Une liaison ardente - Cathy Williams
Chapitre 8. · — Ce soir, je me couche tôt,…
— Ce soir, je me couche tôt, annonça Joseph. Mon ami Dave vient me chercher à 9 heures demain matin ; il m'emmène au club de bridge où nous allons retrouver plein de sémillants octogénaires dans notre genre, ajouta-t-il en riant. Tu devrais aussi aller te reposer, Katy. Tu as l'air fatigué.
La jeune femme ne protesta pas. Elle était épuisée, en effet, plus nerveusement que physiquement, mais il était inutile de le préciser à Joseph.
Elle ne cessait de se reprocher sa naïveté. Pourquoi n'avait-elle pas combattu cet amour pour Bruno dès qu'elle l'avait senti se développer en elle ? Comment, sachant à quel point il comptait pour elle, avait-elle pu commettre l'erreur de se donner à lui ? Elle aurait dû l'éviter, le repousser, ériger entre eux un fossé infranchissable ! Au contraire, elle lui avait accordé ce qu'elle avait de plus précieux et qu'elle n'avait jamais accordé à aucun homme !
Quelle stratégie adopter à présent ? Continuer à travailler pour Joseph, c'était se condamner à croiser Bruno de temps à autre, et donc rouvrir chaque fois des plaies à peine cicatrisées. Mais partir, n'était-ce pas abandonner lâchement Joseph, qui avait plus que jamais besoin d'elle et pour lequel elle éprouvait tant d'affection ?
Partir, c'était aussi s'interdire définitivement tout contact avec Bruno, et cette perspective lui brisait le cœur. Pourquoi ne pas transiger, accepter ce qu'il était capable de lui donner, une relation certes éphémère mais qui lui permettrait de connaître encore le bonheur pour quelques semaines, quelques mois peut-être, jusqu'à ce qu'il se lasse d'elle ?
Katy se tourna et se retourna dans son lit sans pouvoir s'endormir. La nuit était déjà bien avancée quand elle plongea enfin dans un sommeil lourd et agité.
Le lendemain matin, des coups frappés à sa porte la réveillèrent en sursaut. Elle se précipita au bas du lit, enfila un peignoir et alla ouvrir. Joseph se tenait dans le couloir, un large sourire aux lèvres.
— Petite coquine ! lança-t-il d'un air ravi.
— Mais...
— Je me doutais bien qu'il y avait quelque chose entre vous, mais je comprends que vous ayez voulu garder votre secret aussi longtemps que possible !
Katy passa une main dans ses cheveux ébouriffés. Elle ne comprenait pas un traître mot de ce que son ami racontait.
— Dave s'est décommandé ? demanda-t-elle.
— Non, non, il arrive. Je viens juste d'apprendre la nouvelle et je voulais te dire combien je suis heureux. Je peux rentrer un instant en l'attendant ?
De plus en plus stupéfaite, Katy fit signe à Joseph de s'asseoir.
— Quand je pense que tu m'as parlé du départ de Bruno pas plus tard qu'hier soir ! s'exclama Joseph en riant. Bien joué, ma chère Katy, je n'y ai vu que du feu ! Même si j'avais remarqué ta nervosité grandissante ! Si tu savais comme cette nouvelle me comble !
— Mais... quelle nouvelle ? bredouilla enfin Katy.
— Bien sûr, tu me manqueras beaucoup, reprit Joseph comme s'il n'avait rien entendu. Mais je viendrai vous voir, et vous ferez des séjours ici, j'en suis sûr ! Sauf si je dois quitter la maison : car le seul petit problème est qu'il va falloir te trouver une remplaçante, et, ça, ce sera difficile !
— Une remplaçante ? répéta Katy, les yeux écarquillés.
— Oh, peu importe ! s'écria Joseph en se levant. C'est une question mineure comparée à la joie que me procure l'annonce de ton mariage avec Bruno ! Bon, je te laisse, j'entends la voiture de Dave. Nous reparlerons de ça tout à l'heure, à tête reposée !
Après le départ de Joseph, Katy resta immobile au milieu de la pièce. Au fur et à mesure qu'elle réalisait l'énormité de ce qu'elle venait d'entendre, son visage blêmissait. Il fallait absolument tirer cette affaire au clair ! se dit-elle en se ressaisissant. Ce devait être une plaisanterie, une stupide plaisanterie !
Elle s'habilla à la hâte, descendit quatre à quatre l'escalier et se précipita dans la cuisine. Bruno était nonchalamment assis à la table de ferme, ses longues jambes croisées devant lui, les manches de sa chemise relevées sur ses avant-bras musclés. Plus sexy que jamais, songea Katy en réfrénant le trouble qui s'emparait d'elle. Le moment était pourtant mal choisi pour céder à son charme...
