Une liaison ardente - Cathy Williams
Chapitre 6. · Katy croisa le regard de Bruno. Il…
Katy croisa le regard de Bruno. Il la dévisageait avec une intensité si brûlante, une impudeur si manifeste qu'elle fut incapable de détourner les yeux. Le souffle court, elle sentit une vague de chaleur l'envahir. C'était plus troublant encore qu'une véritable caresse ! songea-t-elle, affolée.
Il s'attarda longuement sur son visage puis glissa vers ses seins dressés, ses mamelons durcis, descendit plus bas encore vers son ventre plat, ses hanches minces, ses cuisses fuselées. Quand il avança d'un pas, elle serra les bras autour d'elle dans un réflexe instinctif de protection, comme si elle craignait qu'il la touche. Mais il n'en fit rien... Un étrange sourire se dessina sur ses lèvres pleines, tandis qu'il continuait à la fixer.
— Ne fais pas ça, murmura-t-il d'une voix sourde.
— Quoi, ça ? balbutia-t-elle d'une voix à peine audible.
Il s'approcha plus encore, lui prit les mains et la força à desserrer ses bras qu'il écarta.
— Te cacher, dit-il.
Elle était si émue qu'elle eut du mal à soutenir son regard.
— Mais je ne me cache pas ! protesta-t-elle faiblement.
— Si. Tu te dissimules derrière toutes sortes de vêtements informes, à tel point que jusqu'à aujourd'hui je n'avais pas idée que tu avais un tel corps !
— Mon corps n'a rien de particulier, balbutia-t-elle d'une voix étranglée.
Il avait toujours ses mains dans les siennes et ce contact la bouleversait. Elle devait à tout prix se reprendre ! se dit-elle, au supplice. Et surtout ne pas imaginer que la réflexion de Bruno cachait un quelconque intérêt pour elle ! Il était seulement surpris de découvrir qu'elle n'était pas aussi mal faite qu'il se l'était imaginé, rien de plus ! Il n'y avait rien de sentimental dans tout ça ! Elle aurait dû changer de sujet au lieu de faire cette réflexion stupide...
— Si. Il est mince et souple, avec toutes les courbes qu'il faut là où il faut. Ta peau est douce comme du satin, tes...
— Je crois que je commence à avoir un peu froid, coupa Katy, incapable d'en entendre plus. Je vais chercher ma serviette et réveiller Joseph, ajouta-t-elle en évitant son regard.
— C'est le froid qui te fait cet effet ? dit-il en désignant sa poitrine.
Elle dut se retenir au dossier d'une chaise longue pour ne pas tomber. Elle le savait adepte du franc-parler, capable de prononcer les mots les plus crus s'il en éprouvait le besoin, mais sa question la déstabilisait tant qu'elle ne sut que lui répondre. Comment osait-il lui faire une remarque explicitement sensuelle alors qu'Isobel n'était qu'à quelques mètres ?
— Tu ne devrais pas me parler ainsi, articula-t-elle enfin d'une voix tremblante. Tu es fiancé, et...
— C'est un point qui mérite encore réflexion, coupa-t-il. Tu n'as toujours pas répondu à ma question. Est-ce le froid ou ma présence qui te fait cet effet ?
A peine avait-il prononcé ces paroles que Bruno s'interrogea. Il ne se reconnaissait pas lui-même : jamais il n'avait poursuivi une femme ainsi ! D'ordinaire, c'était plutôt l'inverse, et chaque fois qu'il avait eu envie d'une femme il n'avait eu qu'à le lui faire comprendre pour qu'elle se jette dans ses bras... Avec Katy, c'était différent.
En réalité, il n'était pas du tout sûr de sa réaction et tentait le tout pour le tout, au risque d'être vertement repoussé. Peut-être avait-elle seulement froid ? Et de toute façon, que lui importait ? Il n'allait pas s'imposer à elle, tout de même ! Mais une force supérieure à sa volonté le poussa à avancer la main vers la jeune femme. De la paume, il lui effleura la poitrine. Quand il sentit la pointe de ses seins se contracter, une vague de désir l'assaillit. Katy avait sur lui l'effet d'une bombe, mais elle ne semblait même pas s'en rendre compte. Que lui arrivait-il ? se dit-il de nouveau. Jamais il n'aurait imaginé qu'une fille aussi peu glamour puisse le mettre dans un tel état !
