L'hypersensibilité, un super-pouvoir !
Deuxième partie : Sortir de sa cachette pour mieux s’épanouir
DEUXIÈME PARTIE
Sortir de sa cachette
pour mieux s’épanouir
Chapitre 4
Votre relation avec vous-même
Reconquérir leur authenticité est un rite de passage obliga-
toire pour celles et ceux qui sont naturellement en marge.
L’hypersensibilité et l’intensité sont des dons exceptionnels,
mais si on comprend mal la situation ou qu’on ne dispose
pas de sufsamment de soutien, avoir un mode de fonc-
tionnement qui n’est pas en phase avec celui des autres peut
générer de nombreuses expériences douloureuses. Si vos
parents, vos professeur(e)s ou vos pairs étaient agacés par
vos excentricités, vous en avez peut-être conclu que vous
étiez en tort. Vous vous êtes convaincu(e) que vous aviez
un problème et que c’était vous qui aviez besoin de changer.
À force, cela vous a conduit(e) à renier votre intensité et à
vous éloigner de votre identité. À un stade ou à un autre de
votrevie,pourtant,voussentirezl’appeldevotrevraienature.
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Ce sera éventuellement le résultat d’un changement décisif:
votre installation dans un autre pays, une maladie grave, une
n de carrière, le départ de quelqu’un de proche… Vous vous
rendrez alors compte qu’être ce que votre conjoint(e), vos
parents, vos ami(e)s ou la société projette de vous ne vous
suft pas, et que vous devez raviver votre âme intuitive et
empathique. Dans ce chapitre, nous vous guiderons à travers
les différentes phases de votre transformation pour vous
aider à trouver votre véritable place.
Devenir la personne que vous êtes vraiment
Quand vous étiez enfant, votre besoin de sécurité vous pous-
saitàévitertoutrisqued’abandon.Commevousdépendiezde
vos parents pour survivre, il vous fallait leur faire plaisir et
écartertoutepossibilitéderejet,mêmesicelavousconduisait
à faire taire vos souhaits. Adolescent(e), vous avez dû vous
adapter au monde pour vous intégrer. Vous avez tout fait
pour ne pas subir de harcèlement ou des railleries. Adulte,
vous êtes une sorte de caméléon qui change de couleur pour
se fondre dans le décor. Vous vous rendez utile, vous êtes
productif(ve) et efcace, pour qu’on ne vous ignore pas. Vous
êtes devenu(e) hypervigilant(e). Vous détectez le moindre
signe de négativité et vous adaptez votre comportement
en conséquence. Dans le passé, votre dynamisme et votre
enthousiasme étaient accueillis par des regards ébahis ou
perplexes. Àforce d’expérience, vous vous êtes rendu compte
que partager vos sentiments vous isolait encore plus. Dès
que vos accomplissements sortent de la norme, ils sont
dénigrés; vous avez donc appris à ne pas viser trop haut.
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V -
Les opportunités deviennent des dangers, et vous préférez
vous laisser aller à l’autosabotage avant que quelqu’un d’autre
n’ait l’occasion de vous attaquer.
Vous pensiez pouvoir vous protéger en vous faisant dis-
cret(ète), or vous trahir n’est pas sans conséquence. Vous
avez par exemple opté pour une carrière qui vous apporte
la sécurité matérielle mais qui vous a forcé(e) à renier votre
créativité, ou encore, votre couple est le résultat d’un choix
pragmatique mais peu enrichissant. Vous êtes sans cesse
habité(e) par des conits intérieurs et vous vous posez des
questions sur votre identité et vos désirs. Vous n’êtes pas
capable de ressentir de la joie ou du plaisir, et quand vous
vous réveillez le matin, c’est avec une attitude nihiliste et un
manque de motivation. Vous êtes comme un animal sauvage
qui chercherait à se domestiquer lui-même, prêt(e) à troquer
votre exubérance naturelle pour l’approbation de la foule.
Au fond de vous, toutefois, vous savez que vous ne vivez pas
pleinement et vous culpabilisez de laisser l’existence vous
ler entre les doigts.
Le vrai soi et le faux soi
Le concept dutrue self/false self a été introduit pour la pre-
mière fois par le psychanalyste britannique D. W.Winnicott
en 1960, pour expliquer la manière dont nous renonçons
à notre authenticité dans le but de survivre 1 . Votre vrai
soi est le plus innocent, spontané et créatif; il représente
qui vous étiez enfant quand vous vous sentiez en sécurité
en présence d’un adulte digne de conance et que vous
étiez libre de vous exprimer. Par contraste, le faux soi est
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L’, -
une façade protectrice que vous avez créée pour répondre
aux attentes de vos parents, des autres et de la société en
général. Au départ, cette façade vous rendait service, puis
elle s’est un peu trop installée et elle est désormais le seul
aspect de vous-même que vous connaissez. En nourrissant
excessivement votre faux soi, vous risquez de vous rendre
malade physiquement et psychologiquement. Quand votre
personnalité extérieure se plie à la conformité, votre être
intérieur est silencieusement brimé. Si vous ignorez le pro-
blème, cette rébellion sous-jacente nira par exploser. C’est
pour cela que vous avez parfois des réactions incontrôlées
et destructrices, sans savoir d’où elles viennent.
Carl Jung évoquait une notion proche, comparable à
celle du «false self» de Winnicott, en utilisant le terme
«persona» pour décrire l’identité que nous construisons
pendant la première partie de notre vie 2 . Persona est un
mot latin signiant «masque»; c’est notre interface avec
le monde extérieur, un compromis entre le soi honnête et les
nombreuses contraintes que nous impose la vie en société.
Bien qu’entretenir des distinctions entre votre vie privée et
votre comportement en société ne soit pas un problème, vous
prenez le risque de fusionner avec ce masque. Tout comme
un poisson ne voit pas l’eau dans laquelle il se trouve, vous
pouvez ne pas réussir à discerner les valeurs inconscientes,
les doctrines et les règles culturelles qui gouvernent votre
vie. Vous ne comprenez pas à quel point vous êtes engagé(e)
dans une voie qui n’est pas la vôtre: un poste haut placé, une
relation amoureuse idéalisée, une personnalité extravertie.
Pour maintenir la façade, vous refoulez votre colère ou vous
refusez de montrer votre joie et, au bout du compte, vous
dissimulez même votre spontanéité et votre énergie créatrice.
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La bonne nouvelle est que votre âme
peut avoir été mise sous cloche, elle
n’a pas disparu pour autant.
Votre hypersensibilité et votre intensité ne cessent pas
d’exister juste parce que votre famille, votre école, votre
lieu de culte ou les conventions sociales n’en tiennent pas
compte.Vousavezpeut-êtreunpeutroprenforcévotrearmure
; pourtant, un jour ou l’autre, parfois dans des circonstances
inattendues, votre vérité nira par vous réveiller. Jung consta-
tait que de nombreuses personnes semblent souffrir d’une
dépression ou d’anxiété au milieu de leur vie, parce que «la
normalisation les rend malades» 3 . Mais ne plus supporter de
fuirvotrevraienatureestaucontraireunsignedebonnesanté.
