Une brulante étreinte

Jennifer Hayward · Chapitre 4 sur 14

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Une brulante étreinte

Chapitre 4.

4.

 

 

— C’est une plaisanterie, j’espère ? s’écria le père de Diana, hors de lui.

Elle prit le temps de reposer sa cuillère en argent et de repousser son bol de bisque de homard à moitié plein. Le seul fait de penser à la conversation qui l’attendait suffisait à lui couper l’appétit.

Peut-être était-ce pour cela qu’elle avait attendu près de deux semaines avant de raconter à ses parents la façon dont s’était déroulée sa réunion avec Coburn.

— Malheureusement, non, répondit-elle. Il a dit qu’il avait besoin de temps.

— Mais tu lui as déjà laissé un an entier pour réfléchir ! s’exclama son père.

Elle haussa les épaules.— Ce n’est pas la façon dont il voit les choses.

— Ne me dis pas que tu le défends…

— Non. Mais je ne vais pas me battre non plus. Il est hors de question que je retarde mon départ. Divorcée ou non, je monterai dans cet avion vendredi prochain.

— Je vais charger David Price de négocier avec Coburn.

— C’est inutile. Jerry est tout à fait à la hauteur.

— Je ne doute pas de ses qualités d’avocat, mais il n’est pas aussi hargneux que Price. C’est un véritable pitbull et il finalisera ce divorce en l’espace de quelques jours.

— Ce n’est pas la peine, insista Diana.

Elle était convaincue que plus ils chercheraient à faire pression sur Coburn et plus ce dernier s’entêterait. Mieux valait le laisser parvenir seul à l’inexorable conclusion : il était temps pour eux de mettre un terme à ce mariage.

— Je ne suis pas sûr que tu t’y prennes de la bonne façon, déclara son père.

Cela n’avait rien d’étonnant. Malgré tout ce qu’elle avait pu accomplir au fil des années, il la considérait toujours comme une enfant irresponsable.

— Ton père cherche juste à t’aider, remarqua alors sa mère qui avait dû percevoir son agacement.

Diana n’en était pas totalement convaincue. Elle savait que son père détestait Coburn depuis le jour où les deux hommes s’étaient rencontrés, il ne l’avait jamais caché.

Pourtant, ils se ressemblaient étrangement par certains aspects. Ils avaient tous deux la fâcheuse tendance à se croire en permanence au centre du monde et ils n’hésitaient jamais à se servir des autres sans scrupule. Tout semblait leur être constamment dû.

Son père, par exemple, avait épousé sa secrétaire avant de la tromper pendant des années avec l’une de ses collègues, une chirurgienne aussi brillante que lui. Pas un instant il ne lui serait venu à l’idée qu’il lui fallait choisir.

Au moins, Coburn ne lui avait jamais été infidèle. Tant qu’ils avaient vécu ensemble, il avait ignoré les nombreuses avances qu’on ne manquait pas de lui faire.

Rory avait dit un jour de lui en riant qu’il était toujours fidèle aux femmes avec lesquelles il sortait — fût-ce l’espace d’une nuit.

Evidemment, depuis qu’elle l’avait quitté, elle était convaincue qu’il s’était rattrapé…

— Est-ce que tu es toujours sûre de vouloir partir ? reprit sa mère. L’idée de te savoir seule dans un pays aussi dangereux me fait froid dans le dos.

— Je ne serai pas seule, répondit Diana en souriant. J’aurai des tas de collègues sur place. Ils comptent vraiment sur moi et je me suis engagée à les rejoindre.

— Je me demande toujours pourquoi, intervint son père d’un ton réprobateur. Ce pays est une véritable poudrière. Les rebelles ont été repoussés mais tous les observateurs s’accordent à dire que ce n’est probablement qu’une situation temporaire. Tôt ou tard, ils repasseront à l’attaque.

— C’est justement pour cela qu’on a besoin de médecins sur place, déclara Diana.

Elle avait parfaitement conscience du risque qu’elle prenait en partant là-bas, mais c’était une décision qu’elle avait prise en toute connaissance de cause, longuement et mûrement réfléchie.

Durant bien trop longtemps, elle s’était contentée de la facilité en suivant des rails que d’autres avaient posés pour elle. Il était désormais grand temps de les quitter pour découvrir qui elle était réellement et de tracer son propre chemin.

