Mansfield park

Jane Austen · Chapitre 24 sur 48

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Mansfield park

Chapitre VI

 

 

Henry Crawford avait vraiment désiré, le lendemain ma-tin, passer encore quinze jours à Mansfield, et ayant envoyé chercher ses chevaux et écrit quelques lignes d’excuse à l’Amiral, il regardait sa sœur, comme il scellait et rejetait la lettre, et ne pensant plus au reste de la famille, il dit, avec un sourire :

– Et comment croyez-vous que j’ai l’intention de m’amuser, Mary, pendant les jours où je ne chasserai pas ? Je suis devenu trop vieux pour sortir plus que trois fois par semaine, mais j’ai un projet pour les jours intermédiaires, et que pensez-vous qu’il soit ?

– Vous promener et monter à cheval avec moi, sans doute.

– Pas tout à fait, bien que je serais heureux de faire les deux, mais ce serait un exercice uniquement physique et je dois prendre soin de mon esprit. Et puis, cela serait entière-ment récréation et plaisir, sans le sain alliage du travail, et je n’aime pas de manger le pain de l’oisiveté. Non, mon plan est de me faire aimer de Fanny Price.

– Fanny Price ! Non sens ! Vous devriez être satisfait avec ses deux cousines.

– Mais je ne puis être satisfait sans Fanny Price, sans faire un petit trou dans le cœur de Fanny Price. Vous ne semblez pas voir avec exactitude les droits qu’elle a à être

 

– 279 – remarquée. Pendant que nous lui parlions hier soir, personne de vous ne semblait sensible à l’étonnant embellissement de son allure depuis ces dernières six semaines. Vous la voyez chaque jour et, en conséquence, vous ne le remarquez pas, mais, je vous assure, elle est complètement différente de ce qu’elle était en automne. Elle était alors simplement une tranquille, modeste jeune fille, uniquement pas laide, mais maintenant elle est absolument gentille. J’avais l’habitude de penser qu’elle n’avait ni tempérament ni contenance, mais si, avec cette douce peau qu’est la sienne, si souvent teintée par une rougeur, comme ce fut le cas hier, c’est évidemment une beauté ; et d’après ce que j’ai observé de ses yeux et de sa bouche, je ne désespère pas qu’ils soient capables d’expression, si seulement elle avait quelque chose à expri-

mer ! Et alors son air, ses manières, son tout ensemble3 est embelli d’une façon indescriptible. Elle doit avoir grandi de deux inches, au moins, depuis octobre.

– Pfou ! Pfou ! Ceci est simplement parce qu’il n’y a pas de grandes femmes avec qui la comparer, et parce qu’elle a une nouvelle robe et que vous ne l’aviez jamais vue si bien habillée auparavant. Elle est juste ce qu’elle était en octobre, croyez-moi. La vérité est qu’elle était la seule jeune fille de la compagnie en vue, et que vous devez avoir quelqu’un. Je l’ai toujours pensée jolie, pas d’une façon brillante, mais « assez jolie » comme on dit ; une sorte de beauté qui croît par elle-même. Ses yeux devraient être plus foncés, mais elle a un doux sourire ; mais quant à ce merveilleux degré d’embellissement, je suis sûre qu’il se réduit à une meilleure robe et au fait que vous n’aviez personne d’autre à regarder ;

 

3 En français dans le texte. (N. D. T.)

– 280 – et, en conséquent, si vous établissez un flirt avec elle, vous ne me persuaderez jamais que c’est un compliment à sa beauté et que cela tient à quelque autre chose que votre oisi-veté et votre folie.

Son frère ne donna qu’un sourire à son accusation et dit immédiatement après :

– Je ne sais pas exactement que faire de Mlle Fanny. Je ne la comprends pas. Je ne pourrais dire ce qu’elle était hier. Quel est son caractère ? Est-elle solennelle ? Est-elle bi-zarre ? Est-elle prude ? Pourquoi s’est-elle retirée en elle-même et m’a-t-elle regardée si gravement ? J’ai pu à peine la faire parler. Je n’ai jamais été si longtemps de ma vie en compagnie d’une jeune fille, essayant de la divertir et réus-sissant si mal. Je n’ai jamais rencontré une jeune fille qui me regardait d’un air si grave ! Je dois essayer d’en tirer le meil-leur. Ses regards disent : « Je ne veux pas vous aimer, je suis déterminée à ne pas vous aimer » et, je le dis, elle le fera.

