L'hypersensibilité, un super-pouvoir !
Chapitre 3 : Ne pas être en phase avec le monde
Chapitre 3
Ne pas être en phase
avec le monde
Être hypersensible et intense reète de nombreuses qualités:
intelligence, intuition, talent et créativité en particulier.
Pourtant, être la personne qui ressent les choses au milieu
d’un groupe «insensible», se faire le ou la porte-parole de
la vérité quand les autres se taisent, ou penser sérieusement à
des problèmes que votre entourage ignore, cela vous éloigne
de tout le monde. Vous êtes anticonformiste, mystique ou
visionnaire, et ces rôles ne sont pas faciles à assumer en
société.
Il y a quelque chose de primitif dans la nature humaine
qui nous incite à rejeter ce qui est différent. Bien que, dans
l’ensemble, notre monde ait fait de nets progrès pour tenter de
réduire les différences de classe, de genre et d’appartenance
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ethnique, le grand public n’est pas encore prêt à reconnaître
et à respecter les caractéristiques neurodivergentes telles que
l’hypersensibilité et l’intensité émotionnelle.
Notre société considère encore trop souvent
la différence comme une pathologie.
Être confronté à une personne différente remet en ques-
tion un système de croyances et déroute beaucoup de gens.
Les plus tolérants sont plus à même d’accepter la diversité 1 .
Les plus sensibles, qui ont beaucoup d’imagination et ont
conscience de leurs sentiments, acceptent généralement
l’idée qu’il n’est pas indispensable de penser, de ressentir
les choses ou d’agir uniformément, et apprécient souvent
la perspective et l’énergie particulières qu’une personne
hypersensible apporte à un groupe. Nous ne pouvons cepen-
dant pas toujours contrôler notre entourage. Certain(e)s
d’entre nous sont né(e)s dans des familles autoritaires ou
intolérantes, fréquentent des écoles aux normes rigides ou
travaillent dans un environnement toxique.
Malheureusement, quand les gens cherchent un bouc
émissaire, ils se rabattent souvent sur la personne la plus
sensible et la plus «excentrique». On considère un enfant
intellectuellement intense qui laisse échapper les réponses en
classe sans lever la main comme un élément perturbateur;
on pense que son incapacité à concentrer son attention sur
des sujets basiques est un manque de respect. Quand il
s’agit d’un adulte, on le prend souvent à tort pour quelqu’un
de farfelu, d’arrogant, pour un reclus, voire pour un sujet
cliniquement «schizoïde » à cause de ses préoccupations
intellectuelles ou de son penchant pour la solitude.
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La psychiatrie moderne envisage elle aussi l’hyper-
sensibilité avec intensité de façon assez rigide. Pour clas-
sier et diagnostiquer leurs patients, les cliniciens et les
thérapeutes s’appuient sur des manuels normalisateurs et des
protocoles inexibles. Vos émotions intenses peuvent ainsi
être interprétées comme une manifestation d’un trouble de
la personnalité limite, votre niveau d’énergie élevé comme
un symptôme de TDAH, vos phases d’obsession créative
comme un trouble bipolaire, votre perfectionnisme comme
un ensemble de troubles obsessionnels compulsifs, et votre
dépression existentielle comme une dépression clinique.
Bien sûr, les personnes hypersensibles et intenses ne sont
pas à l’abri de problèmes médicaux, mais les caractéristiques
naturelles de leur intensité peuvent apparaître comme patho-
logiques même quand ce n’est pas le cas.
Vousessayezpeut-êtredepuistoujoursdevousfaireaccep-
ter, sans succès. À l’école, vous espériez sans doute faire
partiedesélèvespopulaires,toutenayantdumalàsupporter
labanalitédeleursconversationsetlemanquedeprofondeur
decespseudo-amitiés.Ilvousestdifciledetrouverdesgens
quisoientsurlamêmelongueurd’ondequevous,etvousavez
peut-êtredumalàvousfairedesami(e)saveclesquel(le)svous
pouvez vous exprimer librement et spontanément, sans être
accusé(e) d’êtreexcessif(ve), trop rapide ou trop complexe.
Au travail, vos collègues peuvent se sentir menacé(e)s par
votre honnêteté; vous devez soit apprendre à vous taire, soit
«ménagervoschefs».Vousêtespeut-être«labrebisgaleuse»
d’une famille qui accepte mal vos choix de vie. Après avoir
faitl’objetdediagnosticserronéspendantdesannéesetavoir
étéincompris(e)mêmeparvos proches,vousavezsans doute
du mal à assumer vos dons naturels.
