Par delà la vue

Demi Mcgowan · Chapitre 1 sur 14

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Par delà la vue

Prologue

 

— Mon amour ! Ton café est prêt ! annonça Aisling.

— Merci, ma reine, répondit celui-ci en l’embrassant dans le cou.

Au rire de sa fille, il se tourna vers elle et lui fit un clin d’œil. Il attrapa son thermos et embrassa Isadora sur le front.

— À ce soir, mes amours, dit-il en partant.

Un sourire flottait sur les lèvres d’Aisling. La vie avait pris un tournant inattendu six ans plus tôt.

— M’man ?

— Oui, mon ange ?

La petite fille se lécha la lèvre pour essayer d’y enlever les résidus de lait chocolaté de son petit déjeuner. Aisling prit une serviette et lui essuya la bouche tout en s’asseyant à ses côtés pour l’écouter. Elle pressentait que sa fille allait lui poser une question importante.

— Pourquoi papa t’appelle ma reine, dis ?

— Ça, c’est une longue histoire.

— Chouette !

— Non, non, non, jeune fille, tu dois aller te laver et ensuite je t’emmène à l’école !

— Oh maman, s’il te plaît !

Comment résister à ces petits yeux qu’elle avait le don de remplir de larmes pour fendre le cœur de sa mère ? Aisling le savait, avant même que sa fille naisse, qu’elle serait incapable de lui dire non.

— Allez, maman ! C’est mercredi aujourd’hui, je peux rester avec toi ? Dis oui, s’il te plaît !

Aisling soupira et attrapa le téléphone pour informer l’école d’Isadora qu’elle ne serait pas présente ce jour-là.

— Ne te réjouis pas trop vite ! Quand j’aurai terminé de tout te raconter, tu travailleras un peu et puis je crois que tu as une chambre à ranger.

— Oh zut !

— À la douche, jeune fille !

Ce fut la douche la plus rapide de l’histoire des douches ! Isadora ne mit pas longtemps à revenir sur le canapé, ses longs cheveux blonds gouttant sur le cuir blanc.

— C’est sûr que si tu attrapes un rhume, tu vas en passer du temps à la maison à ranger ta chambre.

— C’est pas drôle, m’man ! Bon, tu racontes maintenant ?

— Tu t’es lavé les oreilles ?

— M’man !

— Bon, bon. Par quoi vais-je commencer ?

— Je veux tout savoir ! Sauf les trucs dégoûtants.

— Comme quoi ?

— Comme quand vous vous faites des bisous. Ça, c’est beurk ! Rigole pas, maman !!

Aisling aimait sa fille par-dessus tout. Elle était un rayon de soleil dans sa vie qui n’en comptait qu’un seul autre, son mari. Lui raconter cette partie de son histoire, c’était lui livrer le plus grand secret sur leur existence à tous les trois. C’était lui expliquer son passé, son présent et son avenir. Parce qu’Aisling en était sûre, Isadora recevrait bientôt en cadeau les pouvoirs de ses parents.

Cadeaux… Elle ne les avait pas toujours vus ainsi. Aujourd’hui, il lui était impossible de vivre sans.

— Maman !!! s’écria Isadora en lui secouant le bras. On aurait dit que t’étais plus là.

— Désolée, ma puce, j’étais partie dans mes souvenirs.

— Comme un voyage dans le temps ? Tu crois qu’un jour on pourra le faire ?

— Quoi donc ?

— Mais voyager dans le temps ! Rhô là là m’man, tu m’écoutes pas.

— Mais si voyons ! Bon, tu voulais connaître notre histoire, alors installe-toi bien et ouvre grand tes esgourdes !

Isadora rit. Elle aimait quand sa mère utilisait des mots bizarres. Et puis son accent anglais aussi l’amusait. Elle se cala dans le canapé, attrapa le plaid et monsieur hippo, son doudou, et elle laissa sa mère lui sécher les cheveux pendant qu’elle commençait à lui raconter l’histoire de ses parents. Elle ne tarda pas à fermer les yeux et à s’endormir.

Aisling envoya un SMS à son mari pour lui raconter ce que leur fille lui avait demandé. Tout ceci la replongea dans ses souvenirs. La rencontre avec son mari n’avait pas été des plus faciles et des plus… calmes. Elle se rappelait chaque détail comme si cela s’était passé hier.

Adossé à son fauteuil, il était pensif. Le SMS de sa femme avait orienté ses pensées six ans en arrière. Lorsque tout s’était enfin déroulé. Lorsqu’il l’avait enfin trouvée et qu’elle était enfin devenue sienne.

 

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