L'Inconnu et les Problèmes psychiques

Camille Flammarion · Chapitre 11 sur 12 · partie 1/3

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L'Inconnu et les Problèmes psychiques

Les Rêves prémonitoires et la divination de l'avenir

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

Chapitre IX

 

Les Rêves

 

prémonitoires et la

 

divination de l’avenir

 

Quum est somnos evocatus animus a societate corporis, tum meminit præteritorum,

præsentia cernit, futura præ-videt.

CICÉRON.

 

Les rêves les plus curieux et les plus difficiles

à expliquer sont peut-être encore ceux qui nous montrent un fait, une situation, un état de choses

non encore arrivé, et qui se trouve réalisé effective-

ment à quelque distance de là, dans un avenir plus

ou moins rapproché. Il ne s’agit pas seulement ici

de voir sans les yeux, mais de voir d’avance ce qui

n’existe pas encore.

L’énoncé seul de la question paraît absurde et

contradictoire, par conséquent inacceptable. Son ac-

ceptation est grosse de conséquences, car elle impli-

querait que l’avenir peut être déterminé d’avance

par l’enchaînement des causes et des effets succes-

sifs, et que le libre arbitre est bien voisin d’une illu-

sion.

Avant d’entrer dans l’analyse philosophique d’un

problème qui touche aux plus grandes difficultés de

la connaissance des choses, voyons d’abord s’il y a

des rêves dignes de foi qui aient vraiment montré

l’avenir, d’une façon ou d’une autre. C’est là une pre-

mière constatation nécessaire et sans laquelle il se-

rait superflu de s’engager en des digressions imagi-

naires.

Eh bien, je dois l’avouer tout de suite, les rêves

qui montrent d’avance et avec précision un évé-

nement futur sont certains, doivent être acceptés

comme réels. Ce ne sont pas des fables, et ici non

plus la coïncidence fortuite, le hasard n’explique pas la réalisation du rêve.

Nous venons de voir, au chapitre précédent, des

rêves montrant ce qui se passe au loin, dans le pré-

sent. Des faits analogues sont observés dans cer-

tains cas d’hypnotisme, de magnétisme, de som-

nambulisme et d’expériences spirites. C’était là une

sorte de préface, de préparation naturelle à ce que

nous avons maintenant à examiner.

Je citerai d’abord deux rêves dont je puis affir-

mer l’authenticité absolue, éprouvés par ma mère

en deux circonstances bien différentes, et qu’elle

vient encore de me confirmer, pour la vingtième fois

peut-être.

Le premier date d’une époque à laquelle elle

n’était pas encore venue à Paris. Mes parents habi-

taient le bourg de Montigny-le-Roi (Haute-Marne).

Je commençais mes études à Langres, et ils avaient

décidé de quitter la province pour la capitale, sur-

tout dans le désir de préparer pour leurs enfants des

carrières plus sûres et plus élevées. Une quinzaine

de jours avant leur départ, ma mère rêva qu’elle

était déjà à Paris, qu’elle traversait de grandes rues

et arrivait devant un canal, au-dessus duquel était

jeté un pont à escaliers. Or, quelque temps après

son arrivée à Paris, elle alla rendre visite à une de

ses parentes demeurant rue Fontaine-au-Roi, dans le faubourg du Temple, et fut bien surprise, en arri-

vant au canal, de reconnaître le pont, le quai, l’as-

pect du quartier, dont elle n’avait pu avoir aucune

connaissance ni par des gravures, ni autrement.

Ce songe ne peut guère s’expliquer. Il faut ad-

mettre que l’esprit puisse voir à distance, et pen-

dant la nuit, des détails que l’on trouvera, de jour,

conformes à l’image laissée dans le cerveau. C’est

assurément difficile. Je préférerais supposer que

des personnes venues de Paris auront raconté à ma

mère l’existence de ces sortes de ponts, qu’elle aura

oublié ce récit et qu’il sera reparu dans le rêve.

Mais ma mère m’affirma absolument que jamais

personne ne lui avait parlé ni du canal parisien ni

de ces ponts aériens.

 

Voici son second rêve :

Un certain été, l’une de mes sœurs était allée,

avec son mari et ses enfants, habiter la petite ville

de Nogent (Haute-Marne) ; mon père les avait ac-

compagnés, et ma mère était restée à Paris. Tous

les enfants étaient en bonne santé, et l’on n’avait

aucune inquiétude sur eux. Ma mère rêve qu’elle

reçoit de mon père une lettre dans laquelle elle lit

cette phrase : « Je suis le messager d’une triste nou-

velle, le petit Henri vient de mourir presque sans

être malade, à la suite de convulsions. » Ma mère en s’éveillant se dit : « Ce n’est qu’un rêve ; tout songe,

tout mensonge. » Huit jours après, une lettre de mon

père portait exactement la même phrase. Ma sœur

désolée venait de perdre son dernier-né, à la suite

de convulsions.

Dans le premier de ces deux rêves on pourrait,

à la dernière rigueur, invoquer, comme nous le di-

sions, un récit oublié, latent dans le cerveau. C’est

excessivement peu probable, puisque ma mère est

sûre de n’avoir jamais entendu parler de ces ponts.

Mais dans le second, quelle explication donner ?