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Lesparagraphessuivantsrésumentlesprincipalesdifcultés
que rencontrent les personnes exceptionnellement sensibles et
intenses.Avantdepoursuivre,ilestessentielquevouscompre-
niezlachosesuivante:bienqu’ilvoussoitdouloureuxdevous
sentir à l’écart, ce n’est pas à cause d’erreurs que vous avez
commises ni parce que vous avez un problème fondamental.
Mêmesivoussouhaitezplusquetoutvousfaireaccepter,cela
neméritepasdesacriervosvaleursetvotreintégrité.Sivous
avez intériorisé de la honte, elle n’est pas justiée. L’un des
objectifs de ce processus est de retrouver votre dignité pour
ne plus être ralenti(e) par le jugement et les projections de vos
parents, de vos frères et sœurs ou de la société.
Les écueils auxquels vous vous heurtez
Les différences de tempérament sont un facteur déterminant
pourlaqualitédelaviefamiliale.Selonlacompatibilitéentre
celui des enfants et celui des parents, tous devront faire plus
ou moins d’efforts pour réussir à s’entendre 2 . Les difcultés
surviennent quand un enfant hypersensible et intense naît
dans une famille où les parents, les frères et les sœurs ont un
fonctionnementdifférent.Imaginezunenfantactif,exubérantet
émotifdansunefamilledonttouslesautresmembresréagissent
lentement ou préfèrent éviter les conits, ou encore un enfant
sensible dans une maisonnée extravertie et «endurcie»…
Quand les chiens font des chats
Dans Les Enfants exceptionnels : la famille à l’épreuve
de la différence, Andrew Solomon évoque les différences
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entre l’identité verticale (héritée, transmise de génération
en génération) et l’identité horizontale (celle que l’on se
forge individuellement) 3 . La plupart des enfants partagent
au moins quelques caractéristiques avec leurs parents, telles
la taille, la morphologie, ou la langue. Ces attributs et ces
valeurs passent des parents aux enfants, au l des géné-
rations, par le biais de l’ADN ou des normes culturelles,
et constituent l’identité verticale. À l’inverse, les traits
qui diffèrent de ceux de nos parents constituent l’identité
horizontale. Celle-ci peut inclure une orientation sexuelle,
un handicap physique, une forme d’autisme, le fait d’être
hypersensible, intense ou surdoué(e) intellectuellement
ou empathiquement. Malheureusement, si les identités
verticales sont généralement respectées, en revanche les
identités horizontales sont considérées comme des défauts.
Les attitudes non conventionnelles sont souvent assimilées
à des «maladies» qui doivent être soignées.
Il est difcile pour des parents d’avoir des enfants dont
le comportement ou les besoins leur sont étrangers. «La
parenté nous catapulte abruptement dans une relation avec
un étranger», écrit Solomon en évoquant la dynamique des
familles qu’il observe 4 . Chaque enfant attend de la personne
qui s’occupe de lui qu’elle soit à l’écoute de ses besoins,
émotionnellement disponible et réceptive. C’est un élément
essentiel pour son développement, qui détermine sa future
intelligence émotionnelle et sa capacité d’autorégulation 5 .
Les enfants hypersensibles et intenses ont des besoins
émotionnels encore plus importants. Étant donné qu’ils
disposent d’un «radar puissant» qui détecte intuitivement
ce qui se passe autour d’eux, ils captent l’indifférence de
leurs parents à leurs micro-expressions et aux signaux non
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verbaux qu’ils émettent. Vu leur sensibilité sensorielle, ces
enfants ont besoin d’une aide supplémentaire pour s’auto-
réguler de façon à ne pas être constamment submergés
par les stimuli de leur environnement. Pour eux, avoir des
parents qui savent comment les soutenir est essentiel pour
leur créer un «refuge»; même quand ils sont rejetés par
leurs camarades ou par un(e) enseignant(e) qui les comprend
mal, ils ont ainsi un endroit sûr où trouver du réconfort.