– Vous êtes fou ! C’est ce qu’elle a d’attrayant, après tout. C’est le fait de ne pas s’intéresser à vous qui lui donne une peau tellement douce et qui la rend tellement plus grande, et produit tous ses charmes et ses grâces ! Je désire vraiment que vous ne la rendiez pas tout à fait malheureuse ; un petit amour peut, peut-être, l’animer et lui faire du bien, mais je ne veux pas que vous la fassiez plonger profondé-ment car elle est une des meilleures petites créatures qui aient jamais vécu et elle est très sensible.

– Je ne suis ici que pour quinze jours, dit Henry, et si quinze jours peuvent la tuer, elle doit avoir une constitution que rien ne pourrait sauver. Non, je ne lui ferai aucun mal, chère petite âme, je souhaite seulement qu’elle me regarde gentiment, qu’elle me donne des sourires aussi bien que des

– 281 – rougeurs, qu’elle me garde une chaise près d’elle où qu’elle puisse être, et qu’elle soit tout animée quand je la rejoins et que je lui parle ; qu’elle pense comme je pense, qu’elle s’intéresse à toutes mes affaires et mes plaisirs, qu’elle essaie de me garder plus longtemps à Mansfield, et qu’elle sente, lorsque je partirai, qu’elle ne pourra plus jamais être heu-reuse de nouveau ; je ne désire rien de plus.

– La modération en personne, dit Mary. Je ne pense plus avoir de scrupules maintenant. Et bien, vous aurez assez de possibilités pour essayer de vous recommander, car nous sommes souvent ensemble.

Et sans tenter aucune autre remontrance, elle abandon-na Fanny à son destin, un destin qui, si le cœur de Fanny n’avait pas été gardé d’une manière insoupçonnée de Mlle Crawford, aurait pu être un peu plus dur qu’elle ne l’aurait mérité, car quoique, sans doute, il y ait des jeunes filles de dix-huit ans impossibles à conquérir (sinon nous ne pourrions rien lire à leur propos) et qui ne se laissent pas persuader d’aimer contre leur gré par tout ce que les talents, les manières, les attentions peuvent faire, je n’ai pas la tenta-tion de croire Fanny l’une d’elles, ou de penser, qu’ayant au-tant de disposition à la tendresse, et autant de goût qu’elle n’en a, elle pût avoir sauvé de la galanterie l’entièreté de son cœur (bien que ce ne fût qu’une cour galante de quinze jours) d’un homme tel que Crawford, en dépit du fait qu’elle ait eu son opinion prévenue contre lui, si son cœur n’avait pas été engagé d’un autre côté. Avec toute la sécurité que le fait d’aimer un autre et de le mépriser pouvaient apporter à la paix de l’esprit qu’il était occupé à attaquer, ses attentions continuelles – continuelles mais non importunes, et s’adaptant de plus en plus à la gentillesse et à la délicatesse de son caractère – l’obligèrent très vite à le détester moins

– 282 – que précédemment. Elle n’avait en aucun cas oublié le passé, et elle pensait toujours autant de mal de lui, mais elle sentait son pouvoir, il était amusant, et ses manières étaient telle-ment améliorées, elles étaient si sérieusement et si irrépro-chablement polies qu’il était impossible de ne pas être cour-tois avec lui aussi.

Quelques jours seulement furent suffisants pour arriver à ce résultat et à la fin de ces quelques jours des circonstances survinrent qui étaient plutôt de nature à favoriser ses inten-tions de lui plaire, car ces circonstances lui donnèrent un de-gré de bonheur qui devait la disposer à être contente de tout le monde. William, son frère, le frère si chèrement aimé et absent depuis si longtemps, était de nouveau en Angleterre. Elle reçut une lettre de lui, quelques lignes joyeuses écrites en hâte, alors que le bateau remontait le Pas de Calais (le Channel) et envoyées par Portsmouth avec le premier bateau qui quitta l’« Anvers » ancré à Spithead, et quand Crawford arriva avec, en main, le journal qui, il le croyait, apporterait les premières nouvelles, il la trouva tremblante de joie à cause de cette lettre et écoutant, avec une attitude recon-naissante et heureuse, la gentille invitation que son oncle dictait calmement en retour.