 

Mon ami regretté, le docteur Macario, auteur

d’un ouvrage estimé sur le Sommeil, les Rêves et le

Somnambulisme, dont j’ai parlé plus haut, rapporte

le fait suivant, arrivé dans sa famille :

 

Mme Macario, dit-il, partit le 6 juillet 1854

pour Bourbon-l’Archambault, afin de prendre

les eaux pour une affection rhumatismale. Un

de ses cousins, M. O..., qui habite Moulins, et

qui rêve ordinairement ce qui doit lui arriver

d’un peu extraordinaire, fit, la nuit qui précède

le voyage de ma femme, le rêve suivant : il vit

Mme Macario, accompagnée de sa petite fille,

prendre le chemin de fer pour se rendre aux

eaux de Bourbon. À son réveil, il pria sa femme

de se préparer à recevoir deux cousines qu’elle

ne connaissait pas encore.

« Elles arrivent aujourd’hui même à Mou-

lins, ajouta-t-il, et partiront ce soir pour Bour-

bon ; elles ne manqueront pas, j’espère, de ve-

nir nous voir. »

En effet, ma femme et ma fille ne tardèrent

pas à arriver à Moulins ; mais, comme il faisait

un temps affreux (la pluie tombait à verse),

elles descendirent chez un ami, près de la gare

du chemin de fer, et n’allèrent point rendre

visite (le temps leur manqua) à leur cousin

qui habite un quartier fort éloigné de la ville.

Celui-ci ne se découragea pas.

« Ce sera pour demain, » pensa-t-il.

Mais, cette fois encore, il fut trompé dans

son attente.

Persuadé, cependant (nous l’avons déjà fait

remarquer : M. O... a l’habitude de rêver vrai),

que les avertissements de son rêve étaient

justes, il alla au bureau de la diligence qui fait

le service de Moulins à Bourbon, pour s’enqué-

rir si une dame, accompagnée de sa fille, dont

il donna les signalements, n’était pas partie la

veille pour Bourbon. Il lui fut répondu affir-

mativement ; il demanda alors si cette dame

était descendue à Moulins, et apprit que toutes

les particularités de son rêve étaient parfaite-

ment exactes.

Avant de terminer, qu’il me soit permis

de faire observer que M. O... n’avait aucune

connaissance ni de la maladie, ni du voyage

de Mme Macario, qu’il n’avait pas vue depuis

plusieurs années 1.

 

Le docteur ajoute, à ce propos, le fait suivant :

 

Le jeudi 7 novembre 1850, au moment où

les mineurs de la charbonnerie de Belfast se

rendaient à leur travail, la femme de l’un d’eux

lui recommanda d’examiner avec soin la corde

de la benne ou cuffard, qui sert à descendre au

fond du puits :

« J’ai rêvé, dit-elle, qu’on la coupait pen-

dant la nuit. »

Le mineur n’attacha pas d’abord grande

importance à cet avis ; cependant, il le com-

muniqua à ses camarades. On déroula le câble

1. Sans mettre un seul instant en doute la sincérité absolue

du Dr Macario, que j’ai constatée en toutes circonstances, je ré-péterai qu’il est regrettable que ce M. O... ait eu le préjugé de ne pas oser signer ses observations et ses convictions. Pourquoi cette étroitesse d’esprit ? Qu’y a-t-il dans ce rêve qui puisse com-promettre un honnête homme ?

de la descente, et, à la grande surprise de

tous, on le trouva haché en plusieurs endroits.

Quelques minutes plus tard, les travailleurs

allaient monter dans la benne, d’où ils au-

raient été infailliblement précipitée ; et, s’il

faut en croître le Newcastle Journal, ils n’ont

dû leur salut qu’à ce rêve.

Lors de mes débuts dans le journalisme, à Pa-

ris, j’avais pour collègue, au Siècle, un écrivain char-

mant, d’un fort aimable caractère, qui se nommait

Émile de la Bédollière. Son mariage a été dû à un

rêve prémonitoire.

Dans une petite ville du centre de la

France, à La Charité-sur-Loire, département

de la Nièvre, il y avait une jeune fille ravis-

sante de grâce et de beauté. Elle était, comme

la Fornarina de Raphaël, fille d’un boulanger.

Plusieurs prétendants aspiraient à sa main, et

l’un d’eux avait une grande fortune. Les pa-

rents le préféraient. Mais M lle Angèle Robin ne

l’aimait pas et le refusait.

Un jour, poussée à bout par les instances de

sa famille, elle alla à l’église et pria la sainte

Vierge de lui venir en aide. La nuit suivante,

elle vit en rêve un jeune homme en costume de

voyageur, portant un grand chapeau de paille

et des lunettes. À son réveil, elle déclara à ses

parents qu’elle refusait absolument le préten-

dant et qu’elle attendrait, ce qui leur mit en

tête mille conjectures.

L’été suivant, le jeune Émile de la Bédol-

lière est entraîné par un de ses amis, Eugène

Lafaure, étudiant en droit, à faire un voyage

dans le centre de la France. Ils passent à La

Charité et vont à un bal de souscription. A

leur arrivée, le cœur de la jeune fille bat tu-

multueusement dans sa poitrine, ses joues se

colorent d’un rouge incarnat, le voyageur la

remarque, l’admire, l’aime, et, quelques mois

après, ils étaient mariés. C’était la première

fois de sa vie qu’il passait dans cette ville.