Les parents d’enfants hypersensibles et émotionnellement
intenses sont mis au pied du mur : ils peuvent les rejeter
ou bien au contraire se laisser transformer par cette expé-
rience. Malheureusement, sous l’inuence d’une culture qui
n’est pas encline à accepter la diversité, certains parents
perçoivent l’hypersensibilité et l’intensité émotionnelle de
leur enfant non seulement comme un problème mais sur-
tout comme un échec personnel, voire une insulte. Même
avec les meilleures intentions du monde, l’acceptation
n’est pas à la portée de tous. Avoir des parents qui ne sont
pas émotionnellement disponibles, se montrent froids ou
critiques, est nuisible à la psyché de tout enfant, a fortiori
d’un enfant naturellement sensible.
Ce phénomène de choc des personnalités ne s’applique
pas un iquement aux pa rents, ma is aussi au reste de la
famille. Les frères et sœurs présentent souvent des carac-
téristiques physiques similaires et des aptitudes cognitives
compa rables ; au niveau de la personnalité, cependant,
nous ne sommes semblables à nos frères et sœurs que dans
20pour cent des cas. Cela peut paraître surprenant, mais les
enfants d’une même famille n’auraient pas plus de chances
d’avoir la même personnalité que s’ils étaient de parfaits
étrangers 6 . Cela signie que si vous êtes hypersensible et
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intense, il est fort possible que vos frères et sœurs ne le
soient pas. Or, si vous êtes la seule personne hypersensible
de la famille, vous serez en minorité et risquez de devenir
le parfait bouc émissaire.
Votre famille est la première situation de groupe dans
laquelle vous vous trouvez, et cette expérience dicte la per-
ception que vous aurez de vous-même à l’avenir au sein
d’un groupe. Les théories de l’attachement expliquent que la
famille dénit votre mode de fonctionnement intérieur et va
inuer sur tous vos comportements relationnels, vos pensées
et vos sentiments 7 . Si, en grandissant, vous êtes constamment
mis(e) à l’écart, négligé(e) ou humilié(e), ou que l’on vous
répète sans cesse que vous êtes difcile à vivre, vous aurez
du mal, une fois adulte, à évacuer l’idée inconsciente que
votre avenir ressemblera à ce qui vous a été dit, ou à ce dont
vous avez fait l’expérience jusque-là.
Les stratégies que quelqu’un adopte pour s’adapter à un
environnement familial où il n’est pas à l’aise façonnent
sa personnalité. Par exemple, vous avez peut-être choisi
l’humour pour vous protéger, et vous êtes devenu(e) mal-
gré vous le «clown du groupe». Si les épreuves de votre
enfance vous ont enseigné qu’être vulnérable vous exposait
au danger, vous êtes sans doute toujours sur vos gardes,
même sans le vouloir. Enfant, vous essayiez peut-être de
vous faire aimer en vous montrant serviable et obéissant(e),
et aujourd’hui vous êtes resté(e) coincé(e) dans un schéma
similaire et vous heurtez à des problèmes de limites per-
sonnelles et de relations codépendantes. Ces mécanismes
peuvent vous aider à gérer cer taines situations pendant
un temps, mais à long terme, ils vous empêchent de vivre
pleinement.
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Faire des envieux
Si beaucoup de livres ont été écr its sur les personnes
hypersensibles, peu d’entre eux évoquent le risque de faire
des envieux et ses implications.
La dynamique psychologique de l’envie est subtile, et la
personne jalouse ne se rend parfois pas compte de ce qui
l’anime. En fait, de nombreuses études ont démontré que
la plupart des gens ne sont pas conscients d’être envieux
– d’autant que plus leur jalousie est forte, plus ils la répri-
ment 8 . Com me d’une manière générale nous n’envions
que les personnes de notre milieu, nous serons plus facile-
ment jaloux(ses) de nos pairs ou de nos frères et sœurs. La
recherche scientique a même montré que nous sommes aussi
plus facilement envieux(ses) des personnes du même sexe 9 .
