abandon. Votre peur

de l’abandon se déclenche quand votre partenaire n’est pas

présent(e)etnerépondniautéléphoneniàvostextos.Quand

votre moitié a besoin d’espace, vous êtes profondément triste.

Quandvousvousdisputez,vousavezdumalàvousenremettre

et à penser que tout est rentré dans l’ordre. Comme vous sup-

portez mal les allées et venues de l’autre et que vous doutez

de son amour, vous vivez dans un état d’angoisse permanent.

 

Panser les blessures du passé dans

leprésent

 

Nous espérons souvent, bien qu’inconsciemment, que nos

relations présentes satisfassent nos besoins et nos désirs inas-

souvis, comblent les failles de notre psychisme et soignent

nos blessures. En psychanalyse, on parle de «transfert».

Nous cherchons à obtenir de nos partenaires de vie ce dont

nous avons été privé(e)s tout petits, souvent par notre famille

d’origine. Nous reproduisons le même scénario tout en espé-

rant une conclusion différente.

Quand elle se manifeste, votre peur de l’abandon peut sus-

citerdesréactions àvifparticulièrementextrêmes.Vouscriez,

 

186

R   

voushurlez,vousdevenezcollant(e),exigeant(e)etpossessif(ve).

Immédiatement après, vous avez honte, ce qui abîme un peu

plusvotrerelationetvotreestimedevous-même.Letransfert

vousplacedansunepositiondélicate:vousvoulezrepousserles

autresaucasoùilsvousferaientànouveaudumal,maisvous

souhaitezaussiqu’ilssoientprochesdevouspourcomblervos

désirsprofonds.Vousavezpeut-êtreressentilemêmedilemme

quand vous étiez enfant, à la merci de parents auxquels vous

ne pouviez pas faire conance. Pour votre entourage, votre

réaction à la distance semble disproportionnée. Pourtant, si

vous réagissez ainsi, ce n’est pas votre faute. C’est comme un

ash-back émotionnel vous renvoyant les angoisses de votre

enfance. C’est pour vous une tentative désespérée, sous une

forme symbolique, de gagner l’amour de parents qui auraient

dûêtrelà.Sivousconcevezquevotreréactionestmotivéepar

un traumatisme réprimé ou dissocié – et songez à ce que cela

représentepourunenfantdedeuxansd’êtrelaisséseul–votre

angoisse, votre colère et votre désespoir s’expliquent bien

mieux. En prenant conscience de cela, vous commencerez à

avoir un peu plus de compassion pour vous-même au lieu de

vous dénigrer une fois de plus.

Si vous êtes hanté(e) par la peur de l’abandon, il est pro-

bable que, sans vous en rendre compte, vous soyez dans une

situation de «deuil congelé». Ce qui a été perdu dans ce cas,

c’estl’archétypedupèreetdelamère,uneenfanceinnocente,

une sensation de sécurité, un sentiment d’appartenance et la

conviction d’être particulièrement cher(ère) à quelqu’un. Vous

recherchez l’image du parent idéal chez votre partenaire, car

ce qui vous a manqué vous a bloqué(e) dans un état de choc

et d’incrédulité. Pour leur développement, tous les enfants ont

unbesoinessentiel:celuid’avoirauprèsd’euxquelqu’unqu’ils

 

187

L ’,  - 

voient comme un être 6 «tout-puissant,omniscientetparfait» ;

l’attirance pour Superman est universelle, car il répond à un

denosdésirsfondamentaux.Êtreexposé(e)auxlimitesetaux

faillesdevosparentstroptôtdanslavievousatraumatisé(e),

car c’était contraire à vos besoins innés. Vous n’étiez pas

orphelin(e)denaissance.Vousavezpugoûteràl’amouretàla

sécurité, mais on vous les a retirés. C’est pourquoi vous avez

passévotrevieàchercherunidéalsymbolique.Absorbé(e)par

votre recherche d’un parent de substitution, vous vous voyez

enfant et dépendant(e) et vous projetez votre puissance vers

l’extérieur. Comme votre partenaire représente un modèle

héroïque, dès que vous entrapercevez ses failles, vous êtes

déçu(e)etfrustré(e)defaçondisproportionnée.Votreexigence

insatiableestenfaitl’expressiondevotrequêted’amour.Mais

c’estunechimère.Lepoidsdel’enfanceperdueetdesespoirs

dont vous n’avez pas encore fait le deuil est trop lourd pour

une relation adulte. Pour aller de l’avant, vous devez faire le

deuil de l’enfance que vous n’avez pas eue et forger des liens

entantqu’adulteavecvotrepartenaire.Lavéritableintimitéde

couple requiert deux personnes autonomes qui apprécient les

momentsdeproximité,maisaussileurindépendance.Chaque

membre du couple doit avoir sa propre personnalité, qui doit

êtrevalorisée.Vosbesoins,vossouhaitsetvotrepersonnalité

ne s’entremêlent pas avec ceux de l’autre. Contrairement à la

symbiosed’unenfantavecsesparents,vousdevezapprendre

à respecter une frontière entre vous et les autres.

Assimiler la constance de l’objet vous aide à prendre

conscience de la complexité de la réalité : vous devez

apprendre à accepter que les gens puissent vous aimer tout

en vous décevant parfois, que ceux que vous aimez ont aussi

leur vie et qu’ils peuvent avoir besoin d’espace. Si vous êtes

 

188

R   

capable de considérer à la fois vos défauts et vos qualités

ainsi que ceux des autres, vous n’aurez plus à recourir à

des mécanismes de défense primaire, comme la rupture

ou la pensée en noir et blanc. Vous n’avez pas besoin de

constamment tester l’amour dont vous êtes l’objet ni de

déprécier votre partenaire à chaque déception. Avec un

peu d’entraînement, vous découvrirez que les gens peuvent

avoir leurs limites tout en se montrant à la hauteur, et qu’ils

peuvent avoir besoin de prendre de la distance tout en vous

portant dans leur cœur. Malgré les conits occasionnels,

les fondations émotionnelles peuvent rester solides en dépit

des aspérités de surface. Vous nirez aussi par vous montrer

compatissant(e) avec vous-même, conscient(e) que, même si

vous n’êtes pas parfait(e), cela ne signie pas que vous soyez

«mauvais(e)» ou que vous ne méritiez pas d’être aimé(e).

