Une brulante étreinte
Chapitre 2.
2.
Se retrouver là, dans son appartement, après tout ce temps, emplissait Diana d’un mélange déchirant de nostalgie, d’amertume et de regrets.
Lorsqu’elle s’était installée chez lui, elle avait essayé de rendre cet appartement luxueux un peu plus intimiste en accrochant aux murs quelques affiches qu’elle adorait. Elles avaient désormais toutes disparu, de même que les livres et les CD qu’elle avait laissés derrière elle en partant.
Coburn avait délibérément effacé toute trace de son passage. Cela n’aurait sans doute pas dû la surprendre, mais ce n’en était pas moins blessant.
C’était comme si leur mariage n’avait eu strictement aucune conséquence sur sa vie, comme si elle n’avait été qu’une maîtresse parmi d’autres sur la longue liste de celles qui l’avaient précédée — et probablement suivie.
Pour elle, au contraire, leur union avait été l’un des moments les plus importants de son existence. Elle l’avait transformée en profondeur et avait donné un souffle nouveau à sa vie.
Ne pouvant supporter la vue de ce salon qui lui semblait à la fois si familier et si étranger, elle s’avança sur la terrasse de l’appartement. Elle remarqua alors qu’une fête avait lieu sur le toit de l’immeuble voisin.
Des dizaines de convives très chic se pressaient autour de la piscine, un verre à la main. Le brouhaha de leurs conversations entrecoupées de rires flottait jusqu’à elle.
Un bruit sec la fit se retourner brusquement : Coburn venait de déboucher une bouteille de champagne.
— C’est en quel honneur ? lui demanda-t-elle d’une voix méfiante.
— Disons que nous fêtons notre rupture, répondit-il avec un sourire faussement cordial. Et ton prochain départ, si j’ai bien compris.
Il s’avança vers la table de fer forgé qui trônait au centre de la terrasse et y déposa les deux flûtes qu’il avait apportées. Il les remplit et en tendit une à Diana qui, ne sachant pas comment réagir, se résigna à l’accepter.
Elle connaissait suffisamment Coburn pour ne pas être dupe de tant de manières. S’il l’avait fait venir ici, ce n’était certainement pas pour trinquer à leur divorce. Coburn leva son verre pour porter un toast, mettant un terme aux pensées négatives de sa future ex-femme.
— A notre liberté retrouvée ! s’exclama-t-il.
Diana se contenta de hocher la tête et tous deux avalèrent en silence quelques gorgées de champagne. Il était pétillant, léger, délicieux et probablement hors de prix. Et elle ne put s’empêcher de songer que cela symbolisait à merveille Coburn Grant.
— J’ai appris que ton frère allait se présenter, finalement, déclara-t-elle pour dissiper le silence pesant qui menaçait de s’éterniser. Je suis sûre qu’il fera un excellent président, s’il est élu.
— Probablement, acquiesça Coburn. C’est le genre d’homme dont notre pays a besoin en ce moment.
— Et toi, te voilà président-directeur général de Grant Automotive. Félicitations.
— Merci.
— Je n’aurais jamais pensé que tu voudrais d’une telle responsabilité, remarqua-t-elle.
— Pourquoi donc ?
— Tu m’as toujours répété qu’il fallait travailler pour vivre et non l’inverse, répondit-elle.
— Ce n’est pas comme si tu m’avais écouté, lança-t-il ironiquement.
Elle préféra ne pas relever.
— Cela ne te laissera peut-être plus le temps de te consacrer à tes passions, ajouta-t-elle.
Et Coburn n’en manquait pas. Au fil des années, il avait relevé un nombre impressionnant de défis : traversées à la voile, ascension des plus hauts sommets, plongée sous-marine, surf… Il s’était essayé à tous les sports les plus risqués, comme s’il avait besoin de cela pour se sentir vraiment vivant.
— Il faut bien que quelqu’un reprenne les rênes de l’entreprise familiale maintenant que Harrison aspire à de plus hautes destinées, déclara Coburn en haussant les épaules. Et puis, l’avantage d’être célibataire, c’est que je pourrai consacrer toutes mes vacances au sport.
Elle eut un petit sourire narquois.
— J’en doute, rétorqua-t-elle. S’il faut en croire les magazines, tu n’as pas trop attendu avant de me remplacer.
— Serais-tu jalouse ? lui demanda Coburn, comme pour la défier.
