L'hypersensibilité, un super-pouvoir !

Imi Lo · Chapitre 7 sur 10

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L'hypersensibilité, un super-pouvoir !

Chapitre 5 : Votre relation avec votre famille

 

Chapitre 5

 

Votre relation avec votre famille

 

Être hypersensible et émotionnellement intense est un cadeau

empoisonné. Comme vous avez un radar très sensible, vous

percevez aussi les signaux extérieurs. Vous détectez ce que

les autres ne voient pas, y compris l’hypocrisie et le men-

songe. Vous n’avez peut-être pas les mots pour décrire le

phénomène, mais vous remarquez et absorbez les dyna-

miques toxiques, la colère ou la jalousie non exprimées dans

votre environnement de tous les jours. Comme le démontre

LeDrame de l’enfant doué d’Alice Miller, quand on a beau-

coupd’intuitionetd’empathie,onseretrouvecoincédansdes

schémas familiaux qui exploitent ces dons ou les utilisent à

mauvais escient 1 . Sans qu’on s’en rende compte, on risque de

devenir le pilier émotionnel de la famille ou–pis encore–

une éponge, un bouc émissaire, un souffre-douleur.

 

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L’,  - 

Certains parents ont des facultés émotionnelles limitées.

Que ce soit à cause de leur immaturité ou d’un traumatisme,

ils sont incapables d’aimer leurs enfants comme ces derniers

en ont besoin. Les parents qui ont la maturité nécessaire se

montrent attentifs à leurs enfants et leur témoignent leur

amour de façon cohérente, ils sont émotionnellement ouverts

et permettent à leurs enfants de jouer et d’apprendre de leurs

erreurs. Ils sont un modèle de résilience, de modération,

d’empathie et de compassion. Dans un monde précaire, ils

sont un pilier, une base sûre vers laquelle les enfants peuvent

se tourner pour être réconfortés et rassurés 2 .

Par contraste, des parents émotionnellement décients

peuvent être instables et répressifs, vouloir tout contrôler et se

montrer incapables de séparer leurs projections, désirs et sou-

haits de ceux de leurs enfants. Ce ne sont pas de «mauvaises

personnes», mais des enfants dans des corps d’adultes.Ils

font peut-être de leur mieux, mais ils sont incapables de

fournir à leurs enfants ce dont ces derniers ont besoin.

 

Repérer les dynamiques familiales

toxiques

 

Notre société est tout à fait consciente des dangers des mau-

vais traitements physiques inigés aux enfants, mais pas de

la souffrance que peuvent engendrer les schémas familiaux

toxiques. Pourtant, ces blessures invisibles sont profondes.

Souvent, ce n’est pas ce qui est dit, c’est ce qui n’est pas

dit qui marque le plus – l’absence de remarques positives,

d’encouragements et de soutien moral. Ce n’est pas ce qui

était fourni, plutôt ce qui manquait: les moments de qualité,

 

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V     

la patience, la stimulation intellectuelle, les conversations

enrichissantes, les rituels familiaux, le temps de jouer et

l’humour. Vous n’avez peut-être pas vécu de traumatisme

explicite, mais à cause de cette carence affective, vous ne

vous sentez pas accepté(e) par le monde extérieur. Si vous

avez été contraint(e) d’évoluer dans une situation familiale

toxique toute votre enfance et votre adolescence, vos bles-

sures peuvent ne pas être décelées pendant de nombreuses

années. Vous éprouviez peut-être de la colère, que vous

réprimiez. Vous étiez peut-être déprimé(e), et vous choisissiez

de ne pas en tenir compte pour poursuivre votre parcours de

mini-adulte. Toutefois, ce type de traumatisme ne disparaît

pas tout seul. Le cri silencieux continue de gronder en vous.

 

La vérité blesse, mais un mensonge

toxique tue plus silencieusement et plus

insidieusement. La conscience de soi

est le premier pas pour s’en sortir.

 

L’objectif de cette démarche est de vous aider à ne pas

rester enfermé(e) dans la colère ou le ressentiment, mais

plutôt à affronter la vérité et à faire un grand pas vers la

libération. Dans cette optique, voici un certain nombre de

schémas familiaux toxiques qui affectent communément les

personnes hypersensibles et intenses.

 

Vous êtes une éponge émotionnelle

 

Les neurologues ont établi que l’activité des neurones miroirs

dans notre cerveau nous pousse à être naturellement récep-

tif(ve)s aux émotions des autres. Une fois que nous avons

 

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L’,  - 

détecté ce que les autres ressentent, nous nous sentons obli-

gé(e)s de les aider. Par exemple, quand nous remarquons que

quelqu’un est déprimé, nous voulons le réconforter et lui

apporter notre soutien 3 . L’activité des neurones miroirs est

ampliée quand la personne concernée fait partie de notre

famille 4 . Les mères reproduisent ainsi instinctivement les

expressions de leurs bébés, rient avec eux quand ils sont

heureux et essayent de les calmer quand ils montrent des

signes de détresse 5 .

Quand nous aidons quelqu’un à réguler ses émotions

–en le distrayant ou en le calmant –, nous nous livrons à ce

que les psychologues appellent la «régulation émotionnelle

extrinsèque» 6 . Si vous êtes hyper-empathique, vous vous

livrez constamment à ce type de régulation sans le savoir.

Quand vous entrez quelque part, vous décryptez immé-

diatement les signaux interpersonnels émis par les autres

sans être verbalisés. Vous faites alors, machinalement, ce

qui est nécessaire pour rétablir l’équilibre émotionnel. Par

exemple, si vous remarquez un manque d’énergie dans la

pièce, vous faites une plaisanterie, vous faites un peu de

cinéma, vous vous moquez de vous-même ou vous endossez

le rôle du «clown de service» pour remonter le moral de

tout le monde. Quand vous détectez du stress dans votre

cellule familiale, vous jetez un voile sur votre propre anxiété,

vous prenez sur vous et vous devenez l’élément calme sur

lequel le reste de la fam ille peut compter. Quand vous

sentez ar river un moment de crise, vous faites  de vos

propres besoins pour protéger vos frères et sœurs. Si vos

parents sont dépressifs, vous participez encore plus aux

tâches ménagères pour les soulager et vous essayez de leur

remonter le moral. Involontairement, les membres de votre

 

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V     

famille se servent de vous pour rétablir l’équilibre quand

la situation est instable, pour digérer les traumatismes qui

sont trop perturbants pour eux, ou pour exprimer une colère

inexpliquée. À long terme, vous devenez la personne qui

régule les émotions de toute la famille.

Parfois, au-delà de ce rôle de régulateur(trice), vous deve-

nez une «éponge» qui absorbe la colère, la honte, l’apitoie-

ment et les émotions négatives des autres. Si vos parents ou

frères et sœurs ont un bagage émotionnel qu’ils n’arrivent

pas à gérer, ils risquent de se reposer sur vous et d’en faire

votre fardeau. Cela vous surprendra peut-être d’apprendre

que certaines personnes peuvent effectivement forcer les

autres à traiter leurs émotions indésirables. En psychanalyse,

ce phénomène est appelé «identication projective».

L’identification projective est une stratégie mentale

inconsciente qui permet à quelqu’un de reporter sur autrui

les émotions et caractéristiques qu’il n’accepte pas chez

lui-même. Quand un ou plusieurs membres de votre famille

sont aux prises avec une émotion qu’ils trouvent effrayante

ou repoussante – comme la jalousie, la vulnérabilité ou la

haine de soi –, ils font tout leur possible pour renier cette part

d’eux-mêmes. Ils s’en déchargent sur vous, en vous faisant

ressentir ce qu’ils éprouvent au fond d’eux-mêmes mais

rejettent.Vousquirecevezcettechargen’êtespasconscient(e)

de cette manœuvre et pensez que vous êtes le problème. Par

exemple, si votre sœur est habitée par la honte, elle peut

«se détacher» de cet aspect d’elle-même en le reportant

sur vous. Elle adopte alors une attitude dominante et elle

vous pousse à vous sentir inférieur(e) en vous parlant avec

méprisouenvousharcelant.Ellesesertdevouspourdigérer

sa honte. Les parents peuvent aussi projeter leur insécurité

 

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L’,  - 

sur vous et vous obliger à porter le fardeau d’un manque

de conance et d’un sentiment de honte qui, à l’origine, ne

sont pas les vôtres.

L’identication projective est plus néfaste qu’une simple

«projection», car elle entame votre identité. Ce mécanisme

vous force à absorber et à assimiler ce qui a été déversé sur

votre psyché et dégrade votre sens du moi 7 . L’identication

projective est une sérieuse atteinte à vos limites person-

nelles, qui affecte votre cor ps et votre esprit. Par cette

manipulation directe ou plus subtile, ces projections pro-

voquent en vous une réponse émotionnelle qui suscite une

vér itable confusion identitaire : vous considérez que la

honte ou la haine viennent de vous et ne vous rendez plus

compte qu’elles proviennent en fait de l’extérieur. C’est

comme si vous étiez soudain contrôlé(e) par des pensées et

des émotions qui ne sont pas les vôtres 8 . Comme vous avez

des limites d’énergie plus perméables, votre hypersensibilité

et votre empathie sont particulièrement vulnérables face à

ce type de violation.

L’identication projective se produit inconsciemment, de

cerveau droit à cerveau droit. Vos proches sont motivés par

une partie sous-développée et désespérée d’eux-mêmes et ne

sont pas conscients de ce qu’ils font. Et vous avez peut-être

été la cible de ce mécanisme toute votre vie sans le savoir.

Prendre conscience de cette dynamique n’est pas une tâche

facile. Cela remet fondamentalement en question votre vision

du monde. La part de vous-même qui continue de vouloir

protéger votre famille culpabilise et refuse de faire face; la

part de vous-même qui est habituée à se faire des reproches

est effrayée par ce que risque d’apporter le changement. Mais

si vous avez sufsamment de courage pour découvrir ce qui

 

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V     

se passe dans les coulisses de votre dynamique familiale,

vous pouvez panser vos blessures et acquérir une plus grande

maturité.

 

Enfant, vous ne pouviez pas vous exprimer, mais

maintenant vous avez le pouvoir de dire non.

 

Vous pouvez xer des limites et prendre de la distance

physiquement et, ce qui est encore plus important, vous

pouvez refuser ces projections toxiques et retrouver votre

vrai moi.

 

Avoir des parents en quête d’attention ou trop

envahissants

 

À la naissance, les bébés ont une relation naturellement

symbiotique avec leur mère 9 . À un moment donné, pourtant,

ilsmettentnàcetterelationpours’ouvriraurestedumonde.

C’est une phase de développement importante pour l’enfant

comme pour les parents, qui doivent apprendre à s’effacer

et à maîtriser leur anxiété.