L’assimilation de la notion de constance de l’objet est une

étape majeure du développement, car elle offre la capacité

de tolérer l’ambiguïté et l’incertitude. Elle permet d’intégrer

le fait que les relations humaines connaissent forcément

des remous. Tout comme nous inspirons et expirons, une

relation équilibrée repose sur un ux dynamique entre les

hauts et les bas, l’intimité et la distance, la déception et

l’épanouissement. Votre relation est comparable à une danse

ou à un morceau de musique: il n’y a pas d’intimité sans

distance, pas de musique sans pauses. Si vous vous focalisez

uniquement sur les moments passés ensemble et ne respectez

pas les moments de pause, vous compromettez le rythme et

endommagez votre relation.

Votre peur de l’abandon prend le dessus parce que, dans

le passé, votre survie en dépendait, mais votre angoisse ne

reète plus votre réalité quotidienne. Maintenant que vous

 

189

L’,  - 

êtes adulte, vous avez conscience que les gens peuvent ne pas

respecter leurs promesses, refuser leur affection et changer

de comportement; mais vous savez aussi que ces choses ne

peuvent plus vous traumatiser. Vous pouvez non seulement

survivre aux déceptions et à la solitude, mais aussi dire non

aux situations toxiques et partir. Vous ne vous sentirez plus

abandonné(e), car si une relation amoureuse se termine, c’est

la conséquence naturelle d’un décalage entre les valeurs,

les besoins et les choix de vie de deux êtres humains. En

séparant le passé du présent, vous pouvez voir la véritable

personnalité de votre partenaire, sans le ltre des projections

et des attentes erronées. Vous vous rendez compte que l’autre

n’a pas besoin d’être parfait puisqu’il ne se reète pas sur

vous, ne vous représente pas et ne vous limite pas. Vous

pouvez l’aimer simultanément pour ses bons et ses mauvais

côtés, sans tout voir en noir et blanc. En cultivant votre

résilience émotionnelle et votre capacité à vous calmer par

vous-même, vous ne comptez plus sur les autres pour créer

un refuge, vous pouvez le faire tout(e) seul(e).

 

Par fois, quand nous nous enfermons dans une bulle d’an-

goisse, nous oublions que l’espèce humaine est configurée

pour aimer, créer des liens et être amoureuse. Nous naissons

avec la faculté innée de nous adapter aux changements, de

nous remet tre des déchirements et de donner et recevoir de

l’amour. Il n’est pas question de ne pas avoir de sentiments

ou de ne jamais se sentir meur tri(e), mais vous avez suf fi-

samment de force pour suppor ter la tempête et récolter la joie

d’être amoureux(se). Même s’il est aléatoire, c’est un voyage

essentiel qui mérite d’être fait.

 

190

R   

Conseil pratique: créer une boîte

 

deressources personnelles

 

Cet exercice pratique consiste à rassembler des ressources

personnelles. C’est une boîte que vous ne créez que pour

vous ; elle contient des choses qui pourront vous aider à

lutter contre la tristesse, la solitude et la peur de l’abandon.

Il n’y a pas de règles strictes: la boîte peut être de toute

taille et de toute forme, et dans n’importe quelle matière.

Choisissezuncarton,uneboîteàbiscuitsenmétal,unecaisse

enbois,cequevousvoulez.Ellen’estpasdestinéeàêtremon-

trée à qui que ce soit, vous la faites pour vous. Vous pouvez

commencer par quelques éléments seulement, puis en ajouter

progressivement. L’idée n’est pas de rechercher la perfection.

Utilisez cette boîte pour vous calmer quand, occasionnel-

lement, vous vous laissez happer par une spirale émotionnelle

ou reprenez la mauvaise habitude de voir tout en noir et

blanc. Lorsque vous commencez à sentir les prémices d’une

tempête émotionnelle, ouvrez-la pour y trouver du réconfort

ou éloigner des pensées négatives.

Voici une liste de choses que vous pourriez ajouter à

votre collection:

• Une photo de quelqu’un qui vous est cher: choisissez une

personne avec qui vous avez une relation chaleureuse et

peu compliquée. Il peut aussi s’agir d’un vieil ami, d’un

animal familier, ou d’un proche décédé. Regarder cette

photo éveille en vous des sentiments tendres et bienveil-

lants, et vous rappelle ce que l’on ressent quand on aime

et que l’on est aimé.

• Des messages personnels: demandez à votre partenaire

d’écrire des messages de réconfort sur des petites cartes.

 

191

L’,  - 

Vous pour rez les relire après une dispute ou en son

absence pour vous rappeler que, malgré les turbulences

temporaires, son amour pour vous reste toujours aussi fort.

• Un objet de réconfort: il peut s’agir de n’importe quel

objet ayant un pouvoir calmant sur vous. Quand des émo-

tions extrêmes prennent le dessus, utilisez cet objet pour

vous calmer ou pour vous concentrer sur autre chose.

Vous pouvez choisir quelque chose qui sent bon, dont le

toucher est agréable ou même qui a bon goût, par exemple

un morceau d’étoffe soyeux, un cristal, un galet, un acon

d’huile essentielle ou un bonbon.

• Des activités de diversion: faites une liste des activités que

vous trouvez apaisantes et agréables pour vous distraire

quand vous ressassez des pensées négatives. Vous pouvez

aussi inclure des objets comme du matériel d’art plastique

ou des livres decoloriage pour adulte.

• Une carte postale envoyée par vous dans l’avenir: écri-

vez une lettre à la partie de vous qui éprouve la peur de

l’abandon. Vous pouvez vous rappeler que, quelles que

soient vos émotions dans l’instant, elles passeront, et vous

redire que vous méritez qu’on vous aime.

