Ton parfum
Chapitre 20: – Ça Sent la Jalousie
CHAPITRE 20 – ÇA SENT LA
JALOUSIE
[Léo : Et donc, tu m’abandonnes comme ça, à la dernière minute ? Quid de la chorégraphie qu’on était censés perfectionner ? Je croyais que tu avais du mal à t’entraîner dans la villa ?]
Ma gorge se noue. Après que j’ai annoncé mon changement de plan à mon ami, je savais qu’il m’interrogerait. Comment lui expliquer qu’Imrel a réussi à me retenir ? Que nous avons passé un après-midi dans un cadre idyllique, que derrière sa morgue, il est capable de tendresse, qu’il s’est ouvert d’une façon qui m’a touchée, quelque part sous mes couches de protection. J’ai préféré enfouir mon mobile dans mon sac et fuir la confrontation, mais je ne peux pas ignorer Léo jusqu’à demain.
[Ava : Ça m’est passé. Désolée pour le faux plan.]
Je déteste lui mentir. Je hais ce sentiment de honte qui marquette mon épiderme.
Recroquevillée sous mon drap de coton, j’attends de répondre à tous mes messages avant de sombrer dans les bras de Morphée. Peu à peu, la réalité me rattrape, et peu à peu, je redescends de mon nuage d’euphorie.
[Léo : Ça te passe aussi simplement ?
Moi qui me faisais une joie !
Tu me manques déjà.]
Une banane au visage, je lui envoie :
[Ava : Menteur.]
[Léo : Je mens un peu, c’est vrai…
Enfin, depuis que tu m’as annoncé ta venue,
j’ai hâte de te revoir.]
Je déglutis, touchée en plein cœur. En temps normal, je me serais languie de le retrouver, de vivre mes premières véritables vacances en sa compagnie.
[Léo : Je reviens ?]
[Ava : Je ne crois pas que tu sois le bienvenu ici.]
[Léo : On s’en fout, je réserve un hôtel dans le coin, juste pour toi et moi.
On passerait notre temps entre danse et farniente.]
Un hôtel rien que pour nous deux…
Me revient notre dernière nuit dans la villa. Un drôle de sentiment m’étreint quand je réalise avoir enterré ce souvenir sous les strates d’émotions provoquées par Imrel. Avec Léo, tout était naturel, sans prise de tête, néanmoins, ça faisait bien longtemps que nos corps ne s’étaient pas mêlés. Y a-t-il repensé ? Coucher avec lui était peut-être une mauvaise idée… de même que celle de le rejoindre à Rome, en fin de compte.
Comment refuser, maintenant ?
[Ava : Ne te donne pas cette peine, tout va bien.]
[Léo : J’en ai vraiment envie.]
…
Son message m’oppresse.
Ce soir, je ne veux pas quitter cette maison. Établir davantage de distance avec Imrel m’angoisserait. Me priver de l’occasion de le sentir contre moi, de m’étourdir avec son odeur, de me délecter de sa voix chaude et sensuelle. De disparaître de son champ de vision, de dire adieu à ses prunelles fixées sur moi.
Mon téléphone serré dans mes mains, je me mords la lèvre, cherchant comment décliner la proposition de mon ami avec diplomatie. Hors de question de le blesser.
[Ava : Mon cher Léo, serais-tu en train
de tomber amoureux de moi ?]
Avec un peu de chance, il se rebiffera sur-le-champ.
[Léo : Je suis amicalemoureux de toi.
Genre, tu es surprise ?
Je le sais, tu meurs d’envie que je revienne
pour échapper à ce couple un peu timbré.]
[Ava : Je préférerais profiter de ma famille, mon Léo.
On se verra en septembre.]
[Léo : T’es sérieuse ??]
Un soupir mi-irrité, mi-coupable, et je ferme la fenêtre de discussion.
Je pivote sur mon autre flanc, ouvre une autre bulle qui leste davantage la boule dans mon estomac.
[Papachou : Ma puce, pas de nouvelles, bonne nouvelle ?]
