Une brulante étreinte
Chapitre 12.
12.
Jamais Coburn ne s’était senti aussi seul de toute sa vie.
C’était absurde, bien sûr. Après tout, il avait passé un an sans même voir Diana…
A l’époque, il pouvait puiser dans la rancœur qui l’habitait la force de combattre son chagrin. Cette fois-ci, en revanche, c’était moins contre elle que contre lui-même qu’il était en colère.
Il ressentait également de la honte, un sentiment qu’il n’avait quasiment jamais éprouvé. En s’étant conduit de la sorte, il avait bien conscience d’avoir outrepassé les bornes. Au point où il en était, pourquoi n’avait-il pas carrément agrippé Diana par les cheveux pour la ramener chez eux de force ? Il avait l’impression de n’être qu’une brute épaisse.
Jamais il ne s’était comporté de cette façon avec une femme. Il se targuait généralement d’être quelqu’un de respectueux, mais quelque chose chez Diana éveillait en lui un instinct protecteur totalement disproportionné.
A plusieurs reprises, il avait été tenté de la rappeler pour la supplier de lui pardonner son attitude, mais il s’était toujours ravisé. Il voulait d’abord accomplir quelque chose dont il pourrait être fier, quelque chose qui restaurerait son image à ses propres yeux, et il savait très bien comment il allait s’y prendre : devant des millions de spectateurs à travers le monde, rien que ça.
Coburn prit une profonde inspiration pour chasser la nervosité croissante qui montait en lui. Jetant un coup d’œil en direction de la pendule qui était accrochée au mur de la salle de maquillage, il constata qu’il ne lui restait plus que quelques minutes à patienter.
Pour en arriver là, il s’était battu sans relâche contre les membres du conseil d’administration et contre les responsables des départements juridique et communication de Grant Automotive.
Tout au long de ces interminables discussions, dans chaque moment de doute, il s’était raccroché à ce que lui avait dit Diana : tant qu’il agirait selon son cœur, il n’aurait rien à regretter.
C’était devenu son leitmotiv, le dogme sur lequel il se reposait pour combattre les arguments parfaitement raisonnables que lui opposaient ceux qui lui conseillaient de temporiser pour protéger coûte que coûte Grant Automotive.
Clifford Grant devait se retourner dans sa tombe. Contrairement à lui, son père avait tout sacrifié pour son entreprise : sa vie personnelle, sa famille et même sa santé mentale. Jamais il n’aurait compris ce que son fils s’apprêtait à faire.
Mais Coburn avait beaucoup réfléchi à ce que lui avait dit Harrison, et il était bien décidé à relever le défi lancé par son frère. Jusque-là, il s’était plus ou moins laissé porter par les événements. Il était désormais temps pour lui de cesser de fuir et de prendre ses responsabilités. Il ne voulait plus continuer à défier la mort juste parce qu’il avait peur de vivre.
N’était-ce pas cela qui le terrifiait, au fond, chaque fois que Diana parlait de son travail ? Le fait que, contrairement à lui, elle savait précisément ce qu’elle attendait de l’existence ? Elle avait toujours rêvé d’être médecin et elle s’était donné les moyens d’y parvenir.
Au lieu de la soutenir, au lieu de l’encourager comme elle-même l’avait toujours fait, il avait voulu la priver de cette chance unique de faire ce qu’elle aimait.
— Coburn ?
Arraché à ses sombres réflexions, il leva les yeux vers Tracey, son attachée de presse.
— Je suis prêt, dit-il pour la rassurer. Nous avons répété des dizaines de fois et je ne vois pas quelle question nous aurions pu négliger.
— Moi, si, répondit-elle d’un air préoccupé. Les familles des victimes viennent tout juste de publier une déclaration dans la presse.
Elle lui tendit son téléphone portable et il parcourut l’article qui venait de paraître. A mesure qu’il en prenait connaissance, il sentit une sourde angoisse l’envahir. La somme qu’entendaient réclamer les avocats des familles était astronomique.
— J’imagine que c’est une façon de négocier, dit-il en rendant l’appareil à Tracey. Ils espèrent faire pression sur nous avant que nous passions à l’antenne.
— Effectivement. Mais il va vous falloir faire preuve de beaucoup de tact, et nous n’avons que quelques minutes pour rédiger une réponse.
Coburn jeta un nouveau coup d’œil en direction de la pendule et hocha la tête.
