Par delà la vue

Demi Mcgowan · Chapitre 10 sur 14

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Par delà la vue

Chapitre IX

 

Elle

Bien sûr, Aisling n’avait pas laissé le choix à Alex de l’aider à fouiller dans les cartons qu’elle avait laissés dans un garde-meuble, n’ayant pas la place dans son appartement pour les y entreposer. Et puis, elle ne voulait pas garder trop de souvenirs de sa vie londonienne. À l’origine, elle avait choisi de faire une croix sur sa vie passée et surtout sur sa famille pour ne pas attirer l’attention. Mais les choses ne s’étaient pas déroulées comme elle l’aurait souhaité et cela allait de mal en pis ! Oh ! bien sûr, elle supposait que bon nombre de femmes auraient aimé être à sa place. Après tout, Tristan était beau, intelligent et gagnerait très bien sa vie une fois son diplôme en poche. Mais vivre avait bien plus de valeur aux yeux d’Aisling, que des sentiments qui s’évaporent avec le temps.

— Aisling, dis-moi. Que comptes-tu trouver au milieu de toutes ces vieilleries et de cette poussière ?

— Le grimoire d’Alazaïs.

Elle avait tout raconté à Alex de leur voyage dans le passé.

— Et lorsque tu l’auras trouvé, enfin si tu y arrives vu le foutoir, que comptes-tu y chercher?

— Un contre-philtre !

— J’ai peur de comprendre.

— Je veux la formule d’un philtre qui fera en sorte que Tristan oublie ses sentiments pour moi ! Ainsi, pas de risque de tomber amoureux, pas de femme jalouse et pas de mort !

Elle avait dit cela avec le sourire, comme si tout était logique et qu’elle avait enfin trouvé la solution à un problème de mathématique, qui l’embêtait depuis trois semaines.

— C’est bizarre. Je pensais que tu étais contre le fait de jouer avec les sentiments des autres. Comme par exemple avec les philtres d’amour.

— Ça n’a strictement rien à voir ! Je vois où tu veux en venir. Mais je ne vais forcer personne à aimer quelqu’un d’autre !

— Non, tu vas forcer un cœur à oublier son âme sœur. Quelle est la différence ? S’il te plaît, éclaire ma lanterne, j’ai bien du mal à comprendre.

— Je vais nous éviter de souffrir.

— Faux ! TU vas t’éviter à TOI de souffrir. Rien ne te dit que vous allez mourir si vous vous aimez. Les cycles peuvent prendre fin ! C’est à toi de le décider. Regarde, moi par exemple !

— Toi ?

— Oui ! Mon père, son père avant lui et ainsi de suite, jusqu’aux racines de mon arbre généalogique, aimaient tous les femmes. J’ai mis fin à ce cycle !

— Alex… dit-elle en soupirant. Tu as des comparaisons complètement hors de propos. Maintenant, mettons-nous au travail. Il doit y avoir de vieilles malles et un vieux bureau dans le fond là-bas, précisa-t-elle en désignant l’emplacement du doigt. Bien sûr, une fois notre recherche terminée, il faudra tout ranger.

— Évidemment.

Après une heure, ils avaient réussi à sortir les malles en question et le bureau. Aisling se félicitait de les avoir emballés avant de les entreposer. Une fois débarrassés de la cellophane, ils s’avérèrent en bon état, la poussière et l’humidité n’ayant pas passé au travers de la protection.

— Très bien, voyons voir ce que cachait ma grand-mère.

— On pourrait peut-être tomber sur son journal ou un truc du genre.

— Peut-être, mais ce n’est pas ce qui nous intéresse aujourd’hui.

— Tu sais, je t’aide parce que tu es mon amie. Mais cela ne m’empêche pas de ne pas être d’accord avec toi.

— J’ai bien compris. Et je te remercie, même si tu n’avais pas vraiment le choix.

— Tu vas me le rappeler encore longtemps ?

— Cela ne datant que d’hier, je pense que tu en as encore pour une bonne semaine.

— Me voilà prévenu.