• Une liste de vos points forts et de vos qualités : n’hé-

sitez pas à demander l’aide de votre famille et de vos

ami(e)s pour dresser cette liste. Si vous traversez une

période de crise et éprouvez des émotions fortes liées à

l’attachement ou à l’abandon, il peut être rassurant pour

vous de relire le point de vue de vos proches sur vos

qualités. Vous pouvez aussi ajouter des lettres ou des

cadeaux d’êtres aimés.

• Des citations ou des images qui vous inspirent: collec-

tez des images sur papier ou sous forme numérique qui

 

192

R   

vous invitent à rééchir ou à prendre du recul. Faites par

exemple une liste de citations tirées de lms, de livres et

de poèmes, choisissez des photos qui vous plaisent sur

Pinterest et Instagram, ou encore écrivez vos propres

devises que vous relirez tout haut.

• Une playlist de chansons qui vous calment ou vous

remontent le moral: téléchargez de la musique adaptée

à la méditation sur votre téléphone.

 

Placez votre boîte dans un endroit accessible. Pourquoi

ne pas en créer une version de poche que vous garderez sur

vous?

Chaque fois que vous utilisez votre boîte parce que vous

ne vous sentez pas bien, vous faites appel à vos ressources

intérieures pour restaurer votre équilibre physiologique

et émotionnel. À force, cela permet de former dans votre

cerveau une voie neuronale d’autosufsance, qui renforcera

votre résilience. Elle constitue un point d’ancrage interne

qui vous aide à surmonter les hauts et les bas inévitables

dans votre couple. Petit à petit, votre aptitude à vous calmer

remplacera les souvenirs d’enfance qui vous rappellent que

vous avez été abandonné(e) ou piégé(e) dans une dynamique

imprévisible par vos parents. Le calme et l’autocompassion

supplanteront le désespoir et la dépendance.

 

Fuir l’intimité

 

Nous venons de nous pencher sur la peur de l’abandon, mais

cette section est dédiée à un phénomène dont on pourrait, à

première vue, penser qu’il est exactement l’inverse, à savoir

la peur de l’intimité et de l’engagement.

 

193

L’,  - 

La fuite de l’intimité est un schéma qui régit la façon

dont nous communiquons avec le monde. Elle est suscitée

par un système de défense en alerte maximale dont le but

est de détecter toute intrusion. Votre psychisme se sent

menacé quand les gens s’approchent de vous, entament la

conversation, expriment le désir qu’ils éprouvent pour vous

ou exigent une forme d’engagement de votre part. Comme

vous niez avoir besoin d’intimité et que vous vous détachez

de vos émotions, vous risquez d’agir sur pilote automatique

et de nir par éprouver un sentiment de vide.

La fuite de l’intimité n’est pas l’inverse de la peur de

l’abandon, parfois c’est juste une façon d’y réagir. Tout

comme l’anorexie est quelquefois une défense contre la

boulimie, vous pouvez réprimer votre désir d’intimité en

réaction à un manque d’affection dans l’enfance. Pour ne

plus avoir à supporter de déceptions douloureuses, vous

avez inconsciemment décidé qu’il serait plus facile de ne

plus faire conance aux autres et de ne plus dépendre d’eux.

 

Pourquoi vous avez abandonné

 

Enfants, nous savons que les personnes qui nous élèvent

valident notre sens de la dignité par l’intermédiaire d’un

processus de « miroir ». Quand la relation est saine, vos

parents font état de vos émotions, les reètent et vous aident

à réguler votre stress. Quand vous souriez, ils vous adressent

un sourire en retour. Quand vous êtes anxieux, ils montrent

leur empathie tout en étant une présence apaisante. C’est à

travers ces échanges que vous apprenez à gérer vos émo-

tions et à avoir de l’estime pour vous-même. Vous parents

 

194

R   

vous confortent dans l’idée que vous êtes unique, désiré(e)

et bienvenu(e) en vous faisant des compliments explicites

et en reconnaissant votre valeur, mais souvent ce sont les

indices les plus subtils –les gestes, les expressions ou le ton

de voix – qui comptent le plus.

Si vos parents manquaient de maturité, souffraient d’un

trouble mental ou d’une atypie neurofonctionnelle non détec-

tée (spectre de l’autisme, TDAH, syndrome Asperger ou

autre), étaient surmenés au travail ou avaient des problèmes

de santé, ils ne vous ont peut-être pas donné un apport affec-

tif sufsant. Au lieu de reéter vos émotions, ils étaient

froids,critiquesoudédaigneux.Ilsétaientdéconcertésquand

vous réclamiez de l’attention et évitaient de vous toucher ou

dejoueravecvous.Oubienilsétaientphysiquementprésents,

mais émotionnellement absents. Ils réagissaient peut-être

avec mépris quand vous cherchiez une connexion, vous

reprochaient votre nature excessive ou autorisaient vos frères

et sœurs à se moquer de votre hypersensibilité. Certains

parentsredoutentlesconitsoulesémotionsintenses.Quand

vous pleuriez ou que vous étiez en colère, ils paniquaient et

vous punissaient à cause de ce qu’eux-mêmes ressentaient.

Quand vous avez des parents dédaigneux ou paralysés par

les émotions, le message que vous retenez est que vous ne

pouvez faire conance à personne, que vous ne pouvez pas

créer de connexions avec les autres et que vous ne méritez

pas d’être aimé(e) 7 .

Les négligences ou les maltraitances affectives sont dan-

gereuses pour tous les enfants, mais elles affectent tout

particulièrement ceux qui sont hypersensibles et intenses.

Étant donné leur capacité de perception plus développée,

ces enfants détectent plus facilement les signes de mépris

 

195

L’,  - 

ou de rejet. La honte s’imprime alors dans leur cerveau en

développement, comme un souvenir implicite 8 . Bien que le

sentiment de honte soit intériorisé dans l’inconscient, il a

un effet bien plus dominant qu’on ne pourrait le penser sur

la vie et les relations.