Un jour sans entendre la voix de mon père suffisait à me rendre nerveuse. Voilà plusieurs jours que je ne l’ai pas appelé… Trop distraite ? Non…
Papa me connaît tellement bien, il serait capable de remarquer une irrégularité en une conversation. Et, mon Dieu, s’il devinait… La honte serait un véritable euphémisme pour décrire mes sentiments.
[Ava : Je suis désolée, entre mes exercices,
les visites et la fatigue, je n’ai pas eu une minute.]
[Papachou : Pourtant, je te vois
présente sur les réseaux, ma puce.
Qu’est-ce qui ne va pas ?]
Mince, il n’est pas idiot.
Mon cœur se compresse derrière mes côtes.
Je ne veux pas qu’il croie que je l’oublie, que je lui mens, qu’il suffit que je parte en vacances pour le reléguer au dernier plan. Paradoxalement, c’est étrange, tout ceci me paraît bien lointain.
[Ava : Tout va pour le mieux.
Je t’appelle demain, c’est promis.
Je te fais plein de bisous !]
[Papachou : Je t’aime, ma puce.]
Baume apaisant sur mes craintes.
[Ava : Moi aussi, papa. Fort, fort.]
À l’instant, une nouvelle fenêtre jaillit sur mon écran.
[Imrel : Bonne nuit.]
Les joues roses, je plaque mon appareil contre mon sternum, un sourire irrépressible sur les lèvres. Me sent-il, en ce moment ? Se trouve-t-il à proximité ? À l’étage ? Dans le jardin ou dans son bureau ? Quels effluves dégage mon corps ?
[Imrel : Ne parle pas de la rivière à Clara ou à Pia.]
Mon sourire se fige. Cette idée ne m’avait même pas traversé l’esprit, cependant, je n’aime pas qu'il réduise ce qu’on a partagé cet après-midi à un vilain petit secret. J’en ai les dents trop serrées, les doigts trop crispés autour de mon appareil. Le cœur trop rongé.
Je me contente d’un « bonne nuit », sans rebondir sur son ultime texto.
L’envie m’en passe d’autant plus lorsque j’ouvre le fil de la conversation de Val.
[Val : Imrel est passé chez Nonna. Il te cherche.]
[Val : T’es bien arrivée à Rome, ma belle ?]
[Val : ????? T’es où ? Léo me dit que tu ne l’as pas rejoint.]
Merde.
Je n’avais pas besoin de ça. Si elle devine qu’Imrel m’a convaincue de rester, à coup sûr, elle me prendra la tête une fois de plus. Une crainte nouvelle, insidieuse, s’empare de moi.
« Tu m’es primordiale. »
Jamais personne ne m’avait fait une telle déclaration. Ça me paraît grotesque… cependant… est-ce que je peux y croire ? Vraiment ?
Je repense aux instants de lâcher-prise dans la rivière, à la tension, aux baisers.
« Ce n’est pas désagréable. »
Je me remémore sa douceur. Sa considération. La plénitude ressentie quand il me couvrait de son regard si intense.
[Ava : Je suis restée.]
J’éteins mon téléphone sur-le-champ.
Quelle hypocrite.
À la suite de ces mésaventures, Clara a repris du poil de la bête. Partenaire exemplaire, mère un brin plus digne – du moins avec sa deuxième fille – et même membre de la famille Celi moins invisible. Qu’Imrel l’ait encouragée à passer une journée entière avec Nonna l’a secouée, et je parie qu’elle appréhende une nouvelle incursion de ma tante ou de ma grand-mère au seuil de la villa. De ce fait, elle ne se calfeutre plus dans sa chambre si ce n’est pour dormir, et ses échanges buccaux plus fréquents avec son homme ne cessent de me filer la nausée. Tout ça, bien sûr, pour conserver toute l’affection de son apollon.
Trois jours après son éveil, elle prend conscience qu’il se lève aux aurores pour m’observer danser. Ce matin, son humeur s’en est retrouvée altérée.