— Dans ce cas, ne perdons pas de temps ! s’exclama-t-il.
* * *
Coburn prit une profonde inspiration et s’avança sur le plateau de télévision qui devait accueillir la conférence de presse dont dépendait l’avenir de Grant Automotive. Il fut frappé par le nombre impressionnant de journalistes qui étaient rassemblés.
Il alla se placer derrière le pupitre et jeta un coup d’œil en direction du présentateur. Ce dernier lui adressa un petit signe d’encouragement avant de commencer.
— Mesdames et messieurs, bonsoir. Nul besoin de présenter Grant Automotive, l’une des plus grandes multinationales du secteur automobile mondial, implantée dans plus de cent pays. Après plusieurs années de prospérité presque indécente, l’entreprise a connu voici une semaine un coup d’arrêt brutal à la suite de déclarations mettant en cause la fiabilité des voitures de la marque. Nous avons invité ce soir Coburn Grant, petit-fils du fondateur de Grant Automotive et P-DG de l’entreprise. Monsieur Grant, je vais tout d’abord vous laisser présenter votre version des faits.
L’espace de quelques secondes, Coburn fut tenté de jeter l’éponge. Il serait si facile de prétendre que Grant Automotive n’était pour rien dans cette affaire, que l’entreprise était victime d’une erreur commise par l’un de ses sous-traitants, qu’elle ne travaillerait plus jamais avec lui et que tout rentrerait dans l’ordre.
La plupart des gens se féliciteraient probablement de cette décision. Il leur suffirait ensuite de faire traîner en longueur le procès qui les opposerait à la famille, de multiplier les appels jusqu’à ce que les plaignants désespèrent et finissent par accepter un règlement à l’amiable.
Mais alors même que cette idée lui traversait l’esprit, il songea que Diana, elle, connaîtrait la vérité, et qu’il ne pourrait plus jamais la regarder en face.
— Nous avons commis une erreur, commença-t-il d’une voix sourde. Une tragique, une regrettable, une irréparable erreur. Nos ingénieurs comptent parmi les meilleurs du monde. Ils ont développé plus d’innovations techniques que tous nos concurrents. Mais ils sont humains et comme tous les humains, hélas, il leur arrive de se tromper…
Coburn poursuivit son mea culpa, expliquant de façon détaillée comment l’erreur avait été commise, comment elle avait échappé aux organismes de contrôle internes et externes et comment elle avait causé le décès de cinq innocents.
Il énuméra la liste exhaustive de tous les modèles susceptibles d’être concernés par ce défaut de fabrication et indiqua que tous seraient rappelés au cours du mois à venir.
Il laissa entrevoir le défi technique et logistique que représentait un tel rappel mais indiqua qu’il espérait, en le relevant, convaincre les clients de Grant Automotive de la probité et de la compétence de l’entreprise.
Il termina en présentant ses condoléances et ses excuses aux familles des victimes. Il se garda néanmoins à ce stade de parler de compensations financières.
— C’est une triste page de l’histoire de notre entreprise, conclut-il enfin. Mes collaborateurs et moi-même sommes profondément affectés par cet accident. Mais nous sommes également décidés à faire tout ce qui sera en notre pouvoir pour regagner la confiance de nos clients.
Un profond silence accueillit cette intervention.
— Si vous le voulez bien, nous allons maintenant passer aux questions des journalistes, déclara le présentateur.
Tracey l’avait prévenu que ce serait la partie la plus difficile et qu’il ne devait pas s’attendre à être ménagé. Il se prépara donc au pire.
— A votre avis, lui demanda un journaliste de l’une des principales chaînes d’information continue, qu’est-ce que votre père aurait pensé de cette affaire ?
— Je peux vous répondre sans hésiter : passé les premiers moments d’émotion légitime, il aurait dit que ce tragique accident devrait nous rappeler qu’il ne faut jamais se reposer sur ses lauriers, qu’il faut toujours se remettre en cause et se montrer plus exigeant vis-à-vis de ses propres méthodes de travail.
— Pensez-vous que ce problème puisse compromettre l’avenir de l’entreprise ? demanda un autre reporter.
Les questions s’enchaînèrent ainsi impitoyablement. Les journalistes avaient fait leur travail et ils passèrent en revue toutes les conséquences de ce désastre : chute du cours de l’action, problèmes de recapitalisation, crise de confiance des consommateurs, difficultés de trésorerie… Rien ne lui fut épargné.