Cela vous étonnera peut-être de penser que les autres
puissent être jaloux de vous, mais comme nous l’avons évo-
qué dans le chapitre précédent, une personne hypersensible
et intense est souvent surdouée et dotée de qualités et de
talents que les autres aimeraient avoir. Par exemple, les gens
incapables d’exprimer leurs sentiments peuvent éprouver du
ressentiment à votre égard parce que vous dites toujours la
vérité. D’autres peuvent envier votre intuition, votre créativité
ou vos dons artistiques…
L’envie se manifeste, qu’elle soit ou non rationnelle et
justiée. Vos frères et sœurs peuvent ainsi être jaloux de
votre beauté ou de votre intelligence. Vos parents risquent
d’envenimer la situation s’ils choisissent de vous rabaisser
dans l’espoir de rétablir un certain équilibre. Les membres
de votre famille diront de vous que vous avez un je-ne-sais-
quoi difcile à expliquer, mais que l’on peut décrire comme
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N
une sagacité spirituelle pénétrante. Ils ont peut-être cette
impression depuis que vous êtes tout(e) petit(e). Comme
ils sont un peu intimidés par votre présence imposante, les
adultes de votre entourage essayeront éventuellement de
vous museler. Ils vous demanderont de vous taire ou vous
suggéreront de ne pas vous faire remarquer, ou encore de
gardervosidéesetvospenséespositivespourvous.Regardez
Harry Potter: c’est un exemple parfait d’enfant surdoué qui
est la cible de la jalousie toxique de sa famille.
D’aprèsplusieursétudes,lesgensquienvientquelqu’unont
tendance à le rabaisser en société 10 . Cela crée des situations
où, ouvertement ou plus sournoisement, une famille ou un
groupe de collègues se liguent contre un des leurs. Quand ils
avancent des raisons pour justier cette forme d’oppression,
ilss’abritentleplussouventderrièredesexplicationsdutype:
«C’est pour son bien.» Ils vous diront peut-être: «Nous
essayons de t’endurcir et cela te sera bénéque», «Être
hypersensible n’est pas bon pour toi», ou même: «Nous
voulons t’aider à corriger ta personnalité problématique.»
Si vous êtes hypersensible et intense, il est normal que
vous vous soyez adapté(e) pour vous protéger de la jalousie
des autres. De nombreuses études et théories démontrent
que nous faisons des efforts pour minimiser l’importance
de la jalousie de quelqu’un si nous voulons préserver une
relation avec lui et que nous nous sentons menacé(e)s par
l’hostilité éventuelle qu’il peut manifester à notre égard 11 .
Ces deux conditions sont fréquentes quand il s’agit d’un
membre de notre famille ou de nos pairs. Dans une analyse
anthropologique de l’envie (1972), Foster décrit certaines des
approches que nous adoptons communément pour modérer
ce sentiment 12 , et notamment:
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• la dissimulation, en cachant qui nous sommes et tout signe
représentant un avantag e;
• le déni, en minimisant nos manifestations de joie;
• la compensation, en trouvant un moyen de réajuster le
déséquilibre au prot de la personne envieuse.
Une autre réaction communément provoquée par la jalou-
sie est l’apaisement, qui nous conduit à vouloir faire plaisir
et à éviter les conits à tout prix 13 .
Si, quand vous étiez enfant, on vous a dit que vos pensées
et vos sentiments n’avaient pas de valeur, vous avez sûrement
décidé de les taire. Si, à chaque fois que vous vous faites
remarquer,onvousrabaisseouonvouscritique,vousnissez
par intérioriser cette oppression. À l’âge adulte, cela peut
se traduire par des comportements d’autosabotage (comme
refuser une promotion ou passer à côté d’une opportunité
pour ne pas avoir à parler en public), une conscience de soi
extrême ou de l’anxiété sociale. Votre personnalité d’origine
est alors dissimulée sous plusieurs couches d’anxiété. Même
si, aujourd’hui, vous êtes décidé(e) à exploiter votre potentiel
et à briser ces cycles d’autosabotage paralysants, vous ne
savez peut-être plus comment procéder.
Devenir un messager importun
Les personnes hypersensibles et intenses sont généralement
perfectionnistes et exigeantes avec elles-mêmes comme
avec les autres, y compris sur le plan moral. Si c’est votre
cas, l’honnêteté et l’intégrité font partie de vos valeurs, et
vous serez souvent parmi les premiers(ères) à remarquer
les failles éthiques et à dénoncer les injustices. Vous êtes de
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celles et ceux qui tirent la sonnette d’alarme en exprimant
des vérités dérangeantes tandis que les autres passent à
côté du problème, de celles et ceux qui se heur tent à la
hiérarchie en dénonçant une situation injuste au travail ou
qui, en famille, ne mâchent pas leurs mots. Vous remettez
en question les traditions et déez l’autorité sous toutes ses
formes, non pas pour créer des problèmes mais parce que
vous trouvez que les règles arbitraires sont absurdes. Au
fond de vous, vous avez le désir sincère d’aider les autres
à ouvrir les yeux sur la réalité et de contribuer à améliorer
l’état du monde.