Aujourd’hui, le ciel est d’un bleu limpide mais l’air est lourd. Une chaleur poisseuse nous colle à la peau. Ma minirobe jaune à bretelles est de trop, et mes cheveux relevés en chignon n’y changent rien. Autour de la table, nous déjeunons dans un calme salutaire. Même Pia reste étrangement silencieuse, savourant ses macaronis au parmesan, les traits apaisés. Néanmoins, sous nos façades placides, les tensions demeurent latentes. Mes yeux essaient de fuir la trace violacée sur la base du cou de ma mère, stigmate me cramant douloureusement les rétines. Me laminant atrocement les tripes. Ça ne devrait pas… Imrel m’a empêchée de partir, il y a trois jours. Il m’a embrassée avec ardeur, puis il m’a emmenée au bord de la rivière où personne ne l’a jamais accompagné. Alors, peu importe qu’il baise avec sa concubine, qu’il y injecte de la fougue et de la passion…
L’expression chiffonnée, animée de tics, et les doigts triturant ses couverts avec nervosité, Clara n’est plus capable de réprimer son mécontentement : — J’aurais préféré que tu passes la journée avec moi autour de la piscine, Imrel. Ça fait trois jours que tu restes enfermé dans ton local. Ava pourrait emmener Pia et appeler Luigi, son chauffeur, nous lui réglerons le trajet.
Elle se tourne vers moi, armée d’un sourire crispé.
— N’est-ce pas, Ava ?
Mes épaules se raidissent. Mon souffle s’accélère un tantinet, tandis que je porte mon attention sur celui qui s’est proposé de m’accompagner à Florence afin d’assister à une représentation inédite d’un groupe de danse italien en vogue.
Il avale sa bouchée avant de soupirer, paré de cet air agacé si typique.
— C’est trop loin, la voiture est à disposition, ce serait idiot, chérie. De plus, un peu de changement ne me ferait pas de mal.
À ses gesticulations, je devine qu’elle peine à se contenir.
— C’est nouveau, cet intérêt pour la danse ? Tu n’étais pas si investi, quand j’étais la principale concernée, observe-t-elle avec une légèreté feinte.
— Peut-être que ton abandon de toute activité me déçoit, se justifie-t-il, sans tempérer son ton de reproche. Je suis fier de ta fille, je n’aspire qu’à la soutenir. J’espère que Pia suivra ses traces, qu’importe le domaine.
Fier de moi.
OK… Ce règlement de compte n'a rien à voir avec moi. À dire vrai, je ne peux ignorer ma jubilation intérieure lorsque le visage de ma génitrice se décompose. Elle blêmit, repose ses couverts en me dardant d’un regard vexé. Je me fige, craignant de trahir quelque émotion inconvenante. J’expire quand, les sourcils froncés, elle retourne à Imrel en geignant : — Je suis en dépression. Je dois me requinquer avant d’entreprendre quoi que ce soit. Le médecin me l’a affirmé. Tu n’éprouves aucune compassion ?
Même Pia s’est interrompue, observant l’échange comme s’il s’agissait d’un match de ping-pong.
Imrel se redresse, se cale contre le dossier de sa chaise et croise les bras sur son torse musclé, la toisant avec hauteur.
— Au début, bien sûr. À condition que cela ne se répercute pas sur tes gosses.
Elle se tourne vers moi, l’expression désemparée.
— Je ne cherche pas à causer de tort à Ava. Qu’elle assiste à sa représentation, qu’elle intègre l’école qu’elle souhaite. Tu me manquais, il ne s’agit que de ça.
Puis elle ajoute tout bas :
— Elle n’est même pas ta fille.
— Je n’ai pas besoin qu’on se préoccupe de moi, affirmé-je à l’intention d’Imrel.
Mon orgueil et son implacabilité se télescopent.
Hors de question que Clara me témoigne un intérêt factice pour complaire à son homme. Ça me détruirait davantage, ne réalise-t-il pas les conséquences de ses actes ? Il n’y a plus rien à tirer de ma relation avec ma mère. Mon lien avec ma cadette est tout ce qui mérite encore d’être sauvé.
