Plaisir d'humour
Pourrait jeter
Quelque clarté.
Au fond, cela embêtait beaucoup le jardinier d’épouser une donzelle dont il raffolait, mais tant, hélas ! indotée, sa vieille idée de derrière la tête étant de s’établir, dès marié, pour son compte, car je ne sais pas si vous avez jamais été chez les autres, mais, si bonne la place, c’est parfois bien dur.
Oh ! mon Dieu, pas la folie des richesses : avec trois ou quatre mille balles se suffisait Valentin...
Il faisait ce soir-là le plus beau temps du ciel avec, brochant sur le tout, une pleine lune comme on n’en voit pas vingt par an.
Tout guilleret à l’idée de contempler demain sa bien-aimée Fraulein :
« Ma foi, fit Baldaquin, j’ai envie d’aller à la gare à pied, j’aurai assez de toute la nuit pour dormir en chemin de fer... (S’adressant au valet
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de chambre.) Edmond, vous irez avec Jean (le cocher) porter mes bagages, vous mettrez ma couverture et mon petit sac à cette place dont voici le ticket. D’ailleurs, je serai arrivé avant vous. »
À part lui :
Ça me fera du bien, se promit-il, de marcher un peu. »
Le jardinier Valentin assistait à la petite conversation.
Quand eurent disparu les deux larbins :
« Monsieur le Baron voudrait-il pas que je l’accompagne ?... Si monsieur le baron a de l’argent sur lui... À cause des galvaudeux qu’il y a dans le pays, en quantité. »
Le baron Gustave-Henri-Julien Baldaquin de Grandpieu sentit, à la seule idée qu’on crût qu’il pût avoir peur, bouillonner en lui tout l’héroïque vieux sang des Baldaquin.
« Pour qui me prends-tu, Valentin ?.. Et puis (ce en quoi il se trompait si grossièrement) on n’assassine pas un homme pour trois mille francs,
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le montant de la somme que j’ai sur moi.
– Bon, bon, je proposais ça à monsieur le baron, à cause du bois qu’il va sans doute traverser.
– Évidemment, le chemin par le bois me fait gagner un bon quart d’heure.
– Alors, je n’ai plus qu’à souhaiter un bon voyage à monsieur le baron.
– Merci, mon bon Valentin, et bien le bonjour à ta charmante fiancée.
– Monsieur le baron est bien bon. »
Une demi-heure ne s’était point écoulée que, au sein du brave petit bois en question, M. le baron Gustave-Henri-Julien Baldaquin de Grandpieu tombait par terre, à la suite d’un fort couteau que son jardinier Valentin avait trouvé bon de lui ficher non sans vigueur au beau milieu du dos.
C’est l’heure ou jamais d’écrire La suite au
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prochain numéro.
Dans notre prochain numéro, le lecteur, en effet, pourra connaître les suites étranges de ce sombre drame que nous n’avons jamais eu la pensée de qualifier « bien parisien ».
Je conjure notamment messieurs les juristes de ne pas rater la suite de l’histoire, bien faite pour passionner les amateurs de points de droit criminel.
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Le crime enfin récompensé1
(Pour les jeunes élèves qu’une indisposition éloigna de notre dernière causerie, résumons furtivement les faits qui s’y trouvaient énoncés :
Un certain baron Gustave-Henri-Julien Baldaquin de Grandpieu, hobereau rigoureusement méthodique, a retenu sa place dans le rapide qui passe de nuit en gare de Dijon, se rendant à Nice, car il faut vous dire que ledit hobereau habite un castel en ces parages sis. Le temps est fort beau. Baldaquin se rend à pied, par un petit bois qui le raccourcit, vers la gare. Porteur d’environ trois mille francs, il n’a pas caché ce fait à Valentin, son fidèle jardinier, en lequel, d’ailleurs, il a mis toute sa confiance, confiance assez mal placée comme vous pouvez
1 Les personnes qui veulent bien se souvenir de notre histoire de la semaine dernière sont dispensées de lire cette fastidieuse parenthèse initiale.