Diana ne put s’empêcher de rougir. C’était une idée parfaitement absurde, évidemment. Pourtant, au cours de l’année qui venait de s’écouler, en dépit de ses bonnes résolutions, elle n’avait pu s’empêcher de lire tous les articles le concernant.
Nombre d’entre eux faisaient allusion à ses nombreuses conquêtes. Elle s’était sentie trahie à chaque fois, sans vraiment comprendre pourquoi. Après tout, c’était bel et bien fini entre eux…
— Je n’ai pas de raisons d’être jalouse, répondit-elle un peu sèchement. Nous ne sommes plus ensemble.
Si Coburn remarqua qu’elle n’avait pas vraiment répondu à sa question, il s’abstint de le lui faire remarquer.
— Combien de temps comptes-tu partir ? lui demanda-t-il.
— Trois mois, répondit-elle, soulagée de le voir changer de sujet. Peut-être plus, si cela me plaît vraiment.
— Je ne comprends pas, remarqua Coburn. Je croyais que tu tenais absolument à travailler avec Moritz ?
Frank Moritz était le responsable du département de chirurgie pédiatrique de l’hôpital. C’était la spécialité de prédilection de Diana et elle avait effectivement toujours eu l’ambition de travailler un jour avec lui.
— J’ai changé d’avis, avoua-t-elle.
— Pourquoi ? s’étonna Coburn. Tu t’es battue pendant des mois pour rejoindre son service !
— Cela aurait pu me prendre encore des années. Moritz est entouré d’une véritable cour d’adorateurs qui seraient prêts à tout pour travailler avec lui. Je veux être médecin, pas passer mon temps à faire de la politique.
— Alors, tu as décidé de renoncer à ta carrière ?
C’était presque mot pour mot ce que lui avait dit son père.
— Pas du tout ! s’exclama-t-elle. Je l’oriente juste dans une nouvelle direction.
— En partant pour l’Afrique ?
— Exactement.
Coburn fronça les sourcils.
— Je suis désolé mais j’ai du mal à voir en quoi il ne s’agit pas d’un renoncement. Si tu quittes New York, tu perdras le bénéfice de toutes ces années passées à travailler comme une folle. D’ici quelques mois, tout le monde t’aura oubliée. Et lorsque tu reviendras, il faudra rebâtir tout ton réseau…
— C’est peut-être précisément ce dont j’ai besoin, lança-t-elle.
— De te faire oublier ? ironisa-t-il.
— De prendre de la distance.
Il la considéra attentivement, comme s’il n’était plus très sûr de la reconnaître.
— Ne penses-tu pas que ta réaction est un peu excessive ? lui demanda-t-il enfin. Si tu ne veux pas travailler avec Moritz, tu n’as qu’à changer d’hôpital. Et si c’est moi que tu cherches à fuir, tu n’as pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour cela.
— Ce n’est pas à propos de toi, Coburn. Quoi que tu en penses, tout ne tourne pas toujours autour de ta personne. Il s’agit de moi : j’ai envie de me rendre vraiment utile, pas de passer mon temps à calculer mes moindres faits et gestes pour me hisser dans la hiérarchie d’un hôpital…
— Il y a des tas de gens qui ont besoin d’aide ici même, objecta Coburn. Puisque tu es prête à renoncer à ton salaire, travaille pour une association qui vient en aide aux personnes en difficulté.
— Je veux changer d’air.
— Et cela n’a aucun rapport avec moi ? Tu en es sûre ?
Incapable de supporter le regard pesant de Coburn, elle détourna les yeux.
— Je ne suis pas dupe, tu sais, reprit-il d’une voix plus calme. Je sais que tu cherches à m’éviter. Certains de nos amis communs m’ont avoué que tu ne venais à leurs soirées que si tu étais sûre de ne pas m’y croiser. Ce que j’aimerais comprendre, c’est pourquoi tu as fait une exception, ce soir.
Diana fut tentée de lui répéter ce qu’elle lui avait déjà dit : Annabelle était l’une de ses amies et elle s’était sentie obligée d’assister à son mariage. Mais si elle se montrait parfaitement honnête envers elle-même, elle devait bien s’avouer que ses raisons ne se limitaient pas à cela.
Elle aurait effectivement pu trouver une bonne excuse : dire qu’elle était de garde, ce soir-là, ou qu’elle devait préparer son prochain départ pour l’Afrique. Elle aurait pu se contenter d’aller présenter ses félicitations aux mariés demain ou après-demain.