Intuitif(ve), vous remarquez aussi des schémas qui ne
sautent pas aux yeux. Vous percevez de nombreuses choses
dans la psychologie des autres qu’eux-mêmes ignorent. Quand
vous étiez plus jeune, vous disiez des choses qui choquaient
les adultes autour de vous –parce qu’elles étaient un peu trop
vraies. Malheureusement, ce n’est pas parce qu’un propos est
juste qu’il est bien accueilli, et beaucoup de gens n’aiment pas
être confrontés à la réalité. Les recherches dans le domaine
des sciences sociales ont prouvé que «blâmer le messager»
est une réaction courante.
Comme cela présente des avantages sur le plan social,
nombre de gens choisissent de nier la réalité et d’éviter les
vérités qui dérangent 14 . Quand quelqu’un de franc et d’intègre
perturbe cet équilibre, il est vu comme une menace 15 . S’il
mentionne quelque chose qui est en contradiction avec les
croyances, les attitudes ou les opinions d’un groupe social,
cela engendre une dissonance cognitive et son interven-
tion est mal reçue 16 . Il faut souvent un certain temps avant
que les contributions de visionnaires ne soient acceptées.
Parfois, ils sont même exclus du groupe. Si cela vous arrive
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L’, -
régulièrement, vous risquez de penser que vous avez un
problème et de commencer à vous dévaloriser.
Confronté(e) à ce genre de réaction, vous avez sans doute
du mal à faire conance à votre instinct, mais votre clair-
voyance est exactement ce dont le monde a besoin. Votre
contribution est un catalyseur pour un changement positif.
Même si votre entourage immédiat ne le reconnaît pas, vous
devez vous accrocher à vos valeurs et à vos convictions, et
chercher activement une façon de les exprimer.
Il y a des gens qui ont besoin de vous
rencontrer, de savoir qu’il existe quelqu’un
qui leur ressemble et qui se sentiront
épaulés par ce que vous avez à dire.
Si vous vous taisez par crainte des railleries, vous privez
de votre message celles et ceux qui sont prêts à le recevoir.
Même si vous ne croyez pas en vous, croyez en celles et
ceux qui croient en vous. C’est sans doute la chose la plus
difcilequevousaurezàfaire,maisvousdevezrespecterqui
vous êtes, quoi qu’en pensentles autres. Au bout du compte,
la douleur de quitter ce monde sans avoir été la personne
que vous auriez dû être serait bien plus profonde que celle
provoquée par la désapprobation du reste du troupeau.
Ne pas trouver sa place parmi ses pairs
À cause de votre hypersensibilité et de votre intensité, il peut
vous être plus difcile de vous lier de façon signicative à
vos pairs. Votre rigueur intellectuelle et votre perspicacité
spirituelle entraînent une profondeur et une complexité qui
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N
ne sont pas à la portée de tous. Votre esprit part tous azimuts,
et vous pensez plus vite que vous ne parlez. Vous perdez
patience avec celles et ceux qui n’arrivent pas à saisir les
informations aussi rapidement que vous ou ne se rendent pas
compte de choses que vous considérez comme évidentes.
L’ennui est un combat continu pour les personnes hypersen-
sibles et intenses. Même si vous êtes extraverti(e), les fêtes
ou les rencontres professionnelles peuvent vous lasser, car
les conversations très supercielles ne vous nourrissent pas.
Vous avez un sens de l’humour qui n’est pas toujours très
orthodoxe et semblez maladroit(e) en société. Vous vous
sentez parfois blessé(e) ou déçu(e) quand les autres « ne
comprennent pas ». Malgré les bonnes intentions de vos
parents, vous pouvez vous sentir seul(e) sur le plan spirituel,
ou bien ne pas être stimulé(e) par votre partenaire. Votre
frustration vous rend irritable, et les autres vous trouvent
parfois distant(e) ou hautain(e).
Vous r isquez de vous r ep ro cher vot r e m a nque de
satisfaction. Vous commencez à vous demander si vous
n’êtes pas trop exigeant(e), déraisonnable ou ar rogant(e):
«Pourquoi ne puis-je pas revoir mes attentes à la baisse?»