Avoir raison de son faux soi
Retrouver votre identité de personne hypersensible et intense
est la première étape de la transformation qui vous permettra
de sortir de votre cachette pour vous épanouir pleinement.
Toute transformation implique de se débarrasser d’éléments
existants pour faire place à quelque chose de nouveau. Votre
faux soi doit «mourir» avant que votre vrai soi ne puisse
renaître.Outrecertainesrelationsamicalesouprofessionnelles
et parfois des choix de carrière, vous devrez renoncer à des
convictions profondément ancrées, ainsi qu’à l’idée que vous
vous faites de l’avenir et à la personne que vous pensiez être.
Après cet abandon de votre ancienne identité, vous entre-
rez dans un « espace liminal » – une zone de transition.
Les mystiques appellent cette phase « la nuit obscure de
l’âme» (saint Jean de la Croix) 4 . Au cours de cette période
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déconcertante, vous remettrez en question ce que vous ont
enseigné votre famille, le système éducatif et l’ordre social.
De plus en plus, ce qui semblait «normal» vous paraîtra
hypocrite, insufsant ou dénué d’éthique. Ce qui vous ani-
mait auparavant – l’instinct de survie, le besoin de faire vos
preuves,l’importancedel’approbationdesautres–s’effacera.
Votre entourage ne comprendra pas forcément les change-
ments qui se produisent en vous. Comme nous vivons dans
uneculturequivaloriselaprogressionetlaproductivité,vous
libérer de ces idéaux vaniteux vous isolera. Si vous essayez
alors de résoudre cette situation difcile en en appelant à
la sagesse traditionnelle ou aux conseils conventionnels
des autres, vous découvrirez que ces méthodes qui vous
convenaient autrefois ne fonctionnent plus.
Àladisparitiondevotrefauxsoi,vouslouvoierezpeut-être
entre lesdifférents«stadesdudeuil» dénisparKübler-Ross
(1973): le déni, la colère, le marchandage, la dépression et
l’acceptation 5 .
• Le déni: Je suis sûr(e) que je ne suis pas si différent(e)
des autres. Je peux faire ce qu’ils font. Comme disaient
mes parents, peut-être que je n’ai pas fait assez d’efforts
(pour m’intégrer).
• Lacolère:Pourquoimoi?Pourquoitoutsemble-t-ilfacile
pour les autres mais pas pour moi? Pourquoi est-ce que,
malgré tous mes efforts, je n’y arrive pas? La vie est
injuste!Pourquoilemondenepeut-ilpasêtreplustolérant?
• Le marchandage: Je vais faire encore un essai pour trou-
ver ma place. J’essaierai de faire ceci, puis cela.
• La dépression: Ça ne sert à rien. Je suis différent(e). Je
ne serai jamais heureux(se) ni épanoui(e). Pourquoi est-ce
que je me donnerais du mal?
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• L’acceptation: Je suis tel(le) que je suis. Même si ce n’est
pas toujours facile d’être plus sensible et plus intense
que les autres, je suis convaincu(e) que mon authenticité
permettra aux bonnes personnes, aux bonnes situations
et aux bonnes opportunités de se présenter à moi.
Deux types de crainte
Alors que vous vous apprêtez à changer de cap, deux types
de crainte risquent de vous détourner de la voie vers l’au-
thenticité: la crainte du passé et celle de l’avenir.
La crainte du passé vous fait hésiter à vous montrer sous
votre vrai jour parce que vous avez peur que l’histoire se
répète. C’est la façon dont la psychothérapie conventionnelle
identie la nature de l’anxiété. Votre exubérance peut avoir
été négligée ou punie par vos parents. Vous avez peut-être
été harcelé(e) ou opprimé(e) parce que vous risquiez de faire
de l’ombre à vos pairs. Vous avez été humilié(e) un jour sans
avoir trouvé les mots pour vous défendre, et ce traumatisme
est resté ancré en vous. Maintenant, dans votre recherche
devérité, la terreur d’être exclu(e) et impuissant(e) revient à
la surface comme une tornade.
D’unautrecôté,d’unpointdevueexistentialiste,vousêtes
hanté(e) par le potentiel d’un avenir sans limites. Imaginer
de nouvelles opportunités qui vous permettraient de vivre
sans masque et de laisser libre cours à vos centres d’intérêt
et à vos émotions intenses est déstabilisant. Pour reprendre
la formule de Sartre (1957), vous craignez le «vertige de
la possibilité» – l’anticipation est presque insupportable 6 .
À première vue, il peut sembler paradoxal de redouter sa
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L’, -
propre liberté, mais cette dernière s’accompagne de respon-
sabilités. Reconnaître que vous avez le choix signie aussi
que vous êtes responsable de vos actes. Vous devez assumer
vos choix, vous dédier à la vie que vous avez choisie et faire
le deuil de ce à quoi vous renoncez. Ce n’est pas une tâche
aisée.
La pression exercée par la société ne facilite pas ce pro-
cessus de transformation. Souvent, quand vous vous engagez
sur la voie de l’authenticité, votre entourage et vos proches
ne vous prennent pas au sérieux, vous sous-estiment ou
vous critiquent. Ils se sentent menacés par la vérité, car
elle expose les contradictions de leurs propres vies. Votre
démarche remet en cause la stabilité d’un système existant
et, consciemment ou inconsciemment, les autres essayeront
de rétablir le statu quo.
Partagé(e) entre les ombres du passé et la peur de l’avenir,
vous essayez de vous accrocher à de fausses certitudes. Vous
risquez de fuir l’appel du vide en vous rabattant sur vos
anciens mécanismes de défense.
Si, face à une porte de sortie qui ouvre sur la
libération, vous n’avez pas assez conance pour
franchir le pas, ce que vous rejetez n’est pas
simplement le changement, mais la vie elle-même.
Votre invitation
Ce chaos mental est aussi un rite de passage pour atteindre
votre plein potentiel. Nombreux sont les grands artistes
et les penseurs qui ont eu à traverser cette épreuve pour
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V -
faire entendre leur voix et inuencer le monde. Carl Jung a
développé sa théorie de l’individuation à partir de sa pénible
expériencepersonnelle.Filsd’unpasteurdel’Égliseréformée
suisse, il a découvert très tôt qu’il ne pouvait pas adhérer à
la foi protestante orthodoxe qui avait guidé son éducation.
Il a dû tracer son propre chemin. Il s’est retrouvé dans une
situation semblable quand, plus tard, il a été en désaccord
avecsonmentoretamidelonguedate,SigmundFreud.Étant
donné la prédominance de Freud dans les années 1920, la
démarchedeJungarequisunetrèsgrandeforcedecaractère.