Alors pourquoi était-elle venue ? N’avait-elle pas cherché à revoir Coburn une dernière fois avant de signer les papiers du divorce ? Et si tel était le cas, qu’avait-elle espéré de cette rencontre ?
Incapable de répondre à ces questions, elle préféra ne plus y penser.
— Qu’est-ce que cela peut te faire ? répliqua-t-elle. Si j’ai bien compris, tu as tiré un trait sur notre histoire.
— Tu ne m’as pas précisément laissé le choix, lui rappela-t-il.
— Notre relation ne menait nulle part. Tu le sais aussi bien que moi. Nous nous disputions de plus en plus souvent, et toujours sur les mêmes sujets. Ça ne pouvait plus durer. Si ce n’était pas moi qui étais partie, ç’aurait été toi.
— Ça, nous ne le saurons jamais, objecta-t-il en levant sa flûte de champagne en un toast moqueur.
Il avala une longue gorgée avant de reposer son verre sur la table de la terrasse.
— Pourquoi es-tu venue ce soir, Diana ?
— Je ne sais pas, avoua-t-elle.
— La veille de notre divorce, insista-t-il, impitoyable. Alors que tu savais que je serais là, puisque j’étais le témoin…
Elle ne répondit pas.
— Est-ce parce que tu as été prise d’un doute ? Parce que tu voulais me revoir une dernière fois avant de signer ces papiers ?
Il la contemplait fixement sans ciller. Elle avait l’impression que son regard la transperçait de part en part, pénétrant au plus profond d’elle-même, scrutant chacun de ses gestes, chacune de ses réactions. Incapable de le supporter, elle détourna les yeux.
— Peut-être voulais-tu passer une dernière nuit en ma compagnie, suggéra-t-il d’une voix de velours.
Elle tressaillit.
— Comment peux-tu penser une chose pareille ?
— Il n’y a pas de honte à cela, lui assura-t-il sur le même ton. On a toujours réussi à atteindre le septième ciel tous les deux, même dans les moments les plus difficiles.
Coburn n’exagérait pas. Il avait toujours existé entre eux une forme d’alchimie, une complicité physique extraordinaire qui faisait de chacune de leurs étreintes un moment de pure extase. Le simple souvenir de ces instants magiques suffisait à éveiller en elle un désir lancinant.
Cela faisait un an qu’elle était célibataire, mais c’était la première fois qu’elle éprouvait une telle sensation. Avec une pointe d’angoisse, elle se demanda si Coburn n’avait pas vu juste.
— Qu’en dis-tu ? reprit-il d’un ton charmeur. Une dernière nuit torride avant de nous séparer définitivement ? Un dernier souvenir de tout le temps que nous avons passé ensemble ?
Il fit un pas en avant. Elle voulut reculer mais son corps refusa de lui obéir. Elle demeura tétanisée, les yeux rivés sur ce visage qu’elle connaissait si bien, le cœur battant à tout rompre. Dans les prunelles de Coburn, elle discernait une expression qui lui était familière : lui aussi la désirait en cet instant.
Elle comprit que si elle ne réagissait pas très rapidement ce serait trop tard. Dès que Coburn la toucherait, elle perdrait tout contrôle. Mais alors même que sa raison lui intimait de prendre la fuite au plus vite, son corps refusait obstinément de lui obéir.
Comme au ralenti, elle vit Coburn tendre la main vers son visage qu’il effleura du bout des doigts, lui arrachant un soupir d’extase.
— C’est bien ce que je pensais, murmura-t-il. Nos paroles peuvent travestir la vérité mais nos corps ne mentent jamais…
Ses doigts traçaient sur sa peau de délicieuses arabesques qui attisaient le désir qu’elle ressentait déjà. Il montait en elle comme une vague impétueuse, balayant toute résistance, l’immergeant presque totalement. Si elle avait cru se défaire de la fascination qu’il exerçait sur elle, elle découvrait en cet instant à quel point elle s’était leurrée à ce sujet.
Coburn se pencha alors vers elle et effleura sa gorge d’un baiser, la faisant frissonner de la tête aux pieds. S’enhardissant, il la mordilla doucement et elle poussa un gémissement sourd.
