L'Inconnu et les Problèmes psychiques
La Vue à distance, en rêve, des faits actuels
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 2 parties.
Chapitre VIII
La Vue à distance, en
rêve, des faits actuels
Il semble, en effet, d’après les exemples qui
viennent déjà d’être rapportés, que dans certains
rêves on voie vraiment ce qui se passe à distance.
Nous continuerons ici cet examen par d’autres cas
spéciaux, observés et relatés avec un grand soin,
sans revenir sur les manifestations de mourants
que nous tenons désormais pour absolument dé-
montrées.
De plus, dans ces exemples de vue à distance en
rêve, nous ne nous occuperons que de la vue d’événe-ments présents, actuels, réservant, dans notre clas-
sification méthodique, la divination de l’avenir pour
le chapitre suivant, qui sera le dernier de ce volume.
Nous remettrons aussi à plus tard la vue à distance
à l’état éveillé ; de même que l’analyse des pressen-
timents. Ces distinctions sont absolument indispen-
sables pour nous reconnaître dans ces recherches,
pour nous aider à n’accepter, à n’admettre que ce
qui est suffisamment constaté, en ensuite pour vous
conduire aux explications, s’il est possible.
Ces questions sont depuis bien des années l’ob-
jet de mes études. J’ai publié le rêve suivant dans
le Voltaire du 18 février 1889 ; il m’avait été com-
muniqué par mon ami P. Conil, notre sympathique
confrère de la presse parisienne.
I. — En 1844, je faisais ma septième au
lycée Saint-Louis. À cette époque, un de mes
oncles, Joseph Conil, juge d’instruction à l’île
Bourbon (aujourd’hui île de la Réunion), était
venu à Paris pour consulter les célébrités mé-
dicales d’alors au sujet d’une grosseur qui,
s’étant d’abord montrée sur le cou, derrière
l’oreille, avait peu à peu envahi toute la joue
et gagné la tête.
Il aurait voulu qu’on l’opérât ; mais Vel-
peau s’y était opposé et avait dit à mon père :
« Sans opération, il peut vivre un an ou quinze
mois. Si on l’opère, il mourra entre les mains
des chirurgiens. »
Ce diagnostic fut toujours ignoré de mon
pauvre cher oncle. On inventait chaque jour de
nouveaux prétextes pour retarder l’opération.
Un dimanche de sortie, je le trouvai plus
affectueux que jamais, et quand je le quittai, il
me dit :
« Embrasse-moi ; je ne te reverrai plus. »
Je protestai, bien entendu, contre ces pa-
roles ; je l’embrassai affectueusement, car je
l’aimais beaucoup, et rentrai au collège où je
repris mon travail et mes jeux.
Dans la nuit du jeudi au vendredi de cette
même semaine, je dormais profondément, lors-
qu’un rêve me transporta à Courbevoie (mon
père et ma belle-mère y passaient l’été et y
avaient amené mon oncle).
Dans la grande chambre du premier, don-
nant sur le jardin, couché dans son lit aux ri-
deaux rouges, mon oncle était entouré de mon
père, de ma belle-mère ; près du lit, assise et
priant, une vieille bonne bretonne, Louise, qui
depuis bien des années était notre à service.
Mon oncle parlait tour à tour aux per-
sonnes présentes.
À mon père, à ma belle-mère, il adressait
quelques recommandations touchant ma sœur
et moi, et j’entendais très distinctement ses
paroles ; je pourrais les répéter, car cette vi-
sion m’a fait une telle impression qu’elle est
encore présente à mon esprit et à mon sou-
venir comme si elle datait d’hier, mais elle ne
saurait présenter le moindre intérêt pour vos
lecteurs.
À Louise, il donna sa bourse. « Prenez, lui
disait-il, vous m’avez soigné comme une sœur
de charité. »
Et j’entends encore les sanglots de cette
fille dévouée.
Un silence se fît, que Louise rompit.
« Monsieur Joseph, il y a bien trois mois
que vous n’avez pu ouvrir votre œil droit. Te-
nez, j’ai là une médaille de la vierge d’Auray,
mettez-la sur votre œil, et il s’ouvrira. »
Mon oncle sourit, prit la médaille, la plaça
sur ses paupières qui, presque aussitôt s’ou-
vrirent et demeurèrent ouvertes quelques mi-
nutes.
Mon oncle était fort croyant : « Je ne pas-
serai pas la nuit, je le sens. Louise, allez me
chercher un prêtre. »
Louise partit.
Mon père et ma belle-mère prirent les
mains du malade, qui continua à s’entretenir
avec eux, sans que je perdisse une seule des
paroles échangées.
Le prêtre arriva. On le laissa seul avec le
cher moribond. J’assistai à la confession, mais
je n’en entendis pas un seul mot.
Le prêtre sortit. Mes parents et Louise ren-
trèrent. Bientôt l’agonie commença, et j’en vis
tous les détails navrants....
Mon bien-aimé oncle poussa un long soupir.
Il était mort....
Quand je m’éveillai, l’horloge du collège
sonnait deux heures du matin. J’avais les yeux
pleins de larmes.
« Il faut, me dis-je, prendre le contraire des
rêves. J’ai rêvé que mon oncle était mort, c’est
qu’il va bien. »
Le dimanche matin, un vieil ami de ma
famille, M. Vigneau, père d’Henri Vigneau,
l’auteur d’Orfa, vint me chercher et m’apprit
la triste nouvelle. Arrivé à Courbevoie, mon
père me transmit les dernières recommanda-
tions de mon oncle... et ces recommandations
étaient les mêmes que celles que j’avais enten-
dues. Très frappé, je pris la parole et je dis à
mon père : « Mon oncle n’a-t-il pas dit ça et ça ?
— Oui.
— Ses derniers moments ne se sont-ils pas
ainsi passés ? »
Et je racontai tout ce que j’avais vu et en-
tendu.
Tout était d’une exactitude absolue.
« Mais comment sais-tu cela ? interrogea
mon père.
— Papa, je l’ai rêvé. Mais, dis-moi, à quelle
heure mon oncle est-il mort ?
— À deux heures précises.
— C’est bien cela, répliquai-je, c’est l’heure
à laquelle je me suis réveillé ! »
La cérébration inconsciente n’explique pas plus
ces sortes de rêves que ceux du chapitre précédent.
Il semble bien là que l’esprit de l’auteur se soit
transporté, ait vu à distance, ce qui se passait dans
la chambre de son oncle mourant. Dans un autre
rêve, M. Conil a vu le Havre avant d’y être allé et en
a parfaitement reconnu les quais et les rues lorsqu’il
les a visités pour la première fois.