Dans Le Héros aux mille et un visages, un ouvrage déter-
minant, Joseph Campbell soutient que les grands mythes de
la culture mondiale ont tous un schéma narratif semblable,
archétypal, qui se résume à ce qu’il nomme le «voyage
du héros» 7 . Tous les héros, dans leur quête, commencent
par quitter le monde qui leur est familier; puis, après un
tournant majeur dans leur histoire, ils se retrouvent seuls.
D’abord exclus ou rejetés, ils libèrent le monde de ses maux
collectifs, de sa torpeur ou de son aveuglement grâce à leur
esprit de rébellion et d’indépendance. C’est ce que souligne
Hermann Hesse lorsqu’il explique: «Mon histoire n’est pas
plaisante, contrairement aux histoires inventées, elle n’est ni
douce ni harmonieuse; elle a des relents de déraison et de
stupéfaction, de folie et de rêve, comme la vie de tous ceux
qui ne veulent plus se mentir à eux-mêmes.» 8
Le chaos fait partie de votre progression vers la maturité.
Quand vous êtes anxieux(se) ou déprimé(e), n’en tirez pas
la conclusion que vous êtes souffrant(e). Vous êtes peut-être
juste sur le point de vous réveiller.
Danslatourmente,lecourageaunesignicationdifférente
pour chacun. Quelque chose qui sera simple pour l’un peut
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L’, -
demander plus de force à l’autre. Vous n’aimez peut-être pas
ce qui est en train de se produire, ou cela vous met mal à
l’aise, mais vous pouvez faire l’effort de rester ouvert(e) au
processus et le laisser suivre son cours. Le succès appartient
à celles et ceux qui sont capables de surfer sans perdre l’équi-
libre sur l’inévitable vague d’inconfort qui accompagne tout
changement. Aussi tentante que soit la fuite, il est préférable
de ne pas refréner vos nombreuses émotions, et au contraire
d’apprendre à en faire vos alliées, même quand il s’agit du
chagrin, de la déception ou de la colère. Ce ne sont pas vos
ennemis, ce sont les messagers de votre psyché. Quand vous
restez immobile mais ouvert(e), la vie vous parle.
Il faut aussi savoir faire preuve de patience et de com-
passion à votre égard plutôt que de vous reprocher ce qui
vous arrive ou qui vous est arrivé par le passé. Une part de
vous-même aurait sans doute souhaité que vous réagissiez
plus tôt, seulement comme tous les éléments de la nature,
votre vie suit des cycles et des saisons. Tout ce que vous avez
accompli jusqu’à présent est une exploration précieuse qui
permet d’établir les fondations de votre réussite. Vous ne
pouviez pas savoir avant de savoir, vous n’auriez pas pu faire
le grand saut avant d’être prêt(e). Vous avez fait exactement
«le bon choix» jusqu’ici.
Envis agez votre tr ansformation comme un glissement de
votre centre de gravité – un passage de l’action à l’état, du
matér iel au spir i tuel. Vous progr essez d’une v ie anodine
vers votre for teresse intérieure. En prenant conscience de
la fausseté du monde, vous devenez un(e) penseur(se) dont
l’approche unique aide à résoudre les paradoxes de l’Univers.
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V -
Ce conflit productif vous appor te un sens renouvelé d’indé-
pendance et d’intégrité. Être ancré(e) dans votre vérité vous
donne aussi la liber té de manifester vos dons et votre talent à
travers des mots, des créations ar tistiques, des projets per-
sonnels ou des actions sociales por teurs de sens. Vivre de
façon authentique n’a rien de narcissique, bien au contraire.
Il faut beaucoup d’humilité pour montrer sa vraie nature.
C’est un acte plein de noblesse que de renoncer à alimen-
ter son besoin d’être apprécié(e) et de choisir plutôt de faire
figure d’exemple pour d’autres personnes hypersensibles et
intenses. Votre démarche courageuse permet à d’autres d’en
faire autant, ce qui fait de votre transformation un processus
transpersonnel et constructif.
Au lieu de vous laisser influencer par celles et ceux qui sont
géographiquement proches de vous, vous aurez sans doute
besoin de trouver des âmes sœurs en vous plongeant dans la
lecture d’essais et de biographies pour en découvrir davan-
tage sur ces personnes du passé et du présent qui par tagent
votre vision spirituelle. Vous éprouverez peut-être aussi le
besoin d’écrire, de tenir un journal ou de vous adonner à la
création ar tistique qu’elle soit musicale ou autre. Avec le
temps, vous apprendrez à vous consoler, vous rassurer, vous
réconforter et vous développer. Même s’il n’y a pas dans votre
entourage immédiat quelqu’un qui soit exactement comme
vous, vous pouvez être votre propre allié(e).
Je souhaite terminer cette section en vous invitant à consi-
dérer votre crise émotionnelle sous un jour différent et à
apprendre à respecter votre noirceur existentielle. Même
si c’est une aventure précaire, elle mérite d’être vécue. Le
moment où vous doutez est un tournant critique de votre
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L’, -
développement: vous pouvez soit vous donner l’opportunité
de vous réapproprier votre identité de personne hypersen-
sible et intense, soit continuer à vivre dans le mensonge.
Si vous tenez bon et que vous poursuivez votre chemin,
vous pénétrerez dans les profondeurs de votre psyché pour
retisser le lien avec ce qui constitue réellement le cœur de
votre identité. Le véritable sentiment d’appartenance ne se
trouve pas en reniant des aspects de votre personnalité. En
les acceptant tous, y compris la colère, la tristesse, la créa-
tivité et la vitalité que vous avez rejetées par le passé, vous
deviendrez un être humain plus complet. Après le chaos,
vous découvrirez un nouveau degré d’intimité avec la vie,
vous-même et les autres.
Exercice de réf lexion: éloges funèbres
«Memento mori» est une expression latine qui signie
«Souviens-toi que tu vas mourir». C’est aussi une démarche
destinée à nous faire rééchir à notre propre mortalité et
à la fragilité et la brièveté de la vie humaine. Cela peut, à
première vue, paraître paradoxal, mais pour les penseurs,
les philosophes et les artistes de tous horizons et de toutes
les périodes de l’Histoire, méditer sur la mort est un antidote
infaillible contre de nombreuses souffrances humaines, y
compris la peur de mourir.
Garder à l’esprit que notre passage sur terre est limité
dans le temps nous aide à vivre dans le moment présent, à
nous focaliser sur les valeurs les plus importantes et à ne
pas être obsédé(e)s par des choses nalement très futiles et
éphémères par nature. Les philosophes stoïciens recouraient
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V -
à la méditation sur la mort pour stimuler chez leurs adeptes
le courage, l’humilité, la modération et bien d’autres vertus.
L’exercice suivant vous invite à envisager votre propre mor-
talité, pour vous aider à vous focaliser sur votre possession
la plus importante: le don de la vie.
Prévoyez une heure pour cet exercice. Trouvez un endroit
calme,oùl’onnerisquepasdevousinterrompre.Commencez
en fermant les yeux et en respirant profondément.
