Mansfield park

Jane Austen · Chapitre 44 sur 48

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Mansfield park

Chapitre XIII

 

 

Sept semaines des deux mois étaient presque révolues, quand l’unique lettre, la lettre d’Edmond si longtemps atten-due, fut mise entre les mains de Fanny. Quand elle l’ouvrit et vit sa longueur, elle se prépara à lire une relation détaillée de bonheur, une profusion d’amour et de louanges envers la créature fortunée qui maintenant présidait à son sort. Voici le texte :

« Mansfield Park

» Ma chère Fanny,

» Excusez-moi de ne pas vous avoir écrit plus tôt. Craw-ford m’a dit que vous aimeriez avoir de mes nouvelles, mais je trouvais qu’il m’était impossible de vous écrire de Londres et me persuadais que vous comprendriez mon silence. Si j’avais pu envoyer quelques lignes heureuses, elles ne se se-raient pas fait désirer, mais je n’ai jamais pu vous envoyer ces quelques lignes. Je suis retourné à Mansfield dans un état moins certain que je ne l’ai quitté. Mes espoirs sont beaucoup plus faibles. Vous le savez sans doute déjà. Aussi chère que vous êtes à Mlle Crawford, il n’est que tout naturel qu’elle vous parle assez de ses propres sentiments pour vous éclairer sur les miens. Je ne serai pas empêché, cependant, de faire ma propre communication. Nos confidences ne doi-vent pas entrer en conflit. Je ne pose pas de questions. Il y a quelque chose d’apaisant dans l’idée que nous avons le même ami, et que quelques que soient les malheureuses di-vergences d’opinion qui puissent exister entre nous, nous

– 517 – sommes unis dans notre amour commun pour vous. Ce sera une consolation pour moi de vous dire mes plans présents, si je puis dire que j’en ai.

» Je suis revenu depuis samedi. J’ai été trois semaines à Londres et je l’ai vue très souvent. Je reçus des Fraser toutes les attentions auxquelles on peut raisonnablement s’attendre. Je puis dire que je n’étais pas raisonnable en ap-portant avec moi les mêmes espoirs de rapports semblables en tout à ceux de Mansfield. Si elle avait été différente quand je l’ai rencontrée, je ne me serais pas plaint, mais dès le dé-but elle était autre ; ma première réception fut si différente de tout ce que j’espérais, que j’avais presque résolu de quit-ter de nouveau Londres directement. Je ne dois pas donner de détails. Vous connaissez les points faibles de son carac-tère et pouvez imaginer les sentiments et expressions qui me torturaient. Elle était pleine d’entrain et entourée par ceux qui soutenaient de toute leur mauvaise influence son esprit déjà trop vif. Je n’aime pas Mme Fraser. C’est une femme au cœur froid, vaine, qui s’est mariée uniquement par intérêt, et quoique manifestement malheureuse dans son mariage, qui attribue son désappointement non à un défaut de jugement ou de caractère, mais à ce qu’elle a moins d’opulence que beaucoup de ses connaissances et surtout que sa sœur Lady Stornaway. Elle est le partisan déterminé de tout ce qui est vénal et ambitieux, pourvu que ce le soit assez. Je considère que son intimité avec ces deux sœurs est le plus grand mal-heur de sa vie et de la mienne. Elles l’ont égarée pendant des années. Si elle pouvait être détachée d’elles ! Parfois je ne désespère pas, car l’affection me semble surtout venir d’elles. Elles tiennent beaucoup à elle ; mais j’en suis sûr, elle ne les aime pas comme elle vous aime, vous. Quand je songe combien elle vous est attachée, en effet, et que je pense à toute sa conduite sensée et droite, elle apparaît comme une

– 518 – créature toute différente, capable de tout ce qui est noble, et je suis prêt à me blâmer moi-même si je parlais d’elle trop durement sur un ton larmoyant.