— Tu ne changeras pas d’avis, n’est-ce pas ? lui demanda son père.

Elle secoua la tête.

— C’est bien ce que je pensais… Du coup, j’ai appelé quelqu’un que je connais dans la région. Il t’a réservé une chambre à l’hôtel Lione. Il est situé juste à côté de l’hôpital et possède un service de sécurité. Un garde du corps t’accompagnera chaque jour de l’hôtel à ton lieu de travail et retour.

Diana considéra son père avec stupeur.

— Je ne t’ai jamais demandé de faire une chose pareille, protesta-t-elle.

— Il faut bien que quelqu’un ait les pieds sur terre…

— Mais je ne peux pas vivre à l’hôtel alors que tous les autres médecins vivent à l’hôpital !

— Pas tous, répondit-il d’un air très satisfait de lui. Il y en a un qui est au Lione.

— Papa, tu ne peux pas continuer à interférer dans ma vie de cette façon ! s’exclama-t-elle.

Mais il en fallait plus pour ébranler les certitudes de son père.

— J’agis dans ton intérêt, répliqua-t-il. Sais-tu seulement combien d’étrangers ont été enlevés par les rebelles dans la région, au cours de ces six derniers mois ?

Elle ne répondit pas.

— C’est bien ce que je pensais. Il y en a eu dix, Diana ! Dix ! Tu te rends compte ? Et je ne veux pas que tu sois la onzième.

Avec une pointe de perfidie, elle se demanda si c’était par amour paternel ou parce qu’il redoutait d’avoir à verser une grosse rançon pour obtenir sa libération. Mais l’inquiétude qui se lisait dans les yeux de ses parents paraissait sincère et elle se radoucit légèrement.

— Très bien, soupira-t-elle. Si cela peut vous rassurer, je séjournerai dans cet hôtel… Dans un premier temps, du moins. Mais je veux que vous me promettiez de ne plus prendre d’initiatives de ce genre sans m’en parler avant.

— D’accord, concéda son père, satisfait de voir que sa fille redevenait raisonnable.

Elle s’en voulut un peu d’avoir cédé aussi facilement, mais elle ne tenait pas à se disputer avec sa famille quelques jours avant son départ.

Ils furent interrompus par la cuisinière qui leur apportait le plat de résistance, un gigot entouré de petits légumes. C’était un plat qu’elle aimait beaucoup, mais, curieusement, la vision et l’odeur du morceau de viande lui soulevèrent brusquement le cœur.

Luttant contre la nausée qui montait en elle, elle eut tout juste le temps de quitter la table et de gagner les toilettes les plus proches avant d’y rendre l’entrée qu’elle venait à peine d’avaler. Après s’être passé un peu d’eau sur la figure, elle regagna la salle à manger.

— Est-ce que ça va ? lui demanda sa mère, inquiète.

— Pas trop, avoua-t-elle. J’espère que je n’ai pas attrapé une gastro. Ce ne serait vraiment pas le moment.

Mais alors même qu’elle prononçait ces mots, une autre hypothèse lui vint à l’esprit, bien plus terrifiante que la perspective d’une gastro-entérite. Non, impossible. Coburn avait utilisé un préservatif et il n’y avait strictement aucune raison de penser qu’elle puisse être enceinte.

* * *

Au cours des deux jours qui suivirent, Diana s’efforça désespérément de se convaincre que les symptômes dont elle souffrait ne s’apparentaient pas à des nausées matinales.

L’idée qu’elle attende peut-être un enfant de Coburn était bien trop déroutante pour qu’elle puisse la considérer sérieusement. Ni leurs carrières respectives ni l’état de leurs relations ne permettaient d’envisager une telle perspective.

Hélas, elle dut bien finir par prendre rendez-vous avec Joanne Gibson, un médecin généraliste avec qui elle avait fait ses études et en qui elle avait toute confiance. Lorsqu’elle lui demanda d’ajouter un test de grossesse à son examen médical, le visage de Joanne s’illumina.

— Je suis ravie que tu te sois réconciliée avec Coburn ! s’exclama-t-elle joyeusement.

Avisant l’expression lugubre de Diana, elle rougit brusquement.

