Ton parfum
Chapitre 12: – Ça Sent les Agrumes
CHAPITRE 12 – ÇA SENT LES
AGRUMES
Dix jours que je suis dans cette villa.
Dix jours et, déjà, j’ai l’esprit en vrac.
J’ai vingt ans depuis quarante-huit heures et je rumine mes enfers.
Hier après-midi, Imrel m’a portée dans ma chambre et m’a bordée après que je m’étais assoupie dans la bibliothèque. Je me suis réveillée la pomme d’ambre ouverte près de mon visage.
Mon beau-père m’a offert un bijou.
Trop gênée à l’idée de le croiser, je ne me suis pas entraînée ce matin. J’ai appelé Luigi, le taximan qui m’a escortée le premier jour, et j’ai embarqué Pia chez Nonna, m’étant assurée qu’elle avait prévenu ses parents.
Sur la banquette arrière, à ma gauche, la môme me dévisage de ses grands yeux hétérochromes.
— Pourquoi tu pleurais, hier ?
Je note le coup d’œil furtif du conducteur dans le rétroviseur.
— Papa m’a dit que tu avais besoin d’être triste. Je comprends pas.
Que j’en avais « besoin » ?
Besoin de m’épancher, peut-être… Mais je n’avais pas besoin de ressentir cette douleur. Douleur persistante, qui plus est.
— En plus, il t’a donné un cadeau.
Que j’ai mêlé à mon bracelet à breloques, histoire de toujours le garder à mon poignet.
— Je sais. Ce n’est pas à cause du cadeau, la rassuré-je.
— C’est parce que Maman a oublié ton anniversaire.
Ce n’était pas une question. Elle a formulé ces mots d’un ton docte qui me ferait sourire si j’en avais pas chialé. Perspicace, la petite. C’est si vrai que je ne suis pas certaine de supporter la cohabitation avec Clara, considérant plus sérieusement la proposition de Léo de le rejoindre à Rome.
— Oui. Et puis, mon papa me manque.
Même si sa trahison me lamine.
Je l’ai appelé ce matin. Il s’est confondu en excuses, me répétant qu’il craignait de me briser le cœur. L’amertume est violente, néanmoins, je l’aime trop pour lui en vouloir longtemps.
— Ton papa est gentil ?
Je m’éclaire d’un sourire.
— C’est le plus gentil que je connaisse.
Sa bouille s’illumine en écho.
— Et le tien ? osé-je tenter, plus prudente. Il est gentil avec toi ?
Elle se fige. Baisse le menton, ses joues fardées d’un joli rose. Et enfonce sa tête dans les épaules.
Le silence interpelle Luigi qui nous gratifie d’un deuxième coup d’œil.
— Oui… je l’aime, mon papa. Mais…
— Mais… ? dis-je tout bas en me rapprochant d’elle.
Impatiente que sa langue se délie, je me rappelle la chaleur des bras musculeux de son père.
— Tu ne lui dis pas que je t’ai dit, hein ? me supplie-t-elle avec une adorable candeur.
— Promis, réponds-je en nouant mon auriculaire autour du sien.
Elle considère nos doigts entrelacés et hoche le bonnet. J’appréhende ce qu’elle pourrait m’apprendre.
— Il me fait plein de cadeaux, mais… parfois, il se fâche. Et souvent, il n’est pas là…
— Il se fâche comment ? chuchoté-je, baissant mon visage près du sien pour créer un climat de confiance.
Elle hausse les épaules et fronce les sourcils.
— Fort ! Il se fâche surtout contre Maman.
Sans crier gare, elle lâche ma main et se colle à la vitre, la mine extatique.
— Oh, regarde, c’est Lili avec sa maman devant la fleuriste ! s’exclame-t-elle en désignant l’une de nos cousines.
Je déglutis. Reste là, à la fixer, une mèche de cheveux retombant près de ma gorge.
Frustrée, j’inspire profondément.
J’ai éprouvé de la répulsion dès l’instant où j’ai aperçu la silhouette d’Imrel. Désormais, tout au fond de moi couve la prière secrète qu’il ne confirme pas les soupçons de Nonna.
Résignée, je sais qu’aujourd’hui, je n’en tirerai pas davantage.
Je l’abandonne chez notre mamie pour aller bruncher avec Val, Max et son plan cul, Paola. Sur la terrasse, les plaisanteries vont bon train, dans la même atmosphère bienveillante qu’il y a deux jours. Cependant, mon esprit est ailleurs. Il se trouve dans ce local sans fenêtre, cerné des parfums particuliers, créés par un homme tout aussi singulier. Son odeur, bon sang… au souvenir de mon nez plongé dans son cou, je me liquéfie sur ma chaise. Comment me suis-je retrouvée dans cette situation ?
Après l’épisode dans son bureau, j’ai eu le cœur déchiré. Ce fut d’une violence sans égale, et pourtant, cet homme qui m’a donné l’impression de n’être guidé que par ses sens s’est empressé de me consoler.
A-t-il seulement une idée du bien que ça m’a procuré ?
