Une liaison ardente - Cathy Williams
Chapitre 9. · Allongée sur son lit, Katy était plongée…
Allongée sur son lit, Katy était plongée dans la contemplation du plafond. Les rayons argentés de la lune donnaient à la pièce une lueur irréelle qui s'accordait bien avec son humeur. Malgré toutes ses tentatives, elle ne parvenait pas à savoir si la soirée qui venait de s'écouler avait été un succès ou un fiasco...
Ses parents, arrivés dans l'après-midi, avaient été aussitôt séduits par le charme de la vieille maison. Ravie de les retrouver en dépit de ces étranges circonstances, Katy leur avait fait faire le tour du propriétaire sur l'insistance de Joseph. Puis ils s'étaient tous réunis sur la terrasse pour prendre le thé, sauf Bruno, toujours invisible car retenu par une conférence téléphonique. Joseph et Mme West s'étaient découvert une passion commune pour les plantes et la conversation s'était engagée sur les orchidées.
Jusque-là, tout s'était bien passé pour la jeune femme... Mais dès que Joseph s'était excusé pour aller s'allonger avant le dîner, la laissant seule avec ses parents, ces derniers l'avaient soumise à un interrogatoire en règle. Qui était ce Bruno ? Pourquoi un mariage si soudain ? Etait-elle sûre de ne pas s'engager trop vite ? Katy, qui avait toujours détesté mentir, avait dû se résoudre la mort dans l'âme à affirmer qu'elle avait la certitude que Bruno était l'homme de sa vie. Contre toute attente, elle avait convaincu sans mal ses parents.
— Nous sommes heureux pour toi, ma chérie, avait murmuré sa mère en la serrant contre elle avec émotion. Et si impatients de rencontrer notre futur gendre !
Bruno était arrivé peu après, tout sourire, et s'était livré durant toute la soirée à une entreprise de séduction qui avait époustouflé Katy. Son charme était tel que ses parents avaient été aussitôt conquis. Tout en leur faisant la conversation avec esprit et vivacité, il ne manquait pas de manifester à Katy la tendresse d'un fiancé amoureux. Mille petits signes dans le comportement de Bruno avaient achevé de convaincre M. et Mme West que leur fille vivait une grande passion partagée : un bras passé autour de sa taille, un sourire appuyé, un clin d'œil tendre, un baiser furtif. Et chaque fois, bouleversée, Katy avait été partagée entre l'émotion que provoquait en elle cette proximité physique et la certitude qu'il ne s'agissait que d'une mise en scène.
Bruno aurait dû être acteur, songea-t-elle avec une douloureuse amertume. Après ce numéro, personne ne pouvait douter qu'il était fou d'amour pour elle...
Après une nuit agitée, Katy se réveilla le lendemain matin en proie à un terrible malaise, presque décidée à ne pas laisser repartir ses parents sans leur avoir annoncé la vérité. Tromper leur confiance pour la première fois de sa vie lui faisait horreur...
Pour se donner du courage, elle mit un soin tout particulier à sa toilette. Un peu de rose à joues raviva son teint pâle, de l'ombre à paupières accentua la profondeur de son regard. Délaissant pour une fois ses vêtements trop larges, elle sélectionna dans ses nouvelles tenues une jupe au-dessus du genou et le chemiser assorti qui accentuèrent l'élégance gracieuse de sa silhouette et sa féminité naturelle. Un instant, elle faillit ne pas mettre sa bague, mais le bijou était si beau qu'elle fit taire ses scrupules...
Elle trouva tout le monde réuni dans la salle à manger, autour d'un petit déjeuner buffet préparé avec soin par Maggie.
— Tu es ravissante, ma chérie ! lui lança Bruno de sa voix de basse.
Katy rougit, non de plaisir comme le crurent ses parents qui échangèrent aussitôt un regard attendri, mais de gêne. Il en faisait trop, vraiment trop ! Pourquoi prenait-il un plaisir sadique à la provoquer ainsi, à jouer avec ses nerfs ?