» Je ne puis y renoncer, Fanny, elle est la seule femme au monde à laquelle je puis songer comme épouse. Si je ne croyais pas qu’elle a quelque considération pour moi, certai-nement je ne dirais pas ceci, mais je le crois. Je suis con-vaincu qu’elle n’est pas sans une préférence marquée. Je ne jalouse personne. C’est de son influence mondaine que, somme toute, je suis jaloux. Ce sont les habitudes de luxe que je crains. Ses idées ne vont pas au delà de ce que sa propre fortune pourrait justifier, mais elles sont au-dessus de ce que nos revenus pourraient permettre. Là aussi il y a du réconfort. Je pourrais mieux supporter l’idée de la perdre à cause de ma pauvreté qu’à cause de ma profession. Cela prouverait que son affection n’est pas à la hauteur des sacri-fices, qu’en fait, je suis à peine justifié à demander quelque chose ; et si je suis évincé, cela, je crois, sera l’honnête motif. Ses préjugés ne sont plus aussi forts qu’ils ne l’étaient.

» Vous avez mes pensées exactement comme elles se présentent, ma chère Fanny : peut-être sont-elles parfois contradictoires, mais elles n’en donnent pas moins un ta-bleau fidèle de mon esprit. Ayant commencé, c’est un vrai plaisir pour moi de vous raconter tout ce que je sens. Je ne sais pas y renoncer. Liés comme nous le sommes déjà, et comme j’espère que nous le serons, renoncer à Mary Craw-ford serait renoncer à la société de certains êtres qui me sont les plus chers, à me bannir de ces maisons et de ces amis où, pour toute autre détresse, j’irais m’adresser pour être conso-lé. La perte de Mary comprendrait inévitablement pour moi la perte de Crawford et de Fanny. Si c’était chose décidée, si le refus était certain, j’espère que je saurais comment le sup-

– 519 – porter et comment je tâcherais d’affaiblir l’emprise qu’elle a sur mon cœur, et, au bout de quelques années – mais j’écris des bêtises – si j’étais refusé j’aurais à le supporter ; et je ne pourrai jamais cesser de chercher à la gagner.

» Cela, c’est la vérité. La seule question est comment ? Quels sont les moyens les plus appropriés ? J’ai parfois son-gé à aller à Londres après Pâques, et puis j’ai décidé de ne rien faire jusqu’à ce qu’elle retourne à Mansfield. Même maintenant elle parle avec plaisir d’être à Mansfield en juin ; mais juin c’est bien loin encore et je crois que je lui écrirai. Je me suis presque décidé à m’expliquer par lettre. Être fixé bientôt est un point important. Mon état présent est bien en-nuyeux. Tout bien considéré, je crois qu’une lettre sera déci-dément la meilleure façon de m’expliquer. Je serai en état d’écrire beaucoup de choses que je ne pourrais pas dire, et lui donnerai du temps pour réfléchir avant qu’elle ne prenne une décision au sujet de sa réponse, et je suis moins effrayé du résultat de la réflexion que d’une impulsion immédiate et hâtive. Le plus grand danger résulterait d’une consultation de Mme Fraser alors que je suis loin, incapable de plaider ma propre cause. Une lettre m’expose à tous les dangers d’une consultation, et où l’esprit hésite sur la meilleure décision, un conseiller peut, en un moment malheureux, l’amener à faire ce qu’il pourrait regretter plus tard. Je dois réfléchir un instant sur ceci.

» Cette longue lettre pleine de mes propres soucis suffira à fatiguer même l’amitié d’une Fanny. La dernière fois que j’ai vu M. Crawford, c’était à la réception chez M me Fraser. Je suis de plus en plus heureux de tout ce que je vois et entends dire de lui. Il n’y a pas chez lui l’ombre d’une hésitation. Il connaît à fond son propre esprit et agit quand il a pris une résolution. C’est une inestimable qualité. Je ne pouvais pas