Les études actuelles tendent à montrer que la négligence

émotionnelle peut compromettre le développement de

certaines zones du cerveau. Sur le plan neurobiologique,

l’absence de connexions positives avec les parents affecte le

volume de l’hippocampe, partie du cerveau responsable de la

régulation des émotions 9 . Le manque d’attention et de soin

entrave aussi le développement du striatum ventral, centre

de la motivation 10 . À cause de négligences dans l’enfance, un

individu hypersensible peut facilement devenir malheureux

et déprimé et présenter une plus grande susceptibilité à la

dépression clinique 11 . La dissociation et une déconnexion

corps-esprit sont aussi probables.

Le traumatisme causépar les négligences et le mépris ne

prend pas racine dans ce qui s’est produit, mais plutôt dans

ce qui ne s’est pas produit. Puisqu’il est difcile d’exprimer

verbalement une souffrance invisible, au lieu de la formuler

et de l’assimiler, si vous êtes une personne hypersensible vous

trouvez le moyen de vivre avec. Pour supporter la douleur

enfouie de n’être ni vu(e) ni entendu(e), vous employez une

vaste gamme de stratégies psychologiques et comportemen-

tales qui consistent toutes à éviter l’intimité. Ces stratégies

peuvent être conscientes ou inconscientes, efcaces ou inu-

tiles. La contre-dépendance, l’isolement social, l’anorexie

émotionnelle et affective sont autant de méthodes que vous

avez pu adopter pour évoluer dans le paysage social, tandis

que l’intellectualisation, le détachement émotionnel et les

 

196

R   

rêveries excessives sont pour vous des moyens d’organiser

votre monde intérieur.

 

Les stratégies que vous avez adoptées

pour éviter l’intimité

 

La contre-dépendance

 

Vous connaissez probablement le mot « codépendance »

qui désigne un manque de séparation dysfonctionnel entre

deux personnes et leurs mondes affectifs. Le mot «contre-

dépendance» est moins répandu. C’est une forme extrême

d’autonomie. Le premier terme indique que vous ne pensez

pas pouvoir survivre sans l’autre personne, le deuxième

signie que vous ne pouvez faire conance à personne – pour

s’occuper de vous, pour effectuer des tâches pratiques quelle

que soit leur importance, ou pour vous réconforter et vous

consoler. La contre-dépendance est liée au style «d’atta-

chement évitant». Une série d’expériences scientiques a

démontré que, même dans des situations menaçantes ou

stressantes comme un entraînement militaire ou un danger

de mort, les personnes correspondant à cette catégorie ne

cherchent pas le soutien de qui que ce soit, mais bien au

contraire s’éloignent des autres, y compris, le cas échéant,

de leur conjoint(e) 12 .

Enfant, vous recherchiez peut-être le réconfort de celles

et ceux qui vous élevaient, mais vous avez été régulièrement

déçu(e). Vous aviez beau pleurer ou protester, la seule

réponse que vous receviez était la froideur, l’hostilité ou

l’abandon. L’expérience vous a enseigné qu’exposer votre

 

197

L’,  - 

vulnérabilité au grand jour était inutile, voire dangereux,

donc vous avez ni par ne plus rien attendre de personne.

Maintenant que vous êtes adulte, vous prenez toujours soin

de vous débrouiller seul(e). Vous estimez que demander de

l’aide est un signe de faiblesse, et vous évitez à tout prix

les émotions intenses.

Votre contre-dépendance peut trouver son origine dans

votre relation avec vos parents, mais elle peut également

avoir été inuencée par vos interactions avec vos pairs.

Comme vous êtiez surdoué(e) et plus mûr(e) que votre

âge, votre entourage ne vous stimulait pas assez. Soit

les autres enfants avaient du mal à vous suivre, soit ils

essayaient d’obtenir quelque chose de vous. Il n’y avait

personne sur qui vous pouviez vraiment compter ou que

vous pouviez admirer. Vous étiez peut-être aussi toujours

le bouc émissaire ou la cible de diverses railleries de la

par t des jaloux. Comme votre expérience des groupes

n’était pas enrichissante et à l’inverse fastidieuse ou mena-

çante, vous avez cherché du réconfort non pas auprès des

autres, mais dans la solitude, la spiritualité, les livres et la

musique. Vous accumulez peut-être, de façon compulsive,

les connaissances, le pouvoir, la richesse ou la reconnais-

sance sociale. Ces objectifs vous rassurent et vous donnent

l’illusion du contrôle. Une partie de vous est convaincue

que si vous rassemblez sufsamment de ressources, vous

n’aurez jamais besoin de demander quoi que ce soit à

quiconque.

À long terme, la contre-dépendance n’est pas une stratégie

viable. La réalité est que nous vivons dans un monde inter-

dépendant; l’autonomie totale et le contrôle absolu ne sont

qu’une illusion. Avoir ses propres ressources émotionnelles

 

198

R   

est une force, bien que cela ne remplace pas le besoin fon-

damental d’appartenance.

L’indépendance est un signe de maturité qui nous donne

notre autonomie, mais elle ne s’oppose ni à notre désir de

former des connexions ni aux interactions inévitables que

nous avons avec le reste de l’humanité.

 

Maintenir les autres à distance

 

La contre-dépendance consiste à limiter votre dépendance

aux autres. Mais parfois, cela ne vous suft pas, vous souhai-

tez aussi vous assurer que personne ne dépend de vous. Dans

cet objectif, vous limitez non seulement les attachements

amoureux, mais aussi toutes les formes d’interaction sociale,

de responsabilité et d’engagement.

Vous vous méez de toute personne qui cherche à vous

rendre responsable de ses sentiments, de ses décisions et

de son bien-être. Vous trouvez que les relations intimes

sont vite étouffantes et qu’on essaye de vous imposer les

besoins des autres. Vous vous gardez souvent de montrer

votre affection ou votre approbation à votre partenaire ou

à vos enfants, pour indiquer qu’ils devraient pouvoir se

débrouiller sans que vous ayez à les rassurer constamment.

