Ton parfum
Chapitre 46: – Ça Sent la Luxure
CHAPITRE 46 – ÇA SENT LA
LUXURE
Il a suffi d’une phrase pour révolutionner mon monde. Et ce, de la plus invraisemblable des manières.
— Qu’est-ce que… ça signifie ? chevroté-je, tenant à peine sur mes jambes.
Encagée par la stature d’Imrel, je me sens minuscule.
« Pour mieux me rapprocher de toi. »
À l’aide de ces quelques mots, il m’a insufflé une frayeur blanche.
— Après sa mort, je comptais tout t’avouer, mais tu n’as pas cessé de fuir, ma sublime.
Je déglutis.
— M’avouer quoi ?
Son regard ancré en moi se perd dans le lointain, comme si au fond de mes yeux gisaient des souvenirs exaltants.
— Que je t’ai rencontrée sur une plage en Normandie.
Je fronce les sourcils, fouillant dans ma propre mémoire. Impossible de me rappeler. Notre premier face-à-face a eu lieu dans sa maison parisienne, dans ce quartier huppé que je jalousais.
— T’étais si jolie, avec tes cheveux de feu et ton sourire éclatant. Les molécules de ton arôme sont venues m’embrasser, et j’ai succombé.
Il réduit l’écart entre nous pour susurrer tout près de mon visage, trop près de mon visage :
— J’ai eu le coup de foudre.
À Étretat… À Étretat !! Notre ultime sortie en famille… mon cœur remonte dans ma gorge.
— J’avais douze ans…
Ses orbes gris miroitent d’une féroce appétence resurgissant depuis ses réminiscences.
— Ton âge m’importait peu. Enfin, détrompe-toi, tu incarnais à merveille la magnificence de ton odeur, mais je me fichais de ton apparence. Une bouffée de tes émanations, et j’étais défoncé. Un nouvel objectif s’était imposé à moi, il me fallait obtenir ton essence. J’étais prêt à tout.
Ma mâchoire tombe doucement. Lit-il l’effroi dans mon expression ?
— À tes côtés, il y avait ta mère. Clara représentait l’outil parfait. J’étais doué avec les femmes, je comptais la séduire et entrer dans ta vie. Si j’intégrais ta famille, avec le temps, je parviendrais à récolter ton odeur. Je pourrais ensuite la décortiquer, étudier la quintessence ultime et la reproduire si j’en avais envie.
Il ricane, amer.
— Je n’avais pas prévu que son amour pour moi la mènerait à me piéger.
— Te piéger ? articulé-je, sous le choc.
Il acquiesce sombrement, passant sa main dans les cheveux.
— Pia, lâche-t-il dans un soupir. Clara était sous pilule, ça n’aurait jamais dû arriver. Je ne voulais pas d’enfant. Si jusqu’à sa mort, elle a maintenu qu’il s’agissait d’un accident, j’ai découvert que parfois, elle omettait sciemment de prendre son contraceptif, ce qui a des effets rétroactifs. Elle était précautionneuse, elle savait que je surveillais son ovulation, peste-t-il, une marque d’aversion sur le visage. Je me suis fait berner en beauté.
— Pour… quoi ?
La main qui lui servait d’appui vient effleurer ma mâchoire. Je suis à deux doigts de flancher, électrisée par son toucher.
— Pour me garder dans ses filets. Quoi d’autre ? Pia ne lui a jamais servi qu’à ça.
Son ressentiment jaillit âprement. Sous son manque d’amour pour Clara, je n’avais pas relevé une telle animosité. Je suis perdue. Tourneboulée. Incapable de formuler mes pensées.
— Mais ce n’était pas si grave, parce qu’à chacune de tes visites, tu m’ouvrais les portes du paradis. Je le côtoyais de loin, touchant à peine sa lumière du bout des doigts. J’avais beau être attentionné, et tu avais beau apprécier ça quand Clara t’ignorait, tu gardais tes distances et continuais de me détester. Le jour de la fête donnée en l’honneur de Pia, j’ai noté ta déception. Tu t’étais réfugiée dans ta chambre, blessée par l’indifférence de ta mère. Et moi, j’avais bu, dit-il tout bas, articulant presque contre ma bouche. Je n’en pouvais plus de ce simulacre de réception, j’étais monté veiller sur ma gamine, et… j’ai passé la porte de ta chambre. Tes pleurs séchés m’ont interpellé comme le chant d’une sirène.