«Est-ce que j’ai du mal à trouver quelqu’un comme moi
pa rce que j’a i un problème ? »… Pou r su r viv re d a ns
un m ilieu social décevant, vous engourdissez peut-être
intentionnellement vos sens. Vous cachez vos qualités
et vous avez a r rêté de chercher des environnements où
votre excentricité et votre créativité seraient reconnues.
Au contra i re, vous por tez consta m ment un masque et
faites semblant d’être comme les autres. Toutefois, vous
découvrez rapidement que votre sentiment d’isolement ou
de désespoir ne fait que croître.
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L’, -
Le fait de réagir toujours au quart de tour présente un
autre inconvénient: vous vous lassez vite de celles et ceux
qui vous entourent. Comme vous avez un profond désir de
sans cesse vous améliorer, vous mûrissez à la vitesse de
l’éclair. Au fur et à mesure que vous vous enrichissez, sur
le plan psychologique comme sur le plan spirituel, vous
constatez que vous n’avez plus rien en commun avec vos
ami(e)s d’enfance, votre famille ou vos partenaires amou-
reux. Vous êtes continuellement conduit(e) à vous détacher
de ce qui n’occupe plus la même place dans votre vie: une
personne, une idée, une habitude ou une communauté. Mais
le changement n’est jamais facile. Vous pouvez penser que
partir est une trahison, que passer à autre chose signie
que vous êtes égoïste. Toutefois, ce n’est pas parce qu’un
changement est pénible qu’il n’est pas la meilleure chose à
faire. En faisant preuve de compassion à votre égard, essayez
de retenir cette tristesse dans votre cœur sans qu’elle vous
empêche d’aller de l’avant. En suivant les étapes de ce livre,
j’espère que vous arriverez à un point où vous n’éprouve-
rez plus de culpabilité ni de honte, ou ne vous sentirez pas
obligé(e) d’épargner quelqu’un d’autre. Ayez la certitude
que vous progressez dans la bonne direction. Tant que vos
intentions sont sincères et que vous agissez avec intégrité,
le processus se fera de lui-même.
Ne pas emprunter les sentiers battus
De nombreuses personnes hypersensibles et intenses mènent
une existence ou une carrière non conventionnelles, c’est-à-
dire que leurs choix de vie ne sont pas fondés sur la tradition
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N
ou ce que font les autres, mais sur leurs véritables besoins
et désirs. Se libérer de la conformité signie vivre selon ses
propres règles, même si ce n’est pas la solution de facilité.
Vous êtes peut-être un sujet «multipotentiel» 17 ou un poly-
mathequiadenombreuxcentresd’intérêtmaispasde«desti-
née» évidente. Vos multiples passions, votre soif d’apprendre
et votre penchant pour la stimulation intellectuelle font que
vous n’avez pas perdu la capacité d’émerveillement qu’ont
les enfants. La société appréciait autrefois les polymathes:
Léonard de Vinci, Isaac Newton, Galilée, Aristote et Charles
Darwin étaient tous de célèbres généralistes. Toutefois,
depuis la révolution industrielle, la spécialisation semble
être privilégiée. Celles et ceux qui ne se cantonnent pas à
une trajectoire conventionnelle sont critiqué(e)s pour «ne
pas faire sufsamment d’efforts», être «capricieux(ses)»,
«immatures» ou se sentir «supérieur(e)s».
L’un de ces critères vous correspond peut-être: vous êtes
à la recherche du spirituel dans une société de consomma-
tion, vous avez commencé votre carrière ou votre recherche
académique sur le tard, vous êtes parent célibataire, artiste,
ermite,nomade,vousvoyagezauxquatrecoinsduglobe.Vous
avez choisi une relation ou une conguration familiale non
conventionnelle, ou encore décidé de rester célibataire. En
d’autres termes, que ce soit un choix conscient ou non, vous
êtes sorti(e) des sentiers battus – ce que vous faites, la façon
dont vous menez votre vie, l’endroit où vous êtes installé(e) et
ce en quoi vous croyez sont en marge du courant dominant.