 

Cette curieuse histoire de mariage n’est pas

unique dans son genre. Je pourrais en citer plu-

sieurs autres analogues, et je crois même n’être pas

indiscret en ajoutant que l’un de nos astronomes

contemporains les plus célèbres, M. Janssen, a été

vu d’avance en rêve par M me Janssen assez long-

temps avant leur présentation mutuelle.

Alfred Maury cite un cas analogue, mais en l’ex-

pliquant par sa théorie des images de la mémoire,

qui ne s’applique certainement pas au mariage de

la Bédollière, et qui sans doute ne s’applique pas

davantage à celui-ci. « M. P... 2, écrit-il, ancien bi-

bliothécaire au Corps législatif, m’a assuré avoir vu

en songe la femme qu’il épousa par la suite, et ce-

pendant elle lui était inconnue, ou du moins, il croit

qu’il ne l’avait jamais vue réellement : il y a là se-

lon toute vraisemblance, un fait de souvenir non

conscient. »

Le tort des théoriciens est de vouloir tout expli-

quer, tout enfermer dans leurs cadres. Selon toute

vraisemblance, à la lumière de nos nouvelles inves-

tigations psychiques, Alfred Maury se trompe ici.

M. A. Goupil, ingénieur civil à Cognac, nous a

communiqué le fait suivant :

À Tunis, entre la Poste et le Café de France,

est un coiffeur français dont j’ai oublié le nom.

Un matin de l’été de 1891, je faisais une par-

tie de billard avec lui ; cette partie terminée,

je lui en proposai une seconde. « Non, me dit-

il, j’attends le médecin et je désire savoir ce

qu’il a dit. — Est-ce que vous avez quelqu’un

de malade ? — Non, mais j’ai mon petit neveu

âgé de... (11 ans je crois), qui a eu hier soir

une hallucination, il s’est levé tout à coup en

criant : « Voilà une femme qui veut prendre ma

2. Encore un qui n’ose pas se compromettre en donnant son

nom.

petite cousine (ma fillette de quelques mois),

je ne veux pas qu’elle l’emporte. » Cela dura

un bon moment et nous ne pûmes lui faire

croire qu’il avait rêvé : — Est-ce qu’il a déjà

eu des hallucinations ? — Non. — Il se porte

bien ? — Oui, mais je crains que cela soit l’in-

dice d’une fièvre. — Votre petite fille se porte

bien ? — Oui, très bien. » Je posais cette der-

nière question parce qu’il venait de me passer

par la tête que cette vision voulait dire que la

petite allait mourir avant peu. Je ne dis rien de

ma pensée à mon interlocuteur qui me quitta.

Le lendemain, je lui demandai des nouvelles.

Tout son petit monde allait bien. Le surlen-

demain, même question, et même réponse ; le

troisième jour, même question et encore même

réponse. Il avait l’air de s’étonner de l’intérêt

que je semblais porter à ces enfants que je ne

connaissais pas. Trois jours se passèrent sans

que je le visse de nouveau. L’ayant rencontré

le jour suivant dans la rue, je lui demandai si

les enfants allaient toujours bien. « Vous sa-

vez, me dit-il, que nous avons perdu ma pe-

tite fille : elle a été emportée en rien de temps.

(Je crois qu’il m’a dit que c’était du croup.) —

Non, dis-je, je ne le savais pas, mais j’atten-

dais cela. — Comment ? — Oui, c’est la femme

qui l’a emportée. — Quelle femme ? — Eh bien,

celle qu’a vue votre neveu, elle représentait la

mort, la maladie, ou tout ce que vous voudrez ;

ça devait être une hallucination prophétique. »

Je laissai là mon homme très étonné : il

pourrait affirmer ce récit au moins dans ses

lignes principales, car il a été surpris de mes

réflexions et il doit s’en souvenir.

 

Invoquera-t-on encore ici le hasard ? Non. Il y a

là quelque chose d’inconnu pour nous, mais de réel.

Un ancien magistrat, actuellement député, M.

Bérard, a publié l’émouvant récit que voici dans la

Revue des Revues du 15 septembre 1895 :

 

À cette époque, il y a de cela quelque dix

ans, j’étais magistrat, je venais de terminer

la longue et laborieuse instruction d’un crime

épouvantable, qui avait porté la terreur dans

toute la contrée ; jour et nuit, depuis plusieurs

semaines, je n’avais vu, en veille et en rêve,

que cadavres, sang et assassinats.

J’étais venu, l’esprit encore sous la pres-

sion de ces souvenirs sanglants, me reposer

en une petite ville d’eaux, qui dort tranquille,

triste, morose, sans bruyant casino, sans mail-

coachs tapageurs, au fond de nos montagnes

vertement boisées.

Chaque jour, je m’égarais à travers les

forêts de chênes, mêlés aux hêtres et aux

fayards, ou bien par les grands bois de sa-

pins. Dans ces courses vagabondes, il arrivait

parfois que je m’égarais complètement, ayant

perdu de vue les cimes élevées qui me per-

mettaient habituellement de retrouver la di-

rection de mon hôtel.