Évocation qui me retourne l’estomac. Imrel me conte notre histoire avec ses doigts, les baladant tantôt sur mes joues, tantôt sur mes tempes. Il ne me reste que ces sensations auxquelles me raccrocher si je ne veux pas m’effriter.
— Je suis entré. Et, putain, Ava, grogne-t-il, son front contre mon front. Je n’avais jamais été si près, isolé en ta compagnie. Les magnolias sublimaient ton odeur à la perfection, j’en avais le tournis. Je t’ai enlacée, je t’aurais littéralement bouffée si ça avait été possible. Et puis… tu as mouillé, susurre-t-il.
— Non.
Non, ça ne s’est pas passé comme ça ! Pourquoi s’obstine-t-il dans ses mensonges ? Réalise-t-il le calvaire qu’il m’inflige ?
— Ne pleure pas, ma vanille, je t’en supplie, chuchote-t-il en cueillant la perle salée sur ma pommette. Tu as écarté les jambes et tu as joui. Ne te prive pas de ces souvenirs. Accepte-les, allège le poids de ta douleur.
Ma respiration se saccade. Soudain, l’obscurité de cette nuit envahit la chambre de Clara, mes sentiments m’étranglent avec fureur.
Non, non, non !
— Si tu continues de parler, je vais crever, suffoqué-je, laissant tomber ma tête contre son épaule.
Ses mains me frictionnent le dos. Putain, je me répugne d’aimer ça.
— Je ne te voulais aucun mal. Tu étais mon joyau, je ne t’aurais jamais brisée intentionnellement.
— Mais tu l’as fait !
Ses doigts se mettent à labourer mes vertèbres.
Pourquoi suis-je incapable de le bousculer, de hurler, de me barrer ?
— Je suis désolé.
À entendre ses excuses, je me fige jusqu’au dernier de mes atomes et ouvre grand les yeux, toujours appuyée contre lui. Mon souffle ne s’apaise pas pour autant.
— Je peine à humaniser les gens, Ava. Tu incarnais l’élixir absolu, je me contentais de décrypter tes messages olfactifs. C’est tout ce dont je suis capable, grommelle-t-il contre mes cheveux. Ce que tu m’as offert, cette nuit-là, était au-delà de l’entendement. Ça imprégnait mon nez, j’en avais sur les doigts et plein mon palais. L’arôme de ton plaisir m’a transcendé. Et le lendemain, t’étais partie… Je sentais dans mes veines que tu ne reviendrais plus. Je me suis tué à la tâche en essayant de reproduire ta fragrance de toutes les façons possibles. Composer un parfum qui associerait les plus belles molécules avec ton essence, c’était devenu mon but. J’ai créé Ton Parfum.
L’impression de recevoir une gifle. Cette fois, je me recule brusquement, me heurte au bois de la porte, portant ma main devant mes lèvres.
Sa fameuse création est inspirée de mon odeur corporelle ? J’hallucine ! Imrel adopte son habituelle posture impérieuse, ne souffrant d’aucune forme de regret. Une enveloppe humaine dissimulant un être trop tordu, trop déficient. Ou trop intelligent.
— Ton carnet… Ces annotations incompréhensibles.
Il opine, les yeux rivés sur ma bouche. Englobe ma mâchoire dans la chaleur de sa paume. Le contraste avec le froid polaire de la pièce recouvre ma peau de chair de poule, car je suis toujours enfermée dans la chambre de sa maison, à Paris, sept ans plus tôt.
« Tu as joui. »
Ces mots dansent un tango trop brûlant pour que je les laisse m’entraîner.
— Tu grandis, ton odeur s’altère sans cesse. De toute façon, j’étais trop camé pour m’en passer. Il m’arrivait souvent de te pister, de chercher ta proximité pour obtenir ma dose. Puis je rentrais, grisé, et élaborais de nouvelles formules pour te rendre hommage. Chaque année, je créais une nouvelle version de Ton Parfum. Mais ta fragrance exacte, celle qui me fait l’amour à chaque putain de fois, sa composition m’échappe.