– 520 – le voir avec ma sœur aînée dans la même chambre sans me souvenir de ce que vous m’avez dit un jour, et je reconnais qu’ils ne se rencontrèrent point en amis. Il y avait chez elle de la froideur marquée. C’est à peine s’ils parlèrent. Je le vis se retirer surpris, et je regrettais que Mme Rushworth gardât encore de la rancune pour un soi-disant manque d’égards envers Mlle Bertram. Vous désiriez connaître quel degré de bonheur Maria donne comme épouse ? Il n’y a pas d’apparence qu’ils soient malheureux. J’espère qu’ils s’accordent bien. J’ai dîné deux fois à Wimpole Street et au-rais pu y aller plus souvent, mais c’est mortifiant de devoir être avec Rushworth comme avec un frère. Julia semble être tout à fait enchantée de Londres. J’avais peu de joie là-bas, mais j’en ai moins ici. Nous ne sommes pas une compagnie vivante ici. Tous nous vous désirons beaucoup. Vous me manquez plus que je ne puis vous le dire. Ma mère veut que je vous transmette toute son affection, et espère avoir de vos nouvelles sous peu. Elle parle de vous presque à chaque heure, et je suis triste de songer qu’elle devra sans doute se passer de vous pendant plusieurs semaines encore. Mon père compte venir vous prendre lui-même, mais ce ne sera qu’après Pâques, quand il aura affaire en ville. Vous êtes heureuse à Portsmouth, j’espère, mais votre séjour là-bas ne doit pas être annuel. Je vous désire à la maison, de façon à prendre votre avis au sujet de Thornton Lacey. Je n’ai pas grande envie d’y apporter des améliorations considérables si le domaine n’aura jamais une maîtresse. Je pense que je vais certainement écrire. Il est tout à fait décidé que les Grant vont à Bath ; ils quittent Mansfield lundi. Je m’en réjouis. Je ne suis pas assuré que cela intéresse quelqu’un ; mais votre tante semble sentir qu’il est malheureux pour elle qu’un tel chapitre des nouvelles de Mansfield échoit à ma plume au lieu de la sienne.

 

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» Toujours vôtre, ma très chère Fanny. »

« Non jamais plus – non, certainement jamais je ne dési-rerai recevoir encore une lettre », fut la secrète déclaration de Fanny en finissant celle-ci « Pourquoi n’apportent-elles que mécomptes et chagrins ? Pas avant Pâques ! Comment vais-je le supporter ? Et ma pauvre tante parlant de moi à chaque heure ! »

Fanny réagit contre la tendance de ces pensées autant qu’elle le put, mais elle était bien près de croire que Sir Thomas était très désobligeant, tant pour elle que pour sa tante. Quant à l’objet principal de la lettre, il n’y avait là rien de nature à calmer son irritation. Elle était presque tourmen-tée par l’indignation et la colère qu’elle éprouvait contre Edmond.

« À quoi bon ce délai ? se dit-elle. Pourquoi l’affaire n’est-elle pas solutionnée ? Il est aveuglé et rien n’ouvrira ses yeux – et rien ne pourra les lui ouvrir, après qu’il ait eu l’évidence devant lui, si longtemps et en vain. Il l’épousera et sera pauvre et misérable. Que Dieu fasse que son influence ne le rende pas indigne de respect ! » Elle parcourut de nou-veau la lettre. « Tellement attachée à moi ! Bêtises que tout cela ! Elle n’aime personne sauf elle-même et son frère. Ses amies l’égarant pendant des années ! C’est tout aussi bien elle qui peut avoir égaré ses amies. Elles se sont évidemment toutes gâtées l’une l’autre ; mais si elles tiennent plus à elle qu’elle à eux, elle a été probablement la moins atteinte, sauf par leurs flatteries. La seule femme au monde à laquelle il pouvait songer comme épouse ! Cela, je le crois fermement. Accepté ou rejeté, son cœur est lié à elle pour toujours. La perte de Mary, je dois la considérer comme la perte de Craw-ford et de Fanny ! Edmond, vous ne me connaissez pas. Les

 

– 522 – familles ne seraient jamais unies, si vous ne les unissiez pas ! Oh ! écrivez, écrivez. Finissez-en tout de suite. Qu’il y ait une fin à cette incertitude. Décidez, agissez, condamnez vous-même. »

De tels sentiments étaient cependant trop proches du ressentiment pour guider longtemps les monologues de Fan-ny. Elle fut bientôt plus attendrie et attristée. Son chaud res-pect, ses gentilles expressions, ses confidences, la touchaient profondément. Il n’était que trop bon pour tout le monde. C’était une lettre qu’elle aurait payé n’importe quel prix et qui ne pouvait jamais être assez estimée. Et telle en était la conclusion.