— Ma décision est prise, tranche-t-il, obstiné.
Notre repas honoré, je débarrasse, une boule d’excitation dans l’estomac. Pendant que je rince nos assiettes dans l’évier, une présence derrière moi m’enveloppe de son ombre. Je retiens ma respiration. Entends une profonde inspiration. Un baiser sur le creux de mon épaule, léger comme la caresse d’une plume, me fait frémir. Puis, l’air de rien, Imrel range l’huile d’olive dans l’armoire supérieure, le claquement des battants me faisant soubresauter.
C’est délicieux.
C’est ainsi depuis notre retour de la rivière.
Au détour d’un couloir, au bord de la piscine, dans le garage, quand je suis sur le point de prendre la route. Il me hume, me frôle, m’embrasse à la dérobée, me gonflant de tourmentes au fil des heures. Je suis au supplice, et il sait comment m’embraser assez pour m’exciter. Pour libérer ces sécrétions qui le rendent fou, lui, égoïstement, sans jamais me délivrer de cette soif croissante, car Clara devient trop présente, trop envahissante. Je peux bien me toucher avant de dormir ou à mon réveil, je peux essayer d’extérioriser par la danse, ce n’est pas lui. Rien n’est assez radical pour refroidir la lave qui coule dans mes veines.
— Clara ne se doutera de rien si tu déposes Pia chez Nonna ? dis-je tout bas, priant pour qu’il ne se ravise pas.
Il se colle contre mon flanc, plonge sa main dans l’évier en enveloppant la mienne, occupée à nettoyer une assiette.
— Laisse ça, ta mère s’en chargera, murmure-t-il. Pia changera d’avis elle-même quand je lui promettrai de revenir avec un cadeau, ponctue-t-il d’un clin d’œil.
— Vous feriez mieux de vous dépêcher si vous espérez arriver à temps, claque une voix depuis l’accès de la terrasse.
Sans geste brusque, l’homme se désarrime de moi, la brûlure de notre contact continuant de m’incendier l’épaule. Je fais volte-face et opine devant une Clara voûtée, ses bras autour d’elle en guise de protection. Sa déception me ferait presque pitié. Mais, de nouveau, cette marque sur son cou agit comme une piqûre de rappel.
— On y va, décrété-je, abandonnant toute vaisselle dans la vasque.
Je la contourne sans la saluer, appelant Pia à me suivre. J’esquive volontairement l’ultime échange entre ses parents, ignore le bruit de succion bref qui me griffe les tympans avant qu’Imrel nous rejoigne dans l’allée.
Vêtu d’un élégant short immaculé près du corps ainsi que d’une chemise en lin, il est à tomber. Dans chaque main, un chapeau de paille à larges bords, qu’il nous tend à sa fille et à moi.
— Espèces d’inconscientes. Mettez ça sur la tête ou vous attraperez une insolation.
Ses lunettes sur le nez, il demeure d’une impassibilité à toute épreuve, alors que je lui sers toutes mes dents dans un sourire solaire.
— Prêt pour la journée de ta vie ? plaisanté-je, tentant de pallier le fait que je sois intimidée.
— Ouiiii, s’exclame Pia.
Les lèvres de son géniteur tremblent à peine, trahissent toutefois son amusement.
Son plan a fonctionné sans embûches : Pia ne rechigne jamais à rejoindre ses cousins chez notre mamie. Il m’a suffi d’arguer à celle-ci que le spectacle n’était pas destiné aux enfants et qu’Imrel refusait d’abandonner sa fille avec Clara une journée entière. Je me retrouve donc seule en compagnie de mon beau-père. Il roule à telle vitesse que le vent aride fouette notre peau, que son bruit nous empêche de communiquer sans devoir crier. D’une main, je tiens mon chapeau vissé sur le crâne pour éviter qu’il s’envole dans le paysage toscan. Mais je suis bien. J’arbore un grand sourire, trahissant mon exaltation à la perspective des heures à venir. La représentation n’a lieu qu’en soirée, néanmoins, j’ai demandé à Imrel de démarrer plus tôt afin de visiter cette ville si célèbre pour sa magnificence. C’est sans parlementer qu’il a accepté ma requête. J’ignore si cette idée l’enchante réellement, d’ailleurs, ou si le côté pratique est tout ce qui le préoccupe : il pourra me sniffer sans se cacher !