Quand on nage à contre-courant, on se heurte à une cer-
taine résistance. Cela se traduit par des jugements silencieux,
des critiques sournoises, ou encore des conseils qui se veulent
bienveillants. Comme l’explique Chris Guillebeau dans son
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L’, -
livre The Art of Non-Conformity, les qualicatifs comme
«déraisonnable», «peu réaliste» ou «irrationnel(le)»
visent à marginaliser une personne ou une idée qui ne sont
pas conformes aux attentes ou aux traditions 18 .
Choisirunevoieconventionnelledonneunaccèsimmédiat
à une communauté préétablie, alors que s’en écarter requiert
plus d’efforts pour créer des liens ou trouver des afnités
avec les autres. Si cela devient trop difcile, vous pouvez
être contraint(e) à renoncer à votre véritable nature au pro-
t de choix plus normatifs. Il n’est toutefois pas si simple
d’étouffer ses désirs. Àun moment ou à un autre, vous les
entendrez s’exprimer dans les profondeurs de votre psyché,
vous implorant d’être plus dèle à vous-même.
La douleur de ne pas trouver sa place
Les spécialistes de psychologie sociale reconnaissent depuis
longtemps que le besoin d’appartenance est une motivation
fondamentale, qui se manifeste chez tous les êtres humains
quelle que soit leur culture 19 . Il n’est donc pas surprenant
que le sentiment d’être rejeté(e) ait des répercussions psy-
chologiques 20 . Il peut affecter votre réussite 21 , accroître votre
sentiment de solitude 22 oudiminuervotreconanceenvous 23 ,
et augmenter votre tendance à la dépression 24 .
Si vous êtes une personne hypersensible et intense, vos
motivationsetvotreespritcomplexeamplientvotreanxiétéen
sociétéetvotrehypervigilance.Quandvousêtesanxieux(se),
l’attentionquevousportezauxdétails,votreperfectionnisme
etvotrecapacitéderéexioncritiqueseretournentcontrevous.
Vous risquez de vous focaliser sur certains points et de les
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N
disséqueràoutrance,cequidonnelibrecoursàvostendances
autodestructrices. Vous êtes également susceptible d’adopter
une attitude de caméléon pour vous intégrer à un groupe au
détriment de votre véritable personnalité. Selon plusieurs
études, êtrerejeté(e)activele«systèmedecontrôle»devotre
psyché,cequivousrendencoreplussensibleauxinformations
émotionnelles telles que le ton de la voix ou les expressions
faciales des autres 25 . Par ailleurs, si vous êtes exclu(e) d’un
groupe social, votre tendance à imiter inconsciemment les
comportementsdevotreentouragenefaitquecroître,etvous
n’avez aucun moyen de la contrôler 26 . Sans vous en rendre
compte, vous pensez peut-être qu’en parlant ou en agissant
commelesmembresd’ungroupe,vousleurressemblerez.Très
vite,vousperdrezlacapacitédeparleretd’agirspontanément,
de votre propre gré.
Quandêtreexclu(e)sdevienttroppénible,beaucoupd’entre
nous essayent d’étouffer cette douleur. Ce mécanisme se
reète dans notre état psychologique mais aussi physio-
logique. Des observations récentes semblent indiquer que
l’exclusion sociale active la zone du cerveau qui répond
normalement à la douleur physique 27 . Étonnamment, cela
conduit à une réduction plutôt qu’à une augmentation de la
sensibilité à la douleur physique. Le même schéma se vérie
dans le règne animal: plusieurs expériences ont montré que
l’isolement social d’un animal va de pair avec une sensibi-
lité à la douleur moins exacerbée 28 . Cet engourdissement
s’étend au plan émotionnel 29 , ce qui au départ peut vous
aider à supporter la douleur de ne pas réussir à vous intégrer,
mais qui sur le long terme conduit à un état de dissociation
permanent, où vous vous sentez léthargique, vide et sans
aucun enthousiasme 30 .
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L’, -
La non-conformité n’est pas une tare
Accepter le fait d’être différent des autres est
potentiellement le déclic le plus profond et
le plus puissant qui soit à votre portée.
Toute votre existence, vous avez essayé d’êtr e «comme les
autres». Et si ce dont votre moi profond avait réellement
besoin était d’authenticité plutôt que d’un pseudo-senti-
ment d’appartenance? Vous avez passé votre vie à vous
dire que vous n’étiez pas normal(e) à cause de votre diffé-
rence, mais si cette différence était une inspiration? Nous
ne vivons plus dans des tribus ou des villages homogènes,
et nous sommes toutes et tous exposés à la diversité. En
assumant pleinement vos par ticularités et en montrant
que vous vous acceptez, vous permettrez aux autres d’en
faire autant.