Ils ouvrirent les malles et entreprirent d’en étudier méticuleusement le contenu. Au milieu de vieux vêtements, ils trouvèrent de vieilles lettres, un miroir, des brosses à cheveux, du matériel de couture. Même les doubles fonds ne recelaient pas de trésors.

Aisling se tourna vers le bureau de sa grand-mère. Il était son dernier espoir. Elle en ouvrit tous les tiroirs, mais comme prévu, ils étaient tous vides.

— Tu crois qu’il y aurait une cachette secrète ? lui demanda Alex.

— Tu veux dire comme dans les films ?

— Pourquoi pas ?

3

— Eh bien ! Vas-y, Benjamin ! Je t’en prie.

— Si je trouve, tu perdras le droit de me faire la gueule, OK ?

— Ça marche, répondit-elle avec un sourire.

— Ne crois pas être gagnante sur ce coup-là, ma belle.

— C’est ce que nous verrons. Plus on cherche, moins on trouve…

Alex prit une malle et s’assit devant le bureau comme s’il allait travailler dessus. Il était un peu bas, mais il s’en contenta. Il passa les mains sur les bords du plateau et dessous à la recherche d’un morceau de bois bringuebalant qu’il aurait pu enfoncer ou bouger.

Ensuite, il rouvrit les tiroirs du bas qui ne donnèrent rien de plus. Puis ceux du haut, et resta bredouille une fois encore. Loin de se laisser abattre, il fit le tour du bureau pour se placer de l’autre côté.

— Qu’est-ce que tu fais ? Tu abdiques ?

— Pas encore, ma chérie, répondit-il en s’agenouillant. J’ai remarqué que les tiroirs de droite sont moins profonds que ceux de gauche. Or ton bureau à la forme d’un rectangle et non celle d’un trapèze.

— Irrégulier…

— Quoi ?

— Irrégulier le trapèze, sinon ça ne marche pas.

— Ah, ma chérie, il va vraiment falloir que je te donne des leçons d’humour.

— Mais c’était drôle !

— Oui… oui. J’ai trouvé !

La petite pointe d’un triangle de bois dépassait entre le plateau et la colonne de tiroirs. Cette pièce aurait pu être prise pour une sorte de cale si l’on n’y faisait pas attention. Alex tira lentement dessus pour ne pas la casser. Un clac se fit entendre et le fond de la colonne bougea.

— Alors ?

— Ne crie pas victoire et ouvre !

Il s’exécuta. Le pan de bois ayant travaillé avec le temps fut difficile à pivoter, d’autant plus qu’Alex ne voulait pas l’abîmer. À l’intérieur de la cachette secrète, les araignées s’étaient créé un nid douillet au milieu des fioles, des parchemins et des herbes séchées.

— Là, au fond ! s’exclama Aisling. Il est là, regarde.

Alex se pencha pour attraper le livre qu’elle pointait du doigt. Il le prit très précautionneusement par peur qu’il ne tombe en miettes.

— C’est bien lui, il a un peu vieilli depuis hier, mais c’est lui ! Je suis sauvée.

— Alors ? Tu n’as rien à me dire ?

— Oui bon, d’accord, merci et tu as gagné, je ne te ferai pas la tête pendant une semaine.

— Très bien. Tu comptes vraiment t’en servir.

— S’il contient la formule que je recherche, oui ! Sinon… eh bien peut-être que je trouverai d’autres recettes. Alazaïs semblait très douée avec les légumes et les plantes aromatiques.

— Aisling, je suis sérieux.

— Mais moi aussi ! Grand-mère disait toujours que nous n’avions jamais assez de livres de recettes.

— Je ne te suivrai pas sur ce coup-là. Et si je peux te mettre des bâtons dans les roues, je le ferai.

— Comme tu veux ! Va donc courir chercher ton cher Tristan, cela m’arrangera après tout, au moins, je n’aurai pas à l’appeler quand le philtre sera prêt.

— Tu crois vraiment qu’il le prendra ?

— Il en sera ainsi ou bien il devra partir loin de moi.