Si les parents souffrent d’un traumatisme non décelé ou

manquent de maturité sur le plan affectif, ils risquent de se

sentir rejetés ou abandonnés quand l’enfant manifeste son

besoin de séparation, et de laisser leur appétit émotionnel

supplanter son besoin de grandir. Les parents qui souffrent

d’un manque affectif empiètent sur votre territoire car ils

ne vous considèrent pas comme une personne à part entière,

mais plus comme une possession ou une extension d’eux-

mêmes. Leur comportement compromet votre capacité d’in-

dépendance de différentes façons:

 

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L’,  - 

• Ils se montrent trop impliqués dans votre vie ou sur-

protecteurs, et les règles qu’ils essayent de vous imposer

sont davantage liées à leur anxiété qu’à vos besoins.

• Ils vous infantilisent en vous parlant sur un ton condescen-

dant ou bêtiant 10 .Ouilsvousdonnentunrôlede«faible»,

en insistant sur votre manque de compétences ou en vous

disant beaucoup moins capable que vous ne l’êtes.

• Ils se comportent comme si vous faisiez partie d’eux: ils

parlent à votre place, fouillent dans vos affaires, entrent

dans votre chambre sans prévenir ou prennent toutes les

décisions, importantes ou non, qui vous concernent.

• Ils vous font jouer la comédie ou monter sur une scène,

ou encore vous font poser pour des photographes sans

s’inquiéter de ce que vous en pensez, et ils ne vous laissent

pas seul(e) quand vous avez besoin de l’être.

• À la maison, ils établissent des règles de rangement

strictes, puis vous punissent si vous ne les respectez pas

ou insistent pour tout remettre en ordre derrière vous.

• Ils sont insatisfaits de leur vie et vivent essentiellement à

travers vous. Puisqu’ils vous considèrent comme une autre

version d’eux-mêmes, ils se préoccupent excessivement de

votre apparence et de ce que vous accomplissez.

• Ils veulent être votre meilleur(e) ami, votre condent(e),

et vous traitent comme si vous leur apparteniez, en parta-

geant trop d’informations et en vous considérant comme

leur conjoint(e) plutôt que leur enfant. Vous vous sentez

coupable si vous vous faites de nouveaux ami(e)s, ne

passezpasassezdetempsaveceuxouleurracontezmoins

de détails sur votre vie.

• Ils ne posent aucune limite, alors que, étant enfant, vous en

auriez besoin. Ils redoutent les conits et par conséquent

 

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V     

ne vous ont jamais montré ce qu’étaient tant la juste auto-

rité que la conance en soi.

 

Les parents anxieux transmettent des messages du type:

«Ne t’en va pas», «Tu ne peux pas partir», «Je ne peux

pas survivre sans toi», «Ne grandis pas», «Le monde est

un lieu dangereux», ou encore: «Tu n’y arriveras jamais

tout(e) seul(e).» Leur besoin de tout contrôler est souvent

l’expression de la crainte que vous n’ayez pas besoin d’eux.

Ils sont souvent mécontents de leur vie ou de leur mariage, et

utilisent leurs enfants pour combler le vide qu’ils ressentent.

L’unedesconséquencesmajeuresdeceschémafamilialest

qu’il empiète sur votre identité et votre sens du libre-arbitre.

Dans le contexte de la théorie des relations d’objet –une

branche de la psychanalyse qui étudie l’inuence des rela-

tions primaires sur le développement de la personnalité–, le

besoin égoïste qui pousse vos parents à fusionner leur identité

avec la vôtre entrave le processus nécessaire de séparation-

individuation 11 . Pour répondre au besoin de vos parents de

se sentir indispensables, vous avez éventuellement ajusté

votre personnalité pour y incorporer un faux sentiment de

dépendance.Ilsemblequevoussoyezlapersonnedépendante

alors qu’en réalité, on vous a entraîné(e) à être demandeur(se)

sur le plan affectif. Votre sens du moi et votre sens identitaire

rétrécissent de plus en plus, au point de disparaître, pour que

vouspuissiezmaintenirunattachementfusionnelàvosparents

–à savoir exactement ce qu’ils souhaitent inconsciemment 12 .

En d’autres termes, c’est une dynamique qui émane de la

situation: vous êtes poussé(e) à ne pas tenir compte de vos

compétences,àrésisteràtoutdésird’indépendanceetàsaboter

votre propre réussite, sans jamais en être conscient(e).

 

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L’,  - 

L’inaptitude de vos parents à favoriser la séparation crée

un schéma de «famille enchevêtrée», dénuée de frontières.

L’enchevêtrement vous entraîne à être profondément affec-

té(e) par les émotions des autres, au point de vous en sentir

responsable. Si vous grandissez dans ce type de famille, vous

aurez sans doute des difcultés à distinguer vos émotions

de celles de votre entourage, à refuser les projections des

autres ou à dire non à une requête excessive. Cette fusion

psychique avec vos parents peut donner l’impression que

vous avez de bonnes relations, mais ce sont deux phéno-

mènes distincts. Dans une relation saine et bienveillante,

vous gardez le sens du moi et vous vous sentez libre d’aller

et venir. L’enchevêtrement est étouffant. Vous ne souhaitez

pas forcément consciemment sacrier votre vie pour vos

parents malheureux, mais vous avez contribué toute votre

vie à une mission de sauvetage sans le savoir. Si vous prêtez

davantage attention à la situation, vous vous rendrez compte

que, chaque fois que vous êtes avec vos parents, une énergie

subtilement différente pénètre en vous et vous retient.

Vos parents étaient les seules personnes dont vous dépen-

diez quand vous étiez enfant, et vous n’aviez pas la possibilité

de vous échapper ni les mots pour vous défendre. Si l’un de

vos parents ne respectait pas vos limites personnelles, cette

violation aura laissé une empreinte décisive sur votre psyché.

Ces intrusions peuvent générer ce que les psychanalystes

appellent des «angoisses d’anéantissement» – à savoir la

peur de se perdre soi-même, de cesser d’exister. Elles peuvent

se manifester sous les aspects suivants:

• peur d’être débordé(e), incapable de gérer une situation

ou peur de perdre le contrôle;

• peur du fusionnement, des pièges ou d’être dévoré(e);

 

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V     

• peur de la désintégration de soi ou de l’identité, peur de

l’absence de sens, du néant ou de l’humiliation, de la

mortication;

• peur de l’intrusion, de la pénétration ou de la mutilation;

• peur de l’abandon ou besoin de soutien;

• appréhensions liées à la survie, à la persécution et à la

catastrophe 13 .

 

Les angoisses d’anéantissement peuvent se transformer

en une peur de l’abandon ou de l’engloutissement et affecter

la façon dont vous vous comporterez dans vos relations

futures. Vous serez potentiellement sujet(te) à la panique,

aux cauchemars, aux phobies, à la dissociation ou à d’autres

symptômes physiques sans vous rendre compte qu’ils sont

liés aux intrusions que vous avez vécues dans votre enfance.

Loin d’être une démarche malveillante de la part des

parents, l’intrusion est le résultat de schémas familiaux

traumatiques non résolus qui se transmettent de génération

en génération. Les parents ne se rendent pas compte de ce

qu’ils font, ils sont guidés par leur besoin d’attachement.

Toutefois, cela ne signie pas que ce soit votre rôle de rétablir

l’équilibre ou de panser leurs blessures.

Au fond d’eux, ils savent que leurs comportements enfan-

tins sont néfastes pour leur développement comme pour

le vôtre. Pourtant, c’est un schéma si profondément ancré

qu’ils sont incapables de le modier. Si vos parents souffrent

d’un manque affectif et ne savent plus ce qui est acceptable,

c’est à vous de prendre le relais et d’instaurer des limites

personnelles plus saines. Même si elles sont mal accueillies

au départ, ce sera à long terme la meilleure solution pour

vous, pour eux et pour votre entourage.

 

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L’,  - 

On vous confiait trop de responsabilités ou on

vous «parentifiait»

 

La parentication est un processus d’inversion des rôles entre

enfant et parent, au cours duquel l’enfant se voit coner les

responsabilités qui reviennent de droit à l’adulte. C’est un

schéma familial toxique qu’on évoque rarement, souvent

sous couvert d’amour, de loyauté, de piété liale ou sim-

plement parce que c’est une norme acceptée dans certaines

cultures. Pourtant, les recherches sur le sujet tendent à prou-

ver que ce phénomène peut avoir de graves conséquences

psychologiques 14 .

Il existe deux types de parentication:

• La parentication instrumentale consiste à coner à l’en-

fant des tâches ménagères comme la cuisine ou le ménage

bien trop tôt dans sa vie et bien trop souvent. On attend

aussi de l’enfant qu’il prenne soin de lui, en allant chez

le docteur tout seul par exemple.

• La parentication émotionnelle se produit quand l’enfant

devient le conseiller, le condent ou le responsable émo-

tionnel d’un parent, ou encore le médiateur de la famille.

 

Dans cette dynamique, les rôles ont été inversés pendant

l’enfance parce qu’il était dangereux pour vous de laisser

paraître votre moi enfant. L’esprit innocent qui était en vous

a été étouffé car vous avez dû grandir vite. Si vous aviez

présenté à vos parents l’enfant vulnérable que vous étiez, en

espérant qu’ils s’occupent de vous, vous auriez été déçu(e),

blessé(e) et traumatisé(e). Dès le départ, vous avez donc

appris que la seule chose à faire consistait à surmonter votre

douleur et à cacher votre vulnérabilité.

 

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V     

L a pa r ent i f icat ion émot ion nel le i mpl ique pa r fois

« l’i ncest e émot ion nel », c’est-à- d i re que l’en fa nt est

tra ité com me un pa r tena ire intime du pa rent. Cela peut

se produire quand le pa rent a des problèmes de couple

ou n’est pas satisfait de sa vie. Il pa r tage alors ses senti-

ments et sa fr ustration avec son enfant, pleure, se plaint

ou éventuellement se blesse volonta irement deva nt lui.

L’enfant pense alors avoir la responsabilité d’alléger les

souffrances du pa rent, même si les problèmes pa r tagés

pa r ce der nier sont bien trop lourds à gérer pour un psy-

chisme infa ntile.

En plus de devoir prendre soin de vos pa rents, il vous

arrive d’endosser le rôle de parent pour vos frères et sœurs.

Pa r conséquent, vous ressentez une gra nde culpabilité

lorsque vous devez quitter le foyer, pour commencer vos

études à l’université par exemple. Vous pouvez alors avoir

l’impression d’abandonner vos propres enfants.

La pa rent icat ion s’accompagne souvent de t âches

at ro c es, com me emp ê cher u n pa r ent tox icom a ne de

fa i re une overdose ou protéger ses f rères et sœu rs de

violences domestiques. Si vous êtes un(e) enfant intuitif(ve)

et hypersensible, vous êtes peut-être le prem ier à avoir

détecté des conditions de vie dangereuses et instables, et

vous considérez que c’est votre rôle de soutenir et protéger

votre famille. Cela peut avoir généré une anxiété exacer-

bée liée aux besoins et aux émotions des autres et vous

avoi r placé(e) da ns un état d’hyper vigila nce consta nte

dont, même devenu(e) adulte, vous avez du mal à vous

débar rasser.