— Tu n'es pas déjà à ton bureau ? rétorqua-t-elle, étonnée. C'est inhabituel...
— Il est vrai que Bruno travaille beaucoup, expliqua Joseph en souriant. Quand il n'est pas en déplacement...
— Il voyage énormément pour ses affaires, s'empressa d'ajouter Katy d'un ton soucieux.
Excellente occasion de préparer le terrain pour le dénouement final ! songea-t-elle en son for intérieur. N'était-il pas convenu que leur couple ne résisterait pas aux absences trop fréquentes de Bruno ?
Elle ne remarqua pas le regard mécontent que lui adressa Bruno, car déjà sa mère lançait la conversation sur les pays qu'avait visités son futur gendre. Ce dernier se plia de bonne grâce à cet interrogatoire en racontant mille anecdotes passionnantes qui achevèrent de faire la conquête de M. et Mme West.
Mais quand Joseph et les parents de Katy se furent retirés dans leurs appartements, le premier pour se reposer et les seconds pour faire leurs bagages, la jeune femme comprit tout à coup à la mine courroucée de Bruno qu'il y avait un problème.
— Qu'est-ce qui t'a pris ? lança-t-il, furieux.
— De quoi veux-tu parler ?
— De cette façon que tu as eue d'orienter la conversation sur mes voyages comme si je passais mon temps dans les avions !
Elle tapota nerveusement le dossier d'un fauteuil.
— Je n'ai fait que suivre la stratégie que nous avons mise au point ensemble pour nous sortir de ce guêpier, rétorqua-t-elle, agacée. Dois-je te rappeler que nous annoncerons dans quelques semaines notre rupture, et que la raison invoquée sera tes trop nombreuses obligations à l'étranger ?
Ses explications ne semblèrent guère calmer Bruno.
— D'ailleurs, il serait assez habile que tu glisses dans la conversation avant le départ de mes parents une allusion à tes prochains déplacements, ajouta-t-elle pour enfoncer le clou. Histoire de préparer le terrain...
— Tu veux que je mente ? s'exclama-t-il d'un air courroucé.
Elle eut un sourire amer. Si tout ça n'avait pas été si triste, elle aurait presque ri de sa mine outragée !
— C'est ce que nous faisons avec application depuis hier, rappela-t-elle sèchement. Et là, au moins, il s'agit d'un mensonge utile !
De la cuisine leur parvenaient des bruits de vaisselle qu'on range : Maggie s'activait déjà en vue du déjeuner. Et ses parents n'allaient pas tarder à réapparaître pour une dernière tasse de café avant de prendre la route, songea Katy, en plein désarroi. Qu'allait-elle leur raconter ? Mentir, toujours mentir, jouer encore et toujours cette pitoyable comédie ! Elle en avait assez...
— Mes parents vont arriver, murmura-t-elle d'une voix sourde, et j'aimerais que tu leur dises quelque chose pour contrebalancer l'effet positif que tu as eu sur eux. Tb as réussi à les convaincre que tu étais le gendre idéal, ce qui va rendre les choses encore plus difficiles quand nous annoncerons notre séparation. Je t'en prie, essaie d'instiller le doute dans leur esprit, qu'ils ne tombent pas de trop haut ensuite !
— Pourquoi prendre les choses tellement au tragique ? s'exclama Bruno d'un ton dégagé. Nous ne leur avons même pas encore parlé mariage ; il est bien trop tôt pour préparer notre rupture !
— Oh, tu sais très bien comment sont les parents, et surtout les mères ! s'écria Katy. Je suis sûre que dès demain maman va me parler robe de mariage, traiteur et tout le tralala !