À la nuit tombante, je débouchais de la

forêt sur une route solitaire, qui franchissait

ce col étroit entre deux hautes montagnes ; la

pente était rapide, et dans la gorge à côté de la

route il n’y avait place que pour un petit ruis-

seau retombant des rochers vers la plaine en

une multitude de cascades. Des deux côtés, la

forêt sombre, silencieuse à l’infini.

Sur la route, un poteau indiquait que la

ville était à 10 kilomètres : c’était ma route ;

mais, harassé par six heures de marche, te-

naillé par une faim violente, j’aspirais au gîte

et au dîner immédiats.

À quelques pas de là, une pauvre auberge,

isolée, véritable halte de rouliers, montrait son

enseigne vermoulue : Au rendez-vous des amis.

J’entrai.

L’unique salle était fumeuse et obscure :

l’hôtelier taillé en hercule, le visage mauvais,

le teint jaune ; sa femme petite, noire, presque

en haillons, le regard louche et sournois, me

reçurent à mon arrivée.

Je demandai à manger et, si possible, à cou-

cher. Après un maigre souper, très maigre, pris

sous l’œil soupçonneux et étrangement inqui-

siteur de l’hôtelier, à l’ombre d’un misérable

quinquet, éclairant fort mal, mais répandant

en revanche une fumée et une odeur nauséa-

bondes, je suivis l’hôtesse, qui me conduisit

à travers un long couloir et un dur escalier,

dans une chambre délabrée située au-dessus

de l’écurie. L’hôtelier, sa femme et moi, nous

étions certainement seuls dans cette masure

perdue dans la forêt, loin de tout village.

J’ai une prudence poussée jusqu’à la

crainte, cela tient de mon métier qui, sans

cesse, me fait penser aux crimes passés et

aux assassinats possibles. Je visitai soigneuse-

ment ma chambre, après avoir fermé la porte

à clef ; un lit, — ou plutôt un grabat — deux

chaises boiteuses, au fond, presque dissimulée

sous la tapisserie, une porte munie d’une ser-

rure sans clef. J’ouvris cette porte : elle don-

nait sur une sorte d’échelle qui plongeait dans

le vide. Je poussai devant pour la retenir si

on tentait de l’ouvrir en dehors, une sorte de

table en bois blanc portant une cuvette ébré-

chée, qui servait de toilette ; je plaçai à côté

une des deux chaises. De cette façon, on ne

pouvait ouvrir la porte sans faire de bruit. Et

je me couchai.

Après une telle journée, comme bien on

pense, je m’endormis profondément. Tout à

coup, je me réveillai en sursaut : il me sem-

blait que l’on ouvrait la porte et que en l’ou-

vrant, on poussait la table ; je crus même aper-

cevoir la lueur d’une lampe, d’une lanterne

ou d’une bougie, par le trou resté vide de la

serrure. Comme affolé, je me dressai dans le

vague du réveil et je criai : « Qui est là ? » Rien :

le silence, l’obscurité complète. J’avais dû rêvé,

être le jouet d’une étrange illusion.

Je restai de longues heures sans dormir,

comme sous le coup d’une vague terreur. Puis

la fatigue eut raison de la peur, et je m’endor-

mis d’un lourd et pénible sommeil entrecoupé

de cauchemars.

Je crus voir, je vis, dans mon sommeil, cette

chambre où j’étais, dans le lit, moi ou un autre

je ne sais ; la porte dérobée s’ouvrait, l’hôte-

lier entrait, un long couteau à la main ; der-

rière, sur le seuil de la porte, sa femme debout,

sale, en guenilles, voilant de ses doigts noirs

la lumière d’une lanterne ; l’hôtelier à pas de

loup s’approchait du lit et plongeait son cou-

teau dans le cœur du dormeur. Puis le mari

portant le cadavre par les pieds, la femme le

portant par la tête, tous deux descendaient

l’étroite échelle ; voici un curieux détail : le

mari portait entre ses dents le mince anneau

qui tenait la lanterne, et les deux assassins

descendaient l’escalier borgne à la lueur terne

de la lanterne. Je me réveillai en sursaut, le

front inondé d’une sueur froide, terrifié. Par

les volets disjoints, les rayons du soleil d’août

inondaient la chambre : c’était sans doute la

lueur de la lanterne, je vis l’hôtesse seule, si-

lencieuse, sournoise, et je m’échappai joyeux,

comme d’un enfer, de cette auberge borgne

pour respirer sur le grand chemin poudreux

l’air pur des sapins, sous le soleil resplendis-

sant, dans les cris des oiseaux en fête.

 

Je ne pensais plus à mon rêve. Trois ans

après, je lus dans un journal une note à peu

près conçue en ces termes : « Les baigneurs

et la population de X... sont très émus de la

disparition subite et incompréhensible de M.