Voici quelques autres exemples du même ordre,
extraits du dossier de mon enquête :
II. — 1° Plusieurs fois dans ma vie de
trente-huit ans de sacerdoce, j’ai été poussé
instinctivement vers le lit de mourants que je
ne savais pas malades. Si je ne craignais pas,
vu le grand nombre de lettres que vous devez
recevoir, de vous fatiguer, je vous les raconte-
rais. Un seulement.
Une nuit, à une heure du matin, je me
réveille brusquement, voyant dans son lit un
de mes paroissiens mourant qui m’appelait à
grands cris. En cinq minutes je fus habillé, et,
une petite lanterne à la main, je courus vers
la maison du malade. En route je rencontre un
émissaire qui venait à grande course me cher-
cher.
J’arrive auprès du moribond qui avait
perdu connaissance sous l’atteinte d’une at-
taque d’apoplexie. J’eus juste le temps de réci-
ter la formule de l’absolution, puis il mourut.
Or, cet homme très fort, très robuste,
s’était couché à neuf heures du soir dans les
meilleures conditions.
BOUIN,
Chanoine honoraire, curé de Couze (Dordogne).
[Lettre 4.]
III. — J’avais de très bons amis, fermiers
à Chevennes ; je ne les avais pas vus depuis
quelque temps. Une nuit, j’eus un cauchemar
affreux : je voyais le feu à leur ferme, je fai-
sais des efforts surhumains pour courir appe-
ler au secours et restais impuissant, aucune
voix ne sortait de ma gorge, mes pieds res-
taient attachés au sol ; je vis ainsi le feu se
communiquer à plusieurs bâtiments ; enfin, au
moment d’un écroulement général, je fis un ef-
fort violent pour me dégager des décombres,
et je m’éveillai, la gorge sèche, tout courba-
turé. Je sautai hors du lit. À ce moment ma
femme s’éveilla. Je lui racontai mon rêve. Elle
rit beaucoup de me voir aussi tremblant.
Le lendemain, dans la journée, je recevais
un exprès m’annonçant qu’une partie de la
ferme avait été détruite par un incendie.
GEORGES PARENT,
Maire, à Wiège-Faty (Aisne). [Lettre 20.]
IV. — Mon père Palmero, ingénieur colonial
des ponts et chaussées, natif de Toulon, après
avoir passé vingt ans à la Réunion, où il s’était
marié et avait eu cinq enfants, prit sa retraite
et vint se fixer à Toulon, en 1867.
Ma mère, qui était née à la Réunion, d’une
des plus nobles familles, ne quitta pas son
pays sans un serrement de cœur, d’autant
qu’elle laissait, son père et sa mère dans une
situation que des revers de fortune avaient
grandement amoindrie.
Les premières années passées en France,
où tout lui était inconnu, furent si pénibles
pour elle que mon père, dont la bonté était
sans égale, prit la secrète résolution de faire
venir ses beaux-parents auprès de nous.
Il se garda bien de s’en ouvrir à sa femme
qui, malgré son grand amour pour son père
et sa mère, se serait opposée à une détermi-
nation aussi coûteuse et dont les suites pou-
vaient être si préjudiciables aux intérêts d’une
famille de sept personnes vivant sur la retraite
de mon père.
Ma mère ignorait donc, et pour plusieurs
raisons, la démarche faite par mon père,
et, l’eût-elle sue, qu’elle n’y aurait pas cru.
Mon grand’-père et ma grand’mère, d’un âge
très avancé, vivaient à la Réunion, au milieu
d’autres enfants, entourés de soins et des mille
satisfactions que procure une existence hon-
nête et tranquille.
Rien ne faisait donc prévoir qu’ils accepte-
raient, comme ils le firent, la proposition de
leur gendre.
Quittant tout, vendant les quelques
meubles qu’ils avaient, poussés par cette force
inconnue qui a nom destinée, ils prirent, ces
deux vieillards, le premier paquebot pour la
France, sans écrire (leur lettre serait arrivée
après eux), sans télégraphier (aucune commu-
nication entre Bourbon et la métropole à cette
époque).
On était donc sans nouvelle, lorsqu’une
nuit du mois de mai 1872, ma mère se ré-
veillent en sursaut dit à mon père : « Mon ami,
mes enfants, levez-vous, je viens de voir pas-
ser papa et maman là, devant Toulon, en ba-
teau ; habillez-vous, nous n’avons que le temps
de leur préparer leur chambre. »
Mon père, qui ne croyait pas avoir été aussi
persuasif dans sa lettre et ne pouvait pas sup-
poser qu’un paquebot avait quitté la Réunion
quelques jours après l’arrivée de cette lettre,
se mit à rire et conseilla à ma mère de se re-
coucher et de laisser les enfants dormir.
La première émotion passée, ma mère se
rendit à ce conseil et se recoucha, non sans ré-
péter qu’elle était sûre d’avoir vu passer en ba-
teau son père et sa mère devant le port de Tou-
lon.
Le lendemain, nous recevions un télé-
gramme de Marseille nous annonçant l’arrivée
de grand-père et grand’mère, par paquebot des
Messageries maritimes.
Lorsque ma mère raconta à son père la
vision de la nuit précédente, ils nous dirent
que fatigués par le voyage et sur le point de
revoir leur fille tant aimée, ils ne dormaient
pas à cette heure-là et que dans un élan de
leur cœur, leurs yeux avaient sondé l’obscu-
rité, leurs mains s’étaient jointes, et quelques
tours de roues les séparant à peine du but, ils
s’étaient dit : « C’est là qu’est notre fille, nous
allons la voir et l’embrasser dans quelques
heures. » On était en vue de Toulon.
Ma grand’mère habite avec moi, elle est
fort âgée ; lorsque je lui rappelle son arrivée
en France, ses yeux brillent, et je comprends
que son fluide ait traversé la distance pour ve-
nir toucher le cerveau de celle qui lui avait fait
tout quitter, à un âge où le moindre déplace-
ment effraye et désoriente.
PALMERO,
Agent des Postes et Télégraphes, à Marseille.
[Lettre 24.]
V. — Mon père, étant en pension à 60 ki-
lomètres environ de chez lui, fut réveillé une
nuit en sursaut par cette idée douloureuse au-
tant que soudaine que sa mère se mourait.
(Était-ce un rêve ?) Il ne put se rendormir jus-
qu’au jour, saisi d’une grande frayeur, et dès
le réveil alla solliciter du maître de pension
l’autorisation de retourner chez lui. On la lui
refusa. Une lettre de son père lui apprit que
cette même nuit et à la même heure sa mère,
que l’on croyait perdue, avait reçu les sacre-
ments et avait parlé de lui à plusieurs re-
prises. Mais après avoir approché de si près
la mort, elle vécut encore longtemps.