Toute personne qui a à écrire des lettres sans avoir beaucoup à dire, ce qui s’applique à presque tout le monde féminin, doit sympathiser avec Lady Bertram, pour sa mal-chance de connaître une nouvelle aussi extraordinaire à Mansfield, comme la certitude du départ des Grant à Bath, à un moment où elle ne pouvait en tirer aucun avantage, et doit admettre que ce fut mortifiant pour elle de la voir tom-ber en partage à son fils ingrat et traitée avec autant de con-cision que possible à la fin d’une longue lettre, au lieu de l’avoir à développer sur presque toute une page à elle. Car quoique Lady Bertram brillât plutôt dans l’art épistolaire, ayant au début de son mariage, par le désir d’avoir une oc-cupation et grâce au fait que Sir Thomas faisait partie du Parlement, appris à gagner et conserver des correspondants et à se former un style très estimable, banal et prolixe, de sorte qu’une toute petite nouvelle lui suffisait, elle ne pouvait cependant pas n’en avoir aucune, il lui fallait un sujet pour écrire, même à sa nièce ; et étant sur le point de perdre bien-tôt les symptômes de goutte du Dr. Grant et les visites mati-

 

– 523 – nales de Mme Grant, il était très dur pour elle d’être privée d’une source d’inspiration épistolaire.

Il y eut cependant une riche compensation en vue pour elle. L’heure où la chance sourit à Mme Bertram vint. Quelques jours après l’arrivée de la lettre d’Edmond, Fanny en reçut une de sa tante, qui débutait ainsi :

« Ma chère Fanny,

» Je prends ma plume pour te faire savoir une nouvelle très alarmante, qui ne manquera pas de te préoccuper très fort. »

Ceci valait mieux que de devoir saisir la plume pour l’informer de tous les détails du voyage que les Grant avaient l’intention de faire, car la nouvelle actuelle était de nature à promettre de l’occupation à sa plume pour longtemps, n’étant rien de moins que la maladie dangereuse de son fils aîné, dont ils avaient eu connaissance par un message quelques heures auparavant.

Tom était parti de Londres avec une compagnie de jeunes gens à Newmarket, où une chute négligée et d’abondantes libations avaient provoqué la fièvre ; et quand la compagnie se dispersa, incapable de se mouvoir, il avait été abandonné dans la maison d’un de ces jeunes gens, à la maladie, à la solitude, et aux soins des seuls domestiques. Au lieu d’être assez vite remis pour suivre ses amis, comme il l’avait espéré alors, ses troubles augmentèrent considéra-blement et il se crut bientôt assez malade pour être de l’avis de son médecin et envoyer une lettre à Mansfield.

« Cette triste nouvelle, comme vous pouvez le supposer, observait Lady Bertram, après l’avoir annoncée, nous a jetés dans une grande agitation et nous ne pouvons nous empê-

– 524 – cher d’être très inquiets et pleins d’appréhensions pour le pauvre malade, dont l’état, craint Sir Thomas, peut être très critique ; et Edmond propose gentiment de soigner son frère immédiatement, mais je suis heureuse d’ajouter que Sir Thomas ne m’abandonnera pas dans ces tristes circons-tances, car ce serait trop pénible pour moi. Edmond manque-ra grandement à notre petit cercle, mais je compte et j’espère qu’il trouvera le pauvre malade dans un état moins alarmant qu’on n’ait pu le craindre et qu’il pourra le trans-porter bientôt à Mansfield, ce que Sir Thomas propose de faire et estime à tous les points de vue le mieux, et j’ose croire que le pauvre malade pourra bientôt supporter le transfert sans graves inconvénients. Comme je ne doute pas de vos sentiments envers nous, ma chère Fanny, dans ces tristes circonstances, j’écrirai de nouveau bientôt. »

En l’occurrence, les sentiments de Fanny étaient consi-dérablement plus chaleureux et plus sincères que le style de sa tante. Elle sympathisait vivement avec tous. Tom dange-reusement malade, Edmond parti pour le soigner, et la triste petite compagnie qui restait à Mansfield, étaient des préoc-cupations à exclure toutes les autres, ou presque toutes les autres. Elle pouvait trouver tout juste assez d’égoïsme pour se demander si Edmond avait écrit à Mlle Crawford avant que cet appel ne vienne, mais aucun sentiment qui n’était pas de pure affection et d’anxiété désintéressée ne put longtemps rester en elle.