Victor Arnaud, avocat, qui depuis huit jours,

après être parti pour une course de quelques

heures dans la montagne, n’est point revenu à

son hôtel. On se perd en conjectures sur cette

incroyable disparition. »

 

Pourquoi un étrange enchaînement d’idées

ramena-t-il mon esprit vers mon rêve à mon

hôtel ? Je ne sais, mais cette association

d’idées se souda plus fortement encore quand,

trois jours après, le même journal m’apporta

les lignes que voici : « On a retrouvé en par-

tie les traces de M. Victor Arnaud. Le 24 août

au soir, il a été vu par un roulier dans une au-

berge isolée : Au rendez-vous des amis. Il se

disposait à y passer la nuit ; l’hôtelier dont la

réputation est des plus suspectes et qui jus-

qu’à ce jour avait gardé le silence sur son voya-

geur a été interrogé. Il prétend que celui-ci l’a

quitté le soir même et n’a point couché chez

lui. Malgré cette affirmation, d’étranges ver-

sions commencent à circuler dans le pays. On

parle d’un autre voyageur d’origine anglaise

disparu il y a six ans. D’autre part, une petite

bergère prétend avoir vu la femme de l’hôte-

lier, le 26 août, lancer dans une mare cachée

sous bois des draps ensanglantés. Il y a là un

mystère qu’il serait utile d’éclaircir. »

Je n’y tins plus, et tenaillé par une force

invincible qui me disait malgré moi que mon

rêve était devenu une réalité terrible, je me

rendis dans la ville.

Les magistrats saisis de l’affaire par l’opi-

nion publique recherchaient sans donnée pré-

cise. Je tombai dans le cabinet de mon collègue

le juge d’instruction, le jour même où il enten-

dait la déposition de mon ancienne hôtelière.

Je lui demandai la permission de rester dans

son cabinet pendant cette déposition.

En entrant, la femme ne me reconnut pas,

ne prêta même aucune attention à ma pré-

sence.

Elle raconta que, en effet, un voyageur,

dont le signalement ressemblait à celui de M.

Victor Arnaud était venu, le 24 août au soir,

dans son auberge, mais qu’il n’y avait point

passé la nuit. Du reste, avait-elle ajouté, il n’y

a que deux chambres à l’auberge et, cette nuit-

là, toutes deux ont été occupées par deux rou-

liers, entendus dans l’instruction et reconnais-

sant le fait.

Intervenant subitement : « Et la troisième

chambre, celle sur l’écurie ? » m’écriai-je.

L’hôtelière eut un brusque tressaillement,

et parut subitement, comme en un soudain ré-

veil, me reconnaître. Et moi, comme inspiré,

avec une audacieuse effronterie, je continuai :

« Victor Arnaud a couché dans cette troisième

chambre. Pendant la nuit vous êtes venue avec

votre mari, vous tenant une lanterne, lui un

long couteau ; vous êtes montés par l’échelle

de l’écurie, vous avez ouvert une porte déro-

bée qui donne dans cette chambre ; vous, vous

êtes restée sur le seuil de la porte pendant que

votre mari est allé égorger son voyageur afin

de lui voler sa montre et son portefeuille. »

C’était mon rêve de trois années que je ra-

contais ; mon collègue m’écoutait ébahi ; quant

à la femme, épouvantée, les yeux démesuré-

ment ouverts, les dents claquant de terreur,

elle était comme pétrifiée.

« Puis, tous deux, ajoutai-je, vous avez pris

le cadavre, votre mari le tenant par les pieds ;

vous l’avez descendu par l’échelle. Pour vous

éclairer, votre mari portait l’anneau de la lan-

terne entre ses dents. »

Et alors, cette femme terrifiée, pâle, les

jambes se dérobant sous elle : « Vous avez donc

tout vu ? »

Puis, farouche, refusant de signer sa dépo-

sition, elle se renferma dans un mutisme, ab-

solu.

Quand mon collègue refit au mari mon ré-

cit, celui-ci se croyant livré par sa femme,

avec un affreux juron : « Ah ! la c..., elle me le

payera ! »

Mon rêve était donc bien vrai et était de-

venu une sombre et terrifiante réalité.

Dans l’écurie de l’hôtel, sous un épais tas

de fumier, on retrouva le cadavre de l’infortuné

Victor Arnaud et à côté de lui, des ossements

humains, peut-être ceux de l’Anglais disparu,

six ans auparavant dans des conditions iden-

tiques et tout aussi mystérieuses.

 

Ce récit est assez éloquent par lui-même pour

dispenser de tout commentaire. C’est un rêve pré-

monitoire de toute beauté. Nous ne supposons pas

que l’auteur, ancien magistrat, l’ait inventé pour

le plaisir d’écrire un conte dramatique admirable-

ment rédigé. Cependant la chose n’est pas impos-

sible. Peut-être M. Bérard pourrait-il en donner lui-

même le témoignage irrécusable par une confronta-

tion avec le dossier de l’affaire Victor Arnaud 3.

Mme A. Vaillant m’a adressé de Foncquevillers

(Pas-de-Calais) le curieux récit d’un rêve prémoni-

toire et de trois cas de télépathie très remarquables

qui, par une inadvertance due certainement à la

quantité considérable des lettres reçues, n’ont pas

été inscrits plus haut. Sans revenir sur ce sujet, je

dirai que le premier concerne la vue précise d’une

mort, en 1794, des bords du Rhin à Arras ; le se-

cond l’apparition et l’audition à Bapaume, par deux

témoins séparés, d’un mari et d’un père morts ce

même jour en Autriche (1796) ; le troisième une

jeune fille habitant un château d’Écosse, descendant

en courant, un escalier, et voyant au pied de cet es-

calier, baignant dans son sang, un oncle assassiné

en cet instant même à Londres (1796). Voici le rêve

prémonitoire.