— Tu me suivais ? bredouillé-je, abasourdie.
— Bien sûr. Je ne t’ai jamais perdue de vue. J’aurais pu tout plaquer pour te consacrer davantage de temps, mais Clara me tenait en laisse avec notre fille. Mon détachement l’angoissait, elle m’a vite menacé de se battre pour obtenir la garde de Pia, si j’avais à l’idée de la quitter. Elle remarquait comme je la surprotégeais. Compte tenu de ses aptitudes parentales, il était hors de question que je la laisse seule avec ma gosse plus d’une journée. (Il lâche un soupir.) J’ai vécu trop de crasses pendant mon enfance pour prendre ce risque. Piégé, je me suis résigné à porter ces chaînes. J’ai joué mon rôle (l’aversion froisse son visage), je suis devenu le pantin de ses fantasmes pour calmer ses crises d’hystérie. De violence.
Il pointe la cicatrice ornant son arcade. Je croyais qu’il s’agissait d’un stigmate de sa jeunesse.
— Elle m’aurait éborgné si je ne l’avais pas maîtrisée.
Face à mon air ébahi, il poursuit :
— Ma contrepartie secrète, c’était qu’elle portait Ton Parfum. Ça m’aidait à supporter sa présence. Pendant que je jouissais de ton corps, cet été, Pia s’amusait à s’en asperger. Ça me mettait hors de moi.
Coite, je remets en perspective chaque détail, chaque conversation que nous avons tous pu avoir au sein de cette maison de vacances.
Son pouce presse tendrement le rebond de ma joue.
— Dès le départ, tu étais celle que je convoitais.
Notre première altercation dans la villa était loin d’être une rencontre pour lui.
La réalité se dérobe sous mes pieds. Le sol tremble, s’ouvre. La dimension dans laquelle il m’aspire est si malsaine qu’avec désespoir, je me raccroche aux fragments d’illusion qu’il me reste. Le début de notre parenthèse magique, la fraîcheur de ma sœur, cette relation qui s’est tissée tout naturellement, l’odeur apaisante des champs de lavande.
Je ploie et me tiens le ventre, sur le point de dégurgiter.
— Le mec duquel je suis tombée amoureuse n’est qu’une chimère. Tu me stalkais alors que je n’ai jamais rien su de toi. Tu es fou, lâché-je dans un souffle.
— Je suis obsessionnel, corrige-t-il, saisissant mes épaules pour me redresser. Quoi que tu veuilles savoir sur moi, tu n’as qu’à demander.
Il penche la tête devant la mienne et cherche mon regard, une ligne d’irritation barrant son front. Mon crâne chavire en arrière dans un mouvement de désespoir, percute la porte dans un bruit mat. Mes organes se désagrègent à la mesure de son récit ; à la fin, il ne restera rien de moi.
— Il y a ce que j’ai tu, et ce que je t’ai dit. Je n’ai jamais menti, ma vanille. Mon but n’a jamais changé… je suis en amour de ton odeur.
— De mon odeur, ris-je dans un hoquet, dépitée.
Il empoigne ma taille avec douceur, les doigts tremblants sur le velours de ma robe. Lui aussi semble ébranlé.
— J’ai connu beaucoup de femmes. Elles avaient mon âge et me désiraient d’emblée lors de nos rencontres. Quand tu as bousculé mon univers, tu n’étais qu’une gamine, de même que toutes ces années. Je ne t’ai jamais envisagée autrement… Et puis, il y a quatre mois, tout a changé.
— L’objet de ta convoitise était devenu baisable, ricané-je, entre quelques nouvelles larmes.
Il cale son corps au mien, me plombant de sa chaleur et de son parfum capiteux. Son visage s’accote à ma tempe, lui permettant de me humer sans vergogne.
— Ne dis pas ça. À force de t’épier, j’ai développé une forme d’affection. Tu étais le diamant de mon jardin secret. Tu as ensuite ébranlé mes convictions. Cette folie a débuté au moment où je t’ai embrassée sur le quai de gare, articule-t-il sur ma peau, avant d’y déposer un baiser trop tendre, trop lascif.