« Beau, rare et délicat. »
Ma poitrine se comprime si fort que j’en tressaille. Et le pendentif… il n’était pas obligé. Il m’a menti, lui aussi, prétendant que cela partait d’une intention commune. Pour ne pas me blesser ou pour m’amadouer ? À moins qu’il réalise le caractère déplacé de son geste ?
Mon parfum l’obsède.
Mon parfum l’obsède.
Mon parfum l’obsède.
Je me répète cette phrase, essaie de l’imprégner sans que ça me tiraille le ventre… Peine perdue.
Le menton appuyé dans la paume de ma main, j’exhale un soupir, égare mon attention sur les toits des maisons environnantes pour me remémorer l’emprise des billes mouchetées de vert d’Imrel.
J’étais trop confuse hier pour m’en apercevoir, mais… si Pia n’avait pas débarqué, l’aurais-je… embrassé ? Était-ce ce type d’énergie entre nous ? Nos lèvres étaient si proches… je suis incapable de me rappeler son expression, j’étais bien trop obnubilée par ma détresse.
Ce n’est pas vrai. Je n’aurais pas pu faire ça. Non, c’est imposs…
— Ava ? m’interpelle Val.
Saisie, je me redresse d’un bond.
— Quoi ? m’exclamé-je, comme si on m’avait prise la main dans la culotte.
Elle arque un sourcil, conspiratrice. La fraîcheur de son parfum me titille les narines. Une note d’agrumes se distingue, infime mais agréable. Détail que je n’aurais pas remarqué si le maudit parfumeur ne m’avait pas poussée à décortiquer son propre fumet.
— Tu penses à quoiiii ?
Mes joues s’empourprent d’emblée.
— À Léo, pardi ! pouffe Max.
Je roule des yeux, réalise que les évènements d’hier ont supplanté notre superbe nuit.
— Rho, arrêtez avec ça…
— Il t’a célébrée comme il se doit ? Ou il était trop torché pour la lever ?
Je rougis de plus belle. Entre nous, toutes les plaisanteries sont permises, mais je conserve un peu de pudeur devant mes autres cousins !
— La prochaine fois, suis-nous, tu pourras vérifier par toi-même l’étendue de ses compétences sous la ceinture pour les étaler aux oreilles de Max.
— Pitié, non, j’ai mes limites ! proteste celui-ci. C’est encore trop frais, j’ai pas envie d’imaginer ma petite cousine en train de…
— En train de rien du tout ! bougonné-je. Concentre-toi sur tes propres performances, Casanova.
Amusée, Val se pince les lèvres, consciente d’avoir exagéré, et, tandis que son attention se porte sur mon poignet, elle rebondit avec une question autrement plus problématique : — Hey, c’est super joli, ça, désigne-t-elle la pomme d’ambre. Tu ne l’avais pas avant. C’est plus gros que tes autres breloques.
D’instinct, je dissimule le pendant dans le creux de ma main, avec l’impression d’avoir fauté.
— Oh, rien, une vieille babiole que j’ai trouvée dans la bibliothèque de la villa.
Elle plisse un œil, devine à mon manque de naturel que je cache quelque chose.
— Je peux voir ?
Stressée, je tends le bras et les laisse examiner l’objet ouvragé.
— C’est de l’or ? Ce truc doit valoir une blinde, observe Max.
— T’es sûre que ça n’appartient pas à tante Clara ?
En fin de compte, je préfère me confier sur mes ébats. Il me suffit d’entendre son nom pour que la colère cogne avec plus d’ardeur.
Je hausse les épaules en repliant mon membre.
— Je ne crois pas, je l’ai trouvé dans le fin fond d’un tiroir poussiéreux. Et puis, tant pis, elle n’avait qu’à veiller sur ses affaires, éludé-je d’un signe de la main.
Val a l’air sceptique.
— Du coup, elle t’a offert quelque chose, cette année ?
D’ordinaire, je partage tout avec ma bestie. Mais lui parler de mon chagrin me mènerait à lui révéler l’attitude d’Imrel à mon égard, et j’ai cette impression tapissant mon palais que c’est une très mauvaise idée.
Pour un tas de raisons que je refuse de m’avouer.
J’ai haï cet homme depuis le divorce de mes parents, je l’ai abreuvé d’insultes dans l’oreille attentive de Val. Son comportement devrait me dégoûter, mais il n’en est rien…
De plus, la méfiance de Nonna est partagée dans la famille, et l’enfance de ma cousine la rend sensible à ces sujets-là. Voilà pourquoi elle réprouverait catégoriquement les derniers incidents. Et elle n’aurait pas tort.
— Oh, comme d’habitude. Tu connais Clara…
L’après-midi touche à sa fin. Après m’être prélassée dans les champs avec ma cousine, avoir joué aux cartes avec les autres jeunes vacanciers, je rentre chez Nonna, pressée de retourner à la villa Lavanda.
Tandis que Max nous raccompagne, Pia et moi, mon téléphone vibre dans ma poche. Le nom qui s’affiche sur l’écran me contracte l’estomac. Je guette le conducteur à ma gauche comme si j’avais quelque chose à me reprocher.
[Imrel : Je viens vous chercher ?]
[Ava : On est déjà sur la route. Merci.]