Imaginez que vous êtes arrivé(e) à la n de votre vie. Pour
une raison inexplicable, vous êtes en mesure d’assister à vos
propres funérailles. Essayez de les visualiser. Où auront-elles
lieu?Àl’intérieurouenpleinair?Quiseralà?Représentez-
vous les visages et leurs expressions. Vous pouvez imaginer
autant de gens que vous le souhaitez. Il n’y a pas de limite.
Maintenant, imaginez qu’un de vos proches se lève pour
partager les souvenirs qu’il a de vous. Il parlera de qui vous
étiez, de vos valeurs, de la façon dont vous avez vécu, de
ce qui caractérisait votre existence; il expliquera comment
les gens se sentaient en votre présence, et ce que vous avez
apporté au monde.
Pour la première partie de l’exercice, rédigez votre éloge
funèbre comme si vous deviez mourir aujourd’hui. Pensez
aux personnes que vous avez rencontrées et à ce qu’elles
diraient de vous. Prenez le temps de rendre hommage à ce
que vous avez réalisé jusqu’ici, mais pensez aussi aux espoirs
et aux rêves que vous n’auriez pas le temps d’accomplir si
vous mouriez maintenant. Soyez aussi honnête que possible,
même si la vérité est parfois douloureuse.
Ensuite, imaginez que les années ont passé et que vous
mourez alors que vous êtes une personne âgée. Cette fois,
rédigez votre éloge funèbre idéal. Pensez à ce que vous
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L’, -
laissez derrière vous, à ce que vous avez apporté au monde,
aux vies que vous avez touchées et à toutes les choses que
vous avez accomplies. Que signie avoir bien vécu? Quel
souvenir laisserez-vous aux autres? Pouvez-vous résumer
tout cela en quelques phrases?
Dans la mesure du possible, rééchissez au-delà de vos
accomplissementsetfocalisez-vousdavantagesurlesqualités
et les valeurs dont vous souhaitez avoir fait preuve.
Maintenant, relisez ce que vous avez écrit.
• Y a-t-il des éléments qui vous surprennent?
• Qu’est-ce que cette démarche révèle sur votre univers
intérieur et extérieur?
• Que savez-vous de vos valeurs et de vos qualités?
• Dans quelle mesure le résultat de cet exercice pourrait-il
inuencer votre vie aujourd’hui?
• Avec le recul, y a-t-il des inquiétudes ou des préoccu-
pations de votre quotidien auxquelles vous choisiriez de
renoncer?
Pournir,mettezvosélogesfunèbresdecôté.Rééchissez
aux questions suivantes et répondez-y dans votre journal
intime:
• Comment puis-je me décrire quand je suis dans l’état le
plus innocent, le plus spontané, le plus enjoué et le plus
en conance?
• Dans quelle mesure ma naïveté m’a-t-elle fait souffrir
dans le passé?
• Àquelstadedemavieai-jecommencéàm’abriterderrière
une façade?
• Pour moi, que veut dire «se sentir en sécurité»?
• Pour moi, qu’est-ce que le pouvoir?
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V -
• Dans quelle mesure les normes sociales et mon milieu
culturel ont-ils affecté ma vie?
• Quelles règles dirigeant inconsciemment ma vie ai-je
intériorisées?
• De quelles contraintes sociétales ai-je réussi à me libérer
et y a-t-il eu un prix à payer?
• Est-ce qu’en ce moment même mon âme essaye d’inuer
sur ma conscience? Y a-t-il un signal d’alarme que je
fais semblant de ne pas entendre?
• Quels sont les dons qui me caractérisent?
• Que se passerait-il de pire si je partageais soudain ces
dons avec le reste du monde?
• Si je suis parfaitement honnête avec moi-même, à quelles
relations vais-je devoir mettre un terme?
• À ce stade de ma vie, qu’est-ce qui m’attriste? Quelles
sont les choses qui méritent que je me réjouisse?
• Quelles sont les valeurs qui comptent le plus pour moi?
Qu’est-ce qui reste inchangé quelles que soient les cir-
constances extérieures?
• De quelles idées ou façons de penser dépassées suis-je
prêt(e) à me débarrasser?
• Quelles nouvelles convictions ou valeurs peuvent désor-
mais guider mes choix?
• S’il ne me restait que dix ans/cinq ans/un an à vivre,
qu’est-ce que je changerais?
Devriez-vous contrôler vos émotions?
Être hypersensible et émotionnellement intense ne signie
pas être instable, mais si vous n’avez pas encore appris à
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L’, -
réguler les émotions complexes qui vous assaillent constam-
ment, chaque jour, elles risquent de vous submerger. Des
pensées obsessionnelles, des crises de panique, un sentiment
de honte ou une peur de l’abandon irrépressibles risquent, à
tout moment, de vous rendre une visite surprise. Parfois, vous
vous réveillez le matin en présence de l’un de ces visiteurs
inopportuns sans vraiment savoir pourquoi.
Vous avez longtemps pensé que votre rôle était de contrô-
ler ou de maîtriser vos émotions. Vous avez sans doute
essayé toutes sortes de stratégies pour dissiper votre colère,
d’activités pour calmer votre anxiété, ou de stimulants pour
soulager votre tendance dépressive. Mais cela a eu pour
conséquence de vous laisser engourdi(e), en proie à la dis-
sociation, ou à l’inverse en lutte constante avec votre esprit.
Quand vous passez d’un extrême à l’autre, il vous reste peu
de moments de paix.
Dans cette section, nous évoquerons ce que vous pouvez
faire si votre paysage émotionnel est complexe et tumultueux.
Vous vous rendrez compte que, bien qu’il soit difcile de
contrôler les pensées, les émotions et les sensations qui
émergent, vous pouvez choisir la relation que vous entretenez
avec elles et la façon dont vous les gérez. En développant une
relation saine avec vos émotions, vous pouvez vous laisser
porter par la vague, avec calme et passion, sans avoir à vous
étourdir et en évitant le chaos.
«Tout va bien?»
Le monde moderne entretient une culture du positivisme
–tout doit toujours aller bien. Dès notre plus jeune âge, nos
parents nous demandent de nous taire et d’arrêter de pleurer;
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V -
on nous pousse à avoir honte d’exprimer notre colère ou
notre tristesse en public. Autour de nous, les magazines et les
ouvrages de développement personnel regorgent de conseils
pour «contrôler sa colère» ou «se libérer de la tristesse».
Partout où nous allons, le message semble être que cer-
taines émotions sont des failles dont nous devons nous débar-
rasser ou qui doivent nous passer en grandissant.
Au sein des systèmes de soins, le concept de santé men-
tale se résume à identier des personnes souffrant d’une
«maladie» et à leur prescrire divers produits chimiques pour
étouffer leurs émotions. Certains thérapeutes encouragent
leurs patients à classer leurs émotions en deux catégories:
rationnelles et irrationnelles, puis à tenter de les contrôler.