Peut-être que votre place dans le monde, même si vous
vous en défendez, est précisément en marge. Accepter l’idée
que vous ne vous intégrez pas à un contexte conventionnel
en respectant les normes sociales et en suivant la majorité
sera un grand soulagement et vous aidera à faire la paix
avec vous-même. Être non conformiste est sans aucun
doute un dé, mais le fait que la majorité ou l’autorité vous
rejettent ne signie pas que vous ayez un problème. Vous
êtes différent(e), certes. Néanmoins, ce n’est ni un défaut ni
la preuve que vous êtes mauvais(e) ou en tort. Vous serez
mal compris(e) et mis(e) sur la touche, or vos valeurs et
votre manière d’être n’en sont pas pour autant moins bien
que celles des autres.
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Être capable de passer outre l’opinion des autres est un
travail de longue haleine. Cela implique d’apprendre à culti-
ver l’amour de soi, ses valeurs et ses convictions essentielles,
et de s’entourer d’un petit cercle de proches plus tolérants.
Parfois, même si ce n’est pas toujours le cas, le prix à payer
pour être dèle à vous-même est d’accepter l’idée que vous
ne puissiez pas plaire à tout le monde. Certains vous envie-
ront ou vous critiqueront avec beaucoup de toxicité. Si votre
objectifpremierdanslavieestdejouerlacartedelasécurité,
vous risquez d’étouffer votre potentiel. Avant de vous faire
tout(e)petit(e)etdevoussoumettre àl’approbationdesautres,
rééchissez à ce qui compte vraiment pour vous.
La vie est courte et, au bout du compte, seules quelques
personnes seront importantes pour vous. Est-ce que cela
mérite vraiment de dépenser de l’énergie pour faire plaisir
à tout le monde sur votre chemin?
Vous ne vous êtes peut-être jamais senti(e) à l’aise nulle
part. Mais votre «chez-vous» n’est ni votre famille bio-
logique, ni la petite bourgade où vous êtes né(e), ni la
grande ville où vous vivez. Ce n’est pas une personne
en pa r ticulier, un groupe ou un lieu spéciques, mais
plutôt l’ensemble des «rencontres» qui vous permettent
d’établir une connexion intellectuelle, émotionnelle ou spi-
rituelle. C’est un concept qui s’étend au-delà du physique,
du biologique ou du visible. C’est ce qui se produit quand
votre âme s’accorde avec un texte, une œuvre d’art ou un
morceau de musique et que vous vous sentez inspiré(e),
transformé(e), transcendé(e). C’est ce que vous ressentez
quand vous téléchargez des données d’une source plus
grande que vous-même, et que vous pouvez vous exprimer
librement, sans éprouver de gêne.
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L’, -
Au début, accepter de ne pas être « normal(e) » est souvent
douloureux, mais votre tristesse s’accompagne d’un soulage-
ment: vous pouvez enfin cesser de prétendre être quelqu’un
que vous n’êtes pas et vous débarrasser du poids du paraî tre.
Maintenant que vous avez fait table rase, que vous réser ve
l’avenir? Quel t ype de personnes allez-vous at tirer et quelles
possibilités vont s’of frir à vous ? Ce n’est qu’en assumant
votre véritable nature que vous trouverez un profond sens
d’appar tenance, que vous serez accepté(e) sans vous cacher
derrière un masque et que vous brillerez sans craindre les
représailles. Il est temps de laisser libre cours à vos émotions
et à vos centres d’intérêt, d’apprécier pleinement vos compé-
tences, d’accepter vos motivations et de vous autoriser à vous
sentir vraiment «chez vous». Vous ne serez jamais sans abri,
exilé(e) ou trahi(e) si vous bâtissez votre demeure en vous.
Les chapitres suivants présentent des conseils plus spé-
ciques concernant les différents contextes et les diverses
phases de votre vie. Le chapitre4 évoque votre relation avec
vous-même, le chapitre5 explique comment surmonter les
dés de la vie familiale, le chapitre6 aborde les relations
amoureuses, et le chapitre 7 se penche sur les difcultés
que vous risquez de rencontrer au travail quand vous êtes
incompris(e) par vos collègues, et sur la manière de ne pas
en souffrir.
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