Poésies
Les Sœurs de Charite.................................................88
Qu’en baisa tout Révolté fier !
Elles ont pâli, merveilleuses,
Au grand soleil d’amour chargé,
Sur le bronze des mitrailleuses
À travers Paris insurgé !
Ah ! quelquefois, à Mains sacrées,
À vos poings, Mains où tremblent nos Lèvres jamais désenivrées,
Crie une chaîne aux clairs anneaux !
Et c’est un soubresaut étrange
Dans nos êtres, quand, quelquefois,
On veut vous déhâler, Mains d’ange,
En vous faisant saigner les doigts !
LES SŒURS DE CHARITE
Le jeune homme dont l’œil est brillant, la peau brune, Le beau corps de vingt ans qui devrait aller nu, Et qu’eût, le front cerclé de cuivre, sous la lune Adoré, dans la Perse, un Génie inconnu, Impétueux avec des douceurs virginales Et noires, fier de ses premiers entêtements, Pareil aux jeunes mers, pleurs de nuits estivales Qui se retournent sur des lits de diamants ;
Le jeune homme, devant les laideurs de ce monde Tressaille dans son cœur largement irrité, Et plein de la blessure éternelle et profonde, Se prend à désirer sa sœur de charité.
Mais, à Femme, monceau d’entrailles, pitié douce, Tu n’es jamais la sœur de charité, jamais, Ni regard noir ni ventre où dort une ombre rousse, Ni doigts légers, ni seins splendidement formés.
Aveugle irréveillée aux immenses prunelles, Tout notre embrassement n’est qu’une question : C’est toi qui pends à nous, porteuse de mamelles, Nous te berçons, charmante et grave Passion.
Tes haines, tes torpeurs fixes, tes défaillances, Et les brutalités souffertes autrefois,
Tu nous rends tout, à Nuit pourtant sans malveillances, Comme un excès de sang épanché tous les mois.
- 89 -
– Quand la femme, portée un instant, l’épouvante, Amour appel de vie et chanson d’action, Viennent la Muse verte et la Justice ardente Le déchirer de leur auguste obsession.
Ah ! sans cesse altéré des splendeurs et des calmes, Délaissé des deux Sœurs implacables, geignant Avec tendresse après la science aux bras almes, Il porte à la nature en fleur son front saignant.
Mais la noire alchimie et les saintes études Répugnent au blessé, sombre savant d’orgueil ; Il sent marcher sur lui d’atroces solitudes. Alors, et toujours beau, sans dégoût du cercueil,
Qu’il croie aux vastes fins, Rêves ou Promenades Immenses, à travers les nuits de Vérité, Et t’appelle en son âme et ses membres malades, ô Mort mystérieuse, à sœur de charité !
Juin 1871