Vous tolérez mal les conits et les émotions excessives ;

quand quelqu’un vous prend à partie, vous vous détachez

en détournant le regard, en baissant la tête et en faisant

diversion 13 . Vous utilisez des stratégies d’esquive en ne

répondant pas, en changeant de sujet, en rationalisant votre

comportement ou en vous plongeant dans le travail. Votre

partenaire se plaint que vous gardiez tout pour vous, mais

plus on insiste, plus vous vous montrez réfractaire.

 

199

L’,  - 

Pour conserver de la distance sur le plan affectif, vous

avez converti le reste des êtres humains en un sujet d’étude

ou en un système à examiner. Quand vous êtes en société,

vous adoptez une «vue aérienne» et regardez froidement

le monde déler. Quand vous êtes avec un groupe, vous

trouvez une façon de vous cacher, de détourner l’attention

et de mettre quelqu’un d’autre en avant.

 

Anorexie émotionnelle et affective

 

Dans l’anorexie émotionnelle, vous avez du mal à accepter

la part nécessaire d’amour et d’affection ou vous les refusez

tout net. Quand les gens vous manifestent de l’affection sous

quelque forme que ce soit – compliments, inquiétudes, amitié,

soutien ou encore désirs érotiques –, vous vous méez ou

n’arrivez pas à l’accepter. Au fond de vous, vous avez peur

de la manipulation. Vous craignez qu’une fois que vous

aurez «mordu à l’hameçon», on se serve de vous ou que

vous soyez trop impliqué(e). Alors vous préférez rester dans

un désert émotionnel plutôt que de prendre des risques.

Contrairement à celles et ceux qui n’ont pas ou peu de fron-

tières personnelles, vous placez une frontière nette et rigide

entre vous et les autres. Vous leur donnez à peine l’occasion

de prouver qu’ils méritent votre conance, et vous avez

tendance à les rejeter préventivement. Vous donnez parfois

l’impression d’être ouvert(e) aux relations interpersonnelles

mais, si on y regarde de plus près, vous choisissez de vous

associer à des gens qui sont hors de portée ou ne sont pas

prêts pour l’intimité. Toutefois, si vous dédaignez ou refusez

les sentiments positifs que les autres nourrissent à votre

 

200

R   

égard, même ceux qui sont sincères niront par abandonner,

et vous n’aurez plus que des relations distantes ou toxiques.

La distance que vous préservez entre vous et le reste des

êtres humains vous déconnecte, sur le plan social comme

spirituel. Plusvouscroyezdevoir«vousdébrouillerseul(e)»,

plusvouscherchezcompulsivementàaccumulerdesconnais-

sances et des ressources. Vous vous focalisez sur des expé-

riences qui renforcent votre méance et collectez de plus

en plus de preuves pour justier votre isolement. Vous ne

remarquezpasvosbesoinsd’attachementnil’impactdevotre

réclusion. De temps en temps, pourtant, vous constatez une

détérioration soudaine de votre santé mentale ou ressentez

des sentiments nihilistes sur l’existence. Vous avez peut-être

bien réussi professionnellement ou vous donnez l’impression

d’êtreindépendant(e),autonomeetplein(e)deressources,mais

intérieurement, vous êtes tiraillé(e) par le perfectionnisme,

la honte et la solitude. À long terme, l’anorexie émotionnelle

et affective est contre-productive. Au fur et à mesure que

vous restreignez vos contacts sociaux et votre capacité de

connexion, vous limitez aussi votre progression dans la vie.

Graduellement, vos journées deviennent unidimensionnelles et

stériles,vouslaissantpeudevitalitéetd’espacepourgrandir.

 

Le détachement émotionnel

 

Vous étiez un(e) enfant hyper-empathique, mais on a abusé

de votre sensibilité au lieu de valider vos émotions. Il n’est

pas surprenant que, pour vous protéger, vous ayez appris

à prendre le contre-pied de la sensibilité: en arrêtant de

ressentir. Quand vous étiez enfant, vos parents étaient les

 

201

L’,  - 

seules personnes dont vous dépendiez; même s’ils étaient

négligents, sévères ou violents, vous n’aviez pas les moyens

de leur échapper. Vous étiez piégé(e), et la dissociation est

devenue votre seule porte de sortie. Dans le domaine de la

psychologie, le terme «dissociation» désigne une gamme

d’expériences allant d’une légère déconnexion par rapport

à votre environnement à un détachement plus sévère entre

votre corps et votre réalité émotionnelle. C’est un proces-

sus qui vous permet de minimiser un passé douloureux

ou d’oublier, de manière sélective, certains souvenirs de

votre enfance. Vous incorporez parfois à vos stratégies de

dissociation des substances ou des comportements addictifs.

La nourriture, l’alcool, les comportements compulsifs et les

rituels de répétition peuvent devenir des addictions, car ils

permettent de remplir un vide intérieur.

Au fur et à mesure que vous vous détachez de vous-même,

vous perdez aussi le contact avec votre corps et votre intui-

tion. Cela peut parfois engendrer des épisodes surréalistes

de dissociation entre le corps et l’esprit. Par exemple, dans

certaines situations, votre esprit signale que vous êtes calme,

mais vous tremblez, transpirez ou souffrez de maux de

tête. Ou encore, vous vous dites que vous «devriez» faire

preuve de loyauté en amitié et en amour ou vous appliquer

davantage au travail, tandis que votre état dépressif et votre

agacement indiquent le contraire.

Plus vous évitez le contact avec vos véritables émotions,

plus vous avez l’impression de n’être qu’un(e) observa-

teur(trice) et de regarder la vie déler comme si vous n’en

faisiez pas partie. Ironiquement, la profonde tristesse et la

solitude qui émanent d’une existence en suspens sont aussi

douloureuses, si ce n’est plus, que le désarroi émotionnel

 

202

R   

que vous essayiez d’éviter au départ. Ayant fui le «bouil-

lonnement» des émotions, vous nissez dans une zone aride

et désolée qui n’est, en fait, pas plus désirable que votre

malaise d’origine.