Chaque fois qu’une nouvelle question était formulée, Coburn s’efforçait d’y répondre de la façon la plus honnête et la plus transparente possible.
Chaque fois qu’il était sur le point de flancher, il s’imaginait que Diana était peut-être en train de le regarder, en cet instant même. Cette possibilité lui donna la force d’aller jusqu’au bout de ce calvaire.
* * *
Tétanisée, Diana n’avait pu détacher les yeux de l’écran de télévision pendant l’heure qu’avait duré la conférence de presse de Coburn. Jamais elle ne s’était sentie aussi tendue de toute sa vie. Et jamais elle n’avait à ce point admiré l’homme qu’elle avait épousé.
Il ne s’était laissé désarçonner par aucune des questions qui lui avaient été posées. Tout au long de cette épreuve, il avait témoigné d’un calme, d’un sang-froid et d’un sens de la pédagogie incroyables.
Mais elle connaissait suffisamment le monde des affaires, désormais, pour savoir qu’elle ne pouvait se fier à son propre jugement. Lorsque l’antenne rebascula sur les studios où était réuni un comité d’experts, elle demeura rivée à son poste, attendant leur analyse.
Après un rapide rappel de la situation, le présentateur de l’émission interrogea l’un des économistes présents sur la prestation de Coburn.
— Indéniablement, le nouveau P-DG de Grant Automotive a choisi de prendre des risques, déclara-t-il. Il vient de reprendre les rênes de l’entreprise et est encore peu connu des différents acteurs. Pourtant, il n’a pas hésité à revendiquer sa pleine et entière responsabilité. Ce faisant, il a démontré un mélange d’audace et d’honnêteté qui devrait rassurer non seulement les clients de la marque mais aussi le marché. C’est une bonne chose, car après un rappel d’une telle envergure, Grant Automotive va avoir rapidement besoin d’argent frais. De beaucoup d’argent frais…
Quelques coups frappés à la porte d’entrée firent sursauter Diana qui alla ouvrir en pensant que sa colocataire avait encore oublié ses clés. Mais elle eut la surprise de se retrouver nez à nez avec Coburn.
— Comment as-tu fait ça ? s’exclama-t-elle, sidérée.
Il la fixa d’un air interdit.
— Fait quoi ? lui demanda-t-il enfin.
Elle désigna le poste de télévision qui était allumé derrière elle.
— Tu étais en conférence de presse, il y a quelques instants…
Un pâle sourire se peignit sur les lèvres de Coburn.
— L’émission est passée avec un léger différé, expliqua-t-il. Cela fait un peu plus d’une demi-heure que je suis sorti de cet enfer. Tu as regardé ?
— Bien sûr ! s’exclama-t-elle, choquée qu’il puisse seulement en douter. Je savais combien cette conférence de presse était importante pour toi. Tu t’en es très bien tiré.
— C’est en grande partie grâce à toi, tu sais.
— A moi ? Mais pourquoi ?
— Pendant qu’ils me posaient toutes ces questions, je ne cessais de me répéter ce que tu m’avais dit : que je devais agir selon mon cœur, que tant que je resterais honnête envers moi-même je n’aurais rien à regretter.
Il poussa un profond soupir.
— Je regrette seulement de ne pas avoir suivi ce sage conseil sur le plan personnel…
Le cœur battant, Diana attendit qu’il poursuive. En cet instant, elle sentait confusément que leur avenir dépendrait en grande partie des paroles qu’il s’apprêtait à prononcer.
— Je n’ai pas été honnête envers toi, reprit-il. Mais c’est avant tout parce que je ne l’étais pas non plus vis-à-vis de moi-même. Je me suis persuadé que si nous nous étions éloignés l’un de l’autre c’était surtout à cause de ton travail. Mais je crois que c’était une façon pour moi de ne pas regarder la réalité en face…
— Ne reste pas sur le palier, lui dit-elle en se poussant pour le laisser passer. Entre !
Il s’exécuta et la suivit jusqu’au salon. Diana éteignit le poste de télévision et lui fit signe de s’asseoir. Il prit place sur le canapé.
— Tu veux boire quelque chose ? lui demanda-t-elle.
Il secoua la tête et elle s’installa en face de lui, dans un fauteuil. Elle préférait maintenir entre eux une certaine distance, de peur qu’une fois encore le désir qu’elle ressentait pour lui ne vienne fausser son jugement.