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en juger par ce fait que Valentin s’attribue ces trois mille francs non sans, préalablement, avoir criblé son bon maître d’un assez grand nombre de coups de couteau pour, s’imaginait-il, déterminer le trépas du baron. – Nous en étions là de notre récit.)
... Cependant le cocher Jean et le valet de chambre Edmond, après avoir fait, en gare de Dijon, enregistrer les bagages de leur maître le baron Gustave-Henri-Julien Baldaquin de Grandpieu, manifestèrent de l’étonnement d’abord, ensuite de l’inquiétude en voyant arriver le rapide sans que le patron se trouvât là, et partir de même.
Edmond s’était, néanmoins, empressé de reconnaître la place retenue et numérotée et d’y placer le sac et la couverture.
« M. le baron se sera sans doute attardé, fit Jean.
– S’attarder, le baron ! Hé ben mon vieux, tu ne le connais guère. Le baron est toujours à la minute.
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– Alors, un accident ?
– Un malheur, plutôt. »
Au château, où la jument grise les ramena de son meilleur galop, pas de baron, pas de nouvelles du baron.
Le baron avait dit adieu à tout le monde, allumé sa pipe et filé d’un air joyeux.
Le dernier qui l’avait vu, c’était Valentin, à la grille du parc.
« Valentin ! Valentin ! Valentin ! »
Malgré tout ce tapage, Valentin ne paraît pas.
On monte dans sa chambre et que trouve-t-on ?
Ne frémissez pas encore !
On trouva Valentin dormant à poings fermés.
« Hé ben, mon cochon, t’en as un sommeil !
– Quoi ? Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
– Il y a que le baron n’était pas à la gare.
– Pas à la gare, le baron ? Où était-il donc ?
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– On n’en sait rien.
– Allons donc ! »
(Avouez, divines lectrices, et vous, subtils lecteurs, que, si je n’avais pas été assez bête pour vous renseigner sur l’assassin du baron, vous ne vous douteriez jamais que c’est ce brave Valentin si profondément endormi du sommeil du juste.)
Une heure après, on retrouvait dans le petit bois le cadavre de M. le baron Gustave-Henri-Julien Baldaquin de Grandpieu.
Son cadavre ?
Non.
Contentons-nous de son corps provisoirement inanimé.
Le baron respirait encore. Faiblement, mais il respirait.
Il revint à lui juste pendant les quelques secondes nécessaires pour prononcer ces paroles d’une importance, au point de vue judiciaire, qui n’échappera à personne.
« C’est Valentin qui m’a tué !
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– Valentin ? fit le médecin qui lui prodiguait les soins les plus empressés. Quel Valentin ?
– Valentin, mon bon jardinier. »
Puis, M. le baron Gustave-Henri-Julien Baldaquin de Grandpieu retomba mort.
Ou, tout au moins, à ce qu’on crut.
Car cette mort apparente n’était qu’un coma dont le pauvre homme ne sortit que bien longtemps après.
Immédiatement arrêté, Valentin nia comme un joli diable, mais ces trois mille francs, mon pauvre Valentin, qu’on trouva au fond d’un vieux pot à fleurs, est-ce de tes économies ?.. Et cette montre-là, aux armes des Grandpieu ?... Et ces bijoux ?...
Ah ! c’est bien le cas de le dire qu’il en a une santé le baron Gustave-Henri-Julien Baldaquin de Grandpieu.
Vous me croirez si vous voulez, il en réchappa, de ses blessures, de ses terribles blessures. Après trois mois, il était debout et
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assez bien portant pour venir déposer à la cour d’assises de Dijon, où se jugeait l’affaire Valentin.
Vous continuerez à me croire si vous voulez, Valentin fut acquitté, haut la main.
Mieux, il rentra immédiatement au service du baron avec, même, une augmentation notable.
Miracle ! vous écriez-vous.
Non, effet fort simple d’une habile plaidoirie et d’une incoercible logique !
Cette plaidoirie, nous la donnerons dans notre prochain numéro, en nous excusant bien fort de n’avoir pu nous procurer à cette occasion, M. Georges Courteline, le sténographe judiciaire bien connu.
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