 

Il y a quelques années, dans une ville du

Nord, un nouveau vicaire fut nommé dans

une certaine paroisse. Une personne connue

 

3. Cette histoire est rapportée aussi dans les Mémoires de M.

Goron, ancien chef de la sûreté (tome II, p. 338), qui y adjoint un autre rêve de lui-même, à propos d’un autre assassinat. Ce dernier rêve, remarquable d’ailleurs, me paraît pouvoir s’expli-quer par les associations de pensées qui occupaient ce jour-là le cerveau de l’auteur (voir plus haut, p. 581-590).

de M me Vaillant rêva, quelques jours aupara-

vant, que ce vicaire était un M. G..., qu’il prê-

chait le dimanche suivant sur tel sujet, que sa

sœur était assise devant lui, et toutes les par-

ticularités de son rêve se trouvèrent réalisées.

[Lettre 103.]

Voici un autre rêve prémonitoire, rapporté par

un honorable ecclésiastique :

J’étais en pension à Niort, j’avais quinze

ou seize ans, et, une nuit, j’eus un singulier

songe. Il me sembla être à Saint-Maixent (ville

que je ne connaissais que de nom), avec mon

maître de pension, sur une petite place, au-

près d’un puits en face duquel était une phar-

macie, et voir venir à nous une dame de la

localité, que je reconnus pour l’avoir vue une

seule fois à Niort, dans la maison où j’étais.

Cette dame, en nous abordant, nous parla d’af-

faires que je trouvai si extraordinaires que,

dès le matin, j’en fis part au patron. (On ap-

pelait ainsi le chef de l’institution.) Celui-ci,

très étonné, me fit répéter cette conversation.

Quelques jours après, ayant eu à faire à Saint-

Maixent, il m’emmena avec lui. À peine ar-

rivés, nous nous trouvâmes sur la place que

j’avais vue en songe, aux deux points marqués

ci-dessus, et nous vîmes venir à nous, au point

posé plus bas, la dame en question, qui eut

avec mon patron la conversation telle que je

l’avais racontée, absolument mot à mot.

 

GROUSSARD,

Curé de Sainte-Radegonde (Charente-Inférieure).

 

On ne voit pas non plus comment le hasard pour-

rait expliquer cette prémonition si précise.

Mon enquête m’a fourni un grand nombre de

rêves prémonitoires. Je les ai classés spécialement,

et je demanderai encore à mes lecteurs la permis-

sion d’en citer ici les principaux et de les ajouter

aux onze exemples précédents, afin de mettre entre

leurs mains toutes les pièces de conviction.

XII. — Je me présente moi-même, Pierre

Jules Berthelay, né à Yssoire, Puy-de-Dôme,

le 23 octobre 1825, ancien élève du lycée de

Clermont, prêtre du diocèse de Clermont en

1850, ancien vicaire pendant huit ans à Saint-

Eutrope (Clermont), trois fois inscrit au minis-

tère de la Guerre comme aumônier militaire.

 

1° Après treize ans de pénible ministère,

j’étais très fatigué, d’autant plus que j’avais

dû servir de contremaître surveillant au nom

de la fabrique, pour la construction de la gra-

cieuse église de Saint-Eutrope à Clermont ;

pendant quatre ans, j’ai suivi les ouvriers de-

puis 10 m. 50 dans l’eau des fondations, jus-

qu’à la croix de la flèche. C’est moi qui ai

posé les trois dernières ardoises. Notre pro-

fesseur, M. Vincent, pour me faire changer de

travaux, me fit venir à Lyon, où je n’étais ja-

mais allé. Un des premiers jours, mon élève

me dit, en sortant de déjeuner : « Monsieur

l’abbé, voulez-vous m’accompagner à notre

domaine de Saint-Just-Doizieux ? » J’accepte ;

nous voilà en voiture. Après avoir passé Saint-

Paul-en-Jarret, je pousse une exclamation :

« Mais je connais le pays ! » dis-je, et, de fait,

j’aurais pu m’y diriger sans guide. Au moins

un an auparavant, j’avais vu pendant mon

sommeil toutes ces petites terrasses en pierres

jaunes.

2° Je suis rentré dans mon diocèse, mais

on m’a envoyé remplir dans les montagnes de

l’Ouest une mission très pénible, au-dessus de

mes forces. Je suis resté sept mois très malade

à Clermont. Enfin je puis me tenir sur mes

jambes, on m’envoie remplacer l’aumônier de

l’hôpital d’Ambert frappé par une congestion

cérébrale. Le chemin de fer d’Ambert n’était

pas encore construit, j’étais dans le coupé de

la voiture faisant le service de Clermont à Am-

bert. Après avoir dépassé Billom, je jette les

yeux à droite et je reconnais le petit castel avec

son avenue d’ormeaux, comme si j’y avais vécu.

Je l’avais vu pendant mon sommeil au moins

dix-huit mois auparavant.