Ce qui ne fait qu’empirer la situation, c’est quand on nous
dit de bannir certaines émotions mais que nous n’y arrivons
pas, car cela nous entraîne dans un cycle de culpabilisation
et de désarroi. Et c’est ainsi que nous nous retrouvons en
conit avec nous-mêmes.
Des études récentes tendent à prouver que l’approche
du type « Allez, tout va bien ! » ne fait qu’accentuer un
problème. Les psychologues et les thérapeutes se sont rendu
compte que la souffrance ne vient pas de l’expérience que
nous faisons de la douleur émotionnelle, mais de nos ten-
tatives pour l’éviter. Il s’avère qu’au lieu d’essayer de faire
disparaître les sensations déplaisantes, si l’on apprend à vivre
avec, de préférence de bonne grâce, on peut atteindre le
bien-être physique et psychologique 9 . Cette approche a donné
naissance à ce que l’on appelle la « troisième vague » de
thérapies cognitives et comportementales, comme la thérapie
d’acceptation et d’engagement, la thérapie comportementale
dialectique ou la thérapie fondée sur la pleine conscience
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L’, -
pour la réduction du stress. La pleine conscience, l’accepta-
tion et la compassion ont été introduites dans ces modèles.
L’objectif thérapeutique n’est pas de fuir les pensées et les
sensations déplaisantes, mais d’apprendre à les accepter sans
jugement et de façon positive.
Si les stratégies que vous avez adoptées jusqu’ici n’ont pas
fonctionné, il est temps de passer à une approche différente.
Pour celles et ceux qui disposent d’un univers émotionnel
riche et tumultueux, les conseils conventionnels du type
«ignorer et supprimer» sont rarement sufsants. Comme
vous en avez sans doute désormais pris conscience, quand il
est question de vos émotions, malgré tous vos efforts, il est
impossible de nager à contre-courant. Apprendre à accepter
et à apprivoiser le ot de vos émotions est bien plus productif
que de les combattre en permanence.
Comment vous comporter avec
vosémotions
Quand on est confronté à des émotions complexes, la réac-
tion immédiate est soit de les fuir (répression, suppression,
détachement, évitement), soit de les analyser à l’excès et de
se retrouver en conit permanent avec elles. Aucune de ces
solutions n’est viable à long terme, car le véritable bien-être
ne s’obtient que lorsque l’on réussit à maintenir l’équilibre du
paradoxe entre l’engagement et le détachement, sans recourir
aux extrêmes. Selon cette approche nouvelle, la tâche ne
consiste pas à éliminer ses émotions; il s’agit plutôt de leur
donner sufsamment d’espace pour que le processus physio-
psychologique naturel puisse se dérouler avec un minimum
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V -
d’interruption. Vous constaterez sans doute alors que vos
émotions sont plus faciles à calmer quand vous vous sentez
totalement dépassé(e).
Rappelez-vous que vous n’êtes pas vos émotions
Pour commencer, gardez à l’esprit que vous ne vous résu-
mez pas à vos humeurs (ce qu’on appelle la perception
«gure-fond»). Cela vous aidera à ne pas les laisser vous
engloutir. La façon dont nous expr imons nos émotions
n’est pas toujours très favorable. Quand nous disons: «Je
suis en colère» ou: «Je suis triste», c’est comme si nous
fusionnions avec cette émotion, pour ne faire plus qu’un.
Or vous n’êtes pas vos émotions, vous êtes la personne qui
les détecte, les remarque, les observe et les constate. Ce
que vous ressentez vous paraît réel mais ne l’est pas. Vos
émotions ne vous dénissent pas, ne vous contraignent
pas et ne vous limitent pas. Elles passent à travers vous
et vous n’êtes pas «à l’intérieur». La personne que vous
êtes est bien plus vaste qu’une pensée, un sentiment ou une
sensation que vous éprouvez à un moment donné. Pour
comprendre vos émotions, vous n’avez pas à vous identier
à elles ou à les laisser vous submerger; il vous faut plutôt
les regarder comme une série à la télévision. Pour établir
une distance plus saine avec vos émotions, commencez
par changer la façon dont vous parlez de vous-même en
utilisant des expressions telles que:
• «Je remarque un sentiment de colère.»
• «Je sens la peur m’envahir.»
• «Jemerendscomptequejesuistraversé(e)parlatristesse.»
89
L ’, -
• «J’identie une sensation d’anxiété à ce moment précis.»
• «Je suis conscient(e) que, juste maintenant, la honte pro-
voque en moi une sensation angoissante.»
Les métaphores suivantes sont aussi particulièrement
utiles pour réajuster la perception gure-fond entre le moi
et les émotions:
• Imaginez que vous êtes le ciel et que vos émotions sont
des nuages qui passent.
• Quand vous êtes dans une gare, vous n’êtes pas obli-
gé(e) de monter dans tous les trains qui passent. Si les
émotions qui se présentent ne vous emmènent pas dans
la direction que vous souhaitez, vous pouvez les laisser
partir sans vous.
• Considérez que vous êtes un vaste océa n et que les
émotions sont des vagues. Même si la surface de l’eau
est très agitée, vous résidez dans le calme du fond de
l’océan.
Ressentez dans votre corps
Apprendre comment les émotions opèrent dans votre corps
vous aidera à rester impliqué(e) sans fusionner avec elles.
Pour ne pas perdre de vue la nature passagère d’une émotion,
il est utile de vous entraîner à remarquer sa uidité. Les émo-
tions ne sont pas des éléments statiques, mais des énergies
uctuantes. Elles ne sont jamais immobiles et prennent sans
cesse de nouvelles formes, créant des sensations et des sons
différents. Quand vous faites état de leur présence en vous,
elles sont déjà en train de se dissiper.
90
V -
Quand vous êtes traversé(e) par une émotion, posez-vous
les questions suivantes:
• Dans quelle partie de mon corps génère-t-elle des sen-
sations? (Ce n’est pas un problème si votre corps vous
semble engourdi. Vous pouvez tout autant vous en pré-
occuper, sans essayer d’y remédier.)
• Est-ce qu’elle se déplace ou est-ce qu’elle s’est logée dans
l’un de mes organes ou de mes muscles?
• A-t-elle créé en moi une sensation de chaleur ou de froid?
• Si elle avait une texture, serait-elle souple ou rigide?
• Si elle était faite d’une matière, serait-elle en plastique,
en bois, en métal?
• Si elle avait une couleur, laquelleserait-ce?
• Est-elle statique ou évolue-t-elle en permanence?
• Est- ce qu’el le d i m i nue ou est- ce qu’el le prend de
l’ampleur?
• Si c’est une émotion douloureuse, comment décrirais-je
cette douleur? Sourde, aiguë, pénétrante? Ressemble-
t-elle à un battement, une pulsation, un élancement, une
décharge électrique?