Sa tante ne l’oublia pas ; elle écrivit lettre sur lettre ; ils recevaient souvent des nouvelles d’Edmond, et ces relations étaient régulièrement transmises à Fanny dans le même style diffus et le même mélange de confiance, d’espoirs, de craintes, se succédant et se présentant au gré du hasard. C’était une espèce de jeu qui consistait à s’effrayer. Les souf-

– 525 – frances que Lady Bertram ne voyait pas avaient peu d’effet sur son imagination ; et elle parlait bien tranquillement d’agitation, d’anxiété, de pauvre malade, jusqu’à ce que Tom fût transporté à Mansfield et que ses propres yeux eussent vu combien il avait changé.

Alors, une lettre qu’elle avait déjà préparée précédem-ment pour Fanny, fut terminée dans un style différent, avec des vrais sentiments et de l’anxiété. Elle écrivit comme elle aurait parlé.

« Il vient d’arriver, ma chère Fanny, et on l’a monté ; et je suis si émue de le voir, que je ne sais que faire. Je suis sûre qu’il est très malade. Pauvre Tom ; je suis navrée pour lui, et très effrayée, de même que Sir Thomas ; et que je serais heu-reuse, si vous étiez ici pour me soutenir. Mais Sir Thomas espère qu’il sera mieux demain, et dit que nous devons tenir compte des effets du voyage. »

La vraie sollicitude maintenant réveillée dans le sein ma-ternel ne se calma pas vite. L’extrême impatience que mani-festait Tom d’être transporté à Mansfield et de goûter ce bien-être de la maison et de la famille dont il avait fait peu de cas quand il était en bonne santé, avait probablement provo-qué un transfert prématuré, et il en résulta un retour de fièvre. Pendant une semaine son aspect fut des plus alar-mants. Tous étaient sérieusement effrayés.

Lady Bertram racontait ses terreurs journalières à sa nièce, dont on pouvait dire maintenant qu’elle se nourrissait de lettres, et qu’elle partageait son temps à souffrir de celle qu’elle recevait aujourd’hui et à appréhender celle du lende-main.

 

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Sans la moindre affection particulière pour l’aîné de ses cousins, son cœur tendre lui faisait sentir qu’elle ne pouvait pas se passer de lui ; et la pureté de ses principes y ajoutait encore une plus vive sollicitude, quand elle considérait com-bien peu sa vie avait été utile et qu’elle avait été sans un re-noncement (du moins en apparence).

Suzanne était sa seule confidente à cette occasion, comme à beaucoup d’autres moins importantes, Suzanne était toujours prête à écouter et à sympathiser. Personne d’autre n’aurait pu être intéressé par un mal aussi lointain qu’une maladie, dans une famille à cent lieues de distance, pas même Mme Price à part une question ou deux, quand elle voyait sa fille une lettre en mains ; et de temps en temps elle faisait cette tranquille observation : « Ma pauvre sœur Ber-tram doit être dans un terrible état. »

Dénoués depuis si longtemps, dans une situation si diffé-rente, les liens du sang ne représentaient presque plus rien. Une affection originellement aussi paisible que leurs carac-tères, n’était plus qu’un simple mot. Mme Price fit autant pour Lady Bertram, que Lady Bertram eût fait pour Mme Price. Trois ou quatre Price eussent pu être balayés, un ou tous, sauf Fanny et William, et Lady Bertram eût été peu impres-sionnée ; on eût peut-être entendu des lèvres de Mme Norris que c’était un vrai bonheur pour leur sœur Price de les voir si bien placés.

 

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