Nos vœux d’éternité (La Famille Sullivan, le mariage, novella) (French Edition)
Extrait de Si l’amour est un art
Extrait de Si l’amour est un art (La Famille Sullivan, Seattle)
© 2022 Bella Andre / Oak Press, LLC
Il y avait quelqu’un sur les falaises. Ses falaises.
Drake Sullivan regarda la personne marcher au bord des falaises derrière les arbres entourant sa propriété. Depuis six ans qu’il était propriétaire de huit hectares dans la pointe nord du Long Island, peu de personnes étaient entrées sans autorisation. Bien sûr, ses frangins et ses cousins venaient souvent sans être annoncés, mais la plupart des gens ne connaissaient pas cette parcelle privée et solitaire dans le Parc de Montauk Point, même ceux du coin. Les sentiers se terminaient à environ deux kilomètres des abords de sa propriété et même les voiliers sur la mer ne pouvaient voir son petit chalet à travers les arbres.
Une casquette noire s’envola de la tête de la personne, faisant battre de longs cheveux bruns au vent. Elle n’essaya pas d’attraper la casquette, pas plus qu’elle ne sembla remarquer son absence. Elle garda plutôt la tête baissée en marchant sur les rochers qui pouvaient être très traîtres par temps de pluie. Un mauvais pas et elle pourrait glisser sur l’ardoise pointue et implacable dans le sable plus bas.
Plus il regardait à travers la fenêtre de son salon, moins elle paraissait stable. Le vent était entré dans la partie plus tôt ce matin-là et il pouvait voir ses jambes trembler. Pas seulement ses jambes, toute sa personne. N’importe qui dehors par ce temps mordant porterait une veste, une grosse veste. Son tee-shirt et son jean ne la protégeaient pas beaucoup, elle aurait pu aussi bien être nue sous les éléments, surtout maintenant qu’il pleuvait des cordes.
La surprise se transforma en inquiétude quand il comprit qu’elle n’était peut-être pas seulement une randonneuse qui avait fini par atterrir sur sa propriété. Un amoureux de la nature aurait semblé en profiter, apprécier les vagues grandissantes, la violente danse des nuages d’orages qui s’emparaient graduellement du ciel bleu, la plage dorée contrastant étonnamment avec le gris foncé des falaises jaillissant de façon aussi abrupte. Mais cette femme ne semblait pas passer un bon moment du tout, elle avait à peine l’air de réaliser où elle était, en fait.
Essayait-elle de se faire du mal en allant sur les rochers mouillés alors que le vent soufflait autant ? Ou n’avait-elle aucune expérience ?
Il sortait déjà pour voir si elle avait besoin d’aide quand elle tomba sur les rochers. Ses instincts innés de protection le firent partir en flèche hors de chez lui, et marcher sur le sol couvert d’aiguilles de pin, pour aller l’aider.
Mais alors qu’il se rapprochait, il réalisa que si elle pleurait, ce ne semblait pas être dû à sa chute. D’après ce qu’il pouvait voir, elle sanglotait comme sa sœur Suzanne et ses nombreuses cousines quand elles avaient eu le cœur brisé. Assise en boule près du rebord, la femme avait enveloppé ses genoux de ses bras, la tête posée sur les genoux et elle pleurait.
Bien qu’il veuille s’assurer qu’elle ne s’était pas fait mal, Drake se força à s’arrêter là où il était, caché dans les arbres. Il en savait assez sur les femmes pour comprendre que quand elles pleuraient comme ça, la dernière chose qu’elles voulaient était d’avoir des témoins.
Surtout un étranger.
En la regardant à travers la forêt, Drake remarqua enfin les choses qu’il n’avait pas vues quand il pensait qu’elle était sur le point de se faire du mal. Comme la manière dont ses cheveux légèrement bouclés étaient châtain clair vers la racine et plus foncée vers les pointes. La courbe élégante de son cou. La longue ligne de son dos tandis qu’elle serrait ses jambes. Et plus que tout, la force surprenante dans ses bras minces.
Sangloter avec autant de force aurait dû la diminuer d’une certaine manière. La réduire. Mais elle avait une telle force, un pouvoir magnifique qui semblait s’amplifier en le regardant.
La dernière chose à laquelle s’attendait Drake était de ressentir quelque chose le tirailler de l’intérieur. Quelque chose qui ne l’avait pas titillé depuis longtemps : le besoin de peindre.
Depuis qu’il était enfant, il portait toujours sur lui un petit cahier à esquisses dans une poche pour s’assurer de capturer l’inspiration chaque fois qu’elle se présentait. Ce fut seulement en portant la main à sa poche arrière sans rien trouver qu’il se souvint ne pas y avoir touché depuis des semaines. Son manque d’inspiration avait déjà tué sa vieille habitude de le mettre dans sa poche.
La plupart des gens venaient à Montauk pour ses grandes plages ouvertes ou pour être vus dans les Hamptons. Mais lui y venait pour le silence. Et l’inspiration.
Deux mois. C’est le temps qu’il lui avait fallu pour que l’inspiration daigne le frapper. Il avait atteint le point où il voyait à peine une raison d’ouvrir un cahier d’esquisses ou poser son chevalet. Toute cette beauté autour de lui, l’océan semblant s’étendre à perte de vue, les vieux bâtiments de pêche à travers la ville qui avait plus d’âme que tous les bâtiments modernes pouvaient avoir, et pourtant aucune étincelle…
Jusqu’à maintenant.
Jusqu’à son apparition.