Prenez du recul
Envisager nos émotions et ce qui les déclenche dans un
contexte plus large peut immédiatement changer la relation
que nous entretenons avec elles. Quand des événements
déplaisants se produisent pour la première fois, ils nous
paraissent toujours particulièrement signicatifs, mais si
nous prenons du recul et nous positionnons en observa-
teurs(trices), nous prenons conscience de la brièveté et de la
91
L’, -
futilité de nos préoccupations. Comme le dit le philosophe
stoïcien Marc Aurèle: «Tout ce que vous voyez change d’un
instant à l’autre et aura bientôt disparu. N’oubliez jamais
combien de ces changements vous avez déjà constatés »
(Méditations, 4.3.4).
Quandvouséprouvezuneémotiondouloureuse,changezde
perspectivespatialeettemporelle.Visualisezvotreexistencesur
unelonguelignedetempsetprenezconscience,en comparaison,
du caractère passager du moment présent. Imaginez que vous
ottez au-dessus des nuages et voyez comme vous semblez
petit(e) par rapport au reste du monde et à l’Univers.
Vous pouvez toujours renforcer le message mentalement
en vous répétant les choses suivantes:
• «Une sensation passagère ne dénit pas qui je suis, je
suis davantage que cela.»
• «Peuimportel’ampleurdumalaise,delacolère,delapeur
oudel’angoissequejeressens en cemoment,celavapasser.»
• « Malgré ce qui se produit en moi, le monde continue
de tourner.»
• «Je ne suis pas la seule personne qui ressente ce que je
ressens. Quelque part dans le monde, quelqu’un d’autre
éprouve exactement la même chose.»
• « Dans dix ans, quand je rééchirai à ce qui se passe
aujourd’hui, qu’éprouverai-je?»
Parlez à vos émotions
Elles ne sont pas vos ennemies, elles vous transmettent des
messages venus des profondeurs de votre esprit. Leur rôle est
de vous communiquer quelque chose que vous devez savoir
92
V -
ou de générer une décision que vous devez prendre. Par
exemple, la colère vous indique que vos limites personnelles
ont été franchies. L’anxiété vous rappelle ce qui est important
à vos yeux et vous incite à agir en conséquence. La tristesse
vous aide à quitter votre armure et à écouter votre cœur.
Ces messages ne sont peut-être pas les bienvenus, mais cela
ne vous empêche pas de les respecter. Comme dans toutes
tentatives de résolution de conit, vous pouvez vous asseoir
et négocier paciquement avec vos émotions. Quand l’une
d’elles se manifeste, ralentissez votre respiration et engagez
la conversation avec elle.
Imaginezquevotreémotionestunepersonne.S’agit-ild’un
jeunegarçon,d’unejeunelle,d’unhomme,d’unefemmeou
d’unêtreandrogynequirefused’êtreréduitàungenreunique?
Formez une image mentale de ce à quoi cette personne res-
semble. Quels vêtements porte-t-elle? Quelle est l’expression
desonvisage?Abordez-laavecpatience,curiositéettolérance,
et avec l’intention «d’être avec elle». Vous voulez savoir son
nom;demandezcalmement:«Quelesttonnom?Est-ceque
tu es Anxiété? Tristesse? Appréhension? Chagrin?»
Vous pouvez aussi poser les questions suivantes:
• «Quelle est la chose que j’ai ignorée et que tu essayes
de me dire?»
• «Est-ce que mes limites personnelles ont été compromises
d’une façon ou d’une autre?»
• «Y a-t-il une situation ou un événement du passé que je
dois revisiter?»
• «Qu’est-ce que tu essayes de me dire et qu’est-ce que je
dois changer à l’avenir?»
• « Y a-t-il un problème non résolu avec l’un de mes
proches?»
93
L ’, -
• «Pourrais-je faire preuve de plus de douceur et de géné-
rosité dans la façon dont je me juge moi-même et dont je
juge les autres?»
• « Que puis-je faire dans l’immédiat pour améliorer la
situation?»
Une fois que vous avez terminé, vous pouvez remercier
vos émotions pour les messages qu’elles vous ont transmis.
Soyez rassuré(e), vous avez les informations dont vous avez
besoin. Vous pouvez retenir la leçon, mais laissez les émo-
tions se dissiper. Puisqu’elles ont rempli leur fonction, elles
peuvent vous quitter sans résistance.
Lâchez les manettes de contrôle
Dans sa forme brute, chaque émotion se manifeste comme
une vague, sans jamais durer longtemps. Les chercheurs en
neurologie avancent que l’expérience physiologique d’une
émotion se dissipe en moins de quatre-vingt-dix secondes
si elle n’est pas nourrie par un contexte que notre esprit a
créé 10 . Plus on essaye de remettre en question une émotion
ou de s’en débarrasser, plus on alimente un scénario qui la
recrée. En fait, on s’inige sans cesse la même émotion, en
réactivant les mêmes déclencheurs.
Quand une émotion douloureuse se manifeste en vous,
la vie vous invite à renoncer à choisir comment les choses
«devraient être», à abandonner l’idée de vous «sentir bien»
et à faire face à la réalité telle qu’elle est. Comparez les réac-
tions à vos émotions à un marécage boueux. Comme dans
les sables mouvants, plus vous vous agitez, plus vous vous
enfoncez. Vos mouvements de panique ne se contenteront
94
V -
pasdevousenliserplusprofondément,ilsagrandirontaussila
circonférence des sables mouvants, ce qui fait qu’il vous sera
encoreplusdifcilederejoindre laterreferme.Pourensortir,
il faut agir lentement, sans brusquerie et avec circonspection.
Cela ne signie pas que vous ne faites rien ou que vous vous
dégagez de toute responsabilité, simplement que vous optez
pour une approche plus mesurée. Si vous avez sufsamment
decouragepourlâcherlevolant,vousaurezl’agréablesurprise
de constater que le calme revient toujours après la tempête.
Acceptez toute la gamme des émotions
Malgré la nature hédoniste de notre société actuelle, faire du
«bonheur» notre objectif principal ne peut conduire qu’à
un cycle permanent d’efforts et de déceptions. Le bonheur
est un état passager, et la vie ne peut pas être totalement
telle que nous le souhaitons. Comme l’enseigne la doctrine
bouddhiste, les choses changent perpétuellement et un certain
degré de souffrance et d’insatisfaction est inévitable.
Votrevieémotionnelleestcomparableàuneuve.Seseaux
vivesetsainess’écoulentnaturellement;ellesseheurtenttour
à tour à la rive gauche et à la rive droite. Si vous les limitez
à une dimension – l’une des deux rives –, le cours d’eau se
retrouve bloqué, déborde et nit par se tarir. Les émotions
agréables et désagréables sont comme tous les autres éléments
delanature:onnepeutpasavoirlesunessanslesautres.Beau
et terriant, long et court, haut et bas, masculin et féminin,
inspirer et expirer… ces contraires se créent, se forment, se
dénissent, se complètent et s’équilibrent mutuellement. Un
modedevieoùl’onnerechercheraitquelalumièreenrejetant
l’ombre n’est pas tenable. Par exemple, si vous souhaitez un
95
L’, -
bonheur constant, la quête incessante du plaisir risque de vous
enfermer dans un schéma de dépendance. Si vous voulez le
calmeàtoutprix,vousrisquezdetrouverlesrelationsamicales
ou amoureuses si chaotiques et si imprévisibles que vous ni-
rez seul(e). Si vous ne recherchez que ce que vous considérez
comme«positif»etrejetezouévitezlereste,vousnirezpar
vous sentir déconnecté(e) et léthargique. Le contraire de la
joie n’est pas la douleur, mais une sensation de vide qui vous
pousse à regarder la vie déler sans y prendre part.