— Aisling…

— Non ! Si tu es mon ami, respecte ma volonté ou bien va-t’en !

Déjà, elle lui tournait le dos pour feuilleter le livre d’Alazaïs. Alex aimait réellement Aisling, mais il ne serait pas son complice cette fois-ci. Il tourna les talons et partit. La laissant seule avec ses lubies et ses affaires à ranger.

Lui

Tristan gara sa moto devant le garage. Il enleva son casque et ses gants avant de se recoiffer. Une fois devant la porte d’entrée, il prit une grande inspiration puis frappa trois coups.

— Tristan ! Mais qu’est-ce que tu fais là ?

— Salut, maman. Moi aussi je suis content de te voir.

Sans dire un mot, elle lui sauta au cou et l’étreignit avec bien plus de force que l’on en donnerait à une femme de sa stature. Miranda Le Guennec, du haut de ses 1m60 et à peine cinquante kilos, menait sa maison d’une main de maître.

Tristan la repoussa doucement et entra. Rien ne bougeait chez ses parents. La déco, les meubles, les photos sur les murs, à quelques détails près, tout était identique à la maison de son adolescence.

— Mira ? Qui est-ce qui… Tristan ?

— Salut, papa.

— Nous ne t’attendions pas, à moins que l’on ait raté ton mail. Viens là, dit-il en le prenant à son tour dans ses bras.

Oui, les parents de Tristan n’étaient pas avares en démonstration d’affection. Ils ne lui avaient jamais tourné le dos, quelles que soient les circonstances.

— Je n’ai pas eu le temps de vous prévenir, s’excusa-t-il.

— Va t’installer, je nous prépare un café.

— Tu as raison, Mira. Viens, mon fils.

Tristan se débarrassa de son blouson et suivit son père jusqu’au salon. Il se laissa tomber dans un fauteuil et se frotta les yeux.

— Tu sembles fatigué. J’entends par là, plus que physiquement, précisa George Le Guennec.

C’était de lui que Tristan tenait ses cheveux bruns et ondulés et son corps élancé et musclé. Pour le reste, il tenait surtout de sa mère.

— C’est peu dire, lui répondit-il.

— Attendez-moi ! leur cria Mira de la cuisine.

Le père et le fils se regardèrent en souriant, amusés. Même si cette petite virée dans le sein familial n’avait pas été préméditée, Tristan se satisfaisait d’en avoir eu l’idée. Il ressentait déjà les bienfaits d’être entouré de ses parents.

Lorsque Mira fut installée à côté de son mari, elle but une gorgée de café tout en fixant son fils. C’était le signal, elle était prête. Tristan lui, ne savait pas par où commencer.

— Crache le morceau, dit George.

— Ça ne se passe pas vraiment très bien. Elle…

— C’était à prévoir !

— Mira…

— Non, George, sincèrement les garçons, je vous aime, mais dans cette histoire, vous… eh bien, vous manquez de jugeote !

Tristan attendit qu’elle continue, mais elle se contenta de siroter son café.

— Peut-être que tu pourrais être plus… prolixe, maman ?

— Elle attendait que tu le lui demandes ! dit George, ce qui fit rire sa femme.

— Allons, Tristan, tu as sûrement déjà eu les réponses. Comment l’aurais-tu pris si c’était elle qui t’avait approché ?

— Je n’aurais certainement pas fui ! Bien au contraire.

— Faux ! Entièrement faux ! Il existe plusieurs façons de fuir, Tristan. Elle s’est retranchée derrière ce qui la rassure. Derrière ce qui lui permet de garder le contrôle. Et tu n’en fais pas partie. Tu représentes l’inconnu, le grain de sable.

— Mais le grain de sable se…

— Une perle n’apparaît pas à chaque fois. Il faut que tu lui laisses le temps.

— Mais elle a décidé de mettre un terme à tout ça.

— Allons, ne t’inquiète pas. Personne ne peut détruire l’amour.

— C’est pourtant ce qu’elle compte faire. Elle veut créer un philtre qui me fera l’oublier.