 

L’intellectualisation

 

Vous avez sans doute eu recours à plusieurs méthodes

pour survivre à l’environnement de votre enfance. S’il était

chaotique et que vos parents étaient imprévisibles, vous

étiez sans doute attiré(e) par la prévisibilité et la cohérence

de la logique. Vous vous êtes rapidement réfugié(e) dans

la «raison», mais ce n’est pas un mécanisme d’adaptation

sans danger car vous avez, en conséquence, perdu le contact

avec vos émotions. Vous parlez d’émotions fortes, comme la

colère, avec une certaine distance et une approche logique

(« En théorie, je suppose que cela devrait me mettre en

colère») ou vous avez pris l’habitude de tout rationaliser.

Comme vous vous reposez trop sur votre intellect, vous

avez des difcultés à vous livrer aux activités qui réclament

de l’enthousiasme, de l’humour et de la créativité artistique 14 .

Pour ne jamais avoir l’impression de perdre le contrôle, vous

répétez chaque situation dans votre esprit avant de passer

à l’action et vous avez le sentiment de devoir collecter des

informations avant de dire quelque chose. Vous afchez un

comportement calme, posé et intelligent, mais vous êtes

incapable d’être spontané(e), de vous exprimer librement

ou de vous détendre en compagnie des autres.

Initialement, vous réfugier dans votre tête semblait fonc-

tionner – cela vous permet de rester stoïque au travail et

 

203

L’,  - 

d’atteindre des objectifs tangibles. Àlong terme, toutefois,

tout intellectualiser, c’est comme n’utiliser qu’un crayon

pour dessiner au lieu de se servir de toutes les couleurs. Cela

limite votre potentiel et a un effet nuisible sur votre réussite

dans tous les domaines.

 

Les rêveries excessives

 

Vousabriterderrièrevotreespritpeutégalementprendreune

autre dimension: les rêveries excessives. Comme vous avez

grandidansunenvironnementimprévisible,laseulechoseque

vouspouviezcontrôlerétaitvotreimagination.Vousinventiez

des univers élaborés dans lesquels vous préfériez vivre et,

danslescasextrêmes,vousévitiezcomplètementlavraievie.

Cet acte d’introversion et de retrait dans votre propre monde

peut devenir addictif. Comme vous avez à votre disposition

unmoyeninstantanémentgratiantdecompenserlestresset

d’engourdir la douleur émotionnelle, il devient une source de

confortetdefamiliarité.Cequiadébutécommeunmécanisme

desurvieestdevenuunehabitudeauschémaaddictif.Aulieu

de faire face au chaos des relations dans la vraie vie, vous

passez une grande partie de votre temps dans vos fantasmes.

 

Pouvez-vous revenir en arrière?

 

Les stratégies telles que la contre-dépendance, l’intellectua-

lisation et l’anorexie affective étaient autrefois essentielles

pour la survie de votre psyché; elles légitimaient la douleur

insupportable de votre petite enfance et permettaient de pro-

téger votre jeune esprit d’un désespoir annihilant. Toutefois,

 

204

R   

elles se sont installées un peu trop longtemps et elles vous

empêchent aujourd’hui de vivre pleinement. Si au début de

votre existence, votre expérience ne vous a pas conduit(e)

à vous sentir en sécurité, vous avez peut-être peine à croire

que les choses pourraient être différentes. Même quand les

circonstances ont changé, vous êtes resté(e) enfermé(e) dans

une cage créée par votre esprit. Votre peur de l’intimité a

généré un cercle vicieux: vous avez bâti un mur solide pour

protéger la vulnérabilité qui est en vous, mais plus vous

vous défendez contre le monde extérieur, plus vous vous

sentez fragile à l’intérieur. Comme vous n’avez pas acquis

sufsamment de résistance aux uctuations naturelles des

relations humaines, vous avez développé une sensibilité

excessive à la douleur d’un éventuel rejet ou d’un manque de

compréhension, au point de nir par ne plus savoir comment

vous connecter aux autres. Mais sous une façade distante se

dissimule un cœur profondément sensible et passionné; et s’il

a été obligé de se cacher, il n’a pas disparu pour autant. La

soif d’amour et d’attachement que vous avez enfouie depuis

si longtemps continuera à se manifester sous la forme d’une

mélancolie, d’une nostalgie et d’un chagrin inattendus. Privée

d’échappatoire, votre frustration tournera à la dépression.

La solution pour contrecarrer votre détachement émotion-

nel est de retrouver conance en vos ressources intérieures.

Vous avez rejeté l’amour parce que vous craigniez de ne pas

pouvoir supporter de nouvelles intrusions et de nouvelles

trahisons. Pour sortir de votre enfermement, il vous faut

d’abord rassurer l’enfant apeuré(e) qui est en vous. En tant

qu’adulte, votre capacité à faire conance et à aimer ne se

trouve pas entre les mains des autres, elle réside dans votre

propre résilience. Effectivement, les gens risquent de vous

 

205

L’,  - 

agacer, de vous décevoir ou de vous trahir, seulement ces

émotions ne vous traumatiseront plus. Vous pouvez éprouver

du chagrin et de la colère, surmonter cette blessure et en

sortir grandi(e). Vous n’êtes insensible ni au caractère chan-

geant de la réalité ni à la face sombre de la nature humaine,

mais vous avez sufsamment de courage pour prendre la

vie à bras-le-corps.

Pour passer de la survie à l’épanouissement, vous devez

élargir votre zone de confort. Commencez par démonter

l’armure que vous avez construite en vous accoutumant au

sentiment de fragilité. Au lieu d’insister pour tout contrôler,

entraînez-vous à suivre le ot de la vie. Toutes les relations

humaines impliquent un degré d’incertitude; plus elles sont

intimes, plus vous vous sentez vulnérable. Pourtant, cette

vulnérabilité n’est pas une faiblesse, c’est un signe de courage.