Quel que soit le niveau de maturité dont vous ayez fait

preuve, vous n’étiez qu’un(e) enfant. Tous les enfants sont,

 

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L’,  - 

par défaut, sans défense et dépendants de la personne qui

les élève. Ils ont besoin d’un protecteur dans ce monde

inconnu, parfois effrayant et dangereux. Mais s’ils n’ont

personne à admirer, sur qui s’appuyer, ou qui puisse les

guider, ils se retrouvent dans un état d’insécurité.

Vous n’auriez jamais pu guérir vos parents de leur propre

souffrance, mais comme vous vous sentiez responsable,

vous avez conservé le sentiment chronique de ne pas être

à la hauteur. Devenu(e) adulte, vous avez un sens de la

responsabilité surdéveloppé dans toutes vos relations. Vous

vous investissez en amitié et sur le plan affectif, vous vous

faites sans cesse des reproches ou attirez des partenaires qui

demandent plus qu’ils ne sont prêts à offrir. À long terme,

ces schémas peuvent conduire à une fatigue physique et

psychologique et à un désir de vous renfermer complètement

sur vous-même.

Ce qui rend la situation difcile, c’est que vous avez

beaucoup de ma l à êt re en colère cont re vos pa rents.

Souvent, ils ne semblent pas violents, plutôt vulnérables

et impuissants. Comme vous étiez doté(e) de beaucoup de

compassion et étiez plus mûr(e) que votre âge, vous vous

sentiez obligé(e) d’aider, et votre instinct protecteur vous

empêche d’admettre la vérité sur ce dont vous avez manqué

dans votre enfance.

Vous avez peut-être fait gure de parent pour les autres

toute votre vie, mais maintenant il est temps de vous occuper

de vous.

 

L’objectif de la guérison est de commencer à

donner la priorité à vos besoins avant de vous

précipiter pour faire plaisir aux autres.

 

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V     

Enfant, vous aviez besoin d’amour, d’attention et d’écoute.

Vous aviez aussi besoin de jouer, de faire des bêtises et d’ex-

plorer le monde – sans être submergé(e) de responsabilités.

Si on vous a privé(e) de tout cela dans le passé, il ne tient

maintenant qu’à vous de reconquérir votre enfance perdue.

 

Vous étiez opprimé(e) par un parent compétitif

 

Bien que cela soit un sujet tabou dans notre société, il est

naturel d’avoir des sentiments mitigés sur l’éducation des

enfants 15 . Le fait que les parents veuillent que leurs enfants

soient le plus heureux possible n’empêche pas la frustration

ou même l’hostilité qu’ils éprouvent parfois à leur égard.

En particulier, il n’est pas rare qu’ils soient jaloux de leurs

enfants. Au fur et à mesure que vos parents vieillissent, ils

peuvent avoir des regrets et des ambitions non réalisées, ce

qui rend difcile pour eux de voir leurs enfants bénécier

de ressources et d’oppor tunités qu’ils auraient souhaité

avoir. S’ils éprouvent du ressentiment à cause du temps et de

l’énergie qu’ils ont consacrés à l’éducation de leurs enfants,

ils peuvent se sentir trahis quand ces derniers quittent le

nid. Ils peuvent aussi régresser psychologiquement et com-

mencer à considérer leurs enfants comme des rivaux. Ils se

sentent menacés par la perspective de les voir réussir mieux

qu’eux et devenir plus beaux et plus compétents. Les parents

équilibrés sont capables de modérer leurs émotions com-

plexes, mais ceux qui sont psychologiquement immatures

les extériorisent en faisant des compliments équivoques à

leurs enfants, en les rabaissant ou en exprimant leur mépris

ouvertement.

 

119

L’,  - 

Si vou s é t iez u n (e) e n fa nt su r d o u é (e) e t q ue vo s

parents n’étaient pas satisfaits de leur vie, cela peut avoir

compromis leur capacité à soutenir pleinement votre déve-

loppement. Non seulement ils n’avaient pas le potentiel

intellectuel pour comprendre vos dons, mais en plus ils

n’ont pas su être des modèles positifs. Avec l’amélioration

des droits des femmes au cours des dernières décennies,

la situation est parfois particulièrement complexe pour les

mères. En surface, votre mère vous encourage à réussir

dans la vie, mais ses choix de vie véhiculent un message

différent, selon lequel les femmes doivent faire des com-

promis, abandonner leurs rêves et se contenter de peu 16 . En

devenant une femme forte et indépendante, vous remettez

en question le sens de sa vie, ce qui peut provoquer des

conits ou de la rancœur.

Les enfants admirent leurs parents – surtout celui des

deux qui est du même genre qu’eux. Si votre modèle déni-

gre vos accomplissements, vous risquez d’intérioriser ce

mépris, ce qui affectera votre amour-propre et peut alimen-

ter l’aversion que vous éprouvez à votre propre égard. Ces

messages d’oppression peuvent être enfouis profondément

dans votre inconscient, et quand vous réussissez dans la vie,

vous ressentez alors un sentiment de culpabilité ou de honte

inexplicable. Vous ne pensez pas mériter votre réussite et

vous avez ainsi une tendance à l’autosabotage. Pour ne pas

prendre de risques, vous limitez vos ambitions.

Même si cela n’excuse pas leur comportement, les parents

compétitifs sont souvent des victimes qui ont subi des pri-

vations dans leur enfance. Comme ils n’ont eux-mêmes pas

fait l’expérience d’un soutien positif et inconditionnel, ils

sont incapables de l’accorder à leurs enfants.

 

120

V     

Vous êtes un bouc émissaire et on vous fait

douter de vous

 

Les familles équilibrées respectent et célèbrent les diffé-

rences individuelles ; les familles dysfonctionnelles, en

revanche, tolèrent difcilement les particularités. Andrew

Solomon, qui a interrogé plus de 4 000familles pour son

ouvrage Les Enfants exceptionnels, a constaté qu’avoir

ce type d’enfants accentuait les tendances naturelles des

parents : les mauvais parents devenaient encore moins

bons, mais les bons parents devenaient extraordinaires 17 .

Malheureusement, dans la plupart des cas où les parents ne

sont pas à la hauteur, l’enfant qui est différent devient vite

un bouc émissaire.

Pointer du doigt une personne considérée comme la cause

de tous les maux est une stratégie inconsciente utilisée par

les familles pour échapper à leur souffrance émotionnelle.

C’est une démarche «inconsciemment intentionnelle». Une

fois que le schéma est installé, la famille fait de son mieux

pour entretenir cette dynamique. Le bouc émissaire doit

rester le bouc émissaire. S’il essaye de se soustraire à ce

modèle toxique, il fait l’objet de mesures de rétorsion plus

ou moins subtiles ou se voit menacé d’abandon.

Voici quelques signes conrmant que vous êtes le bouc

émissaire de la famille:

• On critique vos qualités naturelles, comme votre hyper-

sensibilité ou votre intensité.

• Vos succès ne suscitent jamais d’éloges; ils sont ignorés,

dénigrés ou dépréciés.

• On vous reproche tout événement négatif qui affecte la

famille ou se produit à la maison.

 

121

L ’,  - 

• Vous vous sentez invisibl e; votre famille ne semble pas

vouloir apprendre à connaître la personne que vous êtes

réellement.

• O n exagère vos er reu r s ou on les pu n it de fa çon

disproportionnée.

• Votre famille parle de vous négativement aux personnes

extérieures.

• Votre famille vous exclut de certaines activités ou ne

partage pas certains secrets avec vous.

• On vous prête des qualicatifs négatifs – vous êtes tou-

jours «bizarre», «lunatique» ou «problématique».

 

Au fur et à mesure que vous devenez plus fort(e) et plus

indépendant(e), vous êtes bien conscient(e) que votre famille

essaye de vous rabaisser. Si elle a fait de vous son bouc émis-

saire, elle a aussi souvent tendance à employer des techniques

de manipulation mentale, comme le «gaslighting », une

stratégie visant à vous déstabiliser et à masquer la vérité. Les

différents membres de la famille agissent de concert pour

vous faire douter de vous; vous remettez alors en question

ce que vous voyez, pensez, ressentez et ce dont vous vous

souvenez. Les théoriciens de la thérapie familiale systémique

utilisent le terme de « patient identié » pour décrire le

bouc émissaire, parce qu’on le pousse à se sentir comme

un «patient» qui aurait perdu l’esprit 18 .

En recourant à des tactiques telles que le déni ou l’affabu-

lation, ou encore à des mensonges agrants, les membres de

votre famille dénigrent ce que vous avez à dire. Par exemple,

si vous essayez d’évoquer les problèmes que vous vivez au

quotidien, ils vous répondent que vous inventez. Ils vous

répètent: «Il ne t’est rien arrivé de désagréable», «Nous

 

122

V     

sommesunefamilleheureuse»,«Personned’autrequetoine

se souvient de ces événements négatifs.» À force d’entendre

et de réentendre ce type d’afrmations, vous n’osez plus les

contredire. Vous nissez par douter de vous-même. Vous

risquez de devenir quelqu’un qui tourne à vide, sans pensées,

émotions ni convictions personnelles, et qui vit dans un état

de confusion et de semi-dissociation.

Vous remettre de ce type de situation prend du temps.

Intellectuellement, vous comprenez sans doute que vous

n’êtes pas la cause des problèmes qui règnent au sein de votre

famille, mais vous débarrasser du sentiment de honte que

vous avez intériorisé requiert une guérison émotionnelle plus

profonde. Vous devez vous rendre compte que vous n’êtes

pas la cause du chaos: la source du problème est le bagage

affectif réprimé de votre famille et que la responsabilité de

ce fardeau n’aurait jamais dû vous être imposée.

 

Les adaptations de la personnalité

 

Positive ou négative, l’expérience que vous vivez au sein de

votrefamillependantvosjeunesannéesformelapersonneque

vousêtesaujourd’hui.Enfant,vousavezdûtrouverdesfaçons

depenseretdescomportementsquivouspermettaientdegérer

la situation. Ce qui a commencé comme un mécanisme de

surviepoursupporteruneenfancedouloureuseestdevenuune

partimportantedevotrepersonnalité–quiaffecteparfoisvotre

vied’adulteauquotidien.Voiciquelquesschémasd’adaptation

qui découlent communément d’une enfance difcile:

• Si vos parents avaient l’habitude de vous féliciter seu-

lement de ce que vous faisiez et jamais de la personne

que vous étiez, vous avez appris à fonder votre estime

 

123

L’,  - 

personnelle sur des accomplissements extérieurs. Au lieu

de vous autoriser à «être», vous vous dénissez par ce

que vous faites. Pour vous, la seule façon de survivre,

c’est de travailler dur, de courir sans cesse après de nou -

velles qualications, sans jamais ralentir. Vous vivez en

fonction de critères déterminés par la société, plutôt que

par vous-même. À cause de ce schéma, vous ressentez

un vide en vous et, parfois, vous vous demandez si on

peut vous accepter alors même que vous n’avez rien

d’impressionnant à montrer.