 

3° Nous sommes à l’année terrible. Ma

mère qui avait vu les alliés parader dans les

Champs-Élysées à Paris est veuve, elle me ré-

clame comme son seul soutien ; on me donne

une petite paroisse proche d’Yssoire. La pre-

mière fois que je suis allé voir un malade, je

me suis trouvé dans des ruelles étroites, entre

de hautes murailles noires, mais j’ai parfai-

tement trouvé le débouché. J’avais pendant

mon sommeil, plusieurs mois auparavant, par-

couru ce dédale de ruelles sombres.

4° Des événements indépendants de ma vo-

lonté m’ont amené à Riom, où je me prépare

au grand voyage. Quelle n’est pas ma surprise

de retrouver comme une vieille connaissance

la chapelle que mon camarade l’abbé Faure

avait bâtie pour les soldats, que je n’avais ja-

mais vue de mes yeux, et dont j’ignorais même

l’existence ! J’aurais pu faire le croquis 4 que je

vous adresse comme si j’avais servi de contre-

maître.

 

BERTHELAY,

à Riom (Puy-de-Dôme). [Lettre 19.]

 

XVI. — Dans les premiers jours de sep-

tembre 1870, aux bains de mer à Weymouth

(Angleterre.), vers 2 heures du matin, jeudi à

vendredi, je me suis réveillée au même mo-

ment qu’une voix mystérieuse a prononcé ces

paroles très distinctement : « Jump out of bed,

pray for these at sea. » « Sautez hors de votre

lit, priez pour ceux qui sont sur la mer. » À

peu près au même temps le Captain grand

vaisseau anglais, s’est perdu dans la baie de

Biscaye. Trois cents noyés. Le reste de l’es-

 

4. Cette communication est accompagnée de quatre dessins

des paysages et monuments vus en rêve.

cadre est arrivé près de nous dans les Port-

land Roads. Le public étant admis à l’inspec-

tion de ces vaisseaux, compagnons du malheu-

reux, j’en ai profité, ainsi qu’un frère. Sept ans

plus tard, 9 septembre 1877, ce frère a péri lui-

même dans le naufrage de l’Avalanche, dans

ces mêmes Portland Roads.

MARY C. DEUTSCHEMDAFF,

épouse du pasteur protestant de Charleville

(Ardennes). [Lettre 29]

XVII. — Le fait suivant m’a été rapporté

par un de mes vieux confrères, âgé aujourd’hui

de quatre-vingt-onze ans, esprit très positif et

nullement enclin au mysticisme.

Un soir, vers 1835, il travaillait dans sa

chambre, à Strasbourg. Soudain il eut la vision

très nette de Morey, son village natal. La rue

où était la maison paternelle présentait une

animation insolite à cette heure, et il reconnut

plusieurs personnes parmi lesquelles une de

ses parentes portant une lanterne.

« Quelques jours après, me disait-il, je re-

çus la nouvelle de la mort de ma mère, sur-

venue ce même soir, et en présence des mêmes

personnes que j’avais vues. De plus, c’était bien

la mère de ma mère qui tenait la lanterne. »

De pareils faits sont sans doute inexpli-

cables actuellement, mais ce n’est pas une rai-

son pour les nier dédaigneusement. Attendons

et cherchons : l’avenir nous réserve bien des

surprises et dévoilera bien des mystères.

Qu’est-ce que la pensée ? Nous l’igno-

rons absolument, mais nous pouvons supposer

qu’elle correspond à un nombre de vibrations

déterminé : mettons si l’on veut un million de

quintillions par seconde. Le cerveau, appareil

qui émet ces vibrations, est à la fois transmet-

teur et récepteur. Il est possible que sous l’in-

fluence d’une excitation intense, ces vibrations

soient capables d’impressionner à d’énormes

distances d’autres cellules nerveuses. Et si les

phénomènes de télépathie sont surtout pro-

duits par des mourants, on sait que, souvent à

l’approche du dernier moment, le cerveau pos-

sède une suractivité extraordinaire. D’autre

part, ceux qui sont impressionnés sont aussi

généralement des êtres sensibles, nerveux, im-

pressionnables en un mot. Enfin, l’affection,

la haine, l’inquiétude peuvent contribuer à

mettre en état d’isochronisme cérébral deux

personnes possédées de ces sentiments.

Sans tomber dans le domaine du surnatu-

rel ou de l’impossible, un jour viendra peut-

être, mais si lointain encore, où l’homme re-

gardera le téléphone et le télégraphe comme

des moyens primitifs et barbares pour corres-

pondre à distance ; à volonté il enverra sa pen-

sée à travers l’espace. Ce sera alors vraiment

le bouleversement du vieux monde.

DOCTEUR DÈVE,

à Fouvent-le-Haut (Haute-Saône). [Lettre 26.]

XVIII. — L’année dernière, au mois de sep-

tembre, j’eus, pendant une nuit, la vision très

distincte d’un enterrement d’enfant sortant

d’une maison dont je connais les habitants,

seulement j’ignorais dans mon rêve celui des

enfants qui était mort.

Ce rêve me revint à la mémoire toute la

journée et j’essayai en vain de le chasser de

mon esprit. Le soir, un des enfants de cette

maison, âgé de quatre ans, tomba accidentel-

lement dans une douve et s’y noya.

