Poésies
Les Assis ...........................................................................63
Pour ceux qu’au fond du bois enchaîne, Dans l’herbe d’où l’on ne peut fuir
La défaite sans avenir
LES ASSIS
Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs, Le sinciput plaqué de hargnosités vagues. Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;
Ils ont greffé dans des amours épileptiques Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques S’entrelacent pour les matins et pour les soirs !
Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges, Sentant les soleils vifs percaliser leur peau, Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges, Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.
Et les Sièges leur ont des bontés : culottée De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;
- 63 - L’âme des vieux soleils s’allume emmaillotée Dans ces tresses d’épis où fermentaient les grains.
Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes, Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour S’écoutent clapoter des barcarolles tristes, Et leurs caboches vont dans des roulis d’amour.
– Oh ! ne les faites pas lever ! C’est le naufrage... Ils surgissent, grondant comme des chats giflés, Ouvrant lentement leurs omoplates, à rage ! Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.
Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors, Et leurs boutons d’habit sont des prunelles fauves Qui vous accrochent l’œil du fond des corridors !
Puis ils ont une main invisible qui tue : Au retour leur regard filtre ce venin noir Qui charge l’œil souffrant de la chienne battue, Et vous suez pris dans un atroce entonnoir.