Toujours immobile, comme pétrifiée, Katy ne put retenir un gémissement et il en éprouva une joie intense. Elle n'était donc pas insensible à sa caresse.
Il retira sa main au prix d'un violent effort de volonté. S'il s'était laissé aller, il l'aurait enlacée et lui aurait fait l'amour sur-le-champ. Jamais il n'avait éprouvé un désir aussi impérieux.
Elle vacilla légèrement mais parvint par miracle à dissimuler le chaos qui l'agitait.
— Que veux-tu dire par « qui mérite réflexion » ? demanda-t-elle comme s'il ne s'était rien passé.
Sa voix à peine audible et la rougeur soudaine de son visage trahissaient son émotion.
— Je veux dire que je ne suis pas si pressé de me marier, répondit-il d'un ton dégagé. Isobel n'est peut-être pas l'épouse idéale...
— Mais je croyais qu'elle avait toutes les qualités que tu recherches chez ta future femme ! protesta faiblement Katy.
Il s'écarta un peu et lui lança un étrange regard.
— Pas toutes les qualités, précisa-t-il d'une voix sourde.
Elle resta muette.
— Tu ne me demandes pas ce qui lui manque ? demanda-t-il enfin.
— Si, murmura-t-elle, hypnotisée par l'éclat trouble de ses yeux sombres qui ne la quittaient pas. Qu'est-ce qu'elle n'a pas ?
— Cela...
Avant même qu'il se penche vers elle, Katy sut ce qu'il allait faire et le feu qui couvait en elle se déchaîna avec une incroyable violence. Son corps tout entier n'était plus qu'attente et une vague de désir l'envahit, la laissant pantelante. A l'instant où il lui prit les lèvres, tout autour d'eux s'évanouit comme par enchantement. Disparus, Joseph assoupi à quelques mètres d'eux, Isobel qui pouvait revenir d'un instant à l'autre, Maggie dans la cuisine... Katy ne savait plus où elle était, et le monde extérieur avait perdu toute réalité. Rien ne comptait plus que Bruno en face d'elle, Bruno qui l'embrassait passionnément, Bruno qui la serrait contre son corps puissant, Bruno dont elle sentait le désir bien réel, faisant écho au sien.
Ils s'embrassèrent longuement, avec une intensité presque douloureuse, et Katy crut mourir d'émotion et de plaisir. Comment un simple baiser pouvait-il déclencher en elle tant de sensations merveilleuses, inconnues d'elle jusque-là ? songea-t-elle, éperdue. Retenant un gémissement, elle s'accrocha au cou de Bruno et se pressa contre lui, palpitante.
Puis, tout à coup, il s'écarta d'elle et la réalité reprit droit de cité avec une implacable cruauté.
Isobel se tenait à quelques mètres d'eux, les traits déformés par la colère. Absorbés par leur étreinte, ils ne l'avaient pas entendue arriver...
Atterrée, Katy jeta un coup d'œil en direction de Joseph. Par bonheur, il était encore assoupi... Mais peut-être pas pour longtemps si Isobel laissait éclater sa rage, comme son expression vengeresse le laissait présager.
Bruno eut le bon réflexe : sans un mot, il prit Isobel par le bras et l'entraîna vers la maison sans lui laisser le temps de réagir. Ils allaient s'expliquer tous les deux, loin de toute oreille indiscrète ; de cette façon, Joseph ne serait pas au courant de l'incident.
Encore sous le choc de ce baiser et de l'arrivée intempestive d'Isobel, Katy s'enveloppa dans son peignoir. Elle ne comprenait pas encore très bien ce qui s'était passé, sinon qu'elle n'avait pas essayé une seule seconde de résister à Bruno. Dans ses bras, elle devenait une autre femme : il déchaînait en elle une sensualité torride qui ne s'était jamais manifestée jusque-là...
A cet instant, Joseph ouvrit les yeux et la dévisagea avec attention.
— Tu fais une drôle de tête, Katy ! Aurais-tu trop nagé ?