Ce n’était que le jour précédent que Crawford s’était complètement rendu maître du sujet et était, en fait devenu tout à fait conscient qu’elle avait un tel frère et qu’il était sur un tel bateau, mais son intérêt alors excité ne se démentit pas et le détermina, à son retour en ville, à essayer d’obtenir des informations au sujet de la période probable du retour de l’« Anvers » de la Méditerranée, etc., et la chance qu’il ren-contra, le lendemain matin, en examinant très tôt les nou-velles se rapportant aux bateaux, sembla être la récompense de l’ingéniosité qu’il avait manifestée en trouvant un tel

– 283 – moyen de lui plaire, aussi bien que de la respectueuse atten-tion qu’il avait témoigné envers l’Amiral en prenant, pendant tant d’années, le journal reconnu comme ayant les plus ra-pides nouvelles navales. Il prouva, cependant, qu’il était en retard. Tous ces aimables sentiments, qu’il avait espéré pro-voquer lui même, s’étaient déjà manifestés. Mais l’intention, la gentillesse de son intention, fut reconnue avec reconnais-sance, tout à fait avec reconnaissance et chaleur, car son amour pour William la fit sortir de son habituelle timidité.

Ce cher William serait bientôt parmi eux. Il ne pouvait y avoir aucun doute qu’il obtiendrait immédiatement sa per-mission, car il était encore un sous-officier, et comme ses pa-rents, habitant sur les lieux, devaient déjà l’avoir vu, et peut-être même l’avoir vu tous les jours, son congé pourrait, avec justice, être consacré instantanément à sa sœur, qui avait été sa meilleure correspondante pendant sept ans, et dix jours à peine avaient passé depuis que Fanny avait été dans l’agitation de son premier dîner en visite, quand elle se trou-va elle-même dans un état d’une agitation extraordinaire – surveillant tout du hall, du porche, de l’escalier, pour essayer d’entendre le premier bruit de la voiture qui devait lui appor-ter un frère.

Il vint heureusement alors qu’elle était ainsi occupée à l’attendre ; et il n’y eut ni cérémonie, ni crainte de retarder le moment de la rencontre, elle était avec lui comme il entra dans la maison et les premières minutes exquises n’eurent ni interruption ni spectateurs, à moins que les servantes pos-tées là pour ouvrir les portes nécessaires puissent être consi-dérées. Ceci était exactement ce que Sir Thomas et Edmond avaient convenu séparément, comme chacun d’eux le prouva à l’autre par le sympathique empressement avec lequel tous les deux conseillèrent à Mme Norris de rester où elle était, au

– 284 – lieu de se précipiter dans le hall dès que le bruit de l’arrivée leur parvint.

William et Fanny se montrèrent rapidement, et Sir Tho-mas eut le plaisir de recevoir, avec son protégé, un jeune homme certainement très différent de celui qu’il avait équipé sept ans auparavant, mais un jeune homme d’une conte-nance ouverte, plaisant et franc, simple, mais sensible et res-pectueux, et tel qu’il se confirma être son ami.

Il fallut du temps à Fanny avant qu’elle pût calmer l’agitation joyeuse qu’une telle heure avait créée par la der-nière demi-heure d’attente et la première de jouissance ; il se passa quelque temps pour qu’elle se sentît heureuse, avant même qu’elle pût le dire, avant que la déception inséparable du changement de personne disparaisse, avant qu’elle pût voir en lui le même William que précédemment, et lui parler comme son cœur avait désiré le faire depuis tant d’années.