— Tu veux du café ? demanda-t-il.
— Quand es-tu rentré ? rétorqua Katy avec une agressivité mal contenue.
S'il était aussi calme, c'était certainement parce qu'il n'était pas au courant de cette invraisemblable histoire, songea-t-elle tout à coup. Il faudrait bien qu'elle lui en parle, et il allait être furieux.
— Tu as vu Joseph ? demanda-t-elle d'une voix plus maîtrisée.
— Oui, je viens de le voir.
Elle lui lança un regard stupéfait. Elle n'y comprenait plus rien...
— Tu devrais jeter un coup d'œil à ces journaux, suggéra-t-il soudain.
Dans son émotion, elle n'avait pas vu la pile de journaux qui trônait sur la table.
— Tiens, tu n'as qu'à commencer par celui-là, poursuivit-il en lui tendant le premier de la pile.
Sans un mot, Katy déplia le quotidien et crut que son cœur allait s'arrêter de battre : à la une, en grandes lettres capitales, on annonçait les fiançailles de Bruno Giannella, le plus beau parti de Londres, avec Mlle Katy West. S'ensuivait un long article sur la déception que cette nouvelle suscitait chez les mannequins et autres actrices de cinéma qui avaient, à un moment ou à un autre, croisé l'existence de Bruno et espéré se faire épouser. C'était une parfaite inconnue qui avait décroché le gros lot, concluait l'article avec une absence totale d'élégance.
A la hâte, elle parcourut la une des autres journaux. Toutes annonçaient la même nouvelle : Katy West allait devenir Mme Bruno Giannella.
— Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ? s'écria-t-elle enfin d'une voix blanche. Et comment peux-tu rester aussi calme ?
— J'ai mis un certain temps à m'y faire, admit Bruno. Isobel m'a appelé hier soir pour me conseiller de jeter un œil sur les journaux d'aujourd'hui. Ce que j'ai fait dès qu'ils ont été en vente. Bien sûr, il était trop tard pour intervenir. Aussi suis-je venu aussitôt pour prévenir Joseph avant qu'il ne reçoive son journal.
— Mais... mes parents ? bredouilla Katy. Il faut que je les appelle, que je les mette au courant. Que vont-ils penser ?
Elle se tourna vers Bruno avec un regard désolé.
— Que faire ? s'écria-t-elle, éperdue. C'est horrible ! Et toi, tu restes impassible comme si tout ça ne prêtait pas à conséquence ! ajouta-t-elle avec une fureur mal contenue. Comme si ça ne te concernait pas ! Je te signale que c'est ton mariage qu'annoncent tous ces journaux !
— Je sais, dit-il simplement.
Elle le regarda plus attentivement et remarqua tout à coup ses traits tendus.
— Je ne devrais pas m'énerver, déclara-t-elle enfin d'une voix radoucie. Après tout, nous sommes dans la même galère, et c'est pire pour toi qui es si souvent la cible des journalistes... Qu'as-tu l'intention de faire ?
Habitué comme il l'était à gérer des crises, il avait certainement déjà trouvé une solution !
— J'avoue que la situation me paraît particulièrement délicate, murmura-t-il d'un air pensif.
— Délicate ? En tout cas, il va bien falloir qu'on dise la vérité à nos proches, à commencer par Joseph et mes parents !
— Joseph... Parlons-en justement... Cette nouvelle ne pouvait pas lui faire plus plaisir, et à l'heure qu'il est aux anges.
Leurs regards se croisèrent, s'accrochèrent l'espace de quelques secondes et Katy ne put s'empêcher de frissonner tandis qu'un trouble sensuel désormais familier s'emparait d'elle. Elle se reprit heureusement bien vite : il fallait oublier ce qui s'était passé entre eux et se concentrer pour arranger cette situation invraisemblable.
— Pour tout dire, je crains beaucoup sa réaction si nous lui annonçons qu'il s'agit d'une erreur, reprit Bruno. N'oublie pas qu'il vient d'avoir une attaque et que le médecin a déconseillé toute émotion violente. Et puis il y a tes parents. Tu es leur fille unique, et j'imagine leur désarroi si tu les appelais pour leur dire qu'il s'agit d'une mauvaise plaisanterie.
Il fit une pause pour observer la jeune femme. Elle resta silencieuse, les yeux perdus dans le vague.