Pourquoi me mettre dans cet état, bon sang ?! Il s’inquiète juste pour sa fille, habitué à ce que je rentre avant le coucher du soleil. Cette situation me rend con.
C’est le nez dans mon portable que je marche vers la maison de vacances, accompagnée de la petite pile électrique. Les stories de Léo m’aguichent, sans compter les clichés de paysages exotiques postés par les autres membres de la troupe de danse.
Soudain, mon téléphone disparaît, m’obligeant à lever la tête et à stopper sec. Pia me lâche pour courir vers Clara, qui se trouve à quelques pas de nous, près de la terrasse. Imrel se tient à côté de moi, la stature imposante dans son tee-shirt immaculé. Désarçonné, j’arrête de respirer, les yeux ronds. Son regard me recouvre tout entière et plus encore. Comme de coutume, on dirait qu’il fouille dans ma tête.
La gorge aride, je n’ose même pas l’engueuler pour qu’il me rende mon mobile. La présence de ma mère me paralyse. Comme si adresser la parole à son homme trahirait les pensées qui m’empoisonnent l’esprit.
— Tu vas mieux ? demande-t-il tout bas, en référence à hier.
Mes épaules s’affaissent. Il porte son attention à mon poignet.
Merde, à coup sûr, ma peau de rousse doit étaler ma gêne sur mon visage. Et en prime, impossible de retenir un petit sourire quand je lui réponds : — Beaucoup mieux. Merci. Pour tout.
« Belle, rare et délicate. »
Est-ce qu’il sent mon odeur, là ? Est-elle altérée par celle de mes amis ?
Je m’y attendais, il inspire profondément, l’air de rien, avant de se dérider.
— Tout le plaisir est pour moi, Ava…
Bien sûr, je n’ai pas rejoint Léo à Rome.
Trois jours plus tard, je ne suis pas ressortie de la villa, ce n’est pourtant pas faute d’enrager. Plus contradictoires les uns que les autres, mes sentiments se jouent de moi. Tantôt belliqueux, lorsque ma mère pointe le bout de son nez – car, oui, il semblerait qu’elle aille de mieux en mieux –, ils en deviennent étouffants quand je la vois rire avec Pia ou Imrel. Elle essaie avec moi aussi, peut-être palpe-t-elle mon animosité, mais je ne suis pas dupe. Elle fait semblant de la plus doucereuse des manières, et ça me rend folle.
Cette colère, même Pia ne parvient pas à l’apaiser. Mon seul régulateur efficace se trouve en la présence de l’homme. Plus précisément en ses regards. Ses innombrables regards. De loin ou quand il se tient juste à mes côtés, son attention est toujours polarisée sur moi.
D’ailleurs, elle m’embarrasse. Les mots de Pia dans la voiture tracent leur chemin dans ma mémoire, mais si chaque geste est intransigeant, chacune de ses phrases, sans concession, je n’ai pas été témoin d’une poussière d’agressivité de la part de son père.
Je n’ai pas envie de l’être.
Depuis notre intermède dans son local, ma peau se hérisse quand il est dans les parages. Depuis mon épanchement dans ses bras, un lien silencieux et pourtant criant s’est tissé entre nous.
Des sourires, certes lugubres, mais destinés rien qu’à moi, quand Clara l’accompagne.
Des plats différents mijotés selon mes goûts.
Des encens aux effluves lénifiants disposés dans ma chambre.
Un nouveau panier de produits de bain neutres afin de ne plus camoufler mon odeur.
J’essaie d’éviter ma génitrice autant que possible, son aura mirifique me crible. Lui me captive, occupe tout l’espace de la maison, de mon cerveau, dans lequel il s’est insidieusement immiscé. En si peu de temps, il est devenu pour moi la même obsession que mon parfum dansant sous son nez.
Cette matinée fut celle de leur première sortie en famille depuis mon arrivée. J’ai refusé d’y participer, hors de question que je me coltine Clara pendant des heures.
Installée sur la balancelle en Bikini et short en jean, mon bouquin du moment – très dérangeant – en main, j’entends le cabriolet d’Imrel s’engager dans l’allée du jardin. Il est treize heures. Je lève le menton, baisse mes lunettes, les observe de loin.
Pia est bruyante.
Clara, euphorique, est éclatante dans sa robe bohème, longue et d’un blanc crayeux. On dirait un ange. Aujourd’hui elle a revêtu cette magnificence qui l’a toujours caractérisée, qui l’a propulsée au summum de son art et de son succès avec la gent masculine. C’est de cette femme que mon père a dû tomber amoureux. C’est elle qu’Imrel a arrachée à sa vie. Cet Imrel, élégant à se damner, dans les bras duquel elle fond, ses cheveux de blé retombant sur son dos en de belles ondulations. Elle se fend de bonheur, échange avec lui un baiser passionné. Un soupir et je roule des yeux, dégoûtée. Sans toutefois me détourner du spectacle.
Ma sœur est déjà sur la terrasse, prête à s’engouffrer dans la cuisine.
Son paternel murmure à l’oreille de sa compagne, enfonce son visage dans son cou tandis qu’elle glousse, tout émoustillée. De vrais adolescents en rut… À cet instant, une image écœurante de leur intimité me traverse, enrobée de pensées déprimantes.