— Quelle était donc cette réalité que tu ne voulais pas voir en face ? lui demanda-t-elle enfin.
— Je crois que ta passion pour ton travail me renvoyait surtout à mon propre dilettantisme, expliqua-t-il. Cela me faisait prendre conscience de la vanité de mon existence.
— Comment peux-tu dire une chose pareille ? protesta vivement Diana.
— C’est la vérité, insista-t-il. Je passais mon temps à fuir. C’était devenu une seconde nature, chez moi, à tel point que je ne m’en apercevais même plus.
Il passa nerveusement la main dans ses cheveux et elle comprit combien cette confession devait lui coûter.
— Je crois que ça a commencé avec la maladie de papa, poursuivit-il. Je ne supportais pas ses sautes d’humeur inexplicables, ses périodes de dépression durant lesquelles il se montrait souvent très dur envers nous. Puis il s’est donné la mort et j’ai continué à fuir. Je fuyais l’ambiance macabre qui régnait à la maison, je fuyais ma mère pour qui je n’avais plus la moindre tendresse, je fuyais le désir de vengeance morbide de mon frère… Je fuyais surtout mes responsabilités vis-à-vis de ma famille et de l’entreprise.
— Tu ne crois pas que tu es un peu dur envers toi-même ? objecta Diana.
— Je t’assure que je n’exagère pas. C’était la même chose dans le domaine amoureux : avant de te rencontrer, je passais d’une petite amie à l’autre, prenant la poudre d’escampette dès que je courais le risque de m’attacher. Et puis, je suis tombé amoureux de toi…
Il lui décocha un pâle sourire qui trahissait autant de tendresse que de résignation.
— Je ne voulais pas m’avouer que je t’aimais, bien sûr. J’étais trop habitué à me protéger… Mais la vérité, c’est que j’avais peur. Peur que tu ne m’aimes pas, que tu me quittes, que tu t’intéresses plus à ton travail — ou à Frank Moritz — qu’à moi-même.
— C’est absurde, protesta Diana.
— Je sais. Mais c’est quelque chose que je ne contrôlais pas. Je t’ai dit que ma mère ne nous aimait pas vraiment. Ce n’est pas tout à fait vrai : nous avons été proches d’elle, autrefois. Mais elle s’est désintéressée de son rôle de mère. Puis mon père s’est suicidé. Mon frère s’est alors consacré corps et âme à sa vengeance. Avec un tel bagage, il n’est pas étonnant que j’aie eu continuellement peur de te perdre…
Diana l’écoutait, sidérée par ces révélations qui lui permettaient soudain de comprendre tant de choses au sujet de l’homme qu’elle aimait.
— Je crois que j’ai pensé qu’en te gardant auprès de moi je risquerais moins de te perdre. Mais j’ai compris au cours de ces derniers jours que c’était un contresens total. En cherchant à te contrôler, je ne faisais que t’étouffer. Il ne te restait plus dès lors que deux possibilités : partir, comme tu l’as fait, ou rester en sacrifiant tout ce que tu étais. Tu as fait le bon choix, évidemment.
— Mais je nous ai rendus tous les deux très malheureux…
— Aurions-nous été plus heureux si tu avais renoncé à la médecine et que j’avais transformé une chirurgienne brillante et ambitieuse en femme au foyer soumise et terne ?
— Alors, tu es vraiment prêt à ce que j’aille travailler avec Moritz ? lui demanda-t-elle.
— Pas du tout, répondit-il avec un sourire plein d’autodérision. Je veux que tu restes auprès de moi tout le temps, que tu me soutiennes et que tu m’aimes de façon exclusive et inconditionnelle. Mais je sais à présent que ce que je veux n’est pas forcément ce qui est le mieux pour toi comme pour moi.
Il se pencha en avant et prit doucement sa main gauche entre les siennes.
— Le plus important, à mes yeux, c’est que tu sois vraiment heureuse, lui dit-il. Et tu ne le seras que si tu peux t’épanouir librement.
Diana s’efforça de contenir la joie qui l’envahissait.
— Je suis allée voir Moritz, ce matin, lui dit-elle.
— Est-ce qu’il est toujours d’accord pour te prendre avec lui ?
— Oui. Et j’en ai profité pour poser mes conditions. Je lui ai dit que je pouvais commencer dès qu’il voudrait seulement s’il acceptait de m’accorder six mois de congé maternité : un mois avant la naissance et cinq mois après, ce qui devrait amplement me laisser le temps de trouver une bonne nounou et d’opérer avec elle une transition tout en douceur.