— Et enfin, il y a mon statut professionnel, acheva-t-il. Ma réputation d'homme d'affaires intègre risquerait d'en prendre un coup si les journaux me dépeignaient comme un séducteur qui promet le mariage à une jeune fille pour rompre la même semaine !
— Mais tu es un séducteur ! protesta Katy d'une voix étranglée.
— Entre avoir des aventures et séduire puis abandonner une jeune fille innocente, il y a une différence, il me semble !
— Ils ne savent pas que je suis une jeune fille innocente ! Bruno poussa un soupir las.
— Ils le sauront, affirma-t-il. Ils sauront tout... Dans quelques heures, ils seront plantés devant la grille du parc avec leurs appareils photo. Pour eux, je suis une proie de choix...
Katy était toute pâle.
— C'est affreux, murmura-t-elle. Comment allons-nous nous en sortir ?
Bruno se redressa et lui lança un regard aigu.
— Je ne vois qu'une issue possible : faire comme si ces fiançailles étaient réelles, dit-il. Une fois que les paparazzi auront eu leurs photos, ils iront chasser ailleurs...
— Et mes parents ? Joseph ?
— Même chose. On jouera les tourtereaux quelque temps, et puis on annoncera notre rupture. Ils penseront que nous avons eu raison de nous séparer avant le mariage plutôt qu'après.
Il posa la main sur celle de Katy, qui la retira aussitôt. Etant donné les circonstances, tout contact physique avec Bruno lui était infiniment douloureux. Il fallait en finir au plus vite.
— Tu as raison, c'est la seule solution : je vais appeler mes parents, annonça-t-elle en se levant brusquement. Et leur expliquer que nous avons voulu leur faire la surprise. J'espère qu'ils ne m'en voudront pas trop…,ajouta-t-elle en quittant la pièce.
Quand elle revint une dizaine de minutes plus tard, elle semblait presque soulagée.
— Ma mère a trouvé ça très romantique, expliqua-t-elle avec un soupir. Il paraît qu'elle et mon père ont décidé de se marier quinze jours après s'être rencontrés ! Je préfère juste ne pas imaginer ce qu'elle dira quand je lui annoncerai la rupture... Ah, au fait ! Ils arrivent demain. Je me suis efforcée de dissuader maman de venir, mais elle veut absolument faire ta connaissance i II va falloir que je leur trouve une chambre d'hôtel, ajouta-t-elle, soucieuse.
— Pas question ! intervint Bruno. Joseph ne comprendrait pas qu'ils n'habitent pas ici.
Elle protesta, car la perspective de cette cohabitation la mettait mal à l'aise, mais Bruno ne céda pas. Pourtant, cette idée était absurde ! Pourquoi imposer à leurs proches de faire véritablement connaissance, alors que dans quelques semaines tout serait terminé ? Une simple prise de contact autour d'un unique repas aurait amplement suffi !
— Joseph sera ravi de montrer ses orchidées à tes parents, et peut-être même les éditions rares de sa bibliothèque, ajouta Bruno.
Voilà justement ce qu'elle craignait : que les choses se passent trop bien, rendant plus difficile encore ce qui suivrait... Quoi qu'il en soit, il était inutile d'argumenter. Quand Bruno avait décidé quelque chose, rien ni personne ne pouvait le faire changer d'avis.
— As-tu parlé à Isobel ? demanda-t-elle brusquement.
— A quoi bon ? rétorqua-t-il. Je m'expliquerai avec elle plus tard. Pour l'instant, parons au plus pressé.
Katy réfléchit quelques instants.
— La meilleure solution serait que tu t'absentes le plus possible pour ton travail, suggéra-t-elle. Je resterai seule ici, sauf le week-end. Nous pourrons ensuite expliquer que tes engagements professionnels ont eu raison de notre couple. C'est plausible, non ?
Elle omit de préciser que l'avantage majeur de ce scénario était qu'ils se côtoieraient le moins possible. Elle n'ignorait pas, en effet, que s'ils vivaient ensemble au quotidien, la séparation serait extrêmement douloureuse. Par ailleurs, elle ne se sentait pas la force de jouer la comédie de la fiancée nageant dans le bonheur... Ce serait trop cruel.
— Oui, acquiesça-t-il d'un ton détaché.
— En tout cas, ce serait un argument valable, insista Katy. Il va bien falloir qu'on trouve quelque chose pour justifier une rupture aussi soudaine !
Il fronça les sourcils.
— Dans l'intervalle, nous devons nous procurer une bague, déclara-t-il comme s'il n'avait rien entendu.
— Une bague ? s'écria-t-elle en ouvrant de grands yeux.
— Oui, bien sûr ! Une bague de fiançailles ! Sinon ni Joseph ni tes parents ne croiront à notre histoire.