Sa main se posa sur son sein qu’il caressa à travers le fin tissu de la robe qu’elle portait. Diana était sur le point de s’abandonner totalement à Coburn. Renversant la tête en arrière, elle s’offrit à ses caresses, comme si plus rien n’existait autour d’eux.
Il fit glisser la fermeture Eclair de sa robe et écarta le haut du vêtement pour révéler ses seins dont la pointe se dressait déjà sous l’effet de l’excitation. Les lèvres de Coburn se refermèrent sur l’un de ses mamelons qu’il caressa du bout de sa langue brûlante.
Elle gémit de nouveau, s’abandonnant corps et âme à cette grisante exploration. Jamais personne n’avait su faire naître en elle des réactions aussi intenses. Il jouait de son corps comme d’un instrument dont il tirait de délicieuses mélodies. Incapable d’y résister, elle succombait à ce charme, conquise et totalement envoûtée.
Comment avait-elle pu renoncer à cela ? Comment avait-elle pu quitter un homme qui connaissait les secrets les plus intimes de son corps et savait le faire vibrer de cette façon ?
Il lui semblait être dans un état second, une transe érotique qui faisait réagir chaque pore de sa peau. Entraînée toujours plus loin par les caresses de Coburn, elle dérivait, quelque part entre rêve et réalité.
Elle comprit soudain que c’était peut-être ce qu’elle était venue chercher ici, ce soir : la terrible confirmation de l’emprise absolue qu’aujourd’hui encore il exerçait sur ses sens.
* * *
Il avait toujours semblé à Coburn que faire l’amour avec Diana était une expérience unique, bien plus intense que tout ce qu’il avait pu connaître avant de la rencontrer.
Après son départ, pourtant, il en était venu à se demander s’il n’avait pas inconsciemment embelli les souvenirs qu’il gardait de leurs étreintes. Au fil des mois, il était presque parvenu à se convaincre qu’il avait grandement exagéré les choses.
Mais ce qui était en train de se passer lui démontrait qu’il n’en était rien. Au contraire, la réalité dépassait en intensité ses souvenirs les plus torrides.
Diana incarnait à ses yeux une forme de perfection. Il aimait jusqu’aux plus petits détails de son anatomie, de la forme du grain de beauté qui se dissimulait sous le lobe de son oreille gauche à la douce rondeur de ses genoux, des paillettes qui semblaient consteller l’iris de ses yeux au goût affolant de sa peau, de la courbe délicieuse de sa poitrine au galbe sensuel de ses cuisses…
Il n’aurait su l’expliquer. C’était comme si elle avait été tout spécialement créée pour lui plaire. Peut-être était-ce ce qui expliquait leur incroyable complémentarité sur le plan physique.
La facilité avec laquelle il savait faire monter son désir n’avait d’égal que le pouvoir de fascination qu’elle exerçait sur lui. Entre ses bras, le temps et l’espace semblaient abolis. Il n’existait que cette force impétueuse qui les poussait l’un vers l’autre et les unissait l’un à l’autre.
Il aurait pu passer des heures à la guider lentement vers l’extase. Chaque soupir, chaque gémissement, chaque cri ajoutait à l’ivresse du moment. Il se laissait mener par ces signes qu’il connaissait de façon intime, guidé par le langage de ce corps fascinant.
Lorsqu’il comprit qu’elle en voulait plus, qu’elle voulait le sentir pénétrer en elle et la posséder tout entière, il la souleva de terre et l’emporta en direction de la chambre à coucher.
Depuis qu’elle était partie, cette pièce avait retrouvé sa sobriété initiale. Il n’y avait plus ni photos ni affiches, juste cet immense lit aux montants torsadés, tombeau du souvenir de leurs étreintes passées.
Là, il l’étendit précautionneusement et entreprit de lui ôter ses vêtements, la dénudant avec une lenteur presque religieuse. Il prenait tout le temps d’admirer ce corps qu’il connaissait si bien et dont il paraissait ne jamais devoir se lasser.
Elle était splendide et terriblement émouvante dans l’abandon de cet instant. Incapable de résister à la tentation, il parcourut du bout des doigts sa peau brûlante qui semblait vibrer doucement. Elle ferma les yeux, s’abandonnant à ces caresses aussi douces que légères.
Comment était-ce possible ? Comment pouvait-elle s’offrir à lui de cette façon, sans la moindre retenue, alors que tous deux s’apprêtaient à divorcer ?
