Parents de djihadiste
Lettre de Christine
« En fait, ça ne sert à rien que je te le cache plus longtemps, je suis en Syrie… »
Cette première phrase de ton premier vrai message depuis la Syrie, cinq mois après ton départ,
résonne comme une très mauvaise plaisanterie… Une nuit de plus où je regarde le ciel étoilé en me
demandant si toi aussi, tu scrutes les étoiles… Ton doux regard et ton sourire me manquent. Tout me
manque. Un an et demi que tu es en Syrie… Neuf mois sans nouvelles… Et toujours les mêmes
questions qui me taraudent… Toujours cette colère en moi face à un État et des politiques
irresponsables qui ne protègent pas leurs citoyens. Et toujours ce chagrin profond ancré dans mon
cœur.
Tu me manques tant.
Je ne peux me résoudre à imaginer ne jamais te revoir.
Matthias fait partie de ces jeunes qui, malgré des études, un travail et une éducation, ne se
retrouvent plus dans cette société. Il n’y trouve pas sa place. Il est profondément humaniste, toujours
en questionnement. La France et sa crise économique ne le font pas rêver… Il fait de la politique… Il
milite chez les chrétiens mais ne trouve pas sa voie…
Tu as été abusé mentalement par des recruteurs fanatiques… Pourtant cette idéologie a fait écho en
toi… Alors…
Alors… Je vous pose la question. Vous, les politiques, les décisionnaires qui êtes en charge des
affaires de la France, comment se fait-il que vous n’ayez rien anticipé ? Vous qui êtes soi-disant
brillantissimes, comment se fait-il qu’aucun n’ait pris la mesure du danger grandissant dans nos
banlieues et partout en France, dénoncé d’ailleurs depuis des années par certains intellectuels ?
À la question « Avez-vous honte de votre fils ? », je réponds : « Non. J’ai honte de mon pays ! »
Honte de ce pays qui s’est déconstruit au fil des années… De Gaulle aura été le dernier père des
Français.
Honte de ce pays dans lequel la jeunesse n’a plus de rêve, plus d’idéal.
Honte de ce pays qui ne protège pas ses enfants.
La France d’aujourd’hui vit au rythme de l’islam…, dirigée par un François Hollande bénéficiaire
du « vote des musulmans ». Quelle aubaine, ce clientélisme… Aujourd’hui, ce n’est pas à l’islam de
s’adapter à la nation française, mais à la France de s’adapter à l’islam. L’islam radical est le
symptôme d’une société « malade » !
Nos services de renseignements ? Incapables d’anticiper cette idéologie islamiste portée par les
réseaux sociaux et propagée dans les rues. Alors, je vous pose la question, et je m’interroge : sont-ils
incompétents ou juste manipulés ? Des criminels recrutent sur notre territoire en toute impunité pour envoyer des gamins servir de chair à canon… Des imams, du fond de leur mosquée financée par
l’Arabie saoudite, font des prêches à la haine en France…
Mais, messieurs les politiques, j’ai quelques réponses apportées par la DGSI. Bien sûr, il faut le
dire haut et fort, pendant de nombreuses années et jusqu’à récemment, on a laissé partir tous ces
jeunes sciemment ! Comment un Fabien Clain que l’on sait être très dangereux, en lien avec Olivier
Corel, gourou de Merah, capable bien évidemment de projeter un attentat mais aussi prédicateur au
discours bien rodé, recruteur connu, comment a-t-il pu échapper aux radars de nos services et partir
avec Matthias en Syrie ainsi que toute sa famille ? Un convoi de trois voitures… Ils étaient soi-disant
surveillés ; on savait où ils se réunissaient en Seine-Saint-Denis. Pour ma part, j’ai vu des photos de
mon fils par les renseignements…
Alors je repose la question… On interpelle en France aujourd’hui des personnes pour des choses
insignifiantes mais comment un Clain n’a-t-il pas pu être empêché de nuire ? Il faut arrêter de
s’abriter derrière l’État de droit ; ça devient insupportable.
Jusqu’à quel point peut-on laisser faire en connaissance de cause ? Cela porte un nom : celui de la
complicité. Et j’accuse le gouvernement d’être complice. Oui, messieurs les politiques, les gens
dangereux, il faut les mettre hors d’état de nuire !!!
J’accuse nos politiques de nous mentir et de n’avoir rien fait contre cette menace…
J’accuse nos politiques de faire de la paix sociale…
J’accuse notre modèle républicain d’avoir occulté un phénomène de radicalisation qui était
prévisible !
Pour finir, je me range à l’opinion d’Edgar Morin concernant cette société qu’il faut refonder… Et
pour cela, il faudra supprimer l’ENA, qui formate des hauts fonctionnaires… Ce n’est pas d’eux que
nous avons besoin, que notre société actuelle a besoin, mais de grands hommes. Bien évidemment,
ceux-là ne sortiront certainement pas de l’ENA ! Ceux-là auront l’intelligence de la vie, l’intelligence
du cœur et seront dotés de « bon sens ».
Un peuple tout entier se résumant dans une personne morale d’une grandeur incomparable…
On a perdu nos repères, on a perdu notre identité, et moi j’aurai perdu mon fils.
Mais jamais je ne me tairai, parce ce que pour que mon fils, pour que sa vie gâchée ne serve pas à
rien, je continuerai à dénoncer haut et fort en espérant éveiller toute la société !
Christine M.
OceanofPDF.com