BERNARD VANDENHOUGEN,
à Mantes. [Lettre 31.]
VI. — Il y a quelques années, j’habitais une
propriété située à quelques kilomètres de Pa-
peete, chef-lieu de nos établissements français
en Océanie. J’avais dû me rendre à une séance
de nuit du Conseil général et vers minuit, quit-
tant la ville, seul dans une petite charrette an-
glaise, je fus assailli par un orage épouvan-
table.
Mes lanternes s’éteignirent, la route que je
suivais, bordée par la mer, était absolument
noire, mon cheval prit peur et s’emballa. Tout
d’un coup je ressentis un choc violent : ma voi-
ture venait de se briser contre un arbre.
Les deux roues étaient restées avec leur
moyeu au lieu de l’accident, et moi, projeté
entre le cheval et le caisson à moitié broyé,
j’étais entraîné par l’animal affolé dans une
course au cours de laquelle j’aurais dû cent fois
me tuer.
Cependant, n’ayant pas perdu mon sang-
froid, je parvins à calmer mon cheval et à des-
cendre de l’épave sur laquelle je me trouvais.
J’appelai au secours pour la forme, me trou-
vant en pays absolument désert.
Tout à coup, j’aperçois une lumière parais-
sant se diriger vers moi, et quelques instants
après, ma femme arrive, ayant parcouru une
distance d’environ 2 kilomètres pour venir di-
rectement sur le théâtre de l’accident.
Elle me raconta qu’étant endormie elle
s’était éveillée subitement, voyant très nette-
ment que j’étais en danger de mort, et, sans
hésiter, elle avait allumé une lanterne, et sous
la pluie torrentielle était accourue à mon se-
cours.
Il m’était arrivé bien souvent de revenir de
la ville en pleine nuit, mais jamais ma femme
n’avait éprouvé la moindre inquiétude à mon
sujet. Cette nuit-là, elle a vu réellement ce qui
m’arrivait, et n’a pu résister à l’impérieux be-
soin de se porter à ma rencontre.
Quant à moi, je n’ai aucune souvenance
d’avoir dirigé un ardent appel mental de son
côté, et j’ai été, je l’avoue, complètement sidéré
quand, à plus de cent mètres de moi, dans la
nuit, j’ai entendu une voix me crier :
« Je sais que tu es blessé, mais me voilà. »
JULES TEXIER,
à Chatellerault. [Lettre 50.]
VII. — J’habitais à Cette, avec ma femme,
ma belle-mère et mes deux filles, une villa sur
le versant de la montagne. J’allais tous les ma-
tins à la ville, conduit par une voiture louée
au mois, qui venait me prendre à huit heures
et demie du matin. Or, un jour, je m’éveillai à
cinq heures, après un rêve horrible.
Je venais de voir une jeune fille tomber
d’une fenêtre et qui s’était tuée sur le coup.
Je fis part de ce rêve à ma famille : il était
sept heures, et c’était le moment où tous se
levaient ; ils en furent émus. Je descendis au
jardin, attendant la voiture qui devait me
prendre vers huit heures comme d’habitude ;
mais, à neuf heures et demie seulement elle
arrivait. Je me fâchai de ce retard qui me gê-
nait pour mes affaires. Mais le cocher me dit
que, s’il avait remplacé son maître qui avait
l’habitude de venir me prendre, c’est que le
matin même, à cinq heures, sa fille (de dix
ans, je crois) était tombée de la fenêtre et était
morte.
Je n’avais jamais vu cette jeune fille.
MARTIN H ALLE,
19, rue Clément-Marot, Paris. [Lettre 61.]
VIII. — Il y a six ans, j’eus un second en-
fant que, vu mon état de santé, ma mère em-
mena le lendemain de sa naissance chez elle,
à soixante lieues, pour le faire nourrir sous
ses yeux. Je fus malade, puis convalescente.
Je commençais à me lever et (ai-je besoin de
le dire ?) ma pensée était sans cesse avec le
cher petit être qu’on m’avait ôté si vite et que
je n’avais qu’entrevu.
Nous avions fréquemment de ses nouvelles
et elles étaient très satisfaisantes ; nous étions
on ne peut plus tranquilles à son sujet. Un
matin, je m’éveille avec une oppression singu-
lière : j’avais rêvé, la nuit, mon enfant bossu.
Je le dis à mon mari, je me mets à pleurer ; il
me rit au nez. Aussitôt levée, pendant son ab-
sence, j’écris à ma mère, lui disant mon rêve
et demandant qu’on nous écrive sans tarder
et qu’on nous parle longuement du cher petit
ange.
On nous répond par mille éloges sur l’en-
fant : c’était un poupon magnifique ; enfin
un grand-père fier de son petit-fils.... Quelque
temps après, ma mère, qui ne m’avait pas vue
depuis ma couche, vient nous voir, et, le soir,
dans l’intimité du coin du feu, nous révéla, à
mon mari et à moi, que ma lettre l’avait ren-
due malade de saisissement ; qu’en effet, au
moment où cette lettre était arrivée, mon en-
fant était bossu. Il avait eu cela une quinzaine,
ce n’était rien en réalité, puisque quelques
massages intelligemment faits avaient sup-
primé cette petite rondeur ; mais ma mère et la
nourrice, sans en rien dire à personne, avaient
été réellement inquiètes. Ma lettre était arri-
vée au plus fort de la chose, alors qu’affolée,
ma mère avait montré l’enfant au docteur, qui
l’avait aussitôt rassurée en lui disant de ne
pas m’alarmer inutilement.
MARIE DUCHEIN,
à Paris. [Lettre 166.]
IX. — J’étais chez une de mes amies, au
mois d’octobre 1896. Ayant à loger des soldats,
à cause de la revue du tsar, et le mess se trou-
vant chez eux, le cuisinier, au moment de par-
tir, avait pris par mégarde un couvert de la
maison, qu’il avait emballé avec les leurs.
Aussitôt partis, on s’aperçut de la dispari-
tion dudit couvert.
Mon amie écrivit aussitôt, et, le surlende-
main matin, en s’éveillant, elle me dit :
« Marie, j’ai rêvé que je recevrais mon cou-
vert aujourd’hui, et, en même temps, une
lettre. Mais, ce qu’il y a de plus curieux,
c’est que le papier à lettre est rose, tout
couvert d’écriture, sans une place, sans le
moindre petit coin oublié, et l’enveloppe doit
être blanche ! »
Nous attendîmes avec impatience le fac-
teur qui nous apporta, en effet, le couvert et
la lettre à enveloppe blanche, feuille rose, les
quatre pages couvertes d’écriture.