Les bords de ma capeline dissimulent son visage à mon champ de vision, cependant sa main s’éloignant du levier pour s’étaler sur ma cuisse, elle, est bien visible. Et peu importe si elle accroît ma température au milieu de cette fournaise, je ne voudrais qu’elle la quitte pour rien au monde.
Une heure durant, nous sillonnons les axes ruraux et leurs champs d’oliviers. L’autoroute est proche. Avant de s’y engager, Imrel décide de faire une halte. Il se gare près d’une ferme isolée, à l’ombre de quelques cyprès.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Ne t’inquiète pas, je serai rapide.
Une expression étrange flotte sur son visage quand il tire le frein à main. Il se tourne vers moi et ôte ses lunettes pour les planter dans le col de sa chemise, l’œil luisant de concupiscence. Dans ma gorge, mon cœur pulse de plus en plus vite. Je reste dans l’expectative, tout en devinant son objectif.
L’air prédateur, il humecte et mord ses lèvres en même temps, d’un air si sexy que je pourrais fondre sur le cuir du siège déjà brûlant.
Exit le bruit du moteur, la campagne est d’un calme saisissant. Sans préambule, Imrel se penche vers moi, enfouit sa main gauche à l’intérieur de ma cuisse, et plonge son nez dans le creux de mon cou. Les narines contre ma peau, il remplit ses poumons d’un coup.
Je souffre. Je souffre de bonheur et de frustration.
À mon tour, j’oblique, saisis ses cheveux, quand, enfin, ses lèvres viennent cueillir mon arôme. Il me dévore la gorge, allumant un vif désir dans mon ventre. Il me renifle avec voracité, comme un camé en manque de sa poudre. Aux premiers gémissements qui m’échappent, Imrel percute mes lèvres. Et je m’envole.
Je m’envole à des milliers de lieues de ce cabriolet.
C’est si profond, et passionné.
— Mmmm, tellement bon, souffle-t-il entre deux coups de langue.
Est-ce qu’il l’embrasse comme ça ?
Est-ce qu’il la touche comme ça ?
Je m’enflamme, me laisse guider par mes hormones ardentes.
Il me palpe, rendant chaque pression plus aiguë que la précédente.
Lorsqu’il plonge ses doigts sous ma robe, écartant ma culotte pour les écraser contre mes chairs, je manque de défaillir.
— Tu mouilles toujours si fort, ma vanille.
Par sa voix ronde, ce sobriquet aux notes sucrées prend des accents sulfureux, s’étale sur mon palais comme un puissant aphrodisiaque.
— Il n’y a que toi qui me fais cet effet, avoué-je entre nos baisers.
Le regard sauvage, il se lèche les babines sans retenue, tremblant presque de désir.
Et qu’en est-il de son plaisir ?
Quand il enfonce son majeur dans mon vagin, je pousse un cri d’extase.
— On va nous voir, me ressaisis-je, plaquant ma main contre ma bouche.
Imrel s’en fout. Il continue de m’embrasser, son bras droit appuyé contre mon siège, de me masturber avec une dextérité grisante. Mes hanches remuent d’elles-mêmes, et sans prévenir, il se retire de mon antre quémandeuse. Je cille lorsqu’il désarrime sa bouche de la mienne – sans s’éloigner – pour y porter son doigt recouvert de mon suc. Ses yeux fous plongés en moi, il lèche son majeur de bas en haut, effleurant mes lèvres derrière ses phalanges. Je déglutis, le cœur tambourinant dans mon sexe. Enflammée, je l’imite, darde ma langue, la glisse sur son médius, dansant contre la sienne en nous partageant mes fluides.