— Mais… c’est…

— Impossible, dangereux et contre-nature, compléta George. Elle veut t’arracher une partie de ton âme !

— Exactement. Tu as tout compris, papa.

— Je refuse qu’elle fasse ça ! Elle va te tuer !

— Calme-toi, Mira. Il y a sûrement une solution.

— J’en ai une de solution ! Je vais de ce pas me rendre à Paris et lui expliquer ma façon de penser ! Amputer mon fils d’une partie de son âme ! Et puis quoi encore ? Cette femme est folle !

Elle continua de vociférer en retournant dans la cuisine.

— Oui, ta mère est comme toutes les femmes, elle ne fait pas la part des choses quand il s’agit de son fils, et elle change d’avis comme de chaussures.

— On ne dit pas comme de chemise normalement ?

— Si, mais en ce qui concerne ta mère, les chaussures sont plus à propos. Revenons-en à notre sujet principal. Il faut trouver une solution pour qu’elle ne puisse pas créer le philtre.

— Son meilleur ami va nous filer un coup de main, mais ne pourra pas l’empêcher de me le faire boire. Il faudrait que j’avale un antidote avant.

— J’ai ce qu’il te faut !

Mira était de retour avec une boîte à chaussures.

— Lui offrir une paire d’escarpins n’arrangera pas la situation, à moins qu’ils aient une semelle rouge !

— Très drôle ! Vraiment, ton humour ne cesse de s’améliorer avec l’âge. Un jour, tu atteindras peut-être le niveau de ton père.

— Non, non, ça ira, je te remercie.

— Hey ! J’ai un très grand sens de l’humour !

— Mais oui, papa, répondit Tristan en lui tapant sur le bras.

— Je suis sûre d’avoir vu une note de ta grand-mère sur ce genre de préparation, dit Mira en fouillant dans sa boîte. Le tout est de remettre la main dessus et de la préparer le plus vite possible.

— Préparer la préparation, répète ça rapidement, chuchota Tristan à son père.

Comme celui-ci n’y arriva que deux fois de suite, ils se mirent à rire.

— Je ne vous dérange pas, ça va ?

— Non, mon amour. Je profite juste d’un instant avec mon fils.

— Hmm. Bon, alors… Ah voilà ! Je vais devoir sortir acheter quelques ingrédients, ajouta-t-elle en parcourant la fiche des yeux. Je peux vous laisser sans avoir peur que vous me refassiez la maison tous les deux ?

— Mais bien sûr, chérie !

Elle

Elle avait fini par trouver une formule, mais toutes les étapes n’étaient pas clairement rédigées. Elle dormait très peu et cela se répercutait sur son travail. Mr Legendre lui avait donc fortement recommandé de prendre les congés qu’elle refusait depuis plus d’un an.

Elle n’avait pas vu Tristan durant ses heures de travail, peut-être avait-il abandonné l’idée qu’ils soient ensemble après tout. Mais dans le doute, elle voulait quand même faire la potion.

Alex était aussi resté silencieux depuis l’histoire du garde-meubles. Aisling en était attristée. Elle avait perdu son confident, mais elle savait qu’il reviendrait lorsque toute cette histoire serait terminée. Du moins l’espérait-elle.

***

Il lui fallut deux semaines supplémentaires pour rassembler les ingrédients et produire le philtre, d’autant plus qu’il lui fallait une pleine lune pour ça. Elle avait envoyé un SMS à Tristan, clair et concis : « Ce soir 18 h, chez moi ».

Soit il venait, soit il avait enfin décidé de sortir de sa vie. Quelque part, elle préférait qu’il vienne, ainsi elle serait sûre de ne plus jamais le voir dans ses songes, de ne pas risquer d’autres sauts dans le temps et tout ce qui allait avec.