Un instant, elle s'imagina toute de blanc vêtue, avançant radieuse vers l'autel où l'attendait Bruno, et elle eut du mal à retenir ses larmes. Ce n'était qu'un rêve, un rêve rendu plus absurde encore par la mise en scène échafaudée par Bruno. Tout à coup, comme s'il avait senti sa faiblesse, il s'approcha d'elle et elle recula instinctivement de peur qu'il ne la touche, car elle ne savait pas si elle aurait la force de lui résister. Elle devait à tout prix se protéger de lui, étouffer cet amour qui la minait. Pour cela, il fallait le voir le moins possible, et donc sortir au plus vite de cette situation...
— Joseph et mes parents s'attendent à ce que nous leur annoncions rapidement la date du mariage, reprit-elle d'une voix plus calme. Plus vite nous les satisferons, mieux ce sera.
Il lui lança un coup d'œil méfiant.
— Dis-moi, Katy, une idée me vient tout à coup, déclara-t-il d'un ton soupçonneux. Une idée fort déplaisante... Et si tu profitais de la situation ? Hier, tu as décidé de garder ta garde-robe, aujourd'hui, tu insistes pour fixer une date de mariage ! Au fond, ces fiançailles forcées t'arrangent peut-être ? Je suis un parti rêvé, et il y a beaucoup à gagner pour toi dans cette affaire ! Aurais-tu l'intention de me demander un dédommagement en échange de ta discrétion ?
Elle lui lança un regard horrifié.
— Comment peux-tu imaginer une telle horreur ? s'écria-t-elle, scandalisée. Les vêtements, tu peux les garder, je n'en ai rien à faire ! Quant au reste, c'est... insultant !
— Peut-être avais-tu des plans dès le début? continua-t-il sur le même ton inquisiteur. Pour toi qui n'avais jamais connu d'homme, commencer par moi n'était pas un mauvais choix...
Bruno l'imagina tout à coup dans les bras d'un autre et une bouffée de jalousie irrépressible l'envahit. Ses soupçons, sa violence verbale étaient ridicules, il le savait, mais Katy éveillait en lui un tel désir, un tel instinct de possession qu'il ne pouvait pas supporter l'idée qu'elle lui échappe.
Chez Katy, la fureur avait fait place à l'abattement.
— Je n'ai pas cherché à profiter de toi, Bruno, si c'est cela que tu veux m'entendre dire, protesta-t-elle dans un souffle. Et je n'ai pas prémédité de faire l'amour avec toi : c'est arrivé comme ça, parce que j'en avais envie. Jamais je n'aurai une relation avec un homme par intérêt ! ajouta-t-elle d'une voix à peine audible. Je ne comprends pas que tu puisses penser ça de moi.
Elle eut du mal à retenir ses larmes, mais y parvint dans un dernier sursaut d'orgueil. Il y eut un silence qui se prolongea, de plus en plus pénible...
— Tu as raison, déclara soudain Bruno. Je n'avais pas le droit de t'accuser ainsi. Je ne sais pas ce qui m'a pris, je suis désolé...
Bien sûr, il n'allait pas lui expliquer qu'il avait cédé à un incompréhensible accès de jalousie...
Loin d'apaiser Katy, les excuses de Bruno ne firent qu'aggraver sa détresse : ses lèvres se mirent à trembler, ses yeux s'embuèrent. Elle tenta de lui cacher son désarroi, mais en vain. Alors, n'y tenant plus, il lui passa un bras autour de la taille, l'attira à lui et lui prit les lèvres. Il l'embrassa avec passion, et son désir viril si longtemps contenu se déchaîna. Incapable de réfréner plus longtemps le besoin qu'il avait d'elle, il glissa une main sous son chemisier, dégrafa son soutien-gorge et caressa la peau si douce de ses seins. Bouleversée, tous les sens en éveil, Katy se cambra pour mieux s'offrir à lui. Elle ne comprenait plus rien aux événements, mais peu lui importait : elle était dans les bras de Bruno, elle sentait sa chaleur, son parfum enivrant, et cela seul comptait.