Comment se fait-il que mon amie ait pu de-
viner si juste, en un rêve ?
MARIE BOUVRY,
à Brimont.
X. — J’ai un frère aujourd’hui âgé de 29
ans, qui, en 1889, partit pour le Chili, à San-
tiago. Il avait l’habitude de nous donner de
ses nouvelles très régulièrement. À une lettre
reçue en 1892 (la date au juste je ne me la
rappelle pas), maman nous dit avoir vu en
rêve mon frère malade et porté à l’hôpital,
sur une civière. Les lettres mettent environ
trente-cinq jours pour faire le trajet de San-
tiago en France. Cinq mois se passèrent sans
nouvelles. Enfin une lettre nous arrive dans
laquelle mon frère nous dit sortir de l’hôpital
où il était en traitement depuis cinq mois ; il
y avait été transporte ayant eu la fièvre ty-
phoïde, et avait eu ensuite une pleurésie.
MARIE VIALLA,
30, rue Victor-Hugo, à Lyon. [Lettre 146.]
XI. — Un oncle de ma belle-sœur qui vit
encore et qui se trouvait alors à la cam-
pagne, à environ 60 kilomètres de Bayonne,
rêva une nuit qu’un de ses amis intimes, M.
Rausch, était assassiné sur les allées marines
de Bayonne en rentrant chez lui.
Le lendemain matin, M. Bouin, l’oncle
de ma belle-sœur, raconta son rêve, sans
d’ailleurs y ajouter foi ; mais peu après il ap-
prit la nouvelle que son ami avait été assas-
sine sur les allées marines de Bayonne par des
Espagnols, dans la nuit où il avait eu son rêve.
Je signe ces lignes comme étant l’expres-
sion de la vérité, mais je vous serais obligé de
vouloir bien ne publier ni le nom de ma famille
ni le mien.
G. F.,
à Bordeaux. [Lettre 177.]
XII. — En 1872 ou 1873, ma mère, encore
jeune fille, habitait rue des Tonnelles, chez sa
mère. Elle connaissait une famille de pauvres
gens nommés Morange, qui habitaient rue
Saint-Antoine, près du lycée Charlemagne. Un
samedi soir, elle rencontre cette famille, et la
petite Morange qui l’aimait beaucoup vient lui
montrer une robe neuve mise le jour même.
Elle quitte l’enfant et rentre chez elle. Le len-
demain matin, en se réveillent, ma mère ra-
conte à sa mère avoir rêvé que la famille Mo-
range était morte.
Dans la matinée, on apprend qu’ils sont
tous morts pendant la nuit dans l’incendie de
leur maison.
MARCEL GERSCHEL,
Paris, 80, Faubourg-Saint-Denis. [Lettre 204.]
XIII. — Je puis vous affirmer un fait ab-
solument authentique qui s’est passé il y a
quelques années. J’ai vu une nuit en rêve deux
dames de ma connaissance, en grand deuil,
quoique je n’eusse alors la moindre idée qu’un
membre de leur famille fût mort ou même ma-
lade. Je les interrogeai et j’appris qu’elles por-
taient le deuil d’un monsieur, frère de l’une et
mari de l’autre.
Quelques jours après, j’appris que le décès
avait eu lieu la nuit même de mon rêve. La
mort était arrivée à Moscou ; les dames étaient
en Allemagne, et moi j’habitais Mitau (Cour-
lande, Russie).
SOPHIE HERBENBERG,
à Mitau. [Lettre 234.]
XIV. — Il y a trente ans, ma famille habi-
tait Marseille. Un matin, mon père nous dit
avoir rêvé la nuit précédente que sa mère, ha-
bitant en Alsace et qu’il ne savait pas malade,
était morte.
Quelques jours après, il apprenait qu’en ef-
fet sa mère était décédée cette nuit-là.
N. NISCHE,
à Châlons-sur-Marne. [Lettre 279.]
XV. — A. Étant jeune femme, j’ai assisté en
rêve au vol d’un cheval de mon mari par deux
individus, et à toutes les précautions prises
pour le faire sortir sans bruit de l’écurie. À
mon réveil, j’ai raconté mon rêve à mon mari
qui est allé à l’écurie qu’il a trouvée vide. Trois
ans plus tard les voleurs ont été pris, et le che-
val payé.
B. Une nuit, je vois en rêve un ami de mon
mari : il était dans un caveau entouré par ma
mère et mes sœurs mortes, pour lesquelles ce
monsieur avait eu une vive sympathie. Il était
enveloppé de longs linges blancs, vint à moi me
faire un profond salut, puis disparut ainsi que
mes parentes. Quelques jours après mon mari
mourait.
Si vous croyez devoir signaler ces deux
rêves, ne me nommez pas, je suis veuve et vis
modestement dans mon ermitage.
Vve C. F.
[Lettre 312.]
XVII. — Au mois d’octobre 1898, le 13 ou
le 14, je venais de quitter Mme G..., chez la-
quelle j’avais passé quelques jours, pour ren-
trer ici. Dans la nuit suivante, elle vit en rêve
un naufrage, avec des quantités de noyés. À
son réveil, elle voulait (persuadée, par d’autres
exemples, qu’elle a une sorte de seconde vue)
me télégraphier pour me prier de ne pas par-
tir ; mais elle en fut empêchée par son mari. —
Le 15 octobre, les journaux annonçaient une
grosse tempête, et la perte d’un navire, ayant
occasionné une centaine de morts. Heureuse-
ment — pour moi — ce n’était pas le mien.
P. P.,
Docteur en droit, à Philippeville. [Lettre 396.]
XVIII. — Mme B... habitait, il y a plusieurs
années, dans une villa près de la ville de Yo-
kohama. Elle avait l’habitude de se mettre au
lit une heure avant le dîner. Une après-midi
(elle ne se rappelle pas bien si elle était tout à
fait réveillée ou encore à moitié endormie) elle
s’écrie tout à coup : « Ah ! mon Dieu, voilà M.
N... qui se noie ! Sauvez-le, sauvez-le !... Ah ! il
est mort ! » Elle l’avait vu distinctement. Son
mari tâche de la rassurer en riant de son rêve,
comme il dit, mais peu de temps après un mes-
sager vient lui annoncer que leur ami, M. N...,
s’est noyé en prenant son bain habituel dans le
fleuve avant de monter à leur villa pour dîner
avec eux. L’intention de dîner chez les B... ex-
plique facilement qu’il ait pensé à eux au mo-
ment d’aller se baigner. L’heure de l’accident et
celui du « rêve » de M me B... coïncidaient exac-
tement.