Comme vous avez une nature sensible, certains jours sont

plus difciles que d’autres. Parfois, vous vous sentez plus

fragile, plus perméable, et chaque petit incident vous atteint

davantage. Essayez toutefois de ne pas porter de jugement

sur les autres et sur les événements, même dans les moments

les plus difciles; faites une pause pour voir la réalité plus

clairement. Les gens et les émotions que vous éprouvez à

leur égard ne sont pas là pour vous hanter, ils vous invitent

à assimiler et à digérer ce qui était resté en suspens an de

vous aider à cicatriser, à vous réaliser et à vous sentir plus

libre. Notre capacité à aimer et à prendre le risque d’être

aimé(e)s est la part à la fois la plus fragile et la plus forte de

la nature humaine et l’une des principales sources de notre

potentiel créatif.

 

206

R   

Tomber amoureux(se) et créer des liens avec une autre per-

sonne est l’une des expériences les plus intenses, les plus

enrichissantes et les plus exubérantes de la vie. Ne vous pri-

vez pas de la douceur de l’intimité, de la joie de trouver un

sentiment d’appar tenance dans le cœur de quelqu’un et de

l’ex tase de vous découvrir dans ses yeux.

 

Exercice de réf lexion sur sept jours:

 

la tactique de la fuite fonctionne-t-elle

pour vous?

 

Ceci est un exercice visant à vous faire rééchir à votre

tendance éventuelle à fuir l’intimité. Utilisez votre journal

intime et servez-vous des questions et suggestions suivantes

pour guider votre réexion.

 

Qu’est-ce qui vous perturbe?

 

L’intimité peut appa raître comme une menace car elle

requiert que vous renonciez à votre besoin de contrôle et

révèle des aspects de votre personnalité que vous préfé-

reriez nier ou cacher. Elle vous invite à entrer dans une

zone d’ombre et à dévoiler votre moi le plus brut. Quand

vous accueillez quelqu’un de nouveau dans votre vie, vous

devez revisiter des blessures dormantes et pénétrer dans des

territoires inconnus.

Les facteurs qui vous poussent à vous renfermer sur vous-

même vous sont propres et dépendent largement de votre

personnalitéetdevotrepassé.Cettesemaine,concentrez-vous

 

207

L’,  - 

surcequevosinteractionsaveclesautresprovoquentsurvotre

expérience intérieure. Portez votre attention sur les moments

où vous vous sentez déstabilisé(e). Observez par exemple

quelles sont vos réactions si vous vous disputez avec un

proche. Prenez des notes au fur et à mesure que des épisodes

de ce type se produisent. Quand quelque chose déclenche en

vous des émotions fortes, à quoi pensez-vous? Comment

votre corps réagit-il? Quel genre de choses dites-vous ou

faites-vous en réponse à ce que dit ou fait l’autre personne?

À la n de la semaine, passez vos notes en revue. Puis

essayez de déterminer si ces incidents appartiennent à une

ou plusieurs catégories. Cet exercice vous permet de réé-

chir aux types de situations qui déclenchent des réactions

émotionnelles signicatives ou qui vous poussent à vous

éloigner des autres:

• Vous avez l’impression d’être contrôlé(e) par quelqu’un

d’autre.

• Vous vous sentez contraint(e) à vous engager.

• Vous êtes entraîné(e) dans une dispute.

• Vous vous sentez étouffé(e).

• Quelqu’un vous touche sans votre permission.

• Quelqu’un prend des décisions ou parle à votre place.

• Vous soupçonnez qu’on vous a menti, manipulé(e) ou

trahi(e).

• Vous devez collaborer avec quelqu’un.

• Vous devez fa ire des comprom is sur votre espace

personnel.

• Vous devez apporter un soutien affectif à quelqu’un.

• Vous devez raconter des détails intimes sur votre vie.

• On vous demande votre avis sincère sur quelqu’un ou

quelque chose.

 

208

R   

• Quelqu’un empiète sur votre temps ou vous avez l’im-

pression de perdre votre temps.

 

Vous pouvez ajouter vos propres idées à la liste.

 

Quelles stratégies utilisez-vous pour échapper à

l’intimité ou pour gérer des situations de couple

difficiles?

 

En vous fondant sur les notes que vous avez prises pendant la

semaine, pensez aux méthodes conscientes et inconscientes

que vous avez utilisées pour gérer des émotions déstabili-

santes suscitées par vos échanges avec les autres.

Par exemple:

• Vous cherchez une distraction.

• Vous décrochez mentalement.

• Vous vous échappez en repensant au passé, en rêvassant

ou en faisant des projets ambitieux.

• Vous intellectualisez ou rationalisez.

• Vous essayez d’engourdir vos émotions.

• Vous changez de sujet.

• Vous faites semblant d’écouter pour apaiser la personne

qui parle.

• Vous vous plongez dans votre travail ou prétendez être

trop occupé(e) pour justier votre désengagement.

• Vous restez silencieux(se) ou vous snobez votre partenaire.

• Vous adoptez la politique de l’autruche pour éviter les

conits.

• Vous avez recours à la drogue, à l’alcool ou à la nourriture

pour endormir vos sens.

 

209

L’,  - 

• Vous dépensez trop d’argent ou participez à des jeux

d’argent.

• Vous faites le ménage à fond.

• Vous pratiquez des rituels précis.

 

À nouveau, vous pouvez ajouter vos suggestions à la liste.

 

Dans quelle mesure ces méthodes ont-elles

fonctionné en votre faveur?

 

Vous avez eu recours à ces stratégies parce qu’elles fonction-

naient. Pour un temps, elles vous ont aidé(e) à minimiser des

sentimentsnégatifs,àleuréchapperouàvousendébarrasser.

Expliquez en quoi ces stratégies vous ont servi.