Tout à coup, Imrel vire dans ma direction. Clara ne m’a pas vue, mais lui oui. Il m’a sentie. Comme d’habitude, il emprisonne mes sens dans la cage de son attention. Égal à lui-même, il glisse un dernier murmure sur les lèvres de ma mère avant de la lâcher.
Tout ça est normal, elle est splendide.
Pourquoi cela m’horripile-t-il à ce point ?
Ce n’est pas très grave, ça me passera. C’est de la curiosité, rien de plus.
Et pour lui ? Pourquoi ne la suit-il pas à l’intérieur ? Pourquoi reste-t-il debout à côté de son véhicule à m’observer ?
Sans trouver de réponse, je serre son présent dans ma paume, contre les battements de mon cœur déchaîné.
L’heure d’après, nous déjeunons ensemble. Ma mère est extatique, accrochée aux lèvres de son homme tout du long, tactile comme jamais, me rebattant les oreilles avec chaque étape de leur balade champêtre. Même Pia paraît aux anges. Parfaite petite famille. Je ne montre rien de mon humeur, reste attentive aux réactions du parfumeur. Bon sang, lui aussi est encore plus canon lorsqu’il se décontracte. Il lui suffit de dévoiler ses dents bien alignées dans un sourire carnassier pour me déstabiliser.
Merde.
Je suis la première à sortir de table avec précipitation, emportant mon livre ainsi que Pia au bord de la piscine, tandis que ma mère monte se reposer dans la chambre et que son mec sort exécuter son jogging quotidien.
Jean-Baptiste Grenouille, le protagoniste principal, est bel et bien un meurtrier, un sociopathe ne trouvant aucun plaisir à tuer. Il se contente de servir ses desseins sans états d’âme. Ses mots lorsqu’il décrit les odeurs de ses victimes sont splendides. Ces odeurs qu’il a voulu s’approprier sans assentiment…
Les jeunes filles étaient rousses, chuchote une voix dans ma conscience. Comme moi.
Si l’intrigue me tient, elle n’est plus le moteur de ma lecture. L’envie – mêlée de crainte – de comprendre la raison pour laquelle Imrel m’a offert ce livre prime.
J’ignore combien de temps passe avant que mon beau-père revienne. Je ne le sens pas, cependant, tels des radars, mes yeux pivotent vers le petit escalier menant à la piscine. Bien sûr, il s’y trouve. Serviette rejetée sur l’épaule, il dévale les marches en short, exposant son torse ciselé à mon regard circonspect.
— Que fait Pia ? s’enquiert-il en s’approchant.
J’essaie de ne pas m’attarder sur les rigoles de sueur dessinant ses sillons musculeux, ou sur les vestiges de suçons le bariolant par-ci par-là. Je me racle la gorge en replongeant entre les pages du bouquin.
— En train de mater Pocahontas en VHS.
Il prend la liberté de s’installer sur mon transat, près de mes jambes, et s’éponge les tempes. Contrariée, non sans éprouver une pincée d’excitation, je replie les genoux d’instinct.
— J’ai halluciné, je ne savais pas que vous aviez conservé le magnétoscope.
Il opine, balaie le sujet par un autre, tandis que ses émanations capiteuses viennent caresser mes narines.
— Elle m’a dit que, demain, tu comptes l’emmener à une fête de village, près d’Arezzo ?
Cette fois, je relève la tête. Il ne paraît pas ennuyé, mais bien sévère.
J’acquiesce.
— La sagra dell'olivo. Il y aura des spectacles pour les enfants, on a décidé de s’y rendre entre cousins, avec les plus petits.
— Je vous accompagnerai, annonce-t-il d’un ton sans équivoque.
— Euh… Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, objecté-je. Tu… (Je lui avoue ?) Tu n’es pas très apprécié, tu sais… Enfin, ils ne te connaissent pas. Tu as la réputation d’être désagréable.
J’ignore comment il le prendra, mais il faut bien que quelqu’un lui dise les choses sans fard.
— C’est bien le cadet de mes soucis.
Ses lèvres s’étirent à moitié et il reprend mes mots :
— « Ils ne me connaissent pas » ? On pourrait changer d’avis, selon toi ?
Je vire au pivoine, mes doigts recroquevillés sur la couverture du livre.
— Hum… t’es moins rustre qu’au premier abord…
Ses sourcils s’élèvent subrepticement.
— Qu’est-ce qui te fait penser ça ?
La façon dont il m’a réconfortée, quelques jours auparavant. Ses attentions traduites par son cadeau d’anniversaire, par les petits plats qu’il me cuisine au quotidien… Hors de question que je l’énonce à voix haute !
— Elles ont peut-être raison, après tout, ronchonné-je, retournant aux lignes de Grenouille. Tu risques de t’ennuyer.
— C’est trop loin, je vous emmènerai en voiture.
Je n’aime pas ça. Pas du tout.
— Clara aussi ? me rebiffé-je.
— Peut-être. Si elle veut.
— Si elle vient, vous m’oubliez, le préviens-je, catégorique.
— Tu es toujours en colère ?
Cette fois, j’aplatis l’ouvrage contre mon ventre.