Il consulta sa montre et se leva.
— Viens, lança-t-il. Nous avons deux heures pour faire un aller-retour en ville.
Elle le suivit sans un mot. A quoi bon argumenter ? Cette histoire était de plus en plus invraisemblable, mais il était malheureusement impossible de faire machine arrière...
Deux bijouteries et une heure plus tard, ils pénétrèrent dans la dernière joaillerie de la ville.
— J'espère que cette fois c'est la bonne ! murmura Bruno à l'oreille de Katy. Nous n'avons vu que des horreurs jusqu'à présent.
Katy lui jeta un regard chargé d'incompréhension. Pourquoi se donner autant de mal pour une bague qui ne représentait rien et qu'elle lui rendrait dans quelques semaines ?
La vendeuse, aussi gracieuse qu'élégante, leur présenta des bijoux aux diamants si énormes que Katy en resta bouche bée.
— Mais c'est beaucoup trop ! s'exclama-t-elle, mal à l'aise.
— Rien n'est trop beau pour toi, murmura Bruno en lui effleurant la tempe d'un baiser furtif.
Katy réprima un frisson sous cette caresse sensuelle, mais fut aussitôt envahie d'une douloureuse amertume. Comment Bruno pouvait-il être assez pervers pour pousser la comédie aussi loin ? songea-t-elle, chassant de son esprit le souvenir brûlant d'autres caresses, d'autres baisers... Elle ne devait pas penser à ce qui s'était passé entre eux !
Un quart d'heure après, elle sortit du magasin avec une ravissante bague en or dont la monture finement ciselée était sertie de deux petits diamants. Elle avait eu un coup de cœur pour ce bijou charmant. Dans la rue, admirant son annulaire, elle se surprit à imaginer qu'elle était vraiment fiancée à Bruno, qu'ils allaient se marier pour de bon et son cœur se serra.
— Pourquoi ce soupir ? demanda Bruno en lui jetant un coup d'œil.
— Pour rien, répondit-elle à la hâte.
Par bonheur, il n'insista pas.
— Je meurs de soif, enchaîna-t-il. Si nous allions prendre un café ?
Ils s'attablèrent à une terrasse et commandèrent deux cappuccinos.
— Je ne t'ai même pas remerciée d'avoir si facilement accepté de jouer le jeu, lança Bruno en l'observant avec acuité. Après tout, tu aurais pu refuser ! Dans cette histoire, c'est moi qui ai le plus à perdre...
— Tu n'as pas à me remercier, c'était normal, rétorqua-t-elle. Et je voulais préserver Joseph et mes parents. De toute façon, tout ça ne va pas être très long, n'est-ce pas ?
— Je n'en suis pas si sûr, répondit-il, soudain soucieux. Cette mise en scène risque d'être un peu plus difficile à gérer que prévu. Ici, chez Joseph, nous avons l'impression de vivre en circuit fermé, mais mes secrétaires à Londres m'ont averti que la plupart de mes relations professionnelles se sont manifestées pour me féliciter dès la parution de l'annonce. Nous sommes déjà invités à plusieurs sorties officielles.
Katy pâlit. La tournure que prenaient les événements ne lui plaisait pas du tout...
— Demain, nous assistons à une première à l'Opéra dans la loge d'un client, enchaîna-t-il.
— Mais c'est ridicule ! s'écria-t-elle. Trouve une excuse pour refuser !
— J'ai accepté..., rétorqua-t-il. Tant que nous ne nous serons pas montrés en public tous les deux au moins une fois, les paparazzi ne cesseront de nous harceler. Laissons-les prendre quelques photos, et nous aurons la paix. Je te promets qu'à l'avenir je limiterai les obligations mondaines. Ah, un détail ! Pour demain soir, il faut que tu te trouves une tenue...
Katy lui lança un regard noir. Il disposait d'elle comme si elle n'avait pas son mot à dire ! Elle devait se plier à ses exigences, jouer à la future et parfaite épouse jusqu'à ce que, d'un coup de sifflet, il décide que la représentation était terminée !
— Et si je n'en ai pas envie ? lança-t-elle d'un ton menaçant.
— C'est toi que ça regarde, fit-il observer avec calme. Sache simplement que les femmes sont très habillées pour ce genre de soirée...
De nouveau, elle réfréna une bouffée de colère devant son parfait détachement, et cette insupportable façon qu'il avait de la contraindre sans en avoir l'air.
— Tu n'as qu'à y aller tout seul ! s'exclama-t-elle, à bout.
Cette fois, ce fut lui qui soupira.