• Si vos parents étaient déprimés et comptaient sur vous

pour les aimer et les réconforter, vous avez appris à vous

dénir par le regard que les autres portent sur vous.

Vous pensez que votre centre de gravité se trouve chez

les autres et non en vous. Bien que vous ayez beaucoup

d’empathie et que vous soyez sensible aux besoins des

autres, vous négligez les vôtres. Vous avez la sensation

de toujours chercher à gagner l’amour de celles et ceux

qui vous entourent. Aussi serviable et aimant(e) que

vous soyez, les autres ne semblent pas vous accorder le

même degré d’affection. Et vous en souffrez beaucoup.

• Si l’on vous a coné trop de responsabilités quand vous

étiez enfant, vous êtes sans doute très sensible aux erreurs,

aux imperfections et à l’injustice. Votre critique intérieur

est très acerbe et vous fait constamment remarquer les

choses que vous n’avez pas faites correctement ou à la

perfection. Vous êtes sans cesse sous pression et ressentez

le besoin de tout arranger. Le fait que vous soyez très

critique et péremptoire a également un impact sur celles et

ceux que vous aimez. Même si ce n’est pas votre intention,

ils se sentent toujours observés et sous pression.

 

124

V     

• Si vous avez grandi dans un environnement instable

et dangereux, vous avez été pr ivé(e) de l’oppor tunité

de développer des relations de conance avec le reste

du monde. La peur et le doute sont vos réactions pa r

défaut. Toujou rs vigila nt(e) et su r vos ga rdes, vous

êtes sans cesse à l’affût du danger. Vous êtes souvent

freiné(e) par «la paralysie de l’analyse », c’est-à-dire

que vous faites une longue liste de tout ce qui pour rait

mal tour ner au lieu d’agir de façon productive. Votre

zèle vous protège sans doute, mais vos craintes vous

empêchent d’atteindre votre plein potentiel.

• Si vos pa rents vous ont aba ndon né(e) émotion nelle-

ment ou physiquement, au fond de vous, vous avez

toujou rs le senti ment d’êt re or phel i n(e). Vous vous

sentez incompr is(e) et, où que vous alliez, incapable

de vous intégrer. Votre cr itique intér ieur ronge votre

amour-propre en vous comparant sans cesse aux autres,

et en vous disant qu’ils ont toutes et tous une existence

plus heureuse, plus normale et plus enrichissante. Avec

le temps, vous risquez de succomber à la dépression et

à la jalousie et de ne jamais vous épanouir.

• Si vos pa rents vous harcelaient, vous avez appris très

jeune à survivre en privilégiant les relations de pouvoir.

Pour vous, le monde est sans merci et il est dangereux

de ba isser sa ga rde. I l vous est impossible d’avouer

vos vulnérabilités à quiconque, de fa i re cona nce à

quelqu’un et de le laisser vous réconfor ter. Vous vous

abritez derrière une armure qui vous protège, mais qui

vous isole aussi. Même si vous réussissez à atteindre

une position de pouvoir, vous vous sentez incroyable-

ment seul(e).

 

125

L’,  - 

Le chemin vers l’apaisement est tout aussi unique que l’ont

été les stratégies d’adaptation que vous avez développées pour

survivre. Grâce à une analyse de ces mécanismes complexes,

vous pouvez retracer votre histoire. Il n’est pas nécessaire que

vous rejetiez votre «moi adapté», qui est perfectionniste,

extrêmement anxieux ou qui cherche toujours à faire plaisir

aux autres. N’oubliez pas que votre mécanisme de défense

est une partie de vous tout à fait honorable, qui vous a aidé(e)

à survivre à des moments très difciles. Vous pouvez l’ac-

cueillir, le saluer et le respecter. S’il était une personne, vous

pourriez lui dire: «Merci de ton aide, brave petit soldat. Je

sais quoi faire maintenant, tu peux te reposer.» Faire face

à la source de votre souffrance émotionnelle est un tournant

essentiel du processus réparateur.

S’il est impossible de remonter le temps et de changer le

passé, cela ne veut pas dire qu’il doit peser sur vous toute

votre vie.

 

Transcender votre passé

 

Posez-vous les questions suivantes au sujet des membres de

votre famille:

• Est-ce qu’ils vous connaissent?

• Connaissent-ils l’être unique, non conventionnel, doué et

intense que vous êtes vraiment?

• Se rendent-ils compte que vous avez des besoins singuliers

à cause de votre hypersensibilité?

• Sont-ils capables de comprendre vos valeurs et vos

convictions?

• Savent-ils apprécier votre enthousiasme et votre passion

sans chercher à les tempérer?

 

126

V     

• Est-ce qu’ils respectent et acceptent votre vision du monde

et votre ambition, même si elles diffèrent de leur sphère

de référence?

 

Peut-être que oui, peut-être que non. Ou seulement de

temps en temps.

Le fait qu’ils ne soient pas capables de voir et d’entendre la

personne que vous êtes vraiment et de l’accepter pleinement

vous affecte beaucoup. Leurs opinions et leurs interférences

sont étouffantes, blessantes ou humiliantes.

Pour vous épanouir, vous avez besoin de ne pas être bri-

dé(e) par l’avis, les attentes et les préjugés de votre famille.

Si vous n’agissez pas sur vos blessures, sur les déclencheurs

qui suscitent en vous sans prévenir des accès de rage, un

sentiment de culpabilité ou de honte restera caché dans

l’ombre et continuera de vous prendre par surprise; il sabo-

tera vos relations, freinera votre créativité et entravera votre

développement personnel.

 

«Mes parents n’ont pas su, ou voulu, me donner l’amour dont

j’avais besoin.» Accepter cet te dure réalité exige de vous de

revenir courageusement sur des émotions telles que la pro-

fonde tristesse, la colère ou la souf france. Ces dernières sont

très pénibles mais temporaires, sauf si vous les bloquez. Si

vous savez que vous êtes sur la voie de la libération et laissez

ces émotions vous tr aver ser, vous serez récompensé(e) à

la fin du voyage. Dans le chapitre suivant, nous aborderons

plus en profondeur le processus nécessaire pour se libérer

du passé. Avec un peu d’entraînement, vous apprendrez peu

à peu à séparer la personne que vous êtes des projections de

votre famille. Vous pouvez dif férencier vos choix de vie des

 

127

L’,  - 

espoirs et des rêves non assouvis de vos parents, et refuser

qu’ils les vivent à travers vous. Vous avez aussi le droit de

vous libérer du besoin compulsif de vous occuper des autres,

de les secourir et de les conseiller. Vous méritez d’être aimé(e)

inconditionnellement pour qui vous êtes, et quels qu’aient été

les obstacles créés par vos parents, vous pouvez at teindre

cet objectif.

 

Au bout du compte, la famille biologique n’est pas la famille

de l’âme. Vos parents sont simplement les instruments qui

vous ont fait entrer dans l’Univers, et votre famille d’origine

est là où vous avez été placé(e) pour apprendre l’individuation,

la tolérance, la mansuétude et la compassion. Vous existez,

vous êtes par fait(e) et complet(ète) exactement comme vous

êtes ; celles et ceux qui formeront votre famille de cœur en

auront conscience, l’accepteront et le célébreront. Même si

votre enfance a été horriblement pénible et incomplète, il n’est

jamais trop tard pour vous accorder l’enfance que vous méritez.

 

Exercice de réf lexion: feuilleter l’album

de famille

 

Les albums de famille constituent une source d’informations

importante sur vos origines ainsi que sur les relations, les

traditions, les valeurs et l’histoire familiales. En regardant

d’anciennes photos de famille attentivement et en détail,

vous découvrirez des vérités et des schémas surprenants,

dont vous n’avez pas forcément conscience.

Choisissez un moment calme pour vous livrer à cet exer-

cice. Sortez les albums de famille ou votre collection de

 

128

V     

photos. Essayez de trouver une gamme de photos variée,

allant de réunions de famille du type mariage ou anniversaire

à des portraits sur le vif ou des photos de vacances. Passez

autant de temps que vous le souhaitez pour les consulter,

puis choisissez dix à vingt images qui vous interpellent.

Placez ces photos devant vous tout en consultant la liste de

questions ci-dessous. Répondez par écrit dans votre journal

intime. Souvenez-vous: personne n’a besoin de voir ce que

vous écrivez. C’est un espace privé qui vous permet de vous

focaliser sur ce qui a été ignoré, de reconnaître ce qui a

été négligé et d’exprimer le non-dit. Faites de votre mieux

pour ne pas laisser la honte, la culpabilité ou la colère vous

empêcher d’écrire; au lieu de cela, jetez ces émotions sur

le papier et donnez-leur l’opportunité d’être exprimées et

digérées.

En passant les photos en revue, attachez-vous à la qualité

des liens entre les membres de la famille.

• Qui a tendance à se tourner vers qui pour demander quoi?

• Est-ce que certains membres de la famille sont souvent

photographiés côte à côte?

• Penchez-vous sur la dynamique de pouvoir ; qui est le

plus souvent le chef?

• Qui exprime le plus volontiers ses émotions, et qui fait

exactement l’inverse?

• Est-ce que vous pouvez identier la personne qui a pris

ces photos? Quels sentiments sont exprimés par le ou

les photographes?

• Quelles émotions sont bien ou mal accueillies par cette

famille (par exemple, l’enthousiasme est bien accueilli

mais pas la colère)? Qui décide de ce qui est acceptable

ou non?

 

129

L ’,  - 

• Comment les conits ou les désaccords sont-ils gérés?

Qui en décide?

• Que se passe-t-il quand quelqu’un fait une erreur ou se

heurte à un obstacle?

• Ya-t-ilunedifférenceentrelafaçondontlafamillesepré-

sente au monde extérieur et ce qui se passe en coulisse?

• Être enfant au sein de cette famille, comment était-ce?

• Est-ce que la dynamique familiale a changé au cours des

années ou est-ce qu’elle est restée la même?

• Si vous pouviez retirer quelqu’un de ces photos, de qui

s’agirait-il?

• Si vous pouviez ajouter quelqu’un sur ces photos, de qui

s’agirait-il?

 

Trèssouvent,unmembredelafamilleassumeunrôlepar-

ticulier, qui représente des schémas comportementaux récur-

rents grâce auxquels il s’inscrit dans la famille 19 . Maintenant,

demandez-vous à qui correspondent ces différents rôles dans

votre famille (il peut s’agir de vous):

• L’enfant chéri, la erté de la famille, qui réussit tout.