Comment pouvait-il la désirer à ce point alors qu’il était sur le point de la perdre ?
Cela paraissait bien trop absurde.
— Coburn ? murmura-t-elle d’une voix incertaine.
Il comprit qu’il s’était laissé submerger par le flot de questions sans réponses qui s’était immiscé dans son esprit. Il ne pouvait se permettre ce genre de faiblesse. Cette nuit ne signifiait rien. Elle ne changerait pas le fait que Diana était partie et qu’ils devaient divorcer demain.
Ce n’était qu’un adieu, une étreinte en forme de point final qui marquait la conclusion définitive de la seule véritable relation amoureuse qu’il ait jamais eue.
Presque rageusement, il se défit de ses vêtements et les laissa tomber au pied du lit. Tandis qu’il enfilait un préservatif, il s’étonna du contraste qui existait entre l’intensité du désir qu’il avait de Diana et la colère mêlée de rancœur qu’elle lui inspirait simultanément.
S’allongeant sur elle, il la plaqua contre le matelas. Elle renversa légèrement la tête en arrière, lui offrant sa bouche, quémandant un baiser. Mais il l’ignora délibérément. A quoi servait-il de faire semblant ? De faire comme s’ils s’aimaient encore ? Comme s’ils étaient toujours mari et femme ?
Empoignant l’un de ses seins, il en caressa le mamelon du pouce et le sentit durcir sous son doigt. Diana gémit de plus belle et se cambra pour mieux s’offrir à ses caresses. C’est le moment qu’il choisit pour pénétrer en elle d’un mouvement lent et fluide.
Il s’enfonça au plus profond de sa chair, jusqu’à disparaître complètement au creux de son intimité qui ne lui opposait aucune résistance. Au contraire, Diana enroula les jambes autour de sa taille pour l’attirer encore plus loin.
La simple vision de la jeune femme étendue sous lui faillit lui faire perdre tous ses moyens. Ce ne fut qu’au prix d’un effort de volonté surhumain qu’il parvint à dominer l’extase qui menaçait d’avoir raison de lui.
Il attendit quelques instants, haletant, que le désir reflue légèrement. Alors seulement, il se mit à bouger en elle. Elle se mouvait pour accompagner chacune de ses impulsions et leurs gestes s’accordaient à la perfection.
L’année qui venait de s’écouler n’avait en rien altéré la parfaite harmonie qui régnait entre eux. Leurs corps se répondaient, reprenant avec une aisance déconcertante un dialogue trop longtemps interrompu.
Comme toujours lorsqu’il faisait l’amour avec elle, Coburn avait l’impression grisante et terrifiante à la fois que tous deux ne formaient qu’un seul être. Il n’aurait su dire où s’achevait son plaisir et où commençait celui de Diana. Il n’était même pas sûr qu’une telle distinction eût un sens.
Incapable de résister à l’ivresse de ce moment, Coburn sentit le plaisir enfler en lui. Baissant les yeux vers Diana, il avisa le reflet sur la prunelle de ses yeux et comprit qu’elle aussi approchait dangereusement du point de non-retour.
Il redoubla d’intensité, accélérant le rythme, et tous deux gravirent ensemble les dernières marches qui les séparaient encore de la libération. Puis le monde entier parut se disloquer autour d’eux, réduit à néant par une vague d’extase d’une violence inouïe.
Leurs cris se mêlèrent tandis que leurs corps retombaient sur le matelas, inextricablement enlacés et parcourus de tressaillements irrépressibles. Coburn avait l’impression de dériver dans un endroit qui n’avait pas de nom, un endroit qui n’était que plaisir et volupté.
Après quelques minutes, il trouva enfin la force de rouler sur le dos. Il resta allongé là, brisé, anéanti. Il ne sut combien de temps il demeura ainsi immobile.
— Coburn ? murmura alors Diana. Est-ce que ça va ?
Un nouvel accès de colère l’envahit. Comment pouvait-elle lui poser une question pareille alors qu’elle était sur le point de signer les papiers du divorce ?
— Parfaitement, répondit-il en prenant soin de s’exprimer d’une voix totalement détachée. On a eu raison : c’était la meilleure façon de nous dire au revoir.
Il roula sur le côté, lui tournant ostensiblement le dos.
— Je ne te raccompagne pas jusqu’à la porte, ajouta-t-il avec une ironie glacée. Je sais que tu connais le chemin…
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