— Katy, tu ne sembles pas bien comprendre ce qui va se passer si tu persistes à te cacher ! La curiosité des paparazzi en sera renforcée et nous allons les retrouver cachés dans le jardin, guettant la moindre occasion de prendre un cliché ! Tu imagines le choc de Joseph s'il se retrouve nez à nez avec un téléobjectif ! Je t'assure que si nous leur octroyons ce qu'ils veulent — une simple soirée à l'Opéra, par exemple —, ils se désintéresseront vite de nous.
— Nous n'aurions jamais dû mettre le doigt dans cet engrenage, murmura Katy.
Il lui jeta un coup d'œil incisif qu'elle ne remarqua pas.
— Tu veux dire que nous n'aurions pas dû nous embrasser l'autre jour au bord de la piscine, ou plutôt nous débrouiller pour ne pas être pris en flagrant délit ? demanda-t-il d'une voix coupante.
— Il aurait fallu dire tout de suite la vérité, répondit Katy, éludant sa question. A présent, il est trop tard.
— Tu as raison, il est trop tard, asséna-t-il. Alors allons te chercher des vêtements.
Comme lors de l'épisode de la bague, elle le suivit sans discuter. Elle n'avait guère le choix. Il l'emmena dans un magasin de luxe où une vendeuse les accueillit, tout sourires. Probablement refroidie par l'air renfrogné de Katy, elle se tourna d'emblée vers Bruno.
— Que puis-je pour vous ? demanda-t-elle de sa voix la plus suave.
— Madame doit se refaire une garde-robe, expliqua-t-il.
— Pas une garde-robe ! protesta Katy. J'ai juste besoin d'une robe !
— Je croyais que toutes les femmes rêvaient de dévaliser les boutiques ! s'exclama Bruno en l'enlaçant par la taille. Tu ne ressembles décidément à aucune autre, Katy !
Bouleversée de le sentir si proche, elle se dégagea aussi vite qu'elle le put.
— Lâche-moi, murmura-t-elle d'une voix étranglée.
Il resserra son étreinte et l'attira contre lui.
— N'oublie pas que nous sommes fiancés, lui murmura-t-il à l'oreille. Nous devrons être crédibles aux yeux de Joseph et de tes parents : mieux vaut répéter, n'est-ce pas ?
Répéter, jouer la comédie : pour Bruno, il ne s'agissait que de cela, alors que pour elle cette mascarade était un crève-cœur de tous les instants, songea Katy avec une douloureuse amertume.
La vendeuse leur présenta une dizaine de robes et tailleurs plus élégants les uns que les autres, parmi lesquels Bruno en sélectionna huit. Katy se taisait, décidée à ne pas intervenir dans ces achats qu'elle ne cautionnait pas.
— C'est absurde ! s'exclama-t-elle enfin, poussée à bout. Je ne vais pas te faire acheter huit ensembles alors que nous savons toi et moi que dans quelques semaines tout au plus je n'en aurai plus besoin.
— Tu n'auras qu'à les garder ! rétorqua Bruno d'une voix dure. Et la bague avec !
— Certainement pas ! protesta Katy sur le même ton. Le jour où je porterai une bague de fiançailles, ce sera parce qu'elle représentera un véritable engagement ! Or tu sais bien qu'il n'y a rien entre nous...
Un éclat métallique brilla dans le regard sombre de Bruno.
— Très bien, asséna-t-il. Tu en feras ce que tu voudras, tu la donneras si tu veux, mais je ne la récupérerai pas ! Et pour les robes, c'est pareil ! Si tu préfères continuer à te cacher sous tes vêtements informes, libre à toi !
Piquée au vif, Katy décida d'essayer les ensembles proposés par la vendeuse, ne serait-ce que pour faire ravaler ses paroles à Bruno. Comme n'importe quelle autre femme, elle pouvait être sexy et féminine si elle le voulait, et elle allait le lui prouver !
Contre toute attente, elle se prit au jeu et finit par s'amuser beaucoup à ces essayages. Entre autres robes, Bruno approuva son choix d'un fourreau en lamé argent pour la soirée à l'Opéra, mais, à sa grande déception, s'abstint de tout commentaire. Il paya sans un mot et demanda à ce que le tout soit livré chez Joseph.
Quand ils furent dans la rue, elle se tourna vers lui et lui lança un regard provocateur.
— Je vais te prendre au mot et garder les vêtements ! annonça-t-elle d'un air mutin. Qui sait, quand nous serons officiellement séparés, je me mettrai peut-être en quête d'un vrai compagnon, cette fois ! Ces robes pourraient m'être utiles...