• Le chef, l’autorité qui organise toute la vie de la famille et

surquitoutlemondecomptepourrésoudrelesproblèmes.

• Le sauveur, qui s’intéresse aux émotions des autres, court

à leur rescousse et accorde toujours la priorité à leurs

besoins plutôt qu’aux siens.

• Le conciliateur, qui agit pour maintenir la paix et fait

tampon en cas de conit.

• Le bouc émissaire, à qui l’on attribue la responsabilité de

tout ce qui affecte négativement la famille.

• La brebis galeuse, qui est différente, exclue, marginale,

«bizarre».

 

130

V     

• L’enfant perdu, l’enfant obéissant, calme et soumis, que

personne ne remarque.

• Le clown, qui distrait tout le monde et utilise son sens

de l’humour pour désamorcer les conits éventuels; ses

véritables émotions peuvent être bien cachées.

 

Rééchissez maintenant aux liens que vous entretenez

avec les différents membres de la famille et aux limites

personnelles que vous avez instaurées dans le présent comme

dans le passé – sont-elles saines?

• De qui étiez/êtes-vous le plus proche?

• Par qui vous sentiez/sentez-vous le plus aimé(e)?

• Qui aviez/avez-vous le plus envie de protéger?

• Est-ce que vous vous sentiez/sentez en sécurité au sein

de votre famille?

• Entreteniez/entretenez-vous une relation de codépendance

avec un ou plusieurs membres de la famille?

• Avez-vous le sentiment que vous avez toujours essayé de

changer la personnalité d’un ou de plusieurs membres

de la famille?

• Est-ce que vous vous sentez contraint(e) de vous plier à

certaines règles ou à certains rituels de famille?

 

Inter rogez-vous sur les suppositions, les attentes et les

manipulations qui vous ont affecté(e), sans doute toute

votre vie, malgré vous. Vous serez peut-être pr is(e) pa r

le doute, mais essayez de faire conance à ce que vous

ressentez sa ns vous préoccuper des appa rences ou des

mythes entretenus pa r la fam ille. Vous avez désor mais

le droit d’extérioriser les vérités que vous avez adm ises

au sujet de votre fam ille.

 

131

L’,  - 

Il est possible que cet exercice provoque en vous des

émotions intenses. Une fois que vous l’aurez terminé, prenez

un moment pour vous recadrer. Passez rapidement votre

corps en revue; remarquez-vous des tensionsou d’autres

types de manifestations physiques? Faites état de tous vos

sentiments, même s’ils semblent mitigés et irrationnels – la

tristesse, le chagrin, la colère, l’envie, la peur, la culpabilité,

la honte, la joie, la gratitude. Explorer vos émotions et écrire

votre vérité ne présente aucun danger. Vous n’avez rien fait

de mal ni blessé personne. Imaginez que vous inspirez de

la compassion pour la relâcher dans les parties tendues de

votre corps. S’il vous paraît difcile de faire preuve de

générosité à votre propre égard, pensez à une personne ou

à un enfant que vous aimez, et remarquez la douceur qui

s’installe dans votre cœur. Ensuite, essayez de diriger cette

tendresse vers vous-même.

Pour nir, refermez votre journal intime, prenez un instant

pour rééchir à l’expérience que vous venez de vivre dans

son ensemble et félicitez-vous de vous être accordé(e) ce

moment pour trouver l’apaisement.

 

Se libérer du passé

 

Alors que vous revisitez les blessures douloureuses du passé,

le concept du «pardon» peut vous sembler intimidant. Il

est tendancieux, vague et teinté d’associations moralistes.

Dans cette section, nous nous pencherons sur ce que signie

se libérer du traumatisme de ne pas avoir pu compter sur

votre entourage pendant votre petite enfance. Le processus

de guérison implique de faire face à la douleur générée par

 

132

V     

ces jeunes années au cours desquelles on n’a pas su répondre

à vos besoins, de prendre conscience du ressentiment que

vous entretenez à l’égard de vos parents, et de trouver une

façon de gérer vos relations présentes et futures avec votre

famille. L’objectif ici n’est pas de vous apitoyer sur vous-

même ni d’accuser qui que ce soit, mais de reconnaître la

souffrance qui est en vous, pour vous aider à éliminer les

poisons affectifs qui entravent votre épanouissement.

L’idée est de vous libérer du passé, non pas pour le béné-

ce de quelqu’un d’autre ni parce que la société l’exige, mais

parce que vous brûlez d’envie d’être libre. Cette démarche

ne signie en aucun cas que vous devez changer ou faire

conance à celles et ceux qui vous ont fait du mal. C’est une

quête dont le but est de vous libérer vous-même et qui vous

offrira de nombreuses récompenses en n de course. Elle

vous permettra de ne plus projeter les ombres du passé sur

vos relations amoureuses et de ne plus laisser la colère ou

des attentes irréalistes teinter votre amour. Elle vous aidera

aussi à ne plus être sous l’emprise d’un sentiment de honte

intériorisé, d’un manque d’amour-propre, d’addictions ou

de compulsions, et vous ne serez plus systématiquement

attiré(e) par des relations abusives ou déséquilibrées. Cela

vous donnera aussi l’énergie nécessaire pour poursuivre vos

rêves et vos objectifs. Cette section présente les cinq phases

de ce processus. Bien qu’elles soient présentées de façon

linéaire, en réalité elles ne sont pas totalement distinctes et

ne s’organisent pas chronologiquement. Il est possible que

vous abordiez plusieurs phases simultanément ou que vous

repassiez régulièrement de l’une à l’autre. Les voici:

• Phase 1: Admettre la vérité

• Phase 2: Laisser libre cours à la colère

 

133

L ’,  - 

• Phase 3: Accepter sa peine et se réconcilier avec la réalité

• Phase 4: Faire preuve de compassion

• Phase 5: Établir un nouveau rapport de force

 

Phase 1: Admettre la vérité

 

Avanttoutechose,ilestprimordialdemettreaujourcequia

étéenfouitoutevotrevie.Commevousvoussentezresponsable

du bien-être affectif de votre famille, vous avez tendance à

minimiser ce que vous avez enduré. Quand quelqu’un vous

interroge sur votre passé, votre réponse par défaut est: «J’ai

eu une enfance heureuse.» Et si votre réponse est remise en

question,vousvousempressezd’ajouter:«Ilsontfaitdeleur

mieux»ou:«Ilyadesenfantspourquic’estbienplusdur.»

Vous êtes incapable de dire quelque chose de négatif sur vos

parents.Vousvoussentezmêmecoupabledenepasavoirété

quelqu’unde«plusheureux»,étantdonnéquedel’extérieur,

toutsemblaitparfait.Vousavezpeudesouvenirsdevotrepetite

enfance,ouvousvousheurtezàunmurdeprostrationpsycho-

logiquequandvousvouslivrezàuneintrospection.Commele

traumatisme que vous avez vécu était presque invisible, vous

avez du mal à l’admettre. Pourtant, fermer les yeux ne le fait

pas disparaître. Pardonner n’est pas oublier; en fait, l’oubli

est l’antidote du pardon. Tant que vous garderez votre passé

enfoui et que vous étoufferez votre colère, l’état d’harmonie

que vous afchez ne sera que superciel. En adoptant une

fausse compassion et en évitant le problème, vous ne faites

quemettreunpansementsuruneplaiequin’apaseuletemps

decicatriser,etvousreproduisezdesschémasdysfonctionnels

qui risquent d’être transmis à la génération suivante.

 

134

V     

Vous avez peut-être la sensation que vous ne pouvez pas

vous permettre de retourner à la source de votre traumatisme,

mais la réalité est que vous ne pouvez pas vous permettre de

ne pas le faire. Vous vous devez de le faire, car vous n’avez

qu’une vie. En niant ce qui vous est arrivé, vous laissez le

traumatisme s’installer au fond de vous, comme congelé 20 ,

et vous forcer à vous dissocier de certaines parties de vous-

même. Au fur et à mesure que cette dissociation s’installe,

vous perdez aussi l’aptitude de créer des liens avec les autres

et vous devenez déprimé(e), incapable d’évoluer dans la vie,

dans vos relations humaines et même dans votre thérapie.

Cela devient vite un cycle autodestructeur qui vous main-

tient dans un état de suspension – ni totalement en vie, ni

totalement mort(e). Comme le décrit Donald Kalsched dans

Trauma and the Soul, les individus enfermés dans cette

situation ne se sentent pas complètement ancrés dans la

réalité et sont incapables de se vouer pleinement à quelque

chose ou à quelqu’un 21 . Ils sont suspendus dans les limbes et

vivent une «existence provisoire». Ce vide intérieur est un

désastreux suicide de l’âme et n’est pas moins dévastateur

que votre traumatisme d’origine.

Vous pouvez aussi être pris(e) au piège du déni si votre

famille s’entête à nier le problème. Les parents émotion-

nellement instables pensent faire de leur mieux, mais au

fond d’eux, ils savent qu’ils n’ont pas su répondre à vos

besoins. Pa radoxalement, ils transfèrent alors sur vous

leurs sentiments inconscients de honte et de culpabilité

en vous poussant à vous dénir comme étant un(e) enfant

gâté(e) ingrat(e). Ils compensent éventuellement en vous

achetant une abondance de biens matériels pour que, de

l’extérieur, vous sembliez être très aimé(e). L’ensemble de

 

135

L’,  - 

la famille peut aussi parler de vous comme si vous étiez un

peu «irrationnel(le)». Si vous osez partager votre version

des faits en dehors de la famille, on vous punit et vous

reproche votre ingratitude et vos exigences excessives.

Toutefois, enfouir cette vérité en vous ne fait que générer

un cercle vicieux qui vous enferme dans un état de codé-

pendance. C’est pourquoi il vous faut faire face à la réalité,

aussi déplaisante et douloureuse soit-elle pour vous comme

pour votre entourage.

Pour commencer, vous pouvez remettre en question la

version de votre enfance à laquelle vous vous êtes accro-

ché(e) jusqu’à présent et la isser les souvenirs resurgir.

C’est un acte complexe et pourtant libérateur d’admettre

que vos parents n’étaient pas les superhéros dont votre moi

enfant aurait eu besoin, mais des êtres humains blessés et

limités. Leur comportement était peut-être une réaction

à leurs propres sentiments d’insécurité, projections, trau-

matismes ou blessures. Ils n’ont pas su comprendre votre

hypersensibilité et votre intensité, ils se sont sentis menacés

par votre intuition et ont essayé d’étouffer votre voix. Ils

vous ont utilisé(e) pour compenser les aspects médiocres

de leur vie et pour porter l’anxiété qu’ils n’avaient pas la

force de supporter.