— Non, non, répondit-elle, évasive.
Joseph sourit. Devait-il lui avouer qu'il ne dormait pas et qu'il avait assisté à toute la scène ? Il avait songé à manifester sa présence, gêné d'être témoin de ce baiser fougueux, mais avait finalement jugé préférable de ne pas intervenir. Il se doutait depuis longtemps qu'il y avait quelque chose entre ces deux-là. .. Des regards, des sourires, des petits riens, et surtout une évidente complicité l'avaient mis sur la piste. En fait, il était ravi ! Bruno et Katy étaient les personnes qui comptaient le plus au monde pour lui et il ne pouvait voir leur idylle naissante que d'un bon œil. D'autant qu'il n'avait décidément aucun penchant pour cette Isobel aussi blonde que superficielle.
— Mais où sont Bruno et cette... j'ai oublié son nom ?
Katy se sentit rougir.
— Je ne sais pas, balbutia-t-elle, au supplice. Probablement en train de se changer. Que diriez-vous d'une tasse de thé ? suggéra-t-elle pour faire diversion.
Joseph acquiesça. Tout en l'escortant vers la maison, Katy ne cessait de s'interroger sur la marche à suivre. Jamais elle n'aurait imaginé se retrouver un jour dans cette situation ridicule, digne d'une pièce de boulevard ! Le fiancé pris en flagrant délit par sa future femme ! Quelle lamentable scène ! Elle aurait dû immédiatement repousser Bruno, d'autant que pour lui ce baiser ne portait nullement à conséquence, elle en était certaine. Il avait cédé à une pulsion soudaine qu'il regrettait certainement déjà. Un intense sentiment de culpabilité envahit peu à peu la jeune femme. Si elle n'intervenait pas pour mettre les choses au clair et expliquer à Isobel qu'il n'y avait rien entre Bruno et elle, les fiancés rompraient sans aucun doute. Or Bruno souhaitait-il vraiment cela ? Rien n'était moins sûr ! En tout cas, elle ne voulait pas avoir ça sur la conscience...
Après avoir installé Joseph sous la véranda devant une bonne tasse de thé, elle monta à la hâte se changer. La démarche qu'elle allait entreprendre lui coûtait terriblement, mais si elle ne la faisait pas maintenant, elle ne la ferait jamais...
Quelques minutes plus tard, elle frappa à la chambre de Bruno où elle était sûre de les trouver.
Ils y étaient en effet, constata-t-elle dès qu'elle eut poussé la porte : Bruno debout devant la fenêtre, une expression lointaine sur le visage, et Isobel assise dans un fauteuil. A en juger par son air menaçant, sa colère ne semblait guère s'être atténuée, bien au contraire, songea Katy avec appréhension.
Ils la dévisagèrent tous les deux avec la même stupéfaction.
— Que venez-vous faire ici ? s'écria aussitôt Isobel avec un regard qui lançait des éclairs.
— M'expliquer, répondit Katy.
— C'est inutile, intervint Bruno d'une voix glaciale. Tout ceci n'a rien à voir avec toi !
Si la situation n'avait pas été aussi pénible, Katy aurait eu envie de rire. Comment pouvait-il lui faire mieux comprendre que ce baiser n'avait pour lui aucune signification ? Que ce soit elle qu'il ait embrassée ou une autre importait peu : elle s'était trouvée là, c'est tout, au moment où il avait été pris d'une soudaine pulsion sensuelle. En cet instant précis, il aurait pu s'accommoder de n'importe quelle femme disponible...
— Tu te moques de moi, Bruno ? protesta Isobel, en furie. Tu m'invites à passer le week-end chez toi pour me présenter à ton parrain, tu me laisses entendre que tu es prêt à t'engager, et tu ne trouves rien de mieux à faire que de séduire une employée sous mes yeux ! Et tu voudrais que je me montre compréhensive !
Bruno serra les lèvres. Il semblait sur le point d'exploser.
— Arrête, Isobel, coupa Bruno. Nous nous sommes déjà expliqués sur ce point.
— Mais moi pas, reprit Katy, décidée à aller jusqu'au bout de sa démarche. Je veux convaincre Isobel que ce qu'elle a vu ne prête pas à conséquence.