J’ai chaud, tellement chaud. Si bien qu’une fièvre violente tourbillonne dans mon bas-ventre.
Mais…
C’est ainsi qu’il prend son pied avec moi ?
Mon goût…
Mes envies se muent en images. De lui, me couvrant de son torse musculeux, bariolé de cicatrices, m’étouffant de sa chaleur. Au-dessus de la petite marque rosée sur sa pommette, son regard de braise me transperçant avec fougue. Et son membre que je sais imposant niché au cœur de mon intimité. Est-ce qu’il ferait preuve de la même ardeur qu’avec Clara ? Est-ce que mon corps seul pourrait aussi enflammer sa libido ?
Les questions se mêlent aux langues de feu qui m’électrisent quand le prédateur retourne taquiner mon clitoris. Je serre les paupières, mes baisers deviennent nerveux. Je me cambre, essaie de réduire ces voix au silence, mais elles bourdonnent dans mon esprit de plus belle.
— Ava ?
J’écarquille les yeux, me rends compte qu’Imrel me scrute avec attention, sa paume pressant mon mont de Vénus.
— Tu n’es pas avec moi.
Je déglutis.
Même dans notre transe, il l’a remarqué. Je me lèche les lèvres, plisse les paupières pour le jauger en attendant de reprendre mon souffle. Mon sang pulse dans mon sexe, accompagne les contractions suppliantes de mon vagin.
— Si. Je me demandais juste…
Les mots se meurent dans ma gorge.
Il fronce les sourcils et se recule, tout à mon écoute. Mes yeux bifurquent sur la proéminence manifeste de sa queue.
— Tu n’as pas envie de moi ?
Un pli creuse une ligne sur son front.
Je carre les épaules, mon aplomb renforcé.
— Je veux faire l’amour avec toi, balancé-je de but en blanc.
L’impression que chaque parcelle de son être s’est gelée. Il s’est figé tout entier, de longues secondes durant. Mon palpitant bat la chamade, cherchant à s’évader par tous les moyens possibles. Mais mon regard, lui, ne flanche pas.
Je le veux.
Tellement, tellement fort.
Armé de son expression grave, il consent à mouvoir ses doigts. Ils s’éloignent de mes replis, m’arrachant un frisson d’appréhension, puis remettent ma culotte en place.
— Imrel ? chevroté-je, paniquée.
Après qu’il rajuste son membre dans son pantalon, il se réinstalle, le buste face au pare-brise, la main agrippée au volant. Il incline la tête pour me détailler. Son visage n'affiche aucune émotion, c’en est désarmant. Vibrante de déception, je rabats les pans de ma robe.
— Je t’embrasse, je te lèche et te branle jusqu’à l’orgasme, en enfonçant mes doigts tout au fond de ta chatte. Pourquoi voudrais-tu qu’on couche ensemble, ma vanille ?
Mon cœur manque un battement. Il m’assène ça avec une crudité effroyable, avec dans son ton autant de neutralité que sur ses traits racés.
— C’est pas pareil, contré-je, tentant de masquer mon désarroi.
Je réduis la distance entre nous. Sans crier gare, j’agrippe sa queue compressée dans son short et le défie du regard.
— Tu n’en as pas envie ? Explorer le plaisir autrement qu’en me sentant ou qu’en me goûtant ? (Mes doigts tremblants se mettent à le malaxer.) À moins qu’à ce niveau, Clara subvienne à tes besoins ? balancé-je avec une acidité corrosive, renforçant ma prise jusqu’à lui couper la respiration.
J’ignore quelles émotions dansent dans ses iris, mais le grand blond paraît égaré dans des méandres tortueux. Il saisit mon poignet afin de me faire lâcher son pénis. Je n’oppose qu’une faible résistance.
— Je ne l’ai jamais envisagé. Ce que tu m’apportes, Ava, est infiniment plus orgasmique qu’une partie de jambes en l’air.
— Pourtant, tu ne jouis pas.
Il désapprouve d’un signe de la tête.
— Ma jouissance est cérébrale.