Pour guérir vos blessures, vous n’avez besoin d’accuser

personne ni même d’affronter votre famille. Vous pouvez

choisir de partager votre histoire avec quelqu’un en qui

vous avez conance ou avec votre thérapeute, ou encore

préférer faire cette démarche en privé. Essayez, par exemple,

de vous adresser à une chaise vide, ce qui vous permettra

d’exprimer sans conséquences ce qui doit être dit. Vous

pouvez aussi écrire une lettre ouverte à vos parents, que vous

 

136

V     

n’enverrez pas, ou créer une œuvre artistique ou musicale

qui exprime votre histoire. Vous pouvez même recourir à

ce que les psychologues appellent la «répétition d’imagerie

mentale» 22 , qui consiste à imaginer que l’on retourne dans

le passé en tant qu’adulte plein de ressources an de se

visualiser en train de prendre la défense d’un soi plus jeune,

vulnérable et sans défense. Le réseau de neurones actif dans

notre cerveau fonctionne d’une façon mystérieuse; même

si on ne peut pas changer le passé, la recherche médicale a

démontré qu’imaginer une histoire modiée peut avoir des

effets thérapeutiques remarquables.

La première étape consiste donc à reconnaître ce qui s’est

véritablement passé et, si possible, à demander justice. S’il

n’est pas envisageable de recevoir des excuses, vous pouvez

au moins accepter la réalité imparfaite telle qu’elle est et

vous soulager du besoin de vivre un mensonge.

 

Phase 2: Laisser libre cours à la colère

 

La colère est l’un des éléments les plus complexes de ce

processus de libération. Notre environnement culturel nous

poussesouventàpenserquelacolèreestunemauvaisechose,

qu’elle est synonyme d’agressivité et qu’elle nous éloigne

des autres. Les autorités et les institutions nous entraînent à

réprimer notre colère pour ne pas perturber notre entourage.

Éprouver du ressentiment à l’égard de nos parents est aussi

un tabou social. C’est pourquoi votre rage, quoique légitime,

vous pousse sans doute à culpabiliser. Cela fait peut-être des

années que vous la réprimez, la transférez ou la déformez. Or

plus vous diabolisez votre colère, plus elle risque de grandir.

Plus vous la rejetez, plus elle s’accroche.

 

137

L’,  - 

Quand vous étiez enfant, admettre que vos parents vous

négligeaient ou vous maltraitaient était une idée dangereuse,

car ils étaient les seules personnes sur qui vous pouviez

compter. Si vous étiez conscient(e) que vos parents ne tolé-

reraient pas une confrontation, ou que vous seriez puni(e) si

vous exprimiez ce que vous ressentiez, il est évident que vous

n’avez pas osé critiquer les gures d’autorité dont la bonne

volonté était essentielle à votre survie. Cela peut conduire à

un processus psychodynamique consistant à «se retourner

contre le moi» 23 , c’est-à-dire que l’on redirige la colère et

le ressentiment vers soi-même. Vous faire des reproches a

donné à votre jeune esprit un sentiment de contrôle. Au lieu

de reconnaître que vous étiez sans défense ou d’admettre

l’horreur d’une situation où vous étiez à la merci de parents

peu ables, vous avez préféré croire que vous étiez la cause

du problème. Cela vous permettait de penser que vous pour-

riez améliorer les choses – en devenant un enfant plus sage

ou en leur faisant plaisir. Vous reprocher la situation était un

moyen d’expliquer l’injustice intolérable qui s’était produite

et, à ce moment-là, c’était une situation plus supportable.

Comme l’explique le psychologue Ronald Fairbairn: «Il

est préférable de commettre des péchés dans un monde

créé par Dieu, plutôt que de vivre dans un monde créé par

le diable.» 24

Mais, à long terme, retourner la colère contre soi n’est

pas une stratégie de défense viable. Si vous intériorisez

votre colère, vous risquez de devenir psychologiquement,

voire physiquement, violent(e) envers vous-même. Pour vous

libérer du passé, il faut briser ce cycle infernal. La vérité est

que la colère, comme toutes les autres émotions, n’est ni une

bonne ni une mauvaise chose. C’est une réaction naturelle

 

138

V     

lorsque quelqu’un n’a pas respecté vos limites ou vos valeurs.

Par essence, la colère est un cri d’appel à l’aide. Si vous y

regardez de plus près, vous trouverez de la tristesse derrière

la colère et une grande souffrance dans cette tristesse en

attente d’être soignée et assimilée. La colère est une émotion

saine, si on la considère comme telle; elle n’est destructrice

que si vous la transformez en arme contre vous-même ou

contre les autres. Quand elle est maîtrisée correctement, elle

vous pousse à agir positivement.

Au départ, vous vous sentirez peut-être coupable de vou-

loir vous exprimer. Vous craignez que celles et ceux que

vous aimez supportent mal la vérité et que la famille se sente

trahie. Mais quelle qu’ait été la cause du comportement de

vos parents, que ce soit un traumatisme d’enfance ou un

manque de compréhension, cela n’annihile pas la douleur que

vous avez éprouvée. Ce n’était pas à vous, en tant qu’enfant,

de leur trouver des excuses ou de les protéger. Pour canaliser

une colère plus saine, posez-vous la question suivante: que

ressentiriez-vous si ce que vous avez vécu arrivait à un enfant

que vous aimez? Si la vérité brute était présentée devant un

jury, comment protégeriez-vous cet enfant pour préserver

son bien-être?

Il y a de nombreuses façons de réagir à la colère; au lieu

de chercher à vous en débarrasser en rationalisant, essayez de

la laisser circuler dans votre corps. Vous pouvez le faire en

produisant des mouvements ou des sons, ou encore en vous

exprimant à travers une œuvre artistique. Commencez par

considérer la colère comme une forme d’énergie pure, sans

émettre aucun jugement à son égard. En prenant conscience

de votre corps, vous sentirez les pulsations que la colère

crée dans vos cellules. Imaginez ensuite que vous êtes une

 

139

L’,  - 

canalisation que l’esprit de la colère pourrait traverser, pour

nir par sortir de votre système. Si vous n’avez pas peur de

la relâcher petit à petit, la colère ne s’accumulera pas jusqu’à

nir par exploser.

Une fois que vous aurez instauré une relation saine avec

votre colère, vous remarquerez les changements suivants:

• Si quelqu’un vous blesse, vous saurez prendre votre

défense, sans succomber à la dépression.

• Si une injustice se produit, vous pourrez transformer votre

rage en une énergie qui pousse à l’action.

• Si quelqu’un ne respecte pas vos limites, vous mettrez

les choses au clair sans agressivité et sans être sur la

défensive.

 

Il est primordial que vous trouviez un équilibre entre

l’énergie de la compassion et une forme saine de colère,

sinon vous risquez de ne pas vraiment pardonner. Vous ne

pouvez pas pardonner immédiatement aux autres sans avoir

d’abord reconnu la souffrance dont vous avez été victime.

Une colère saine est la meilleure façon de sentir le courage

envahir votre corps, d’avoir les idées claires et d’acquérir la

puissance d’esprit dont vous avez besoin. Une fois que vous

apprécierez sa vraie nature, vous l’accepterez, et même la

chérirez, comme une force vitale essentielle.

 

Phase 3: Accepter sa peine et se

réconcilier avec la réalité

 

Est-ce que vous vous demandez parfois pourquoi vous

êtes encore déstabilisé(e) par vos parents bien qu’ils soient

âgés, fragiles et vivent loin de vous? Même après avoir pris

 

140

V     

vos distances et fondé votre propre famille, à chaque fois

que vous les contactez ou leur rendez visite, vous régressez

et redevenez l’enfant de cinq ans ou l’adolescent(e) fébrile

que vous étiez. Au fond de vous, vous savez pertinemment

que vous devez couper les ponts avec le passé; sinon, vous

risquez de rester enfermé(e) dans ce passé, dans la colère et

le ressentiment, et d’être toujours à eur de peau.

Vous n’êtes pas seul(e) dans cette situation. L’être humain

a tendance à continuer de frapper à la mauvaise porte pour

combler ses besoins, même quand le résultat est systéma-

tiquement décevant. Si vous vous interrogez sur le type de

réaction que vous attendez de vos parents, vous arriverez

sans doute à ce genre de constat: vous espérez qu’ils vous

offrent attention, réconfort, appréciation, célébration de vos

succès et de vos accomplissements. Inconsciemment, vous

souhaitez encore que vos parents répondent aux besoins

affectifs qui ont été négligés pendant votre enfance. De

temps en temps, ils semblent réagir comme vous l’espé-

riez, et cela vous apporte une lueur d’espoir, mais quand

ils vous blessent à nouveau, vous regrettez d’y avoir cru, et

le cycle continue. Même si votre esprit sait que vous êtes

désormais adulte, votre corps conserve le souvenir viscéral

des déceptions. C’est pourquoi, quand ils vous déçoivent

à nouveau, il est normal que vous répondiez par la colère,

la tristesse, le regret et ressentiez des craintes dignes d’un

enfant apeuré. En psychologie, ce comportement cyclique

est appelé «compulsion de répétition».

À première vue, la peine ne semble pas être une émotion

pertinente, mais votre compulsion de répétition s’explique

par votre refus de tourner la page. Habituellement, nous

devons faire le deuil de quelque chose que nous avons perdu,

 

141

L’,  - 

mais dans le cas présent, vous pleurez quelque chose que

vous n’avez jamais eu: les parents que vous souhaitiez ou

l’enfance dont vous aviez besoin. Vous désirez et espérez

encore ardemment que cette réalité se concrétise. Au fond

de vous, vous continuez de vouloir que vos parents vous

aiment comme vous le mériteriez. Malheureusement, cher-

cher sans cesse à obtenir d’eux quelque chose qu’ils ne sont

pas capables de vous donner ne peut conduire que de décep-

tion en déception.

En faisant le deuil de votre enfance perdue, vous acceptez

une «souffrance constructive» qui nira par vous libérer.

La psychanalyste jungienne Helen Luke compare à l’enfer

la peine qui nous pa ralyse : « Ta nt que nous essayons

de fuir nos divers enfers, nous restons irrémédiablement

enchaînés; nous ne pouvons nous libérer de ces souffrances

infernales que d’une façon: en acceptant un autre type de

souffrance, la souffrance d’expier ses péchés, plutôt que

de se résigner à une damnation dépourvue de sens.» 25 Il

vous faut donc briser vos espoirs et vos rêves d’enfance

idéale. Vous devez accepter la dure réalité : des excuses

vous sont dues mais ne se matérialiseront peut-être jamais.