Lui

Tristan avait reçu le SMS en fin de matinée. Un mois qu’il l’attendait. L’échéance était enfin arrivée. Il se faisait l’effet d’un condamné allant à l’échafaud. C’était presque ça dans un sens. Sans la potion de sa mère, il serait amputé d’une partie de son âme. Il avait hésité à la boire. Après tous ces jours à attendre et à se poser des questions, il ne savait plus vraiment ce qu’il voulait. S’il était le seul à ne pas subir les effets du philtre d’Aisling, il serait le seul à aimer sans recevoir les sentiments complémentaires de sa part. Il serait le seul à souffrir.

Mais Tristan l’avait quand même bu. Il refusait d’être privé de cette part de lui-même.

Un peu avant l’heure désignée, il se présenta à l’entrée de l’immeuble d’Aisling. Il prit une grande inspiration et sonna.

— Tristan, attend !

— Alex ? Qu’est-ce que tu fais là ? Elle t’a appelé aussi ?

— Non, je passe tous les jours devant chez elle pour voir où elle en est, mais j’arrive jamais à sonner. Alors c’est le grand jour, c’est ça ?

— Apparemment. Tu montes avec moi ?

— Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.

— Tu seras peut-être ma dernière carte. S’il te plaît. Tu disais avoir une solution à tout ce gâchis.

— Je n’ai pas besoin d’être avec vous pour ça. Mais si tu y tiens. Quoi qu’il arrive, bois son breuvage.

— OK.

Tristan sonna de nouveau, la première fois n’ayant pas eu l’effet escompté.

— Monte.

Un seul mot. Un seul petit mot prononcé sèchement. Elle annonçait la couleur. Ça n’allait pas être de la tarte.

Eux

Ils entrèrent et montèrent jusqu’à l’appartement d’Aisling. Tristan eut à peine le temps de lever le poing pour frapper que la porte s’ouvrit. Il laissa son geste en suspens, surpris.

— Habituellement tu ne t’embarrasses pas à prévenir, dit-elle pour Alex.

— Je ne crois pas être suffisamment en odeur de sainteté pour faire comme d’habitude.

— Pourtant tu es là.

— C’est moi qui le lui ai demandé, intervint Tristan.

— Soit ! Entrez.

Elle leur tourna le dos, les plantant sur le pas de sa porte. Elle portait un jean slim et un haut sans manches. Comme toujours, elle était chaussée d’escarpins d’une hauteur vertigineuse. Ses longs cheveux étaient laissés libres sur ses épaules. Tristan la détailla du regard. Même s’il préférait la voir dans ses robes, il devait bien admettre que cette tenue en dévoilait un peu plus de son anatomie et que cela lui plaisait.

L’appartement d’Aisling était tel qu’il se l’était imaginé, sobre et design, à un meuble près. Un bureau hors du temps qui dénotait du reste, mais qui en même temps paraissait tout à fait à sa place. Au milieu d’innombrables fioles, herbes, caquelons, et autres plumes, se trouvait un vieux livre à la reliure de cuir.

— C’est bien celui d’Alazaïs, lui dit Aisling en voyant où se portait son regard. Elle y a mis tout ce qu’elle savait. Elle a même parlé de nous. Et tu vois, elle m’a même fait l’immense plaisir de trouver une solution à notre petit problème.

— Il n’y a que toi qui l’appelles ainsi.

— Je suis déçue, j’aurais pensé que tu serais content de le savoir. Tu ne m’as pas donné de nouvelles ces dernières semaines, j’ai cru que tu m’avais oubliée.

— Le sarcasme ne te va pas.

— Vraiment ? J’en suis désolée. N’apprécies-tu pas que je te tutoie ?

— Finissons-en, tu veux ? Donne-moi ton philtre que je rentre chez moi.

— Tu sembles tellement abattu. C’est triste.

Tristan vit rouge. Qu’elle refuse leur lien passe encore, mais qu’elle se moque de lui, non. En trois enjambées, il fut sur elle. Il la plaqua contre le bureau, une jambe entre les siennes, et lui empoigna le visage. Ses iris étaient devenus rouges.

— Ne joue pas à ça avec moi, ça ne marchera pas.

— De quel jeu parles-tu ?

— Tu n’arriveras pas à te faire détester de moi. Pas même avec un philtre, et je vais te le prouver.

 

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