F. E. Bade,
à Hambourg. [Lettre 447.]
XIX. — En 1884, dans les premiers jours
d’avril, à Nice, je rêvai que mon mari, cou-
ché, et malade, me disait : « Viens m’embras-
ser. » (Nous vivions séparés depuis longtemps.)
Alors avait lieu l’exposition de Nice. Le 11
avril, vendredi saint, une voix me dit : « Va à
l’exposition aujourd’hui, ou tu ne le reverras
plus. » Dans la nuit du 12 au 13 une dépêche
arriva : mon mari était frappé de congestion.
Le 13, départ pour Paris. Je vis mon mari au
Val-de-Grâce tel que dans mon rêve : il est mort
le 15 sans avoir repris connaissance.
Je désire garder l’anonyme : de simples ini-
tiales, je vous prie.
Vve A. S.,
à Nice. [Lettre 483.]
XX. — Je tiens à vous signaler un rêve que
j’ai fait il y a six ans environ et qui m’a for-
tement impressionnée, quoique je ne sois pas
superstitieuse.
À cette époque, j’étais institutrice dans un
pensionnat du département de l’Aisne. Une
nuit, je rêve que je marchais dans la prin-
cipale rue de notre ville, quand, en levant
les yeux, j’aperçois dans un ciel très clair, di-
rection nord-est, une grande croix noire au-
dessous de laquelle je lus bien distinctement
les deux lettres suivantes disposées comme
ceci : M†M
Le lendemain, je racontai mon rêve en
cherchant vainement si quelqu’un de ma fa-
mille portait un nom commençant par cette
même initiale ; ne trouvant pas, je pensai à
autre chose. Quelques jours après (je ne sau-
rais malheureusement préciser au juste), je re-
çois une lettre m’annonçant qu’une tante qui
demeurait dans un village situé au nord-est de
notre ville et s’appelant Marguerite Marcon-
net, venait de mourir. Cette coïncidence entre
mon rêve et cette mort était si saisissante que
jamais je ne pus l’oublier, et ce qui m’étonne
surtout c’est que, en connaissant fort bien ma
tante, je ne la voyais que fort rarement, qu’il
y avait fort longtemps que je ne l’avais vue, et
que je ne pensais presque jamais à elle.
L. MARCONNET,
à Montbéliard. [Lettre 540.]
XXI. — Il y a quelques années, j’ai lu dans
un journal mensuel (anglais) qu’un ami de sir
John Franklin a vu en rêve que ledit Franklin
échouait dans son expédition arctique, et que
cet ami nommé, si je m’en souviens au juste,
Walter Snoo, a vu toute la contrée où le mal-
heur arriva.
Aussitôt, il se réveille, et étant bon dessi-
nateur, prend un crayon, et dessine les canots,
les blocs de glace environnants, bref toute la
contrée.
Ce dessin, il l’envoya alors a un de ses
amis, propriétaire d’un grand journal améri-
cain illustré, dans lequel on inséra le dessin
avec une courte mention des impressions de
Walter Snoo ; naturellement, on ne pouvait
avoir aucun avis sur l’exactitude de l’événe-
ment dessiné.
Lorsqu’on trouva, longtemps après, les dé-
pouilles mortelles de Franklin et de ses compa-
gnons dans les glaciers arctiques, les témoins
oculaires ont aussi dessiné le lieu, la position
des corps inertes et glacés, des canots, des
chiens attelés et crevés : tout concordait avec
le dessin.
Je ne sais plus le nom du journal illus-
tré, ni du journal mensuel anglais, mais ce se-
rait sans doute pour vous une chose facile de
constater par vos rapports avec le monde en-
tier l’exactitude de cette lettre, que j’ose vous
écrire.
D r BRONISLAW GALECKI,
Avocat, place Cathédrale, à Farnow, Galicie
(Autriche). [Lettre 563.]
XXII. — Je puis vous certifier l’authenticité
absolue des faits suivants :
J’avais alors sept ans, ma mère, qui ja-
mais n’avait consenti à m’éloigner d’elle, se
rendit cependant un jour au désir d’une de mes
tantes et me laissa partir avec elle en province,
après mille recommandations.
Un mois s’était écoulé sans incident, ni ac-
cidents, lorsqu’un matin ma mère accourut à
la hâte chez mon oncle et lui dit ceci :
« Je vous en prie, écrivez bien vite à ma
sœur, pour lui demander des nouvelles de ma
fille, car je suis dans une inquiétude mortelle !
Je l’ai vue cette nuit en rêve couverte de sang
et étendue sans vie sur une route. Un malheur
lui est arrivé bien certainement, j’en ai le pres-
sentiment. Or, vous savez qu’en ces sortes de
choses je ne me trompe jamais ! »
Mon oncle plaisanta ma mère, et lui dit que
sa femme était assez prudente pour ne m’ex-
poser à aucun danger. Le lendemain même, il
recevait une lettre écrite de la veille, dans la-
quelle sa femme lui racontait, avec défense de
le dire à ma mère, l’accident qui m’était arrivé.
La nuit même où ma mère m’avait vue cou-
verte de sang, ma tante m’avait emmenée avec
trois autres personnes en voiture. Il faisait
noir, la lanterne s’était éteinte, et nous nous
trouvions en pleine campagne, sans savoir où
nous étions, lorsque soudain le cheval qui trot-
tait tranquillement se cabra, se jeta sur une
haie qui bordait le chemin, jeta à terre les
personnes qui se trouvaient dans la voiture,
on ne sait comment, sans la moindre égrati-
gnure ; moi seule, qui à ce moment dormais
profondément, je fus entraînée par le choc sous
le ventre du cheval qui me laboura la figure
et la poitrine de ses pieds, et dans les efforts
qu’il faisait pour se relever, me déchirait aux
cailloux du chemin sur lesquels avait porté
plus spécialement le côté droit de ma figure.
Le sang coulait en abondance, j’avais
l’oreille déchirée, j’entendais les cris d’appels
désespérés et ne pouvais y répondre, car ainsi
que je l’ai dit, pas de lumière dans cette nuit
noire !.... Enfin, des secours arrivèrent d’une
maison peu éloignée, et l’on me retrouva éva-
nouie, dans un état déplorable. Un homme en
bras de chemise avait passé devant notre che-
val et l’avait effrayé.
G. D.,
58, avenue de Saxe, Paris. [Lettre 625.]