Vous devez vivre avec le fait que vos relations familiales

ne seront jamais celles que vous souhaitiez. Admettre la

possibilité que les choses ne changeront jamais. Votre

expérience d’enfant est injuste et injustiée, et pourtant c’est

la seule que vous avez. Il est toujours préférable d’accepter

la réalité telle qu’elle est plutôt que d’essayer de la changer

et d’être déçu(e) à chaque fois. Au départ, on a l’impres-

sion d’accepter une défaite, or dans la vie, pour gagner la

guer re, il faut pa rfois perdre une bataille. Renoncer au

«monde fantaisiste» auquel vous vous accrochez depuis

 

142

V     

si longtemps vous ouvrira les por tes d’une réalité riche

et solide. Soigner votre dépression ne consiste pas à la

remplacer par des émotions joyeuses, mais à l’examiner

de façon solennelle pour pouvoir en sortir.

Une fois que vous aurez complètement accepté le passé,

vous arriverez sans doute à avoir des interactions plus faciles

avec vos parents. Du moment que vos attentes sont réalistes,

vous pour rez même apprécier d’être ensemble. C’est en

admettant avec lucidité les limites des autres et le fait qu’ils

sont humains que vous accéderez à l’amour. Faire le deuil de

ce que vous n’aurez jamais et accepter le dysfonctionnement

de votre famille vous permettra d’entretenir des relations

plus profondes, non seulement avec cette dernière mais aussi

avec tous ceux et celles qui vous entourent. Au départ, c’est

une démarche extrêmement pénible, puis, si vous pouvez

apprivoiser votre douleur pour combler le vide de votre

âme, vous échapperez au cycle inni de la déception et du

désespoir.

 

Phase 4: Faire preuve de compassion

 

De nombreuses études ont démontré que beaucoup de trau-

matismes sont transgénérationnels. Les caractéristiques

dysfonctionnelles de vos parents ne viennent pas forcément

d’eux, mais des blessures dont ils ont hérité. Chez chaque

parent, il existe ce qu’on appelle dans le domaine de la psy-

chanalyse un «mauvais parent introjecté». Il a «introjecté»

– absorbé et adopté – les attitudes et les comportements

dysfonctionnels de ses propres parents. Un peu comme dans

Docteur Jekyll et Mister Hyde, ces deux facettes d’un même

parent peuvent alterner. Il peut être aimant un jour puis,

 

143

L’,  - 

s’il est stressé, son prol «introjecté» revient à la surface,

et il vous surprend en étant colérique, froid ou cruel. Une

part du processus de libération consiste à apprendre à voir

chez vos parents la facette du «bon parent» et celle du

«mauvais parent». C’est une façon de découvrir la com -

plexité des êtres humains: personne, pas même vous, n’est

unidimensionnel. Ainsi vos parents peuvent être à la fois

une source d’enrichissement et de déception, d’amour et de

cruauté. Ce type de paradoxes aurait été impossible à saisir

avec la capacité mentale d’un enfant, mais c’est maintenant

à votre portée. Si vous considérez vos parents non pas avec

les yeux d’un(e) enfant qui souffre mais avec ceux d’un(e)

adulte bienveillant(e), vous constaterez peut-être à quel point

ils sont malheureux et blessés et à quel point leur condition-

nement les laisse sans défense. Eux aussi ont été traumatisés

par la négligence, les mauvais traitements ou les attaques

de leurs parents.

Prenez quelques instants pour rééchir à leur vie. Cet

exercice peut être accompagné de photos de vos parents

quand ils étaient petits (si vous en avez).

• À quoi rêvaient-ils et que voulaient-ils devenir quand ils

étaient jeunes?

• Dans quelle mesure la cruauté et la dureté des hommes

les ont-ils déçus?

• Qu’est-ce qui les a privés de leur innocence et a trahi

leur conance?

 

À la réexion, vous comprendrez peut-être mieux les

phénomènes suivants:

• S’ils portent des jugements très catégoriques sur les autres,

c’est parce qu’ils se jugent eux-mêmes.

 

144

V     

• S’ils sont toujours sur la défensive, c’est parce qu’au fond

d’eux,ilssesententcoupablesetonthontedecequ’ilssont.

• S’ils vous disent que vous êtes responsable de vos dif-

cultés et de votre malheur, c’est parce que, dans une

certaine mesure, ils ont échoué dans leur rôle de parents.

• Si vous regardez au-delà des apparences, vous verrez

dans leur psychisme les enfants apeurés qui sont en eux.

 

Repensez à un jour où le comportement de vos parents

a déclenché une émotion forte en vous et demandez-vous:

«Commentréagirais-jes’ils’agissaitd’unétranger?»Essayez

deconsidérervosparentsnoncommevotrepèreetvotremère,

maiscommedesêtreshumainsqui,commevous,poursuivent

leur propre chemin, aux prises avec les situations difciles et

universelles de l’existence, telles que la mort, la souffrance

et l’incertitude. Cela vous aidera à ressentir pour eux une

compassion objective. Cette forme de compassion est une

autre facette de l’amour qui, cette fois, n’est pas étouffante, ne

vous enlève rien et peut-être appliquée au reste de l’humanité.

Savoir que vos parents sont motivés par des blessures dont

ils ont hérité vous permet de ne pas prendre personnellement

ce qu’ils font ou ce qu’ils disent. Vous n’avez pas besoin de

réagir à leurs accusations, de les contester ni de les prendre

en considération. Si vous ne mettez pas d’huile sur le feu,

les «mauvais parents» qui sont en eux n’ont plus personne

envers qui être cruels, plus d’ennemi à attaquer, et ils niront,

petit à petit, par cesser de se manifester. Cela ne signie pas

que vous approuvez, acceptez ou tolérez leurs attaques; vous

réagissez simplement en adulte responsable. En adoptant une

perspective plus large qui implique de la compassion, vous

nirez par vous libérer vous-même.

 

145

L’,  - 

Phase 5: Établir un nouveau rapport de

 

force

 

Consciemment ou inconsciemment, beaucoup d’entre nous

sont convaincu(e)s de devoir quelque chose à leurs parents.

D’une façon ou d’une autre, on nous a persuadé(e)s que nous

devrions être responsables de leurs moyens d’existence, de

leur bien-être et de leur bonheur en devenant adultes. Le

sentiment d’avoir une dette envers eux nous entraîne dans

une dynamique d’enchevêtrement ou nous enrôle de force

dans une mission de sauvetage. Vous pouvez vous sentir

responsable de vos parents parce qu’ils ont fait des sacrices

pour vous, mais cela peut rapidement se transformer en un

sentiment de culpabilité toxique et provoquer du ressentiment.

La vérité est que l’on ne peut pas se contraindre à aimer par

loyauté ou par piété liale. La compassion sincère vient

naturellement sans qu’un sens de la responsabilité nous

soit imposé.

Le poète Khalil Gibran partage ainsi une vision de la

relation entre parents et enfants qui pousse à rééchir 26 .

 

«Vos enfants ne sont pas vos enfants.

Ils sont les ls et les lles que la

Vie désire pour elle-même.

Ils passent par vous mais ne viennent pas de vous,

Et bien qu’ils soient avec vous,

ilsnevous appartiennent pas.»

 

Gibran poursuit en comparant les parents à des arcs qui

lancent leurs enfants, ces derniers étant eux-mêmes des

èches vivantes. L’esprit des enfants ne devrait pas être

 

146

V     

inltré par les priorités des parents, et les enfants ne devraient

pas être otages d’un amour conditionnel.

La prose de Gibra n nous invite à repenser qui nous

sommes en relation à nos parents. Les personnes croyantes

savent dès le départ que leurs enfants sont avant tout «les

enfants de Dieu», mais il n’est pas nécessaire d’être adepte

d’une religion pour adopter une perspective spirituelle.

Comme tout ce qui vous entoure, vous faites partie de la

nature. Imaginez-vous sous la forme d’une toute petite

graine qui n’a pas été produite pa r votre père ou votre

mère mais par une source de vie universelle. Comme un

animal sauvage, ou comme un arbre dans la forêt, vous

faites partie d’un processus organique. Pensez aux cycles

de la nature: les choses sont produites sans que personne

ne les possède. Les éléments nutritifs de la terre, la lumière

du soleil et la pluie se livrent sans rien exiger en retour. La

nature ne demande pas à un chêne de devenir un sapin, ni à

une rose de devenir un tournesol; elle souhaite que chaque

chose soit ce qu’elle est censée être. Elle respecte votre

trajectoire personnelle et veut que vous deveniez la version

la plus authentique de vous-même. Aussi excentrique ou

différent(e) que vous soyez, vous méritez un amour et un

respect inconditionnels.

Vous ne devez rien à vos parents et vous n’êtes pas res-

ponsable de leur vie. Vous êtes l’enfant de la nature, et vos

parents ne sont que l’instrument qui a facilité votre venue

au monde.

O ut re le fa rdeau des fausses responsabi l it és, vous

reproduisez aussi les mêmes schémas en boucle, car vous

espérez inconsciemment qu’ils vont réagir différemment.

Ces fr ustrations à répétition viennent du besoin que vous

 

147

L’,  - 

éprouvez de voir vos parents faire ce que vous croyez juste

ou bon pour eux. Pour tant, tout comme ils ne devraient

pas avoi r d’empr ise su r vous, vous n’avez pas le d roit

de vouloir les changer. La réciproque de la for mule de

Gibran, « vos enfants ne sont pas vos enfants », serait :

« Nos pa rents ne sont pas nos pa rents. » Tout com me

n’importe quels étrangers, ce sont des êtres humains avec

qui nous nous trouvons sur ter re, et ils ont leur propre

person na lité et leu r propre ex istence. Vous n’êtes pas

responsable du bien-être de vos pa rents et vous n’avez

pas le droit de décider de ce qu’ils doivent faire de leur

existence. Ce qui vous semble dysfonctionnel et limité est

peut-être ce qu’ils peuvent faire de mieux; et même si ce

n’est pas le cas, ce n’est pas à vous de leur dicter la façon

de remédier à leurs décisions. Les individus qu’ils sont

ont été déterminés et décidés avant votre naissance, et ils

n’ont eux-mêmes que très peu de contrôle sur la situation.

Vous pouvez négocier les ter mes de vos échanges, mais

vous ne modierez pas leur personnalité selon vos besoins.

Vous pouvez contrôler vos actions et les effor ts que vous

faites, mais vous n’avez pas d’emprise sur la façon dont

vos parents y répondront.

Pour vous libérer, vous devez abandonner l’espoir que

vos parents vous traitent avec l’amour et le respect dont

vous avez besoin. Quand vous sauterez le pas et que vous

vous séparerez d’eux, ils pourront réagir de façon agressive,

menaçante ou accusatrice. Vous reprocher votre traîtrise,

votre égoïsme ou votre ingratitude. La rigidité des stratégies

de défense qu’ils utilisent depuis des années peut les empê-

cher de se montrer sincèrement empathiques, authentiques,

et de considérer votre perspective. Ils seront peut-être

 

148

V     

envahissants, hystériques et péremptoires toute leur vie

et vous ne pour rez pas faire grand-chose pour l’éviter.