Par exemple:

• Elles vous ont permis de vous rendre au travail malgré

une journée difcile.

• Ellesvousontaidé(e)àsurmonterunerupturedouloureuse.

• Elles ont protégé l’enfant qui est en vous de nouvelles

déceptions.

• Elles vous ont protégé(e) contre des parents envahissants

ou autoritaires.

• Elles vous ont aidé(e) à survivre à un environnement

chaotique et imprévisible quand vous étiez enfant.

• Elles vous ont permis de paraître conant(e) auprès de

vos pairs ou de vos collègues de travail.

• Elles vous ont aidé(e) à vous conduire d’une façon

conforme aux exigences de la société.

 

À nouveau, vous pouvez ajouter vos suggestions à la liste.

 

210

R   

Après avoir eu recours à ces stratégies, quelles

en ont été les conséquences?

 

Vos stratégies peuvent fonctionner pendant un temps, mais

elles s’accompagnent souvent d’une date d’expiration. Elles

ne marchent pas en toutes circonstances ou elles ont un prix.

Isolez-vous dans un endroit calme et rééchissez en toute

honnêteté aux questions suivantes:

• Vos stratégies sont-elles viables?

• Quand vous recourez à une stratégie de fuite, combien

de temps en ressentez-vous les bénéces?

• Est-ce que les émotions dépla isa ntes f in issent pa r

resurgir?

• Combien de temps et d’énergie devez-vous investir dans

ces stratégies?

• À côté de quoi passez-vous en vous isolant, en évitant les

échangesémotionnelsouenvousforçantàêtreoccupé(e)?

• Est-ce que le «futur vous» vous remerciera d’avoir fui

l’intimité?

• Si vous prenez du recul, est-ce que votre vie s’est amélio-

rée ou est-ce qu’elle est devenue plus difcile?

• Y aurait-il un meilleur usage à faire du temps et de l’éner-

gie que vous avez investis pour fuir l’intimité?

 

Si certaines de ces méthodes fonctionnent effectivement

à long terme, vous pouvez bien entendu continuer à les

employer. Toutefois, si d’autres ne semblent marcher que

pendantuncertaintempsouontdesconséquencesfâcheuses,

vous devriez sans doute envisager de nouvelles stratégies qui

vous aideraient à vous sentir en sécurité et bien dans votre

peau sur le long terme.

 

211

L’,  - 

Exercice visuel: parlez avec votre mur

 

Prévoyez au moins une demi-heure pour cet exercice de

visualisation.

Imaginez qu’il y a quelque chose en vous qui fait de son

mieux pour vous protéger; vous pouvez l’appeler bouclier,

mur ou protection. Cette partie de vous essaye de tout

contrôler, des circonstances extérieures à votre monde

intérieur. C’est votre facette dynamique, celle qui vous

pousse sans cesse à accomplir de nouvelles choses, à faire

des efforts et à être constamment occupé(e). Quand des

émotions fragiles ou des sentiments vulnérables naissent

en vous, elle s’enclenche pour les repousser, les réprimer

et les écraser, vous laissant détaché(e), distrait(e), déper-

sonnalisé(e) et vidé(e).

Imaginez que cette facette de vous est une personne.

Àquoi ressemble-t-elle? Est-ce une femme ou un homme?

Est-ce que sa voix vous rappelle quelqu’un que vous connais-

sez? Quel âge a-t-elle?

Installez-vous avec cette personne qui vous protège depuis

toutescesannéesetposez-luilesquestionssuivantes.Écrivez

vos réponses dans votre journal intime.

• Depuis combien de temps es-tu avec moi?

• De qui ou de quoi essayes-tu de me protéger?

• Comment tes stratégies ont-elles évolué au cours des

années?

• Si tu n’étais pas là, que crois-tu qu’il m’arriverait?

• Est-cequeturessensdelacolèreenverslesgensoul’ordre

des choses?

• Est-ce que cela t’attriste de ne pouvoir m’aider qu’en me

servant de bouclier?

 

212

R   

• Au fond de toi, est-ce que tu te sens seule et incomprise?

• Est-ce que tu es fatiguée après toutes ces années passées

à me protéger?

• T’arrive-t-il de vouloir faire une pause ou essayer une

méthode différente?

 

Remerciez votre gure protectrice de tout ce qu’elle a fait

pour vous, exprimez-lui votre respect et validez son rôle.

Maintenant, essayez de la convaincre de s’effacer et de

ne plus occuper le centre de votre vie. Vous pouvez la ras-

surer en lui expliquant que, même si autrefois vous étiez

vulnérable, vous avez désormais bien plus de résilience, et

que vous pouvez supporter les déceptions, les chagrins et

les blessures de la vie. Faites-lui savoir qu’avec le temps,

vous avez découvert quels étaient vos droits et ce à quoi

ressemblaient des limites personnelles saines. Vous avez

aussi appris à dire non et à exprimer clairement vos désirs

et vos besoins. Vous avez perdu votre naïveté et, bien que

les gens ne soient pas toujours ables et que les relations

soient parfois complexes, vous êtes capable de les gérer.

Vous ne vous débarrassez pas complètement de votre gure

protectrice, vous lui accordez simplement un congé, de

manière à pouvoir faire l’expérience d’une nouvelle façon

d’être, et à grandir.

Comme vous essayez d’entailler un mur qui existe depuis

longtemps, vous éprouverez peut-être du chagrin, de la colère

ou de la culpabilité. Prenez note des sentiments qui émergent

au cours de ce moment décisif et respirez doucement pour

vous libérer de ceux qui résistent.

Pendant les quelques jours qui suivent l’exercice, observez

les circonstances qui réactivent votre gure protectrice. Puis

 

213

L’,  - 

essayez d’adopter un comportement un peu différent pour

voir ce qui se passe. Notez les sensations que cela produit

en vous et prenez conscience du sentiment de pouvoir que

cela vous donne et de l’espoir que suscitent les actions cou-

rageuses et exaltantes.

 

214