Ce moment, cependant, vint graduellement, hâté par une affection aussi chaude chez lui que la sienne, et beau-coup moins encombrée de raffinement ou de destruction de soi-même. Elle était le premier objet de son amour, mais c’était un amour que son caractère plus ferme et son tempé-rament plus hardi rendaient aussi naturel pour lui à exprimer qu’à ressentir. Le lendemain, ils se promenaient ensemble avec un plaisir sincère, et chaque matin successif renouvelait

un 4 tête-à-tête que Sir Thomas ne pouvait observer qu’avec complaisance, même avant que Edmond le lui ait fait remar-quer.

 

4 En français dans le texte. (N. D. T.)

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Excepté les moments d’enchantement particulier que n’importe quelle circonstance marquée ou imprévue de la considération d’Edmond pour elle avait provoquée dans les quelques mois précédents, Fanny n’avait jamais connu au-tant de félicité dans sa vie que pendant ces rapports con-fiants, sans heurts et sans contrainte avec le frère et ami, qui lui ouvrait tout son cœur, lui racontant tous ses espoirs et ses craintes, ses plans et sa sollicitude concernant cette promotion bénie, chèrement gagnée, justement méritée, et à laquelle il avait pensé si longtemps – qui pouvait lui donner de directes et minutieuses informations des père et mère, frères et sœurs, au sujet de qui elle avait si peu de nouvelles – qui s’intéressait à tout son bien-être et ses petits ennuis de sa maison, à Mansfield – prêt à penser comme elle le voulait au sujet de chaque membre de cette maison, ou différent seulement par une moins scrupuleuse opinion et un mépris plus bruyant de leur tante Norris – et avec qui (peut-être avec l’indulgence la plus chère de toute) tout le mal et le bien de leurs plus jeunes années pourraient être évoqués de nouveau, et chacune de ces peines et chacun de ces plaisirs réveillés avec le plus tendre souvenir. Et ceci est un avan-tage, un fortifiant pour l’amour ; le lien conjugal lui-même est ici en dessous du lien fraternel. Les enfants d’une même famille, d’un même sang, ayant les mêmes premières asso-ciations et habitudes ont en leur pouvoir certaines sources de joie auxquelles aucun apport nouveau ne peut suppléer. Et ce ne peut être que par un long éloignement contre nature, par une séparation que nul changement ne peut justifier, que de tels précieux souvenirs des plus précoces attachements peuvent être entièrement détruits.

Il en est ainsi trop souvent, hélas. L’amour fraternel, presque plus précieux que tout, quelquefois est pour d’autres moins que rien. Mais chez William et Fanny Price, c’était en-

– 286 – core un sentiment dans toute sa primeur et sa fraîcheur, qu’aucune opposition d’intérêt n’avait blessée, qu’aucun at-tachement séparé n’avait refroidi, et que le sentiment du temps et de l’absence venait seulement renforcer.

Une affection aussi aimable haussait chacun d’eux dans l’opinion de tous ceux dont les cœurs pouvaient estimer les bonnes choses. Henry Crawford en était frappé autant que n’importe qui. Il rendait honneur à la chaleureuse et brusque affection du jeune marin qui le poussa à dire, avec sa main étendue vers la tête de Fanny :

– Vous savez, je commence déjà à aimer cette façon bi-zarre, bien que, lorsque j’ai entendu pour la première fois parler de telles choses se passant en Angleterre, je n’aie pu le croire, et quand Mme Brown, et l’autre femme, au bureau du Commissaire, à Gibraltar, apparurent dans le même accou-trement, j’aie pensé qu’elles étaient folles ; mais Fanny peut me réconcilier avec n’importe quoi.

Et il vit, avec une admiration vive, la rougeur des joues de Fanny, l’éclat de ses yeux, son profond intérêt, son atten-tion profonde pendant que son frère racontait l’un des grands hasards ou des scènes terribles qu’une telle période passée en mer peut fournir.

C’était une scène que Henry Crawford avait assez de sens moral pour estimer. Les charmes de Fanny augmen-taient – augmentaient doublement – car la sensibilité qui embellissait son teint et illuminait son expression était une attraction en elle-même. Cela serait quelque chose d’être ai-mé par une telle jeune fille, d’exciter les premières ardeurs de son jeune esprit non sophistiqué ! Elle l’intéressait plus qu’il l’avait prévu. Une quinzaine n’était pas suffisante. Son séjour devint illimité.