— Parce que vous pensez que je vais vous écouter ? s'écria Isobel, soudain hystérique. Vous me prenez vraiment pour une idiote ! Je vous retrouve dans les bras de mon fiancé, vous embrassant passionnément comme deux adolescents à leur premier baiser, et vous voudriez me faire croire qu'il n'y a rien entre vous ? Allons, je ne suis pas stupide ! J'ai parfaitement compris qu'il s'est passé bien des choses entre vous !
— Laisse Katy en dehors de ça, ordonna Bruno d'une voix menaçante.
— Pas question ! Tu m'as humiliée comme jamais je ne l'avais été auparavant, et je te le ferai payer. Tb as peut-être l'habitude de te moquer des femmes sans qu'elles se rebiffent, mais avec moi tu es tombé sur le mauvais numéro !
Son visage était crispé par la rage et le sentiment de culpabilité de Katy ne fit que s'aggraver. L'incident prenait des proportions démesurées. Si elle avait eu la présence d'esprit de repousser Bruno, rien de tout ceci ne serait arrivé !
— Alors que vas-tu faire ? demanda Bruno d'un ton parfaitement calme. Engager quelqu'un pour me faire la peau et protéger ainsi le reste de la population féminine de mes agissements coupables ? Avertir la presse que je suis un dangereux suborneur ?
Isobel se leva d'un bond et Katy crut qu'elle allait le frapper. Mais elle se contenta de se planter devant lui et de lui adresser un regard assassin.
— Je ne sais pas, mais je trouverai, rétorqua-t-elle d'une voix sifflante. Un jour, tu regretteras de m'avoir humiliée ainsi. Et vous, ajouta-t-elle en se tournant vers Katy, je vous souhaite bien du courage ! C'est peut-être un as au lit, mais, pour le reste, vous allez comprendre votre douleur !
Et sur ces paroles vengeresses, la jeune femme quitta la pièce en claquant violemment la porte derrière elle.
Un silence pesant s'établit dans la pièce. Katy n'osait pas regarder Bruno, qui ne bougeait pas. Il semblait plongé dans la contemplation du parc.
— Je suis désolée, murmura-t-elle enfin dans un souffle.
— De quoi ?
— De voir Isobel dans cet état. Je n'ai pas trouvé ce qu'il fallait dire pour la calmer.
— Je viens d'essayer pendant une heure, sans résultat, expliqua Bruno avec lassitude. Elle refuse de m'écouter et ne veut pas entendre parler de rupture. J'ai eu beau lui expliquer que je m'étais trompé, que nous serions malheureux ensemble, elle ne veut rien savoir. Incapable de se remettre en question, elle met tout sur le compte de ce qui vient de se passer.
— Tu l'as quittée ? balbutia Katy, le cœur battant à tout rompre.
— Oui, et je lui rends service en m'en apercevant à temps. Je pense qu'elle m'en saura gré dans quelque temps. Je vois tout à fait le genre de type qu'elle va épouser : riche, mondain, snob.
Si j'ai mis tant de temps à comprendre que je faisais fausse route, c'est que je la voyais peu... Mais la découvrir ici, dans la maison de Joseph, m'a ouvert les yeux.
— Tu crois qu'elle va vraiment essayer de se venger ?
— Non. Elle va reprendre une vie sociale effrénée et tourner rapidement la page. Je parie que dans quelques jours elle annoncera à qui veut l'entendre qu'elle est beaucoup plus heureuse depuis qu'elle m'a laissé tomber !
Quelques instants plus tard, ils entendirent vrombir la voiture d'Isobel : elle était partie !
Quand, avant que Bruno ne les rejoigne pour le dîner, Katy apprit à Joseph le départ d'Isobel et sa dispute avec Bruno, il ne put cacher sa satisfaction.
— Bon débarras ! dit-il. Elle n'était vraiment pas faite pour lui !
Katy se demanda quelle femme était faite pour Bruno, mais se tut : il arrivait. Peu après la salade de fruits de mer que Maggie leur servit en entrée, il annonça sa rupture à son parrain, sans lui donner plus d'explications. Toujours délicat, Joseph n'en demanda pas, mais il était clair que cette nouvelle ne l'attristait pas, bien au contraire.