— J’en veux plus, m’agacé-je dans un souffle, tout près de ses lèvres. Je veux te sentir en moi.
Cette aura qui m’enflamme, ce charisme et cette beauté qui me tournent la tête… je veux les embrasser avec mon corps tout entier. Je veux me fondre en lui, me sentir petite dans ses bras. Me sentir chérie.
Il lâche ma main et prend mon visage en coupe. Les sourcils froncés, il en explore les méplats avec intérêt.
— Cette relation prendrait une nouvelle et fâcheuse dimension.
— Qu’est-ce que ça signifie ?
De nouveau, il secoue la tête.
— Tu deviendrais la maîtresse du mec de ta mère. C’est vraiment ce que tu veux ?
Sa question s’envole au loin, assourdie par le vacarme de ma vexation. S’il est obnubilé par mes émanations, il n’éprouve aucune autre forme d’attirance pour moi. Comme toujours, l’impact de ses mots est douloureux.
Sa bouche effleure la mienne d’un chaste baiser. Un baiser dont il ne tire aucun profit.
— Et qu’est-ce que je suis, là, au juste ?
Il me caresse les cheveux.
— Tu es… le sublime. Tu sais ce que tu représentes pour moi.
« Tu m’es primordiale. »
Mes yeux se mouillent, j’ignore si la colère prime sur la tristesse, mais je déteste ces sentiments qui me morcellent. J’avais d’énormes suspicions quant au fait de lui céder mon odeur. À l’évidence, s’il l’obtenait, je ne lui serais plus d’aucune utilité.
— Tu le regretteras, Ava. Ce n’est qu’une question d’ego.
— Ne te fous pas de moi, grogné-je en m’écartant brusquement. Mes désirs n’ont pas pu échapper à tes sens ultra développés.
Me rappeler.
Me rappeler qu’Imrel n’a rien d’ordinaire.
Bon sang, en dehors de l’espace olfactif, quel homme peut s’embraser pour une fille sans avoir envie de la baiser ? Je ne comprends pas. Suis-je trop jeune ? Mon corps, pas aussi gracieux que celui de ma mère ? Je contiens des larmes de jalousie.
Il m'agrippe le bras. La dureté de son expression me fait froid dans le dos.
— Ne pense pas monter dans le prochain train pour rejoindre je ne sais qui.
Les yeux ronds, j’éclate d’un rire jaune, un jaune bien dégueulasse, m’arrachant violemment à sa prise.
— Peut-être que lui pourra me soulager.
— Je ne crois pas, rétorque-t-il aussi sec.
Je gonfle les joues, souffle de lassitude.
— Tu me crois prête à fuir au moindre obstacle ? Je ne vais nulle part. Enfin, si. À Florence. Faut qu’on se magne, je veux visiter cette ville.
Je revêts ma capeline, m’accoude au bord de la fenêtre, joue appuyée contre mon poing, et fais mine d’attendre qu’il redémarre.
Lui plante ses lunettes sur son nez avec une désinvolture agaçante.
Comme je le déteste…
J’ai mal derrière les côtes. J’ai mal entre les jambes de continuer à le désirer. Humidité qui me répugne parce qu’il peut la sentir. J’ignore si vouloir le posséder est une question d’ego, mais, c’est certain, le mien a été bousillé à l'instant. Et cet imbécile croit pouvoir m’interdire de rejoindre Léo. C’est bien la meilleure !
Je soubresaute en même temps que le moteur vrombit, les doigts d’Imrel venus frôler ma pommette. Je me tourne vers lui, perplexe.
Sous ses verres fumés, une expression tendre.
— Ne fais pas cette tête, ni toi ni moi n’en avons besoin.
Je me pare d’un sourire gouaille, mastic colmatant les fuites de mes émotions douloureuses.
— C’est ce qu’on verra.
C’est ce qu’on verra, Imrel…
La ligne de ses lèvres s’étrécit. Dans un soupir, il lâche un petit rire nerveux, qui ressemblerait plus à un tremblement, avant de nous engager sur la route.
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