Non…
— Mêler le sexe à cette relation était la pire des idées, elle a éveillé en moi des émotions insoupçonnées. Je deviens possessif. J’exige chaque molécule de ton arôme, et plus encore, je rêve de t’enfermer dans la cage de mon existence sans que personne n’interfère.
Mon cœur frappe si fort à l’intérieur, j’ai l’impression qu’il va fendre mon squelette et s’évader.
— La pire des idées, tu l’as eue il y a sept ans. Maintenant, garde tes belles paroles, c’est trop tard.
De sa langue, il fait disparaître la ligne de désarroi qui strie ma joue.
— Il n’est jamais trop tard. Je veux être le seul responsable de ton bonheur, pour que tu continues de m’aduler avec tes yeux tristes. J’ai un problème, rit-il tout bas, il se peut que je sois un peu narcissique. Mes amantes ne m’en ont jamais tenu rigueur, mais toi, tu me rends anxieux. « Et si je ne la satisfaisais pas assez ? » (il me mordille la mâchoire), « Et si elle se lassait de nos parties de jambes en l’air phénoménales ? » (il frôle ma gorge de son nez), « Et si elle préférait un homme normal, ennuyeux, qui ne passait pas son temps à la renifler comme un clebs ? » (il aspire une indécente goulée d’air). J’aimerais entrer dans ta tête, comprendre ton mécanisme si différent du mien. J’aimerais comprendre pourquoi cette nuit a pourri ta vie, alors que tu exhalais le plaisir. J’aimerais savoir pourquoi t’en souffres, alors que tu ne peux pas te passer de moi. Pourquoi, depuis notre rencontre, tu refuses de m’aimer, Ava ?
Ses mots enrôlent mon cœur dans sa bassesse. Je m’accroche à ses trapèzes, au bord du gouffre. Je me bats avec mes dernières ressources.
— Arrête de me toucher, Imrel, j’arrive pas à te résister.
D’un mouvement souple, il presse la raideur de son désir contre mon ventre.
— Alors, ne résiste pas. Je ne compte pas te blesser.
Si je cède, ce n’est pas seulement ma blessure qu’il ravivera, il démantèlera mon amour propre, pièce par pièce.
Ses lèvres effleurent la ligne de mon cou, près de ma jugulaire frénétique. La fièvre monte en moi, brûle la poupée de chair que je suis devenue entre ses doigts. Il me malaxe avec une retenue toute fébrile, tandis que son nez aspire, aspire, aspire. Je n’entends que ses inhalations débridées, le sens parcourir mes clavicules, me ravir mon énergie bien plus que mon odeur.
Pourquoi je ne le repousse pas ? Je devrais me dégager, échapper à ce stalker dérangé… qui m’a tant manqué.
J’ai si peur. Et si j’étais moi-même un peu timbrée ? Peut-être qu’elle me plaît, au fond, cette sordide obsession. Pendant que ma mère s’attelait à m’ignorer, sa raison d’exister n’avait en réalité d’yeux que pour moi.
Il glisse sa main sous ma robe pour agripper ma cuisse, attisant les braises qui crépitent entre mes reins.
C’est un détraqué. Un détraqué qui a griffonné les contours de mon adolescence à mon insu. Je secoue la tête, essaie de l’éloigner pour respirer, éclaircir mes idées dévoyées.
Autant pousser sur un roc.
— Tu m’as causé tellement de peine, tellement de lésions indélébiles, couiné-je.
Il peut y mettre autant de formes qu’il le désire, il m’a violée.
— Laisse-moi les panser, susurre-t-il en agrippant mon sexe dans la coupe de sa main.
Contre mes lèvres, il halète :
— Tu connais mon habileté à vénérer ta petite chatte. Laisse-moi vénérer chaque partie de ton corps, chaque part de ton âme. Explique-moi juste comment faire.
Cette fois, ce n’est pas le chagrin qui provoque mes larmes. Je me répugne d’adorer l’expression de ses instincts. Il est vil, et je suis si faible quand il me touche, je suis si chaude quand il m’embrasse, même si ce n’est que dans le creux de mon épaule. Nos halètements s’amplifient, contrepoint de nos gestes saccadés. Je m’accroche à la nuque de mon harceleur secret, les seins lourds appuyant contre son torse.