Les deux hommes se mirent alors à discuter à bâtons rompus. Katy les écoutait d'une oreille distraite : ses pensées la ramenaient inlassablement à ce moment magique où Bruno l'avait embrassée. Elle se souvenait de la moindre seconde de leur baiser passionné, de la pression des lèvres de Bruno sur sa bouche, de sa langue qui cherchait la sienne avec une affolante impudeur, de sa façon possessive de la serrer contre lui pour qu'elle n'ait pas le moindre doute sur la réalité de son désir. Quoi qu'il puisse se passer à l'avenir dans son existence, ce moment resterait gravé dans sa mémoire comme un instant de grâce...
— Tu m'as entendu, Katy ? demanda Bruno.
Elle sursauta et eut un sourire gêné.
— Excuse-moi, j'étais ailleurs, balbutia-t-elle. Tu disais ?
— Je proposais un petit cognac dans le salon.
— Je prendrai seulement une larme, Katy, ne t'inquiète pas, intervint Joseph avec un clin d'œil taquin. Je sais que tu me surveilles !
Par-dessus la table, elle posa la main sur celle du vieil homme avec affection.
— Mais non, Joseph ! protesta-t-elle en souriant. Un peu de cognac ne vous fera pas de mal... Et puis, demain, vous n'en nagerez que mieux !
Joseph pressa la main de la jeune femme et se tourna vers Bruno.
— Elle est adorable, n'est-ce pas ? Je ne sais pas ce que je ferais sans elle, ajouta-t-il avec un soupir.
— Allez dans le salon, je vous rejoins, suggéra Katy en évitant le regard de Bruno, qu'elle sentait posé sur elle.
Une fois que les deux hommes eurent quitté la table, elle prit son temps pour débarrasser et ranger la cuisine. Sans se l'avouer, elle cherchait par tous les moyens à retarder le moment où elle serait de nouveau en présence de Bruno. Joseph ne se couchait jamais tard : s'ils se retrouvaient en tête à tête après son départ, Bruno risquait d'évoquer ce qui s'était passé entre eux, et elle paniquait à cette seule idée.
Impossible pourtant de se réfugier dans sa chambre en catimini comme elle en mourait d'envie, se dit-elle au bout d'une demi-heure. Si elle n'apparaissait pas, Bruno était capable de venir la chercher où qu'elle soit. Elle devait le rejoindre...
Quand elle poussa sans le moindre enthousiasme la porte du salon, elle constata avec appréhension que ses craintes se confirmaient : Bruno était seul dans la pièce, assis sur le canapé, les yeux fixés sur la porte comme s'il n'attendait qu'elle.
Elle s'installa à son tour dans un fauteuil en affichant un air détaché. Pourquoi semblait-il si préoccupé ? se demanda-t-elle en tentant de se raisonner. Pour elle comme pour lui, ce baiser n'était rien d'autre que la traduction d'une attirance physique passagère, rien de plus ! Inutile d'en faire toute une histoire...
— Joseph était fatigué, expliqua Bruno. Je l'ai aidé à monter dans sa chambre.
— Tu aurais dû m'appeler !
— Pourquoi ? Je suis parfaitement capable de m'occuper de mon parrain ! Et en plus, tu étais encore en train de faire la soubrette zélée !
Elle haussa les épaules, agacée.
— Qu'est-ce que tu racontes ? protesta-t-elle. J'ai rangé un peu, c'est tout !
Il était enfoncé dans le canapé, la mine sombre, ses longues jambes croisées devant lui, un verre vide à la main. La bouteille de cognac était à moitié entamée, et Katy conclut à sa posture alanguie qu'il avait dû boire plus que de raison. Peut-être tentait-il d'oublier Isobel ? Elle lui manquait probablement déjà et il regrettait d'avoir rompu. Oui, c'était certainement l'explication de son air morose.
— D'accord, d'accord ! reprit-il avec impatience. Mais dans ce cas, cela signifie que tu m'évites. Et je voudrais bien savoir pourquoi, ajouta-t-il en vidant son verre qu'il posa brutalement sur la table basse. Est-ce parce que je t'ai embrassée ?