— Je suis en colère depuis sept ans !
— Ça ne t’empêche pourtant pas d’être ici. De profiter de sa piscine, de sa maison pour t’entraîner tous les matins.
Une fureur sourde jaillit de mes entrailles. Mes mâchoires se serrent, me retiennent de lui cracher à la gueule que je loge chez eux pour m’assurer qu’il ne tabasse pas ma génitrice.
— Enfant, j’ai passé mes vacances dans cette maison, j’y ai ma place, réponds-je avec acerbité à son sourire ironique. Mais tu sais quoi, j’hésitais justement à me barrer !
Cette ultime réplique fait mouche, marque son front d’un pli profond.
— Pas avant d’avoir achevé le bouquin.
La dureté de ses traits est déstabilisante, au même titre que son obstination.
— Pourquoi ça te tient tant à cœur ? Quel est le message que tu veux me transmettre ? J’ai pas mal d’hypothèses, mais elles sont terrifiantes.
Et puis, ses comportements parfois les supplantent avec fracas.
Il ricane doucement, lisse son expression pour coincer une mèche de ma crinière libérée derrière mon oreille. Un long tressaillement complique ma respiration.
— Ce livre a été pour moi une révélation. Cette façon de décrire les odeurs, comme une musique en écho parfait avec mes ressentis. À travers les lignes de cet auteur, je me suis découvert, comme s’il avait pu imaginer un être doté du même génie que moi. J’étais un peu perdu lors de mon adolescence, je ne savais pas quoi faire de ce putain de nez. Il m’a aidé à comprendre le sens de ma vie.
— Briser des ménages ? persiflé-je, amère.
Il plisse les paupières, flanqué d’un rictus cruel.
— Créer le sublime dans un univers olfactif nauséabond. Je me suis habitué à la pestilence du monde, je ne l’en apprécie pas pour autant. Tu sais, l’odorat est sous-estimé.
— C’est ton point de vue.
Il secoue la tête, signe de négation.
— Même les animaux reconnaissent leurs congénères, leur famille, l’état de santé, hormonal ou leur statut sexuel grâce à leur flair. C’est en déposant leur empreinte odorante qu’ils marquent leur territoire. Ils évaluent la qualité de leur nourriture par les émanations chimiques qu’elle dégage. C’est pareil pour l’être humain, à l’exception que, souvent, il ne s’en rend pas compte. Dans le monde, une infime partie des gens seulement en a conscience. J’en suis. Par mes compositions, je contrôle le cœur des hommes. Je sublime mes clients en leur offrant le fruit de mon talent.
— Oh, c’est une question d’ego ? rebondis-je, sarcastique.
— Ma virtuosité mérite d’être reconnue, ricane-t-il, mais ma profonde motivation reste la création.
Je me racle la gorge.
— En quoi ça me concerne ?
Le fait qu’il se confie sur ce qui l’anime m’intimide et m’inquiète tout à la fois. Il me rappelle ces assassins narcissiques qui se plaisent à soliloquer avant l’exécution de leur victime.
— Tu… (Je bloque l’oxygène dans mes poumons, expulsant le fond de mes pensées avec défi :) me tuerais pour t’approprier mon odeur qui t’obsède tant ?
— Tu m’en crois capable ? susurre-t-il cette fois d’un ton intimiste.
Si Imrel est un sociopathe, il feint à la perfection. Je refuse de le croire. Mais peut-être que, à l’instar du héros de son livre favori, son objectif le gouverne. Les parfums ont l’air si importants pour lui. Que ferait-il du mien ? À l’évidence, il n’a pas besoin de ça pour obtenir l’amour des autres, comme le désirait Grenouille. Il lui suffirait de se rendre dans la villa retrouver ses deux plus grandes fans ou de faire un peu le beau sur les réseaux sociaux.
Mon absence de réponse se prolonge. Nous restons bloqués l’un sur l’autre, au virage absurde que prend cette conversation. Les feuillages du jardin chuintent à la douceur de la brise qui emporte avec elle une odeur d’herbe fraîche. Ainsi que celle, épicée, de sa sueur. Sans réfléchir, sans me contrôler, j’inspire plus fort, relevant le bout de mon nez dans sa direction. Ses iris bicolores s’assombrissent d’un coup. Aussitôt, je réalise mon acte, je réalise la pointe d’exaltation engendrée par cet effluve. Je m’apprête à m’aplatir en excuses, me rappelle ensuite qu’il ne se gêne pas pour faire de même.
Alors, je préfère le rembarrer.
— Tu devrais aller te doucher. Tu empestes !
— Non ? Mon odeur t’incommode ? sourit-il.
Il sait… Il sent l’effet qu’il me fait. Je serre les cuisses, dissimulant le triangle de mon Bikini derrière les pages du bouquin ouvert.
— Peut-être bien, rétorqué-je, la gorge aride.
— Ça m’étonnerait. (Il arque un sourcil, s’humecte les lèvres, imité par moi-même.) Tu fleures le désir.
Mince !
Je les déteste, lui et son flair de malheur !
— Juste, tu arrives à percevoir ces subtilités, râlé-je. J’aurais parié que tu t’étouffes dans ta propre puanteur.