— Bruno, murmura-t-elle dans un éclair de lucidité, que fais-tu ?
— Que faisons-nous, devrais-tu dire..., répliqua-t-il en déposant sur sa poitrine d'affolants baisers.
La tête renversée en arrière, Katy ferma les yeux tandis qu'il taquinait alternativement ses mamelons dressés. La sensation était si exquise et déclenchait en elle des ondes de plaisir si profondes qu'un léger cri lui échappa. Bruno déchaînait en elle le feu qui couvait, et son corps tout entier semblait s'être embrasé
— Tu veux que j'arrête ? demanda-t-il entre deux baisers.
Elle lui lança un regard éperdu qui trahissait le dilemme dans lequel elle se trouvait. La raison lui enjoignait de mettre un terme à cette étreinte, mais elle se sentait incapable de résister aux pulsions incontrôlables qui la poussaient vers Bruno. Rien ne pouvait arrêter le besoin qu'ils avaient l'un de l'autre : c'était comme si, après une longue traversée du désert, elle parvenait enfin, grâce à lui, à étancher sa soif.
Pour toute réponse, elle l'enlaça avec passion... Il glissait la main sous sa jupe quand ils entendirent des pas. Ils s'écartèrent à la hâte et se rajustèrent juste avant que les parents de Katy ne pénètrent dans la salle à manger. Vu le regard complice qu'ils échangèrent, ceux-ci avaient parfaitement compris le genre de scène qu'ils avaient interrompue.
— Désolée de vous déranger, balbutia Mme West avec un petit sourire gêné. Nous venons prendre congé.
Peu après, côte à côte sur le perron, Bruno et Katy regardèrent la voiture s'éloigner dans l'allée de graviers en agitant la main. Dans le parc inondé de soleil, on entendait seulement le pépiement des oiseaux et le frémissement des feuilles agitées par la brise. Un délicieux matin de printemps, songea Katy que ce spectacle pourtant idyllique n'apaisait guère.
Comment aurait-elle pu être sereine après ce qui venait de se passer ? Si ses parents n’étaient pas arrivés, elle se serait donnée à Bruno, au mépris de toute pudeur, de toute raison ! Elle avait perdu la tête !
— A quelle heure partons-nous ce soir ? demanda-t-elle d'un ton distant, décidée à reprendre le contrôle d'elle-même.
— 18 heures. Et si tu fais cette tête-là toute la soirée, ce n'est même pas la peine de venir ! Quel est ton problème exactement ?
— Tu le sais très bien, bredouilla-t-elle d'un air buté.
Il poussa un soupir.
— Je vois, fit-il avec impatience. Tu veux parler de notre bref échange dans la salle à manger ?
Elle ne releva pas cette étrange expression et hocha la tête.
De nouveau, il eut un soupir exaspéré.
— Très bien. Si mes souvenirs sont bons, c'est moi qui ai commencé à t'embrasser, rappela-t-il. Eh bien, sache que cela ne se reproduira plus, je m'y engage. Tu es satisfaite ?
L'étonnement le disputa chez Katy à la déception.
— Parce que tu n'en auras plus envie ? ne put-elle s'empêcher de demander.
— Je n'ai pas dit ça, rétorqua Bruno d'un ton amusé. Mais si chaque baiser doit provoquer chez toi la certitude d'avoir commis le péché originel, je resterai sage. Bien sûr, si c'est toi qui en prends l'initiative, ce sera différent, ajouta-t-il en la guettant du coin de l'œil. Dans ce cas, je me laisserai faire volontiers... Nous sommes plutôt bien assortis sur ce plan-là, ne trouves-tu pas ?