A la seule évocation de leur baiser, Katy sentit son pouls s'accélérer, mais réussit à se dominer. Bruno ne devait surtout pas deviner son trouble.
— Je n'ai pas envie de parler de ça, Bruno, déclara-t-elle d'un ton sec. Et si je puis me permettre, tu devrais arrêter de boire...
Il se redressa péniblement et la fixa d'un air concentré.
— Je te promets que je ne boirai plus une goutte si tu viens t'asseoir à côté de moi, annonça-t-il, soudain solennel.
Katy hésita un instant puis avança de quelques pas mal assurés, partagée entre l’envie irrépressible de s’approcher de lui et la volonté de paraître indifférente.
Avec un sourire, Bruno tapota la place à côté de lui en signe d’invité, comme il l’aurait fait avec un enfant.
— Viens, murmura-t-il.
Plus morte que vive, Katy s’exécuta. Son cœur battait si fort qu’elle avait presque l’impression que Bruno pouvait l’entendre.
— Je suis désolée pour Isobel, balbutia-t-elle, éperdue.
Peut-être allait-il s’épancher, lui avouer combien il regrettait d’avoir perdu sa fiancée ? Dans ce cas, elle tenterait de le consoler. Mais il n’en fit rien.
— Pourquoi ? rétorqua-t-il avec cynisme. Tu ne l’appréciais pas !
— Nous n’avions pas beaucoup de points communs, répondit-elle évasive.
Il se redressa et, d’un geste las, passa la main dans ses cheveux bruns, tandis qu’une ombre assombrissait encore son regard noir.
— De toute façon, il n’y a rien à regretter, asséna-t-il brutalement. Je suis infiniment soulagé que tout soit fini entre nous, et tu devrais t’en réjouir avec moi.
Katy le regardait, fascinée par la longueur incroyable de ses épais cils noirs. Une bouffée de joie l’envahit quand elle réalisa qu’il était satisfait de la situation.
— Pourtant, une relation qui s’arrête, c’est toujours triste, fit-elle observer. Même si pour toi, c’est sûrement différent… J’imagine que tu as eu quantité de liaisons féminines, ajouta-t-elle sans réfléchir.
Elle regretta aussitôt sa remarque. Qu’avait-elle besoin d’en savoir plus sur ses aventures passées? Sa vie sentimentale ne la regardait pas !
— C'est incroyable comme tu peux te faire des idées sur moi ! s'exclama-t-il, agacé. Le cliché du séducteur alignant les conquêtes a la vie dure... En réalité, tu ne sais rien de moi.
— Désolée, murmura-t-elle, confuse.
Il sembla se détendre tout à coup et un sourire adoucit son expression soupçonneuse.
— Tu es vraiment désolée ? demanda-t-il d'une voix sourde.
Il la fixait avec une telle intensité qu'elle sentit une vague de chaleur l'envahir. L'éclat brillant de son regard sombre la déstabilisait profondément. Quel message voulait-il lui transmettre ? songea-t-elle, affolée. Son attitude étrange était-elle le seul fait de l'alcool ?
— Dans ce cas, je te pardonne, reprit-il avec un clin d'œil de connivence qui acheva de lui faire perdre ses moyens.
Il avança la main et lui saisit le poignet. Paralysée par l'émotion, elle se laissa faire. Alors, de son pouce, il caressa la peau douce, là où les veines affleuraient, et elle en eut le souffle coupé. C'était un geste anodin en apparence, mais empreint d'une telle charge de sensualité qu'un long frisson la parcourut.
Elle réalisa alors que depuis l'épisode de la piscine, elle vivait dans l'espoir qu'il la reprenne dans ses bras. Elle aurait tout donné pour retrouver le contact de son corps, le goût de ses lèvres... Si elle restait sur ce canapé auprès de lui, elle ne répondait plus d'elle-même. Il l'avait envoûtée...
— Il faut que je parte, chuchota-t-elle, éperdue.
Il se rapprocha d'elle et leurs cuisses se frôlèrent.
— Te laisser partir ? Ce n'est pas du tout ce que j'avais en tête, murmura-t-il. Je pensais plutôt que nous reprendrions là où nous en étions tout à l'heure...