— Tu pleures, ma vanille, pantèle-t-il, son haleine côtoyant ma bouche.
Un sanglot d’émotion m’échappe. Vite étouffé par le sceau de ses lèvres. Il percute les miennes avec fougue, me saisissant de surprise, et m’offre le baiser le plus enflammé, le plus sensuel, le plus sexuel que j’ai jamais connu. Mes jambes défaillent bel et bien, ma carcasse n’est retenue que par la stature du prédateur chevronné, adroit lorsqu’il s’agit de ferrer sa proie. Les yeux ronds, je me laisse rapidement étourdir par sa langue conquérante aromatisée à la cannelle, par ses grognements caverneux, par ses caresses appuyées contre ma vulve, à travers mes collants.
— Bordel, Ava, tu m’as manqué, râle-t-il contre ma langue, avant de saisir l’ourlet de ma lingerie.
Sans cérémonie, il me dénude les jambes, balance le tissu un peu plus loin. Il reste en position accroupie tel un serviteur. Ma culotte, il la porte à son visage, ses iris vissés aux miens, et en absorbe les effluves à pleins poumons.
L’indécence de cette scène assèche mon gosier. Tout au contraire de mon sexe, qui se liquéfie en un instant. Imrel n’a pas besoin d’être grossier pour être sale.
Ces deux derniers mois, je me cachais derrière ma colère, mais moi aussi, je me languissais honteusement des attentions de ce mâle si adroit à m’offrir du bonheur. Impudent, Imrel enfonce mon dessous dans la poche de son jean et saisit ma jambe. De l’enfer dans les yeux, il la soulève et la dépose sur son épaule, de sorte que mes pétales s’ouvrent à son entière disposition. Adossée contre la porte, je sens les cognements douloureux de mon cœur, en désaccord avec ma conscience morale. Je ne peux pas faire ça… je ne peux pas… pas cet homme-là.
Lorsqu’il fourre son nez dans mes replis, nous exhalons un long râle à l’unisson. Ensuite, c’est sa langue qui me dévore, avide de mes soubresauts. À chaque lapement, il me drogue davantage.
— Gémis plus fort, Ava, implore-t-il avant de fouiller mon vagin.
Soumise à son autorité, j’obéis, me contractant autour de sa langue.
Sur ma cuisse, la marque de ses doigts est exquise, me fait resserrer mon poing dans ses cheveux.
Je me noie.
Je me noie dans un plaisir laminant, et je pleure en même temps. La luxure répand son odeur dans chaque recoin de la pièce. L’orgasme approche, je me sens si bien dans mon supplice, lorsque, sans crier gare, Imrel se redresse. Il abandonne ma féminité, les yeux fous. Avec ses tifs hirsutes et son menton inondé de cyprine, il est sexy à en mourir.
Pourquoi s’est-il arrêté ? Dans mon état embrumé, il pourrait m’infliger la pire de ses perversions.
Les gestes hâtifs, il retrousse ma robe pour m’en délester. Engourdie par ma lutte intérieure, je tremblote tandis qu’il dégrafe mon soutien-gorge. Sur ma nudité exposée, le regard contemplatif d’Imrel s’écourte. Il ôte son tee-shirt par le col, dévoilant une plastique à la perfection insolente. Comment résister ? Putain, comment résister ? À peine ma main frôle-t-elle ses abdos couturés de marques qu’il m’enlace et m’embrasse, convulsant de pied en cap. On se dévore avec la même urgence, et sans que je m’en rende compte, il m’entraîne jusqu’à sa couche. Cette maudite couche…
Mon esprit se sclérose, je n’ai faim plus que de sensations.
Le reste est trop immonde.
Vautrée sur le matelas, appuyée sur les coudes, je le regarde baisser son pantalon ainsi que son boxer, puis déployer sa verge gonflée sous mes yeux. Je déglutis, intimidée par ce bout de chair si brut, si primaire. Quelques secondes suffisent pour que je me prenne son animalité en pleine gueule. Un quelque chose de dérangeant se dégage de cet homme. Trop viril, trop parfait. Mais trop sale et dépravé. Néanmoins, je laisse Imrel me couvrir de ses muscles scandaleux, je le laisse me manger la bouche, je m’arrime à lui comme s’il s’agissait d’un radeau. Comme s’il s’agissait de la dernière fois.