Après tout, ce n’est pas parce qu’il m’échauffe qu’il sent la rose.
— En effet… je préférerais te respirer.
Immobile, mes yeux toujours greffés dans les siens, je referme lentement le livre contre moi. Par le timbre de sa voix, par l’expression de son faciès, l’atmosphère s’altère pour de bon. L’air se met à crépiter.
Il faudrait que je parte, que j’aille piquer une tête dans le bassin.
J’essaie de rester impavide, de dissimuler mon tumulte intérieur.
Une nouvelle inspiration, large, le temps de me laisser réfléchir. De remarquer l’éclat lubrique dans le regard d’Imrel qui me fait flipper plus que de mesure.
Cette simple phrase, enrobée d’un aplomb sans faille, vient de cristalliser à l’instant la transgression insidieuse de nos échanges.
Sans préambule, ou peut-être qu’il s’agit de ça, depuis l’instant où il s’est installé sur mon transat, il tend le bras et, du bout des doigts, il s’empare de ma main libre. La chaleur de notre contact se répand jusqu’à mon épaule. Je crois qu’il va m’octroyer un baisemain, mais, à la place, il la porte à son nez.
Bien sûr.
J’aurais dû m’en douter, alors pourquoi mon palpitant se déchaîne-t-il dans ma cage thoracique ?
« Belle, rare et délicate. »
Il rabat les paupières, s’imprègne ostensiblement de l’essence de ma peau.
Qu’est-ce que ça lui procure ?
— Qu’est-ce que tu sens ? lâché-je d’une voix éraillée.
— Toi. Un mélange subtil, profond, aigre et un peu sucré, répond-il sans ouvrir les yeux.
Il s’approche. Son nez sillonne mon bras offert dans de doux effleurements. Mon souffle devient court quand il atteint le creux intérieur de mon coude.
Il n’est plus qu’à quelques centimètres, la tête baissée, très concentré, et tout à coup, ses émanations embaument le danger.
Que fiche-t-il, au juste ?
— Im… Imrel ? chevroté-je, mal assurée.
Toujours emprisonné dans son univers, il remonte mon bras nu, et devant mes yeux écarquillés, niche sa figure dans l’angle de mon cou.
Mon pouls s’emballe tout de go. Mes lèvres s’écartent de surprise et j’avale de l’air, près de m’étrangler.
Imrel se trouve tout contre moi.
Son nez sur ma gorge, à me renifler de façon animale.
Son souffle explosant dans mon crâne.
— Tu es « le sublime », Ava.
Ses mots pétillent dans ma cervelle comme des bulles de champagne.
Je déglutis, songe à Pia, devant son dessin animé. Puis à ma mère, euphorique, rayonnante… sublime, quelques heures plus tôt, désormais terrée dans ses quartiers pour se reposer.
Mon cœur se serre.
Et si elle débarquait ?
Et si elle nous voyait ?
Qu’en penserait-elle ?
Trouverait-elle normal que son petit ami de trente-cinq ans renifle si intimement sa fille de vingt ans ?
Il peut bien être doté d’un don rarissime, fonctionner différemment de la norme, je ne trouve pas ça correct, moi.
Au fond, je gage qu’elle non plus.
Alors, entre les langues de feu qui enfument ma raison, j’essaie de retrouver mon assurance, et, comme un assentiment, je recouvre la large nuque d’Imrel d’une main qui se veut ferme.
Je le sens qui frémit, qui inspire avec plus d’intensité, avant de se contracter tout entier.
Par petits coups, il continue de me humer, d’écraser ses narines contre ma gorge en me tenant le poignet, me procurant les mêmes sensations que s’il me prodiguait des baisers.
— J’aimerais pouvoir te décortiquer, vibre sa voix rocailleuse, secouant quelque chose dans le creux de mes reins.
Il fait tomber sa serviette à terre, me débarrasse du bouquin qui subit pareil sort, tout ceci sans se détacher de moi. Puis son nez dévale la ligne de ma jugulaire pour se perdre sur l’incurvation de mes clavicules.
Oh, bon sang !
Ma tête chancelle contre le dossier de la chaise, j’exhale un cri silencieux, plus capable de réprimer mes pulsions sous le tissu de mon Bikini. Elles durcissent le bout de mes seins, le perçoit-il ?
Il est sur moi, écrasant, étouffant… et tellement grisant. Notre câlin, le lendemain de mon anniversaire, me revient.
Je me confronte à ses gemmes dans lesquelles s’enflamme un appétit inédit. Leurs taches vertes ont disparu au profit d’abysses sombres et sinistres. Elles me harponnent, tandis que sa main s’immisce entre mes cuisses. Je me mords la lèvre, réalise qu’il ne remonte pas plus haut dans les limbes de l’illicite. En revanche, Imrel continue de me flairer, plonge doucement dans le sillon de mon décolleté.
Et je rentre en apnée.
Ses doigts crochent mes côtes ainsi que l’intérieur de ma cuisse. Son pouce effleure le galbe inférieur de mon sein. Une décharge fulgurante se répand jusqu’à mon mamelon bandé et m’arrache un soupir.