Elle se sentit rougir. Bruno avait raison, songea-t-elle tout à coup. Pourquoi se bridait-elle ainsi, comme si elle avait fait vœu de chasteté ? Leur relation n'avait aucun avenir, mais pourquoi s'interdire ces instants magiques entre ses bras et ne pas profiter tout simplement du bonheur présent qu'il lui offrait, sans plus penser au lendemain ? Elle aurait juré qu'il avait éprouvé avec elle un plaisir aussi intense que le sien. Cette magnifique harmonie de leurs corps n'était-elle pas un don du ciel qu'elle ne pouvait pas refuser ?
Elle était si tentée qu'elle se força à réagir violemment pour ne pas céder.
— Là n'est pas la question, asséna-t-elle dans un sursaut de lucidité. Je serai prête à 18 heures, ajouta-t-elle d'une voix étranglée. Et je jouerai correctement mon rôle de fiancée, je te le promets.
Pas un muscle de son visage ne trahit ce qu'il pensait.
— Parfait, se contenta-t-il de noter. Quant à moi, je ne serai pas là cet après-midi. J'ai rendez-vous.
— Avec qui ? ne put-elle s'empêcher de demander.
— C'est vrai, j'oubliais que nous sommes fiancés et que je dois te tenir au courant de mes faits et gestes..., commenta-t-il avec ironie.
— Bien sûr que non ! protesta-t-elle en rougissant.
— J'ai rendez-vous avec une blonde, poursuivit-il comme s'il n'avait rien entendu. Une blonde de cinquante ans qui se trouve être mon expert-comptable. Tu es satisfaite ?
— Tu peux rencontrer toutes les blondes que tu veux, ça m'est parfaitement égal, affirma-t-elle avec aplomb. A ce soir.
« Ce soir, pensa-t-elle en se préparant pour l'Opéra, je lui dirai que ça ne peut plus durer. » Se prêter à cette mascarade alors qu'il n'éprouvait rien pour elle lui était trop pénible. Il n'aurait qu'à trouver une autre solution. Tant pis si elle décevait Joseph et ses parents, tant pis si la presse se déchaînait contre lui : tout valait mieux que ce sordide mensonge.
Quand, une fois prête, elle jeta un dernier regard à la glace de sa chambre, elle eut du mal à se reconnaître dans la superbe créature que lui renvoyait le miroir. Tout était parfait, depuis ses sandales en daim crème à hauts talons qui accentuaient la finesse de sa silhouette, jusqu'à son fourreau en lamé argent qui laissait deviner la rondeur de sa poitrine enserrée dans un soutien-gorge pigeonnant. Ses boucles blondes gracieusement disposées encadraient son visage au maquillage subtil, et un pendentif en or se nichait dans le creux de son décolleté. Sans oublier, bien sûr, la bague de fiançailles qui brillait à son doigt...
Oui, Bruno pourrait la donner sans honte en pâture aux photographes, songea-t-elle avec amertume en descendant lentement l'escalier.
Il l'attendait au bas des marches, si séduisant dans son costume trois pièces qu'elle en eut le souffle coupé. Sa chemise au blanc immaculé contrastait avec ses cheveux bruns et son teint hâlé, lui donnant le charme délicieusement excitant d'un aventurier des mers du Sud.
— Tu es... magnifique, murmura-t-elle malgré elle.
— Toi aussi, répondit-il en lui lançant un regard admiratif. Prête pour le bal...
— Jusqu'aux douze coups de minuit, compléta Katy d'une voix étranglée.
Et après, comme dans le conte de fées, la réalité reprendrait droit de cité : leur couple s'évanouirait comme le carrosse de Cendrillon, et elle annoncerait à Bruno que le jeu était fini.
Rien ne l'avait préparée au déploiement de journalistes et de photographes qui les attendaient à leur arrivée à l'Opéra.
Les paparazzi se précipitèrent sur eux dès qu'ils sortirent de la voiture, et les flashes se mirent à crépiter. Effrayée, Katy glissa instinctivement la main dans celle de Bruno : il la serra aussitôt avec une force communicative qui lui donna du courage. Rassérénée, elle monta sans faiblir les marches du grand escalier de pierre et se força même à sourire. Au point où elle en était, c'était un moindre effort...