Dans la mesure du possible, essayez d’être moins péremp-
toire et débarrassez-vous de l’habitude de catégoriser les
choses comme «bonnes» ou «mauvaises». En vérité, les
émotions ne sont ni positives ni négatives; chacune a ses
propres caractéristiques, fonctions, messages et solutions.
Prenez l’exemple de la colère; une relation amicale ou amou-
reuse est authentique et revigorée quand on s’autorise les
différences, quand on exprime ses frustrations et que l’on
provoque les conits d’une façon saine et adulte. La colère
n’annule pas l’amour, mais elle peut en faire partie.
La colère et l’amour n’agissent pas l’un contre
l’autre; ils se complètent pour faire un tout.
Au lieu de fuir vos émotions ou de constamment tenter de
déformer la réalité pour qu’elle corresponde à vos souhaits,
il est plus productif d’élargir votre « zone de tolérance »
selon les circonstances. Vous n’apprécierez pas forcément
tous les aspects de cette expérience, mais vous pouvez vous
entraîner à ne pas les rejeter. Quand vous réussirez à adopter
une position médiane même s’il s’agit d’émotions intenses,
vous découvrirez la joie de vous sentir pleinement en vie.
96
V -
L a réponse à la question posée par le titre de ce chapitre
«Devriez-vous contrôler vos émotions?» est paradoxale. Pour
simplifier, plus vous essayez de contrôler vos émotions, plus
vous vous sentez incapable de garder le contrôle. Plus vous
étiquetez et jugez vos émotions, plus elles vous hantent. Ce
dont vous avez honte, ce que vous reniez ou rejetez ne fera
qu’empirer. Paradoxalement, toutefois, quand vous renoncez
au besoin que les choses se déroulent comme vous l’entendez,
vous bénéficiez d’un « contrôle » calme et composé qui ne
dépend pas des circonstances ex térieures. Vous êtes comme
un arbre dont les racines sont profondément ancrées dans la
terre. Le vent risque de vous faire osciller vers la droite ou vers
la gauche, vous vous courberez, mais vous ne casserez pas.
Une fois l’orage passé, vous serez toujours debout.
Tout comme l’eau d’un ruisseau s’écoule naturellement ou
comme un nuage traverse le ciel sans ef for t, si on ne résiste
pas, il n’y a pas de souf france. Quand on ne se bat pas, il n’y
a pas de calamités. Vous pouvez obser ver toutes les mani-
fest ations sans qu’aucune vous définisse. Tout au long de
notre parcours, j’espère que vous par viendrez à renoncer à
l’exigence du bonheur pour trouver la paix et la joie dans la
complexité de votre monde intérieur par ticulièrement riche.
Stratégies pratiques: quand vous êtes
confronté(e) à des facteurs déclencheurs
Vous avez sans doute constaté que certaines situations,
certaines personnes ou certains événements déclenchent
en vous des émotions particulièrement intenses. Vous avez
97
L’, -
l’impression de perdre le contrôle de vos émotions comme de
vos réactions. En surface, vos réactions à ces déclencheurs
peuvent paraître disproportionnées. Quand l’un d’eux se
manifeste, vous avez un nœud dans l’estomac, vous explosez
de colère, vous êtes paralysé(e) par la peur ou atterré(e) par
la honte ; en bref, vous passez en un clin d’œil d’un état
«normal» à un état second très différent, comme si vous
aviez plusieurs personnalités. Vous êtes actif(ve) et impul-
sif(ve) et, d’un instant à l’autre, vous vous retrouvez gé(e),
détaché(e) et replié(e) sur vous-même. Quand vous êtes
d’humeur destructrice, la partie saine et pleine de ressources
de votre personnalité semble avoir disparu; aucune logique
ni aucun raisonnement ne peuvent vous calmer. Ce qui rend
la situation encore plus difcile, c’est que vous n’avez pas
toujours conscience de ce qui provoque ces sautes d’humeur.
Parfois, vous «ne vous sentez pas bien» en vous réveillant
sans même savoir pourquoi. Les déclencheurs sont différents
pour chacun. Vous êtes peut-être particulièrement sensible au
moindre signe de rejet, d’humiliation, de critique, d’abandon,
d’exclusion… la liste est illimitée car elle correspond à votre
expérience personnelle, forcément unique.
Quand vos réactions semblent « illogiques » ou « dis-
proportionnées», le stimulus est presque toujours lié à un
souvenir inconscient. Les déclencheurs sont les clés d’un
tiroir empli de souvenirs gés, tous ceux qui sont désa -
gréables ou perturbants. Ils peuvent être visuels ou auditifs,
corporels ou sensoriels. Vous revoyez par exemple une image
très réaliste de votre chambre d’enfant, ou la scène d’une
dispute entre vos parents. Ou encore vous entendez la voix
d’un critique intérieur qui vous juge sévèrement, ou bien
vous êtes envahi(e) par des pensées du type: « Je ne suis
98
V -
qu’un(e) bon(ne) à rien» ou: «Je suis en danger.» Vous
ressentez sans doute aussi un malaise physique, comme un
nœud dans l’estomac, la nausée ou la poitrine dans un étau.
Sans arriver vraiment à la décrire, vous éprouvez la sensa-
tion que «le monde n’est pas un lieu sûr» ou que «vous
ne pouvez faire conance à personne». Une fois la porte
ouverte, vous entendez et ressentez toutes ces choses aussi
clairement et aussi intensément que si vous étiez encore
un(e) enfant vulnérable.
Comme beaucoup de personnes, vous avez honte de vous
et vous vous reprochez sans doute de réagir d’une façon si
extrême, surtout si vos émotions prennent une forme mal
perçue par la société, comme la jalousie ou la colère. Quelque
chose au fond de vous vous a convaincu(e) que si vous vous
surveillez de près, vous réussirez à mieux contrôler vos
émotions. Le résultat est ce que les bouddhistes décrivent
comme la «seconde èche». La première èche est l’émo-
tion que vous ressentez et la deuxième le jugement que vous
portez sur elle, la façon dont vous la condamnez ou essayez
de lui résister. Comme vous ajoutez ainsi à la douleur de
la première blessure, vous risquez de vous laisser entraîner
dans un cycle négatif de déprime, d’anxiété ou de honte.