ÉMILE BOISMARD,

à Seiches (Maine-et-Loire). [Lettre 53.]

XIX. — Mon frère aîné, Émile Zipelius, ar-

tiste peintre, mourut le 16 septembre 1865, à

l’âge de vingt-cinq ans, en se baignant dans la

Moselle. Il habitait Paris, mais se trouvait à ce

moment-là en visite chez ses parents à Pom-

pey, près Nancy. Ma mère avait rêvé deux fois,

à des intervalles assez éloignés, que son fils se

noyait.

Lorsque la personne chargée d’annoncer la

terrible nouvelle à mes parents se présenta

chez eux, ma mère, devinant qu’il était ar-

rivé un malheur, s’informa d’abord d’une de

ses filles absentes dont elle n’avait pas eu de

nouvelles depuis quelques jours. Lorsqu’on lui

répondit qu’il ne s’agissait pas d’elle, elle dit :

« Ne continuez pas, je sais ce que c’est ; mon

fils s’est noyé. » Nous avions eu une lettre de

lui dans la journée, de sorte que rien ne faisait

prévoir cette catastrophe.

Mon frère lui-même avait dit à sa concierge

peu de temps auparavant : « Si je ne rentre pas

un soir, allez à la Morgue le lendemain, j’ai le

pressentiment que je mourrai dans l’eau. J’ai

rêvé que j’étais au fond de l’eau, mort et les

yeux ouverts. »

C’est en effet ainsi qu’on l’a trouvé, il était

mort sur l’eau, de la rupture d’un anévrisme.

Ma mère et mon frère étaient si persuadés que

cela arriverait, que le jour de sa mort, il avait

refusé de se baigner dans la Moselle. Mais,

vers le soir, il se laissa séduire par la fraîcheur

de l’eau, et fut enlevé ainsi à notre affection.

J. VOGELSANG-ZIPELIUS,

à Mulhouse. [Lettre 127.]

XX. — Il y a plusieurs années, pendant six

mois, je rêvais au moins une fois par semaine

que j’étais obligée de laisser mes enfants seuls

pour aller travailler dans un bureau, je cou-

rais de crainte d’être en retard ; et la fatigue,

l’inquiétude me réveillant, je constatais avec

plaisir que rien ne justifiait ce bête de rêve, et

qu’avec mon mari j’avais une position modeste

mais suffisante.

Hélas, dans l’année, ce rêve se réalisait.

CLAIRE.

[Lettre 151.]

XXI. — Le 25 novembre 1860, étant à chas-

ser en mer, vers 4 heures du soir, dans une

barque, nous revenions et n’étions plus qu’à

20 mètres du rivage, lorsqu’un de mes amis

m’avoua qu’il avait rêvé la nuit précédente

qu’il mourait noyé ce jour.

Je le rassurai en lui disant que dans dix

minutes nous serions à terre.

Quelques instants après, notre barque cha-

vira et, deux de mes amis, dont celui en ques-

tion, se noyèrent, malgré les soins que nous

leur avons prodigués. Le frère de mon ami

dont il est question ci-dessus est encore avo-

cat au Havre, où cette catastrophe s’est pas-

sée. (On peut consulter à ce sujet les journaux

du Havre du 26 novembre 1860).

 

E. B.

78, rue de Phalsbourg, au Havre. [Lettre 194.]

 

XXII. A. — Au mois d’août dernier, à un

moment où j’étais occupé d’une étude de craie,

en rêve je crus trouver un galet dans la craie

des Brocles, près de Bernot. J’avais disposé

de ma journée du lendemain pour voir cette

craie ; pendant mon exploration, je fus très

surpris de trouver un galet et très exactement

dans les conditions de mon rêve ; les galets de

la craie sont rares 5.

B. — Il y a quelques années, en rêve éga-

lement, je vis une trouvaille d’objets gallo-

romains à un endroit précis du village de Sissy.

Cet endroit vint à être choisi pour l’emplace-

ment d’un nouveau cimetière. Dans une des

5. Cas de cérébration inconsciente, peut-être. Cependant....

premières fosses creusées, les fossoyeurs trou-

vèrent un pot qui me fut envoyé : c’était un

pot gallo-romain, et le nouveau cimetière se

trouvait être sur d’anciennes tombes gallo-

romaines.

ALPHONSE RABELLE,

pharmacien, à Ribemont (Aisne). [Lettre 222.]

XXIV. — J’ai été à deux fois différentes, en

rêve, prévenue de la mort de personnes que

je connaissais seulement de vue, et dont le dé-

cès, arrivé la veille ou la nuit du rêve, m’a été

annoncé le lendemain dans des circonstances,

et avec des paroles à peu près identiques à

celles du rêve. Dans l’un et l’autre cas, j’igno-

rais absolument la maladie de ces personnes

qui m’étaient d’ailleurs indifférentes.

M. LORILLIARD,

à Przemysl (Pologne). [Lettre 248.]

XXV. — J’avais dix-huit ans, quand mon

pauvre père mourut, à la suite d’une attaque.

Quinze jours avant sa mort, je l’avais vu, en

rêve, dans sa chambre, étendu sur son lit tout

habillé et mort, avec, autour de lui, cinq per-

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