Dans l'immense hall dallé de marbre où se pressait une foule élégante, ils furent immédiatement reconnus. Amis et connaissances s'empressaient autour d'eux, chacun voulant féliciter Bruno et se montrer à ses côtés. Il serra des mains, embrassa de ravissantes créatures et, à tous, présenta très officiellement Katy comme sa fiancée.
— Je ne savais pas que tu étais si... important, lui glissa cette dernière à l'oreille quand ils furent enfin assis dans leur loge.
— Si tu l'avais su, te serais-tu comportée autrement ? répliqua-t-il en guettant sa réaction.
— Bien sûr ! répondit-elle en souriant. J'aurais fait encore plus d'efforts pour t'éviter quand tu rendais autrefois visite à Joseph !
Il lui adressa un clin d'œil taquin.
— Ça, je n'ai pas de mal à le croire ! s'écria-t-il en lui effleurant la joue de l'index.
Le rideau se leva, l'orchestre se mit à jouer, et Katy oublia tous ses soucis pour profiter du spectacle grandiose.
Quand ils se levèrent à la fin de la représentation, elle était radieuse.
— Quelle expérience magnifique ! s'écria-t-elle, transportée. Je ne connaissais rien à l'opéra, mais je n'oublierai jamais ce moment !
— Tu n'en connais pas moins que la plupart des gens qui ne viennent ici que pour se montrer, répondit-il. Et, au moins, tu es capable de t'enthousiasmer, alors qu'ils se croient obligés de jouer les blasés...
— Tes paroles me mettent du baume au cœur, balbutia-t-elle, infiniment touchée. Je ne me sens pas très à l'aise dans cette foule triée sur le volet, tu sais...
Une fois dans la rue, ils attendirent que le chauffeur avance leur voiture, indifférents désormais aux quelques photographes qui n'avaient pas quitté les lieux. Encore éblouie, Katy ne remarqua pas la femme blonde qui avançait vers eux.
C'est le son de sa voix qui attira son attention.
Isobel !
— Toutes mes félicitations ! s'écria tout à coup celle-ci de son timbre haut perché. Quel joli couple vous faites !
Katy blêmit et chercha aussitôt le regard de Bruno. Comment devaient-ils réagir à cette provocation ?
Bruno resta de marbre. Il prit la main de Katy dans la sienne et se tourna vers l'intruse.
— Chère Isobel, dit-il, comme c'est aimable à toi ! Sans rancune, n'est-ce pas ? Nous n'étions pas faits l'un pour l'autre, tu le vois bien !
Isobel resta un instant bouche bée, contrariée d'avoir raté son effet.
A l'évidence, elle avait espéré le déstabiliser et restait sur sa faim.
— Ne fais pas le malin, Bruno, s'écria-t-elle enfin. Tu sais aussi bien que moi que ces fiançailles ne sont qu'une mascarade ! Un séducteur comme toi avec une petite employée comme elle ? C'est une plaisanterie, et il n'y a probablement qu'elle pour y croire ! acheva-t-elle avec un rire sardonique.
Tant de méchanceté suffoqua Katy.
— Je crains que tu ne fasses erreur, rétorqua alors Bruno d'une voix cinglante. Ces fiançailles sont bien réelles.
— Tiens donc ! Alors, bien sûr, vous allez fixer une date pour votre mariage...
Elle attendit sa réponse avec un sourire narquois.
— Exactement, répliqua Bruno en enlaçant Katy amoureusement. Je vais épouser mademoiselle : nous sommes en train de régler les derniers détails et annoncerons une date avant la fin de la semaine. Voilà qui fera un joli scoop, n'est-ce pas, messieurs ? acheva-t-il en se tournant vers les journalistes qui se tenaient prêts, appareils en main.
Il se pencha vers Katy, et quand il posa ses lèvres sur les siennes, les flashes se mirent à crépiter...