XXIII. — Un matin (j’avais alors dix-sept
ans), je m’éveille vers sept heures, et je m’en-
dors de nouveau jusqu’à huit heures, et je rêve
que je passais devant une maison où habitait
une famille que je connaissais, mais ne fré-
quentais pas. Cette maison avait un magasin,
et je rêvais que je voyais ce magasin fermé
avec un papier blanc collé à la porte, sur lequel
était écrit « Décès ». Je m’éveille et raconte
mon rêve à maman qui me montra le jour-
nal sur lequel cette mort venait d’être annon-
cée. Cette coïncidence ne prouverait-elle pas
un certain déplacement de l’âme pendant le
sommeil, fait sans lequel je n’aurais pas pu
avoir ce rêve, attendu que rien ne me faisait
penser à un décès dans cette famille ?
MARIE-LOUISE MILICE,
33, rue Boudet, Bordeaux. [Lettre 661.]
XXIV. — L’une de mes amies, actuellement
receveuse des postes à Louvigné-du-Dezert
(Ille-et-Vilaine), Mlle Blanche Suzanne, était, il
y a peut-être de cela vingt-cinq ans, fiancée à
un jeune homme, fils de cultivateurs, qui était
entré dans l’enseignement. Un jour, elle rêva
que son fiancé lui avait adressé une longue
lettre dans laquelle il avait écrit la phrase sui-
vante, ou à peu près : « J’aurais mieux fait de
rester à la charrue que d’entrer dans l’ensei-
gnement. » Le matin, la jeune fille raconta son
rêve à sa mère, citant la phrase, puis se ren-
dit à son travail. Quelques heures après, le
facteur vient, apportant pour cette jeune per-
sonne une lettre de son fiancé. La phrase du
rêve y était écrite intégralement et identique-
ment.
HENRIETTE FRANÇOIS,
à Bromberg-Posen (Allemagne). [Lettre 662.]
XXV. — Voici ce qui arriva à mon père,
conseiller d’État, homme âgé, septuagénaire,
lors de son séjour à la campagne, où il était
venu prendre un peu de repos. C’était à la
Saint-Élie. À la campagne, où il n’y a guère
de distractions et de changements, où tous les
jours se ressemblent, mon père n’avait plus
conscience du temps et avait même oublié que
c’était fête. Ce matin-là, en prenant son dé-
jeuner, il nous conte un de ses songes de la
nuit précédente : il avait vu sa belle-sœur, qui
était loin de lui, demandant si les obsèques
de son mari devaient avoir lieu le jour de la
Saint-Élie ou un autre jour. En nous contant
ce songe, mon père fut très étonné d’apprendre
que justement ce jour-là était la Saint-Élie.
Après avoir réfléchi et discuté sur l’étrangeté
des songes en général, mon père prit le train
pour se rendre à la ville, promettant de revenir
le même soir. Quelle ne fut pas notre surprise
lorsque ; après son arrivée, nous reçûmes de
sa belle-sœur une dépêche nous annonçant la
mort de son mari, survenue le jour de la Saint-
Élie !
MARIE DE LESLEY,
à Riga-Orel, gouv. de Smolensk (Russie).
[Lettre 679.]
XXVI. — J’avais une fille âgée de quinze
ans, ma joie, mon orgueil ; j’avais laissé cette
enfant avec ma mère, m’absentant pour un pe-
tit voyage. Je devais rentrer le 17 mai 1894
chez moi ; or, le 16, je rêve que ma fille est
au plus mal, qu’elle m’appelle en pleurant de
toutes ses forces, je me réveille très agitée, di-
sant tout songe est mensonge. Dans la journée,
je reçois une lettre de ma fille, ne se plaignant
pas, me racontant ce qui se passe chez nous. Le
lendemain, je rentre chez moi, je ne vois pas
ma fille accourir au-devant de moi selon son
habitude ; une bonne me dit qu’un mal subit
l’a prise, je monte vite, une grande douleur de
tête la faisait souffrir, je la fis coucher. Hélas !
elle ne s’est plus relevée : une angine couen-
neuse se déclara deux jours après, et, malgré
tous nos soins, la pauvre enfant s’éteignait le
29 mai. Or, deux nuits avant ce malheur, je
m’étais mise sur mon lit, dans un cabinet sé-
paré par une porte, je fermais les yeux et ne
dormais pas ; ma fille, elle, s’était assoupie ; la
garde veillait. Tout à coup, une vive clarté pé-
nètre dans l’obscurité de la chambre, avec une
rapidité et un éclat rappelant le soleil du mois
d’août à midi. J’appelle la garde-malade. Elle
attendit un instant pour me répondre ; pen-
dant ce temps j’étais déjà auprès du lit de ma
fille, la lumière s’était éteinte, la lueur avait
disparu. La garde paraissait saisie d’effroi, je
l’interrogeai en vain, mais le lendemain elle
dit aux personnes de la maison, et elle dit
encore à présent, qu’elle a aperçu mon mari,
mort six mois auparavant, aux pieds du lit de
ma fille. Cette personne vit, elle a quarante-six
ans, et elle le répète à qui veut l’entendre.
Mme R. DE L.,
à Lacapelle. [Lettre 683.]
XXVII. — A. L’un de ces derniers jours,
j’étais très nerveuse, en songeant à mon dé-
funt mari, mort depuis sept ans, lorsqu’en me
mettant au lit, je pris un journal, où je lus une
critique sur l’un des livres écrit par M. K....
Après avoir lu cette critique, j’eus un ar-
dent désir de me procurer ce livre, d’autant
plus que M. K... était un ancien ami de mon
mari.
Le lendemain, en arrivant au collège de
jeunes filles où je suis professeur, une des
élèves de la classe supérieure m’apporte un
livre et dit : « Madame, je voudrais bien que
vous lisiez ce livre, et que vous m’en donniez
votre avis. » J’ouvre le livre, et je vois que
c’était le livre tant désiré par moi à la veille
de ce jour.
B. Si ce fait était unique, je l’aurais peut-
être passé sous silence, mais pendant la du-
rée de la même semaine il en arriva un se-
cond qui me frappa également. J’ai rêvé d’une
des élèves, qui était déjà partie dans une autre
ville et que je n’ai pas vue depuis un an.
Je l’ai vue dans le rêve avec les cheveux
coupés.
Le lendemain, au gymnase, une des élèves
de ma classe s’approche de moi et dit : « Ma-
dame, j’ai reçu la lettre de mon amie Z..., elle
me prie de vous saluer ; elle est très contrariée
en ce moment parce qu’on lui a coupé les che-
veux.... »
Pourquoi ces deux faits si étranges dans la
même semaine ?