Je gonfle la poitrine si brusquement qu’il s’y retrouve niché plus profondément.
Mon Dieu, comme c’est lubrique.
Qu’est-ce qu’on fabrique ? Mais qu’est-ce qu’on fabrique ?!
Je me mords la lèvre tant c’est bon, tant la tension dont s’est chargé l’air est insoutenable. Chaque geste, chaque inspiration d’Imrel, longue et intense, est d’un érotisme indescriptible. Il m’a coupée du monde. Il enflamme mes sens, ne me rend plus consciente que des sons qu’il produit à notre contact. Que des changements de pression sur ma peau, dans ma chair. Plus d’oiseaux, plus d’arbres, plus même le chuintement du vent autour de nous. Il n’y a que nos pulsations et notre connexion, que son regard fauve sous ses sourcils épais. Que les courbes de ses muscles moites de sueur. Il n’y a plus que le magma ruisselant dans mes veines à mesure que je m’enivre de son odeur capiteuse.
Pas une fois, Imrel ne pose ses lèvres sur moi. Son nez se charge des plus exquises caresses, dessinant des arabesques autour de mon téton érigé à travers le tissu du maillot.
Étouffant de chaleur, j’enserre ma prise à la base de son crâne, priant pour qu’il me découvre les seins, sans oser l’implorer. Car c’est ainsi que je le lui demanderais : dans une supplique désespérée.
J’ai peur. Je tremble de plaisir, pourtant, j’appréhende le moment de bascule, pas sûre qu’on l’ait vraiment franchi.
Je ne sais pas, je suis incapable de réfléchir.
Cette crainte décuple mon excitation, si bien qu’une sensation humide se répand dans mon intimité.
De nouveau, le mâle contre moi presse les paupières si fort qu’il me donne l’impression de souffrir.
— Tu as mal ? m’inquiété-je.
— Seulement de me retenir, grogne-t-il en rivant ses billes anthracite dans les miennes. Tu mouilles tellement, putain.
Je suffoque. Sens mes jambes tressaillir.
De toute ma vie, jamais un homme ne m’avait dit ces mots-là, avec cette expression si primaire.
Derrière mes craintes se terrent une soif sans pareille, une curiosité sournoise, et puis, plus ignoble, un désir de vengeance corrosif.
— Ne te retiens pas, lâché-je dans un soupir.
Une lueur animale traverse son regard. Sans tarder, il sillonne les lignes de mes côtes, s’y frottant avec une fièvre contagieuse. Je le contemple qui prend ses shoots, subjuguée par sa beauté. Il incline la tête, ses mâchoires imposantes verrouillées, tandis que ses narines se dilatent avec une virilité étourdissante.
J’aimerais le caresser.
Mais hormis sa main agrippée à proximité de mon intimité, il ne me touche pas.
J’ose fourrager dans ses cheveux courts, si doux, de leur couleur platine qui contraste avec sa carnation. Il me répond d’un tressaillement, accompagné d’un petit râle de satisfaction. Et continue son exploration descendante.
Lorsqu’il trace le pourtour de mon nombril avec sensualité, j’enfonce mes ongles dans son crâne. Quand son nez se promène à la lisière de mon Bikini, je me recouvre tout entière d’une chair de poule électrisante.
Cette fois, chacun de mes muscles se contracte, augmentant le taux d’humidité dans ma culotte.
Mon souffle se hachure quand il glisse à côté de la chaise longue, s’agenouillant sur la pierre du sol, et qu’il m’incite à pivoter de côté, m’obligeant à m’appuyer sur mes bras tendus en arrière. Je le laisse procéder, mon sang en feu, savourant ses transgressions de plus en plus déplacées. Désormais, il frotte son visage contre mon bassin, entre les plis de mes cuisses qu’il écarte sans me consulter.
Oh, mon Dieu…
La pointe de son nez se met à errer sur mon pubis, et c’est toute ma vulve qui tambourine avec acharnement.
Est-il possible d’être si embrasée sans même avoir été embrassée ?
— S’il te plaît…, exhalé-je tout bas, tiraillée entre la crainte et l’impatience.
Quand il me hume par petits coups, déclinant encore entre mes lèvres, le spectacle me tétanise dans un premier temps. D’une forme d’embarras, avec l’impression qu’un animal est en train de renifler mes parties intimes. Aussi, la honte de trouver que c’est la scène la plus sexy qu’il m’ait été donné de vivre.
Très vite, je n’ai plus d’états d’âme, la délicieuse pression qu’il exerce sur mon clitoris enflé m’arrache un geignement. À travers le nylon, mon bouton me martyrise. Mon cœur s’y est niché, se déchaîne quand Imrel le stimule tout en capturant mes émanations. C’est tellement mouillé, les glissements décuplent le plaisir, m’incitent à écarter les cuisses plus fort encore, aidée par ma souplesse de danseuse.
Le parfumeur, à genoux dans l’ouverture de mes jambes, pousse plus fort, contre l’entrée de mon vagin cette fois. Je me mords la joue afin d’étouffer le moindre bruit, mais quand de son doigt il écarte le tissu pour exposer ma chair, impossible de réprimer un petit cri.