Alors qu’il se tenait entre les arbres, il n’avait que sa mémoire pour capturer l’image de la femme sur la falaise. Sa mémoire visuelle avait toujours été presque photographique, pourtant, malgré sa facilité à se souvenir des plus petits détails que la plupart des gens ne remarquaient pas, il aurait quand même aimé être dans son studio pour pouvoir fixer, apprendre, découvrir.
Son esprit s’arrêta net. À quoi pensait-il ?
Il ne peignait pas de femmes. Jamais. C’était une de ses règles absolues. La peinture à l’huile ou à l’acrylique, les pastels ou les aquarelles, il était ouvert à tout. Mais il n’avait jamais fait entrer une femme dans son studio et prévoyait de ne jamais le faire.
De plus, même s’il n’avait pas de règles sur la peinture des femmes, il ne devrait pas penser au travail en cet instant. Il devait se concentrer sur le fait de s’assurer que cette femme ne déciderait pas de sauter pendant qu’elle pleurait.
Au début, sa peine avait rivalisé avec la tempête. Mais la tempête en elle semblait enfin diminuer, se calmer petit à petit. Comme si elle pouvait contrôler le temps, le vent fouettant frénétiquement l’océan et la forêt quelques instants auparavant sembla soudainement s’arrêter de souffler, les nuages de la tempête s’écartèrent pour révéler le ciel bleu, et un rayon de lumière atterrit sur la femme comme un projecteur.
Quand elle souleva la tête de ses genoux et la tourna vers le soleil, il put enfin voir son profil et le cœur de Drake s’arrêta de battre, aussi soudainement que s’il avait reçu un coup de poignard ou une balle.
Il devait la peindre.
* * *
Rosa Bouchard, et pas Rosalind, peu importe combien sa mère pouvait insister pour utiliser son prénom légal parce qu’il était plus « chic », n’avait pas pleuré depuis des années. Pas depuis la mort de son père quand elle avait 10 ans et qu’elle avait perdu une des personnes les plus importantes et aimantes de sa vie.
Mais aujourd’hui, elle ne pouvait pas s’en empêcher.
Il y avait tellement d’eau autour d’elle déjà, les vagues se fracassant, l’eau salée éclaboussant les falaises et trempant ses chaussures, ses vêtements, sa peau. Que serait un peu plus d’eau salée ? Surtout quand ses larmes ne seraient rien de plus qu’une goutte d’eau en comparaison au grand océan devant elle.
C’était presque un soulagement de les laisser couler si fort et si vite qu’elle ne pouvait se concentrer sur rien d’autre. Rosa ne voulait pas réfléchir pour le moment. Ne voulait pas prendre de grandes décisions. Ne voulait pas se rappeler de ce qui s’était passé. Pas seulement les horribles photos, mais tous les commentaires affreux, d’étrangers, qui avaient suivi. Et, pire que tout, les choses que les personnes qui devraient le plus se soucier d’elle avaient dites.
Malheureusement, rien ne pouvait empêcher la voix de sa mère de jouer en boucle dans sa tête depuis vingt-quatre heures.
— Cet homme affreux qui a caché des caméras dans ta chambre d’hôtel et a pris ces photos n’a aucune chance contre nos avocats. Ils vont l’épingler pour s’être faufilé et avoir vendu ces photos. Mais tu ne devrais pas te sentir mal de ce que les gens ont vu, chérie. Ce n’est pas comme si c’était la première fois qu’ils voyaient ton corps. Pourquoi ne pas laisser les avocats s’occuper de lui pendant qu’on regarde le bon côté des choses : nous avons gagné plus d’un million de followers sur tous les réseaux sociaux en quelques heures !
Ce fut cela finalement qui avait brisé le cœur de Rosa : réaliser que ses parents étaient prêts à marchander son corps pour quelques milliers de followers pour leur marque. Que sa fierté, son intimité, son manque complet de consentement pour ces photos était simplement un bon moyen d’accroître la valeur de l’appui médiatique des Bouchard et leur ligne de maquillage et de mode.
Quand une nouvelle vague de souffrance monta en elle, Rosa put sentir les déchirures et ses larmes enserrer son cœur. L’océan percutant les rochers avala le son de ses larmes, mais plutôt que de continuer à être reconnaissante pour la couverture, elle sentit la colère l’envahir.
Elle était fatiguée de trop se taire. Elle en avait marre qu’une équipe de marketing lui dicte quoi dire et comment le faire.
Un rugissement de fureur s’élevait dans sa gorge quand elle fut surprise par un flot inattendu de chaleur. En levant la tête de ses genoux, elle fut sous le choc de voir que les nuages gris s’étaient écartés, laissant place aux rayons du soleil.
Se dirigeant droit sur elle.
Pendant un moment de bonheur absolu, son esprit et son cœur se vidèrent pour qu’elle puisse apprécier le merveilleux son des vagues se fracassant, et sentir la délicieuse chaleur du soleil sur son visage humide et ses bras.
Mais le moment passa trop vite, et quand il fut terminé, tout ce qui s’était déroulé au cours des vingt-quatre dernières heures lui revint.
« J’ai absolument adoré Drake Sullivan ! C’est l’homme idéal,
toujours là pour sauver une demoiselle en détresse, tout en
sachant se retirer quand elle doit avancer seule. Si l’amour est un
art m’a confirmé que j’adorais les livres de Bella Andre et je serai
toujours une fan de cette série. »
~ 5 étoiles pour Si l’amour est un art
Découvrez dès maintenant Si l’amour est un art (La Famille Sullivan,
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