M. ONANOFF,
Faganray, mer d’Azov. [Lettre 684.]
On voit que les exemples de vue à distance, en
rêve, ne manquent pas. En voici quelques autres encore. Il nous semble bien que ces observations
si multipliées rendent toute négation impossible.
Ceux-ci sont extraits des Hallucinations télépa-
thiques r . Le premier est du D Gaodall Janes, demeu-
rant à Liverpool, 6, prince Edwin street.
XXIX. — Mme Jones, femme de William
Jones, pilote à Liverpool, gardait le lit le sa-
medi 27 février 1869. Lorsque j’allai chez elle,
le lendemain dimanche, à 3 heures de l’après-
midi, je rencontrai son mari, qui était en che-
min pour venir me chercher, parce que sa
femme avait le délire. Il me raconta qu’à peu
près une demi-heure auparavant il était à lire
dans la chambre de sa femme. Tout d’un coup,
elle se réveilla d’un profond sommeil en dé-
clarant que son frère William Roulands, éga-
lement pilote à Liverpool, s’était noyé dans le
fleuve (Mersey). Son mari essaya de la calmer
en lui disant que Roulands était à sa station
du dehors et qu’il ne pouvait se trouver sur
le fleuve à cette heure-ci. Mais elle persista à
soutenir qu’elle avait vu qu’il se noyait.
Des nouvelles arrivèrent dans la soirée, an-
nonçant que, vers l’heure mentionnée, c’est-
à-dire vers deux heures et demie, Roulands
s’était noyé. Il y avait eu un grand coup de
vent en mer, le bateau du pilote n’avait pu
mettre un pilote à bord d’un bâtiment qui vou-
lait entrer. Il avait donc du le conduire. Lors-
qu’on fut dans le fleuve, en face du phare, sur
le rocher, le petit bateau se renversa, et Rou-
lands et un autre pilote furent noyés.
C’est également là un exemple frappant de vue
à distance, en rêve. L’enquête en a prouvé l’authen-
ticité absolue. Il en est de même du cas suivant si-
gnalé par une dame Green, de Newry (Angleterre) :
XXX. — Je voyais deux femmes convena-
blement habillées, conduisant seules une voi-
ture pareille à une voiture à transporter les
eaux minérales. Le cheval trouva de l’eau de-
vant lui, il s’arrêta pour boire, mais ayant
manqué de point d’appui, il perdit l’équilibre,
et en essayant de le reprendre il glissa dans
l’eau. Au choc, les femmes se levèrent, appe-
lant au secours : leurs chapeaux tombèrent de
leurs têtes, et tout fut englouti dans l’eau. Je
me retournai en pleurant, demandant s’il n’y
avait personne pour les secourir. Sur ce je me
réveillai, fort agitée, et mon mari se réveilla
aussi. Je lui racontai le rêve. Il me demanda
si je connaissais les femmes et je lui répondis
que non, qu’il me semblait que je ne les avais
jamais vues. Pendant toute la journée, je ne
réussis pas à me soustraire à l’impression du
rêve et de l’inquiétude dans laquelle il m’avait
plongée.
Je fis remarquer à mon fils que c’était l’an-
niversaire de sa naissance, et de la mienne
aussi, le 10 janvier, et c’est la raison qui me
fait me souvenir exactement de cette date.
Au mois de mars, je reçus une lettre et un
journal de mon frère, qui habitait en Australie
et qui me faisait part du chagrin qu’il avait eu
de perdre une de ses filles, qui s’était noyée
avec une amie, précisément à cette date et à
cette heure, en tenant compte de la différence
des longitudes.
On parle de l’accident dans deux passages
différents du journal Inglewood Advertiser.
Le journal Inglewood Advertiser a publié, le 11
janvier 1878, le récit de l’accident, qui correspond
exactement à la vue du rêve.
Voici encore un cas bien remarquable de vue
à distance en rêve. Le sujet est le fils de l’ancien
évêque protestant de Iowa (États-Unis) ; il a vu en
rêve, à une distance de près de 5 kilomètres, son
père tombant dans un escalier. Voici la relation qu’il
écrivait à un de ses parents :
XXXI. — Je dois dire d’abord qu’il y avait
entre mon père et moi un lien d’affection plus
fort que les liens ordinaires entre père et fils,
et depuis des années il me semblait connaître
et sentir quand il était en danger, fussions-
nous même séparés de plusieurs milles.
La nuit où il tomba dans l’escalier, j’étais
revenu de mes affaires, vers 8 heures, après
une journée de travail très fatigante, et je
m’étais retiré aussitôt après le souper. J’ai
l’habitude de me coucher du côté du mur. Nos
têtes sont vers le nord, de sorte que je suis sur
le côte ouest du lit. Je tombai endormi aussi-
tôt que ma tête toucha l’oreiller et je dormis
d’un sommeil lourd et profond. Je n’entendis
pas ma femme se coucher et je ne vis rien jus-
qu’au moment où mon père m’apparut en haut
de l’escalier en train de tomber. Je me précipi-
tai pour le saisir et sautais à bas du lit en fai-
sant beaucoup de bruit. Ma femme se réveilla
en demandant ce que, diable, je pouvais bien
faire. J’avais aussitôt allumé une lampe et vu
à ma montre qu’il était 2 heures un quart. Je
demandai à ma femme si elle avait entendu le
fracas. Elle me répondit négativement. Je lui
dis alors ce que j’avais vu, mais elle essaya de
m’en faire rire, sans y réussir.
Je ne dormis plus de la nuit, je ne m’étais
même pas recouché ; l’impression avait été
trop vive pour que je pusse mettre en doute
que mon père s’était gravement blessé. J’al-
lai à la ville de bonne heure le matin et té-
légraphiai à la maison, demandant si tout al-
lait bien : je reçus une lettre de mon père, qui
confirmait l’exactitude de ma vision correspon-
dant avec l’événement à la même minute. Le
triste résultat de la chute, nous ne le connais-
sons tous que trop, mais comment à une dis-
tance de plus de trois milles je vis mon père
tomber, c’est ce que je ne prétends pas expli-
quer.
H.-M. LEE.
M. Sullivan, évêque d’Algowa, confirme le fait
pour l’avoir entendu rapporter immédiatement 1.