De nouveau, ses prunelles me torpillent. Les yeux ronds, je me pétrifie, plante mes dents dans ma lèvre inférieure et, sans le réaliser, cambre davantage la courbe de mes reins. Un sourire lugubre incurve la bouche tentatrice d’Imrel.
Il clôt les paupières et plonge son nez entre mes replis trempés. C’est avec un gémissement cette fois qu’il se repaît, me mettant au supplice de ses frôlements directs.
— Oh, mon Dieu, ahané-je.
Je pourrais l’implorer à plat ventre pour qu’il me délivre de cette tension. Je voudrais hurler tant il prend son temps, à la place, je n’émets qu’une plainte alanguie.
Sans préambule, index et majeur viennent cueillir mon suc pour le porter à ses lèvres. La gourmandise avec laquelle il les suce m’hypnotise. L’un… après l’autre… jusqu’à la dernière goutte. Merde, ce qu’il est chaud.
Il jure dans sa barbe.
— Tu possèdes les notes les plus mélodieuses qu’il m’ait été donné de sentir, m’avoue-t-il dans un marmonnement. Je les veux.
Sur cette déclaration dont le sens reste flou quelques instants, sa langue s’écrase contre ma vulve. Pleinement. Entraînant une petite explosion dans le secret de mon bassin. Dans sa gorge gronde cette fois un râle de volupté, plus puissant qu’un orage d’été.
Il me lape avec une lenteur atroce, de mon antre à ma boule de nerfs prête à imploser. Il savoure les conséquences liquides de ses actes. Et moi, je me tortille comme un ver, remue des hanches, aux prises avec la frustration.
— Plus je te torture et plus tu mouilles, ricane-t-il. Je pourrais te boire jusqu’à plus soif.
— Continue, haleté-je, avant qu’il fouille chaque recoin de mes pétales, qu’il me les aspire, m’ôtant des couinements étouffés.
C’est d’un délicieux supplice. Chaque succion sur mon clitoris déploie une foudre ravageuse, persécute mes mamelons érigés, créant une masse d’urgence dans mon bas-ventre.
Je rejette la tête en arrière, prête à trébucher dans un canyon sans fond, quand je sens une intrusion dans mon vagin. Je le vois écartant toujours ma culotte d’une main, enfonçant son médius en moi de l’autre. Sous ses paupières lourdes frangées de cils épais, il m’épie en même temps qu’il va et qu’il vient. Des houles de plaisir me traversent de part en part, mes phalanges fléchissent sur la toile du transat.
— Ça aussi, ça te fait mouiller.
Sa voix, bordel…
Je confirme d’un signe de tête vigoureux, m’appuie au sol de la pointe de mes pieds, mes hanches ondoyant au rythme de ses coulissements. Il aspire mon suc à me rendre dingue, vertige après vertige, jusqu’à me foudroyer d’un orgasme phénoménal. Je miaule longtemps, pliée en deux en m’accrochant à son crâne comme à un radeau. Comme il continue de me lécher, la jouissance me dévore de sa large gueule et avale toute mon énergie.
Devant mes cils papillonnants, Imrel remet mon Bikini en place, aussi pantelant que je le suis. Il me dévisage, hagard, l’air de reprendre ses esprits.
Les miens sont en K.-O. technique. Des frissons voluptueux courent encore sur ma chair de poule. Des spasmes me secouent de pied en cap, comme si la température avait baissé. Il n’en est rien, je suis en nage, me sens vide et alanguie.
L’homme qui vient de m’octroyer un cunnilingus se lève, me domine de sa stature, le menton luisant de mes fluides. Le regard grave et embrasé, il me détaille, considère ma poitrine agitée par les dernières braises de ma fournaise, avant de tourner la tête vers la villa. Aussitôt, sa mine se froisse.
— Ava… Ava…, comme tu me rends imprudent.
— Quoi ? balbutié-je.
C’est tout ce dont il se soucie, là, maintenant ?
Fébrile, je vérifie que personne ne nous a vus et reporte mon attention sur lui.
Les limites ont été franchies, indubitablement. Je mords ma lèvre quand je réalise qu’il me léchait le sexe quelques secondes plus tôt. Que le mec de ma mère avait la tête entre mes cuisses ruisselantes.
Qu’est-ce que j’ai fait… ?
Il semble se poser la même question, l’arête de son nez coincée entre ses doigts.
— C’est une folie, grogne-t-il, les épaules tendues.
Quand bien même ils sont légitimes, ses propos m’offensent.
— Qu’est-ce qui est une folie ?
Sans crier gare, il s’accroupit de nouveau et secoue le chef.
— Je me suis laissé submerger. Si on nous avait vus, ça aurait été fâcheux.
Il retourne entre mes cuisses, près de mon aine. Je sursaute de surprise lorsqu’il passe sa langue à la lisière de mon maillot pour y recueillir les restes de mon plaisir. Ensuite, il se lève, cale une de mes boucles derrière mon oreille. Sous son air impérieux, je me sens minuscule et gorgée de sensualité à la fois.
— J’y vais, annonce-t-il, avant de récupérer sa serviette et de m’abandonner à mon trouble, grimpant l’escalier vers la maison.
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