Cela peut être particulièrement pénible à supporter, mais

en réalité, même si vous discutiez avec eux pendant des

heures, vous n’obtiendriez pas justice. Plus vous investirez

de temps et d’énergie dans cette bataille perdue d’avance,

plus vous vous éloignerez de la vie que vous souhaitez

vraiment et que vous méritez.

Même si les excuses et la rédemption ne sont pas tou-

jours une option, il est en votre pouvoir de gérer les déclen-

cheurs émotionnels, de xer vos limites personnelles et

d’entretenir des relations saines avec votre famille. Avec

la force d’un(e) adulte sûr(e) de lui ou d’elle, vous avez

désor ma is le pouvoi r de modier vos réactions et vos

interactions avec eux. Si vous continuez à vous conduire

en famille avec l’état d’esprit d’un(e) enfant, vous facilitez

à votre insu une situation dans laquelle vous êtes traité(e)

comme tel(le). Par contraste, vous pouvez rester ancré(e)

dans votre réalité d’adulte indépendant(e) pour échapper

au cycle de contrôle toxique et entamer une conversation

d’adulte à adulte. La relation de codépendance ne continue

d’exister que si les deux parties s’y prêtent. Par exemple,

quand vous afrmez ce que vous êtes prêt(e) à accepter ou

pas, il faut que les membres de votre famille renégocient

avec vous les limites personnelles de chacun. Même s’ils

ne réagissent pas de la façon que vous auriez espérée, au

moins vous vous serez exprimé(e). La plupart du temps,

toutefois, quand on inter rompt le schéma de communica-

tion, le changement se répercute inévitablement dans la

str ucture familiale.

 

149

L’,  - 

La mise en pratique

 

Quand nous vivons des expériences difciles et traumatiques,

nous avons tendance à penser que nous pouvons «continuer

à vivre normalement» en prenant de la distance, en évitant

d’y penser ou en effaçant complètement nos souvenirs. Mais

si vous faites barrage à une colère saine et à l’opportunité de

vous afrmer, vous vous empêchez également de connaître

la joie et de vous sentir en vie. Votre déni n’affecte pas

seulement vos relations avec celles et ceux qui n’ont pas

su prendre soin de vous, mais aussi avec vos ami(e)s, vos

partenaires et l’ensemble de la communauté. Ce n’est qu’en

laissant libre cours à toutes vos émotions – la colère comme

la fragilité – que vous vivrez pleinement et serez engagé(e)

avec les autres de façon authentique.

Soigner les blessures du passé n’est pas un processus

linéaire, ordonné et dénitif. Pour être de taille à entraîner

des changements profonds et durables, il doit être par nature

cyclique et chaotique. Au départ, en ouvrant la porte des

souvenirs pour laisser resurgir toutes les blessures du passé,

vous traverserez sans doute une phase durant laquelle vous

oscillerez constamment entre amour et haine, ressentiment

et gratitude, besoin de liens forts et envie de prendre de la

distance. Pendant cette période houleuse, vous cherchez

l’apaisement en vous rappelant que, même si ces émo-

tions sont intenses et réelles, elles ne représentent pas une

menace. Laisser votre système les assimiler nira par vous

libérer. N’ayez pas peur si, dans un moment de rage, vous

n’arrivez pas à percevoir l’amour et le calme à l’horizon.

Autorisez-vous à ressentir votre peine, à vous heurter aux

déceptions, à éprouver de la colère. Il n’y a aucun danger à

 

150

V     

faire l’expérience de toutes les nuances d’émotions; quand

votre cœur sera prêt, il retrouvera la voie du calme. À la

n de ce processus, la trace de ces blessures restera peut-

être en vous, puis au fur et à mesure les plaies ouvertes se

refermeront, ce ne seront plus que des cicatrices. Même si

un déclencheur se manifeste, il ne vous fera plus ressentir

le même degré de charge émotionnelle.

 

Pardonner conduit à ne plus penser en noir et blanc et à

mieux comprendre la complexité des relations, qui impliquent

paradoxalement l’amour mais aussi la colère, la douleur et la

frustration. Vous pouvez apprendre à aimer et à être aimé(e)

sans pour autant approuver, accepter ou tolérer la mauvaise

conduite des autres. Vous devez laisser leur hostilité vous

traverser sans y réagir impulsivement. Si quelqu’un se montre

cruel, défendez-vous sans agressivité. Même si vous êtes

déçu(e), choisissez la voie de la compassion pour vous-même

comme pour celles et ceux que vous por tez dans votre cœur.

Grâce à cette nouvelle force, vous vous autoriserez à faire le

deuil de ce qui vous a manqué pour apprécier ce que vous

avez. Votre traumatisme n’a pas besoin de tout envahir, et en

même temps, vous n’avez pas besoin de rejeter votre passé

pour trouver l’équilibre. En fin de compte, acceptez que la joie

et la souffrance font toutes les deux par ties de votre histoire.

 

À tout moment, vous pouvez laisser derrière vous le bagage

affectif traumatique de votre famille d’origine. Il n’est jamais

trop tard pour vous accorder la liber té que vous méritez.

 

151

L’,  - 

Exercices de visualisation

 

Abandonner le bagage affectif

 

Prévoyez au moins une demi-heure pour cet exercice de

visualisation. Préparez une feuille de papier et un stylo pour

pouvoir griffonner ou prendre des notes.

Souvent, même une fois que nous avons quitté le nid fami -

lial,nousconservonsdesprogrammationsphysiques,affectives

et spirituelles qui sont ancrées en nous. Consciemment ou

inconsciemment, nous agissons selon des modèles de pensée

et des schémas comportementaux qui se transmettent de

génération en génération. Fermez les yeux et imaginez que

vous portez un objet qui contient toutes les valeurs dysfonc-

tionnelles, les croyances, les habitudes et les opinions sur le

monde dont vous avez hérité par le biais de votre famille.

Donnezàcetobjetlaformequifonctionnelemieuxpourvous.

Il peut s’agir d’un sac, d’un carton, d’une boîte métallique ou

den’importequelautre récipient.Dequellecouleurest-il?En

quoiest-ilfait?Vousytrouverezpeut-êtreaussiletraumatisme

causé par les rivalités entre frères et sœurs, les critiques, les

remarques humiliantes, les projections et les attentes de vos

parents. Votre sac est-il devenu plus lourd? Est-ce qu’il est

grand? Est-il trop gros pour que vous réussissiez à le porter

ou est-il d’une taille raisonnable? Vous pouvez également

dessiner ou faire une liste de ce que vous visualisez.

Rééchissez au fait que vous avez porté ce bagage pendant

très longtemps. Peut-être ce fardeau revêtait-il la forme

d’un sentiment de honte toxique ou de culpabilité injusti-

ée, d’un manque de conance envers le monde extérieur,

d’une absence d’amour-propre ou d’autosabotage. Pensez

 

152

V     

aux opportunités, à l’amour et à la satisfaction dont il vous

a privé(e). Sentez le poids qu’il a fait peser sur vos épaules.

Imaginez que vos parents et vos frères et sœurs sont assis

derrière vous. Essayez de visualiser leur apparence, leur

expression et leurs caractéristiques. Quand vous êtes prêt(e),

tournez-vous et, tandis que vous vous sentez maître(sse)

de la situation, transmettez-leur le bagage. En faisant cela,

vous rendez le contenu du sac ou du carton à celles et ceux

à qui il appartient réellement. Vous devrez peut-être répéter

l’exercice plusieurs fois. N’hésitez pas à bouger comme si

vous vouliez pousser, secouer et déplacer quelque chose.

Vous pouvez dire tout haut: «Ça suft!» ou: «Il est

temps que je m’allège. » Vous pouvez aussi ajouter une

remarque spécique sur le fardeau, comme: «Chère maman,

je te rends la conviction que le monde n’est pas un lieu sûr»

ou: «Papa, je n’ai plus l’intention de porter ta honte à ta

place.» Videz tout ce que contient votre sac, jusqu’à ce que

vous vous sentiez plus léger(ère) et libre.

Quand vous pensez qu’il est temps d’ar rêter, respirez

profondément pendant quelques secondes. Remarquez les

sensations de votre corps. Vous vous sentirez peut-être un

peu bouleversé(e), mais vous aurez aussi l’impression d’avoir

plus de place en vous. Continuez à respirer calmement en

faisant attention aux divers changements, et ayez l’assurance

que l’apaisement adviendra naturellement.

 

Couper le cordon

 

Pour ce deuxième exercice, pensez à un membre de la

famille avec lequel vous entretenez une relation malsaine

ou codépendante. Imaginez qu’il ou elle se trouve devant

 

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L’,  - 

vous et que vous êtes relié(e)s l’un(e) à l’autre par un cordon

électrique. Visualisez l’apparence de ce cordon et sa position,

entre vos ventres, ou de la paume de votre main à la sienne.

Cela peut ressembler à une corde, une chaîne, une celle,

ou encore un rayon de lumière. Laissez le composant, la

couleur et la texture de ce cordon représenter la force de

vos liens affectifs et la qualité de votre attachement. Vous

pouvez aussi le dessiner sur une feuille de papier.

Maintenant, pensez à un outil imaginaire qui pourrait

vous servir à couper ce cordon. Des ciseaux, une épée, un

couteau ou l’instrument de votre choix. Une fois prêt(e),

inspirez, concentrez-vous sur une intention bienveillante qui

ne cherche que le meilleur pour vous et l’autre personne, et

d’un geste assuré, coupez le cordon.

Vous vous êtes maintenant libéré(e) d’un lien dysfonc-

tionnel, et vous pouvez librement partager avec l’autre vos

pensées et vos émotions. Imaginez que vous lui dites ce que

vous auriez voulu lui dire auparavant si cela n’avait pas été

risqué. Dites-lui ce que vous éprouviez en grandissant au

sein de la famille, décrivez-lui la douleur et les traumatismes

qui se sont accumulés au cours des années, parlez-lui des

besoins et des désirs qui n’ont jamais été comblés.

Prêtez attention à l’effet que cette totale honnêteté a sur

votre corps. Prenez quelques instants pour absorber les

changements physiologiques provoqués par cet exercice.

Vous pouvez utiliser cette technique pour vous aider à

atteindre un degré d’individuation sain. Qu’ils soient vivants

ou décédés, vous séparer de vos parents sur le plan émo-

tionnel est un pas essentiel dans la voie qui vous conduira

de l’apaisement à l’épanouissement. Couper le cordon ne

signie pas que vous perdez la personne ni la relation que

 

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V     

vous entretenez avec elle (bien que ce soit parfois nécessaire).

Ce que vous coupez, c’est l’élément malsain et codépendant

de la relation. Et, en réalité, cela approfondira et protégera

ce qu’il y a de sain dans votre lien.

 

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