L’exemple qui précède a été publié par M. Sidg-
wick dans les Proceedings de la Société psychique
1. Sciences psychiques, 1891, p. 215. On trouvera dans Phan-
tasms of the Living (vol. I. p. 338, n° 108) un cas singulièrement semblable à celui-là, où le chanoine Warburton se réveille en sur-saut voyant son frère tomber dans un escalier. Comparer aussi le n° 24 dans le même volume, p. 202 ; et un rêve de M. Dreuilhe décrit au chapitre précédent, XLVI, p. 627. de Londres. Il y ajoute le cas suivant envoyé en août
1890 par Mme A. de Holstein (29 avenue de Wa-
gram, Paris). Ce cas est un peu moins satisfaisant
comme preuves que le dernier, parce que le rêve ne
fut raconté à personne avant que son caractère vé-
ridique eût été reconnu ; il semble cependant avoir
fait tant d’impression sur le D r Golinski, qu’il de-
vient improbable que les détails en aient été beau-
coup changés plus tard. Il diffère des précédents en
ce que l’impression clairvoyante semble avoir été
due non à quelque rapport entre l’agent et le sujet
ou à quelque crise spéciale subie par l’agent, mais à
son anxiété et son désir intense d’avoir du secours.
(Ondes psychiques ?)
Voici ce qu’écrit le Dr Golinski, médecin à Kre-
mentchug, en Russie :
XXXII. — J’ai l’habitude de dîner vers 3
heures et de faire après ce repas un petit
somme d’une heure ou une heure et demie. Au
mois de juillet 1888, je me suis étendu comme
d’habitude sur un canapé et je me suis en-
dormi à peu près à 3 heures 30. J’ai rêvé qu’on
sonnait et que j’avais la sensation ordinaire un
peu désagréable qu’il fallait me lever et aller
chez un malade. Puis je me suis vu directe-
ment transporté dans une petite chambre aux
tentures sombres. À droite de la porte d’entrée
se trouvait une commode, et sur cette com-
mode je remarquai une bougie ou une petite
lampe à pétrole d’une forme particulière. Je
suis vivement intéressé de la forme de cette
bougie différente de toutes celles qu’il m’était
arrivé de voir. À gauche de la porte d’entrée, je
vois un lit dans lequel est couchée une femme
qui a une forte hémorragie. Je ne sais pas com-
ment je suis parvenu à savoir qu’elle a une hé-
morragie, mais je le sais. Je fais un examen
de la femme, mais en quelque sorte par acquit
de conscience, car je sais d’avance à quoi m’en
tenir, quoique personne ne me parle. Ensuite
je rêve d’une façon vague de quelques secours
médicaux que je donne, puis je m’éveille d’une
manière inhabituelle. Ordinairement je me ré-
veille lentement, je reste quelques minutes
dans un état d’assoupissement, mais cette fois
je me suis réveillé presque en sursaut, comme
si quelqu’un m’avait éveillé. Il était 4 heures
et demie.
Je me suis levé, j’ai allumé une cigarette,
et je me promenai par la chambre dans un
état d’excitation toute particulière, réfléchis-
sant au rêve que je venais de faire. Depuis as-
sez longtemps, je n’avais pas eu de cas d’hé-
morragie d’aucun genre dans ma clientèle et
je me demandais quelle pouvait être la cause
de ce rêve.
Environ dix minutes après mon réveil, on
sonna et je fus appelé chez une malade. En en-
trant dans la chambre à coucher, je fus saisi,
car je reconnus la chambre dont je venais de
rêver. C’était une femme malade, et ce qui me
frappa surtout, ce fut une bougie à pétrole pla-
cée sur la commode, absolument à la même
place, et de la même forme que dans mon rêve,
et que je voyais pour la première fois. Mon
étonnement fut si grand que j’ai, pour ainsi
dire, perdu la distinction nette entre le rêve
passé et la réalité présente, et, m’approchant
du lit de la malade, je lui dis tranquillement :
« Vous avez une hémorragie, » et je ne revins à
moi que lorsque la malade me répondit : « Oui,
mais comment le savez-vous ? »
Frappé de la coïncidence étrange de mon
rêve avec ce que j’ai vu, j’ai demandé à la
malade à quelle heure elle avait décidé de
m’envoyer chercher. Elle me répondit qu’elle
était indisposée depuis le matin. À peu près
à l’heure de l’après-midi apparut une légère
hémorragie suivie de malaise, mais elle n’y fit
pas attention. L’hémorragie devint très forte
vers 2 heures, et la malade s’inquiéta davan-
tage. Son mari n’étant pas à la maison, elle
ne savait que faire, et elle se coucha, espérant
que cela s’arrêterait. Entre 3 et 4 heures elle
était toujours indécise et dans une grande an-
xiété. À peu près à 4 heures et demie, elle se
décida à m’envoyer chercher. La distance entre
ma maison et la sienne est de vingt minutes de
marche. Je ne connaissais la malade que pour
l’avoir soignée dans le temps, mais je ne savais
rien de l’état actuel de sa santé. — En général,
je ne rêve pas souvent et c’est le seul rêve de
ma vie dont je me souvienne, grâce à son ca-
ractère véridique.
Mme 2 Henry Sidgwick a décrit plusieurs expé-
riences de vue à distance par une jeune fille de
quinze ans magnétisée, que l’on peut certainement
adjoindre aux observations faites dans les rêves.
Nous citerons ici deux de ces expériences.
XXXIII. — Miss Florence F..., maintenant
Mme R..., une voisine, fut invitée à venir
un soir, après avoir préparé une expérience
2. Ann. Sc. psychiques, 1892, p. 17
comme épreuve pendant la journée. Elle ar-
riva et ordonna au sujet d’aller à la cuisine et
de lui dire ce qu’elle voyait. Le sujet répondit :
« La table est au milieu de la pièce, et dessus
il y a une boîte couverte d’une nappe. — Qu’y
a-t-il dans la boîte, Fannie ? demandai-je. —
Oh ! Je n’ose pas regarder dans la boîte ! Miss
Florence serait peut-être furieuse. — Miss Flo-
rence veut bien que vous regardiez. Enlevez la
nappe, Fannie, et dites-moi ce qu’il y a. » Tout
de suite elle répondit : « Il y a sept pains et
seize biscuits. » (C’était exact)
Je veux bien que ce soit de la communica-
tion de pensée, parce que miss Florence était
dans la chambre, et sans nul doute les faits
étaient tout à fait présents à son esprit, les
choses ayant été arrangées par elle comme
épreuve ; mais ce qui suit n’en est certaine-
ment pas.
Miss Florence demandais à Fannie ce qu’il
y avait dans l’écurie. Elle répondit : « Deux
chevaux noirs, un gris et un rouge. » (Elle vou-
lait dire un bai.) Miss Florence : « Ce n’est pas
ça, Fannie : il n’y a que mes chevaux noirs
à l’écurie. » Dix ou quinze minutes après, un