Vous condamner vous-même ne peut que produire exac-
tement l’opposé de l’épanouissement. De nombreuses études
ont établi que l’autocritique amenuise la résistance et vous
éloigne encore davantage de l’individu que vous souhaitez
être.Sivotrecritiqueintérieurvouspousseàvoussentirinapte
et anxieux(se), vous céderez davantage à l’autosabotage, vous
serez paralysé(e) par l’inaction ou risquez de déverser votre
colère sur les autres. Par contraste, plus de compassion envers
vous-même vous aidera à être plus résilient(e), à atteindre vos
99
L’, -
objectifs,àentretenirdebonnesrelationsavecvotreentourage
et à être plus productif(ve) au travail. Si vous êtes capable
de faire preuve de compassion à l’égard de vous-même et
de vos émotions, vous ressentirez moins le besoin de vous
comparer aux autres ou de chercher leur approbation 11 ; vous
trouverez ainsi votre boussole intérieure et pourrez agir en
accord avec vos valeurs. Avec un peu d’entraînement, vous
pouvez reconditionner votre cerveau an qu’il ne réponde
plus aux déclencheurs et sache au contraire les accepter et
les traiter avec douceur. Même si certains événements de
votre vie continuent à susciter des réactions intenses en vous,
vos ressources intérieures vous aideront à rester solidement
ancré(e) jusqu’à ce que la tempête soit passée.
Quand vous êtes agressé(e) par un déclencheur, la pre-
mière étape consiste à garder votre calme, an de ne pas
laisser une émotion unique vous consumer, ou de ne pas
recourir à des réactions automatiques que vous risquez de
regretter plus tard. Les stratégies suivantes vous permettront
d’instaurer une distance entre le stimulus et votre réponse,
et d’apprendre à vous traiter plus gentiment pour renforcer
votre résilience.
Faites une pause avant de réagir
Quand vous sentez une émotion forte monter en vous, ralen-
tissez, respirez profondément dix fois de suite et, si c’est
possible, isolez-vous dans un endroit calme comme votre
chambre ou la salle de bains. Du mieux que vous pouvez,
essayez de consacrer quelques minutes à cet exercice avant
de communiquer à nouveau avec le monde extérieur.
100
V -
Commencez par vous poser les questions suivantes:
• «Qui en moi est en train de souffrir?»
• «Quel âge ai-je l’impression d’avoir à cet instant précis?»
• «Quel est le besoin qui n’a pas été assouvi?»
Quand vous réagissez de façon « excessive », ce n’est
pas votre personnalité adulte qui se conduit mal, mais un(e)
enfant qui souffre. C’est pourquoi, dans la mesure du pos-
sible, vous devez faire preuve de douceur et de tendresse
envers vous-même, comme si vous vous adressiez à une jeune
personne blessée. Essayez de ne pas ajouter la « seconde
èche» du jugement à votre première blessure. Rappelez-
vous que ce que vous éprouvez est humain et que sans doute
quelqu’un d’autre, quelque part, est en train de ressentir
exactement la même chose que vous.
Prenez un instant pour identier votre émotion. Vous
n’avez rien demandé, mais elle est là. Au lieu de résister,
donnez-lui un nom et accueillez-la comme si elle était votre
invitée. Vous pouvez par exemple remarquer calmement dans
votre esprit que «la colère est là» ou que «ce sentiment
familier de honte se réveille». Ne vous imposez pas d’aimer
ou «d’accepter» ce que vous ressentez. Vous pouvez même
vous dire: «Je n’aime pas ça, je n’ai rien demandé, mais
je peux le gérer pendant un certain temps.» N’oubliez pas
que l’objectif n’est pas de faire disparaître vos émotions, il
s’agit plutôt de garder les idées claires durant la tempête.
Maintenant, essayez de localiser l’émotion dans votre
corps : où sentez-vous une tension ? Dans les épaules ?
Avez-vous un nœud à l’estomac ou une boule dans la gorge?
Inspirez et tentez d’identier cette sensation plus en détail.
Est-elle légère ou très marquée? Statique ou changeante?
101
L ’, -
Lancinant e? Se manifeste-t-elle sous la forme d’un élan-
cement, d’un battement?
Imaginez ensuite que vous tenez chacune de vos émo-
tions dans vos mains. Vous n’êtes pas la peur, la colère, la
panique ou la jalousie que vous tenez, mais la personne qui
les regarde. Ces émotions ne prennent pas le contrôle de
qui vous êtes.
De la compassion envers vous-même
Ma intena nt, respi rez profondément penda nt quelques
secondes, puis repensez à une occasion où vous vous êtes
senti(e) soutenu(e), aimé(e) et calmé(e) par quelqu’un d’autre.
Il peut s’agir d’un psychothérapeute, ou même d’un être
spir ituel, d’un personnage imaginaire, d’une personne
décédée, ou encore d’un animal familier. Dans un moment
difcile, l’un d’eux peut simplement vous avoir rassuré(e)
de sa présence, tapoté l’épaule ou pris(e) dans ses bras.
Imaginez qu’il conrme le bien-fondé de vos émotions en
disant: «Bien sûr que tu peux être triste», «Tu as le droit
d’être en colère » ou : « Je suis désolé(e) de ne pas avoir
été là pour toi plus tôt. » Imaginez que vous voyez avec
ses yeux et essayez d’intérioriser l’amour, l’acceptation et
la compassion qu’il a pour vous. Pensez qu’il vous écoute
avec empathie et vous comprend.
Transférez alors ces sentiments de tendresse et de chaleur
dans vos mains, pour les emplir d’une énergie guérisseuse.
Lentement et délicatement, placez vos paumes sur vos joues
pendant quelques instants. Portez votre attention sur la tem-
pérature et la texture de vos mains, et laissez cette sensation
102
V -
s’installer. Visualisez un ot de chaleur et de compassion
jaillissant de vos mains pour gagner votre corps en pénétrant
graduellement dans votre visage et votre tête.
Caressez-vous doucement le front et le nez, puis laissez
vos mains glisser vers votre cou et vos épaules. Si vous sentez
une résistance ou une tension, faites une pause et gardez vos
mains en place quelques instants. Votre tension se dissipera
peut-être, mais n’insistez pas si ce n’est pas le cas.
Consacrez autant de temps que vous le souhaitez à cet
exercice. Quand vous êtes prêt(e), posez simplement les
mains sur votre ventre. Continuez à respirer lentement et
profondément, en laissant cette sensation de bien-être se
répandre dans le reste de votre corps.
Même si vous ne pouvez pas remonter dans le temps pour
changer l’événement qui a déclenché une émotion forte, vous
pouvez altérer l’association physiologique de vos souvenirs.
En apprenant à maîtriser la neuroplasticité, vous pourrez
panser progressivement certaines de vos blessures les plus
profondes et vous soulager des changements émotionnels
qui accompagnent ces déclencheurs.
Vous pouvez faire cet exercice aussi souvent que vous le
souhaitez, jusqu’à ce que la compassion devienne une réac-
tion par défaut à chaque fois qu’une émotion déstabilisante
se manifeste.
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