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William était souvent appelé par son oncle pour jouer le rôle de conteur. Ses récits étaient amusants par eux-mêmes, mais le principal but, en les écoutant, était de comprendre le narrateur, de connaître le jeune homme par ses histoires ; et il écoutait ses clairs, simples et spirituels détails avec pleine satisfaction – voyant en eux la preuve de bons principes, la connaissance professionnelle, l’énergie, le courage et la bonne humeur – toutes choses bien méritantes et pleines de promesses. Jeune comme il l’était, William avait déjà vu beaucoup. Il avait été dans la Méditerranée, dans les Indes occidentales, en Méditerranée de nouveau, avait souvent été emmené à terre par la faveur de son capitaine, et dans le cours des sept années avait connu toutes les variétés de danger que la mer et la guerre peuvent offrir en commun. Avec de tels moyens en son pouvoir, il avait un droit à être écouté, et bien que Mme Norris pût s’agiter dans la chambre et distraire tout le monde, en quête de deux aiguillées de fil ou de deux boutons de chemise, en plein milieu du récit d’un naufrage ou d’une bataille, tous les autres étaient attentifs ; et Lady Bertram elle-même ne pouvait entendre de telles horreurs sans s’émouvoir, et quelquefois levait les yeux de son ouvrage pour dire :

– Pauvre de moi ! Combien c’est désagréable ! Je me demande comment quelqu’un peut jamais aller en mer !

Ils provoquaient une impression différente chez Henry Crawford. Il aurait voulu avoir été en mer, et avoir vu et fait et souffert autant. Son cœur s’échauffait, son imagination s’enflammait, et il éprouvait le plus haut respect pour un garçon qui, avant d’avoir vingt ans, avait surmonté tant d’épreuves physiques et donné tant de preuves d’esprit. La gloire que procurent l’héroïsme, l’opportunité, l’effort, l’endurance, le rendaient honteux, par contraste, de ses habi-

– 288 – tudes d’indulgence égoïste ; et il souhaitait avoir été un Wil-liam Price, se distinguant et faisant son chemin vers la for-tune et ses conséquences avec tant de respect de soi-même et de joyeuse ardeur, au lieu d’être ce qu’il était.

Ce vœu était plutôt intense que durable.

Il fut tiré de cette rêverie et du regret qu’elle lui donnait par quelque question d’Edmond au sujet de ses plans pour la chasse du lendemain ; et il découvrit à ce moment que c’était aussi bien d’être un homme riche, ayant des chevaux et des valets à ses ordres. C’était préférable, dans un certain sens, et cela lui donnait les moyens d’être obligeant envers ceux à qui il désirait faire plaisir. Avec son esprit, son courage, et sa curiosité envers toute chose, William exprima le désir de chasser ; et Crawford put lui fournir une monture sans qu’il en résultât le moindre inconvénient pour lui-même, en crai-gnant seulement de presser Sir Thomas, qui connaissait mieux que son neveu la valeur d’un tel prêt, et en ayant seu-lement quelques alarmes à chasser chez Fanny. Elle avait peur pour William, nullement convaincue par tout ce qu’il pouvait relater de ses diverses chevauchées en des contrées variées, ou des mêlées dans lesquelles il avait été engagé, les rudes chevaux et mules qu’il avait montés, de toutes les ef-frayantes chutes dont il était sorti sain et sauf, ce qui le fai-sait en tout égal au chasseur bien nourri d’une chasse au re-nard anglaise ; mais ce n’est pas avant qu’il revînt sain et sauf, sans dommage ou accident, qu’elle pourrait être récon-ciliée avec le risque, ou ressentir quelque obligation envers M. Crawford pour avoir prêté le cheval qu’il avait promis de fournir. Quand il fut prouvé, de toute façon, que cela n’avait fait aucun mal à William, elle put se permettre de considérer cela comme une gentillesse, et peut-être même récompenser le propriétaire d’un sourire, quand l’animal fut de nouveau

– 289 – rendu à son usage ; et le propriétaire, avec la plus grande cordialité, et avec des manières auxquelles on ne put résis-ter, céda l’usage de son cheval à William aussi longtemps qu’il resta dans le Northamptonshire.

 

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