— Ce serait parfait, approuva Coburn.
Il n’y avait aucune hésitation dans sa voix : il était évident que, cette fois, il avait réellement pris la mesure de la situation.
— Je lui ai dit aussi que quoi qu’il arrive je voulais avoir un week-end sur deux de libre, ajouta-t-elle. De cette façon, je serai sûre de ne jamais laisser échapper ce qui est le plus important pour moi. Car tu as raison sur un point : si je n’y prends garde, j’ai tendance moi aussi à perdre de vue mes priorités. A force de vouloir égaler mon père et gagner son respect, j’ai parfois oublié qu’il n’y avait pas que le travail dans la vie. Mais je compte sur toi pour me le rappeler chaque fois que ce sera nécessaire.
— Je laisserai notre enfant s’en charger, dit-il en riant. Je suis sûr qu’il ou elle sera beaucoup plus diplomate que je ne le serai jamais. Et probablement plus convaincant encore…
Il serra doucement ses doigts et la regarda droit dans les yeux.
— Je t’aime, Diana, lui dit-il gravement. Je t’ai toujours aimée, même lorsque nous avons été séparés. Il n’y a jamais eu personne d’autre que toi depuis que nous nous sommes rencontrés.
— Je sais, murmura-t-elle d’une voix étranglée. Je t’aime aussi, Coburn. Je ne veux plus jamais être obligée de te quitter comme je l’ai fait.
— Je te promets que je ferai tout ce que je pourrai pour que ça n’arrive plus. Mais en échange, je veux que tu me promettes de partir si je trahis un jour ce serment.
— Je le ferai, acquiesça-t-elle.
Curieusement, cette réponse sonnait moins comme une menace que comme un engagement éternel.
Coburn sortit alors de la poche de sa veste un petit écrin recouvert de velours rouge qu’il ouvrit avant de le lui présenter. L’anneau qu’il contenait était d’une pureté et d’une simplicité magnifiques.
— J’ai déjà une alliance, lui rappela-t-elle en désignant celle qu’il lui avait rendue sur l’île et qu’elle n’avait pas eu le cœur d’enlever depuis.
— Celle-ci symbolise notre nouvel engagement, expliqua Coburn.
Il s’agenouilla devant elle.
— Diana, lui dit-il d’un ton solennel, est-ce que tu acceptes de rester ma femme ?
— Oui, dit-elle en riant et pleurant à la fois. Je le veux.
Coburn lui passa l’anneau de platine orné d’un diamant aux reflets légèrement bleutés. Elle prit ses joues entre les mains et approcha le visage du sien pour le regarder droit dans les yeux.
— Je t’aime plus que tout, lui dit-elle avant de l’embrasser avec passion.
Elle se redressa ensuite et le prit par la main pour l’entraîner vers sa chambre. Là, dans l’intime clair-obscur qui y régnait, ils se déshabillèrent l’un l’autre en prenant tout leur temps. C’était comme s’ils se découvraient pour la première fois. D’une certaine façon, songea Diana, c’était un peu le cas.
Ce qui s’était produit au cours de ces dernières semaines — au cours de cette dernière année, peut-être — les avait profondément transformés, faisant d’eux des êtres nouveaux. Ils étaient aujourd’hui à la veille d’un grand voyage qu’ils commenceraient à deux et poursuivraient bientôt à trois.
— Ton petit locataire se fait déjà remarquer, lui dit Coburn lorsqu’elle se retrouva entièrement nue devant lui.
Du bout des doigts, il effleura la petite protubérance qui commençait à bomber légèrement son ventre plat.
— Salut, murmura-t-il à l’intention de leur enfant. C’est moi. Je voulais te promettre que ta maman et moi ne nous disputerions plus, à présent. Je crois qu’il est temps pour nous de devenir des adultes. Et je te jure aussi que j’essaierai d’être un meilleur père pour toi que le mien ne l’a été pour moi.
— Je suis sûre que tu seras parfait, murmura Diana qui avait du mal à retenir ses larmes.
Coburn la souleva alors pour l’emporter jusque sur le lit. Ses caresses ne tardèrent pas à dissiper les ultimes doutes de Diana. Elle savait désormais que plus rien ne s’opposait à leur bonheur.
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