— Je suis désolée…, balbutia-t-elle, gênée. Ce n’est peut-être pas lui le père…

— Si je suis enceinte, si, répondit Diana, la mort dans l’âme. Mais nous sommes toujours séparés.

— Je vois, murmura Joanne. Quoi qu’il en soit, nous devrions commencer par nous assurer de ce qu’il en est réellement, d’accord ?

Diana hocha la tête et alla s’étendre sur la table d’examen. Joanne commença par lui faire une prise de sang. Pendant qu’elle allait tester l’échantillon, Diana demeura allongée, les yeux rivés sur le plafond immaculé.

Elle s’aperçut alors avec une pointe d’étonnement qu’elle était déjà convaincue du résultat que lui annoncerait son amie. En revanche, elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’elle pourrait faire une fois la confirmation prononcée.

Son avenir, qui lui paraissait tout tracé quelques jours auparavant, semblait à présent se perdre dans un brouillard d’incertitude.

— Tu avais raison, déclara Joanne en revenant dans la pièce.

Diana prit une profonde inspiration. Le temps lui semblait se dérouler au ralenti tandis qu’elle s’efforçait désespérément de prendre la mesure de cet événement cataclysmique.

— La grossesse est très récente, ajouta son amie. Si tu décidais de ne pas garder cet enfant…

— Non ! s’exclama Diana sans même réfléchir.

Garder cet enfant était peut-être absurde, mais l’idée de s’en débarrasser lui était plus insupportable encore.

Elle avala difficilement sa salive.

Allait-elle vraiment devenir mère ? Cette perspective lui paraissait totalement surréaliste, presque absurde. Bien sûr, elle avait toujours su qu’elle voudrait un jour des enfants, mais lorsqu’elle y pensait, ce moment lui paraissait très lointain.

Elle avait toujours idéalisé cet événement, s’imaginant aux côtés de l’homme de sa vie, apaisée et tellement heureuse de ce nouveau tournant, pas sur le point de divorcer et de partir pour un pays en guerre…

— Je vais te faire passer une première échographie, déclara alors Joanne.

Diana se laissa faire. Elle avait toujours l’impression que son corps et son esprit étaient engourdis, comme s’ils cherchaient désespérément à se protéger contre la réalité de ce qui l’attendait.

Malgré le grand vide qui venait de s’ouvrir devant elle, une chose était certaine : elle devrait affronter ce coup du sort seule, sans l’aide de personne. Son père verrait certainement cette grossesse d’un très mauvais œil et Coburn, elle en était sûre, ne jouerait pas le père divorcé.

Lorsqu’ils vivaient ensemble, jamais il n’avait évoqué la possibilité d’avoir un jour des enfants avec elle. A ses yeux, une telle éventualité devait être pire qu’une condamnation au bagne. Dans la vie, le plus important pour Coburn était de préserver sa sacro-sainte liberté.

Elle ne pouvait le lui reprocher car il avait toujours été très clair à ce sujet. Ce souci d’indépendance était parfaitement en accord avec son goût immodéré pour les activités à haut risque. Il était sûrement nettement plus difficile de frôler régulièrement la mort lorsqu’un enfant vous attendait à la maison.

Elle n’osait imaginer sa réaction lorsqu’il apprendrait la nouvelle. Sans doute lui demanderait-il d’interrompre sa grossesse. Après tout, c’était la solution la plus raisonnable, mais Diana savait déjà qu’elle en serait incapable.

Curieusement, cet enfant dont elle venait tout juste d’apprendre l’existence faisait déjà figure d’individu, à ses yeux. En dépit des circonstances qui avaient présidé à sa conception, elle était déjà attachée à lui — ou plutôt, à l’idée qu’elle se faisait de lui.

Elle se promit de ne rien exiger de Coburn, pas même une reconnaissance de sa paternité. Qu’il veuille s’impliquer ou non, elle respecterait sa décision.

En attendant, elle ne pouvait courir le risque de lui en parler avant d’être rentrée d’Afrique. Si son père ou Coburn apprenaient la nouvelle, ils feraient probablement tout ce qui serait en leur pouvoir pour l’empêcher de partir, et c’était bien la dernière chose dont elle avait besoin actuellement.

Ce qu’il lui fallait à cet instant-là, c’était du temps et de la distance pour faire le point sur sa vie et préparer son avenir, même s’il était devenu bien trouble depuis quelques heures…

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