Le souffle court, il ralentit, défait l’élastique de mon chignon, étalant ma crinière léonine sur le drap. Ensuite, il prend mon menton dans sa main pour m’observer. Derrière les éclats vert sapin ornant ses sublimes orbes gris, son regard est d’une intensité presque malaisante.
— T’es tellement belle.
« Elle n’est même pas belle. »
En réponse, je fronce les sourcils.
— Ne laisse jamais personne te dire le contraire.
Il s’empare aussitôt de mes doigts, les enroule autour de son érection.
Mon ventre se contracte.
Son sexe est doux et chaud, et parcouru de veines saillantes.
— Branle-moi, ma vanille.
Une sommation tout en délicatesse, avant qu’il cale sa cuisse entre mes jambes ouvertes.
Il se frotte éhontément, étalant mes fluides sur sa peau, et mes ronronnements résonnent dans ce lieu que j’exècre. Il se goinfre de chaque parcelle de mon anatomie, tétant des bouts de moi comme pour en aspirer l’arôme. Lorsqu’il me suce la poitrine, le décor tangue. Une émotion poisseuse s’incruste sous mon épiderme. Le lit de ma mère défunte, mémorial de leurs étreintes, a remplacé la chambre noire de mon enfance. Cette fois, il prend le temps. D’une sensualité torride, il m’emmène dans les affres de l’érotisme. Son odeur épicée s’immisce dans mon organisme, le colonise, ligotant chaque cellule de mon être. Ses bras sont une malédiction où la raison n’a plus lieu d’être. Peu à peu, son plaisir devient insoutenable.
Je le veux. Je le veux tellement.
Alors qu’il dirige mon poing entourant sa queue vers mon fourreau, je me raidis.
— Imrel…
Les narines dilatées contre mon cou, il s’immobilise.
— Est-ce que tu préfères… ?
La brutalité ? Les coups et les cris ?
Il se redresse, coude sur le matelas, ses cils papillonnants m’interrogent en silence.
Mes joues se colorent d’embarras.
— Les insultes… les griffures, les morsures ? C’est ce qui t’excite, non ?
Son faciès revêt un masque austère.
— C’est ce qui l’excitait, elle, rétorque-t-il contre ma bouche. J’aime la façon dont tu te donnes à moi, avec innocence, et avec la même passion qui t’anime quand tu danses. De toute façon, il n’y a que dans ton plaisir que je trouve le mien. C’est pareil pour toi, tu m’inondes dès que je prends mon pied.
Leurs étreintes le laissaient-elles de marbre ? Est-ce horrible d’éprouver de la jalousie envers un cadavre ? Rassurée en mon for intérieur, je lâche son sexe et le laisse me pourfendre jusqu’à la garde. Un petit cri m’échappe. Il s’immobilise, soubresautant à l’intérieur de moi. Sa langue danse lentement contre la mienne. Les paupières closes, il entame un mouvement de balancier avec lenteur et autant de hardiesse. Mes émotions sont exacerbées par la tendresse irréelle de ses baisers. Il efface le réel. Chaque coup de boutoir m’arrache un feulement. Sauvage, il m’entraîne dans un corps-à-corps vertigineux. Nos peaux moites glissent et claquent, nos baisers deviennent des gémissements gutturaux.
— Ne t’arrête pas, l’adjuré-je.
Il étrécit son étreinte derrière mon dos et soulève mes lombaires, tandis que mes jambes le ceignent avec force.
Je la sens émerger, une déferlante de jouissance qui contracte mes membres.
— Je t’en supplie, ne t’arrête pas, geins-je, craignant de réatterrir dans ma crasseuse réalité.
Il continue, ses dents plantées dans ma mâchoire. Un grondement tonne dans sa gorge, son self-control mis à mal par ma requête.
C’est si bon, si affligeant que je n’entends pas les gonds de la porte exploser.
Imrel, quant à lui, a les sinus saturés de mes notes débauchées.
Personne n’aurait pu l’anticiper.
Mais le cri de mon père déchirant l’air me saisit d’épouvante.
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