Une liaison ardente - Cathy Williams

Julie · Chapitre 7 sur 10

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Une liaison ardente - Cathy Williams

Chapitre 7. · — Là où nous en étions tout…

 

— Là où nous en étions tout à l'heure ? répéta Katy d'une voix blanche.

— Oui. Sauf que tu portais moins de vêtements...

Il la prit par la taille et l'attira à lui.

— Il me semble que c'est là que nous nous étions arrêtés, chuchota-t-il en cherchant sa bouche.

— Bruno, non..., balbutia-t-elle dans un dernier et inutile sursaut de raison.

L'embrasser n'avait aucun sens, mais comment résister aux forces irrépressibles qui la poussaient vers lui ? Elle combattait pour l'honneur, car elle était déjà vaincue...

— Allons, Katy, tu en as autant envie que moi, murmura-t-il en lui effleurant la nuque de son souffle chaud.

Il se pencha et elle lui tendit ses lèvres, accueillant son baiser avec avidité. Leur étreinte à la piscine avait éveillé en elle un désir qu'elle n'avait jamais éprouvé et dont la violence même l'effrayait. Ils s'embrassèrent longuement, passionnément, et elle ne pensa plus à rien qu'au plaisir de sentir la bouche de Bruno accaparer la sienne. Quand il la lâcha enfin, la tête lui tournait. H lui fallut quelques secondes pour reprendre ses esprits. Peut-être était-il encore temps de tout arrêter ? songea-t-elle alors dans un éclair de lucidité. L'idée de repousser Bruno lui brisait le cœur, mais se donner à lui était une folie !

— Bruno, ceci ne rime à rien, protesta-t-elle d'une voix étranglée. L'alcool t'empêche de réfléchir ; je suis sûre que dès demain, tu regretteras ton geste !

Il la serra contre lui et lui ferma la bouche d'un rapide baiser.

— Je n'ai pas besoin de boire pour avoir envie de toi, Katy, expliqua-t-il en la regardant droit dans les yeux. Et d'ailleurs, tu te méprends, je n'ai pas trop bu : la bouteille était déjà bien entamée quand nous nous sommes servis, Joseph et moi ! Rassure-toi, je suis en parfaite possession de mes moyens, et je sais très bien ce que je fais. Oui, j'ai envie de toi..., répéta-t-il d'une voix rauque. Envie de toi comme je n'ai jamais eu envie d'aucune femme.

De joie, Katy sentit son cœur tambouriner dans sa poitrine. Elle avait du mal à croire que c'était à elle qu'il parlait, et pourtant, elle ne rêvait pas !

— Si nous montions dans ma chambre ? suggéra-t-il alors de sa voix rauque aux accents sensuels. Un lit, c'est quand même mieux pour faire l'amour, tu ne trouves pas ?

— Faire l'amour..., répéta-t-elle d'une voix blanche, comme si ces mots n'avaient aucun sens pour elle.

— Oui : faire l'amour, confirma-t-il avec calme. C'est ce qui se passe quand un homme et une femme sont attirés l'un par l'autre... Comme toi et moi en ce moment...

De son index, il dessina lentement l'ovale parfait de son visage, puis descendit le long de son cou gracile vers le creux de son décolleté, jusqu'au sillon de sa poitrine. Aussitôt la jeune femme sentit les pointes de ses seins se durcir, ce que Bruno ne manqua pas de remarquer, bien sûr.

— Tu vois, toi aussi tu en as envie, affirma-t-il d'un ton persuasif. Inutile de prétendre le contraire, je ne te croirai pas ! Il suffit de te laisser aller, Katy. Ce que nous allons faire est la chose la plus naturelle et la plus belle au monde ! Viens, allons dans ma chambre..., ajouta-t-il en se levant.

— Mais... tu oublies Joseph...

— Joseph dort à poings fermés, assura Bruno. Ne t'inquiète pas, nous serons seuls au monde. Viens, reprit-il en la prenant par la main et en la forçant à se lever à son tour.

Le cœur battant à tout rompre, elle monta l'escalier à sa suite. Il la dominait de sa haute stature, si viril et impressionnant qu'une crainte la saisit. Au lit, serait-elle à la hauteur de ses attentes ? Aurait-elle le courage de lui avouer ce qui lui brûlait les lèvres ?

Ils traversèrent le long couloir sans faire de bruit, comme des conspirateurs, songea-t-elle malgré elle. La chambre de Bruno était éclairée d'une douce lumière tamisée et, dans la semi-pénombre, le grand lit parut démesuré à la jeune femme. Le souffle lui manqua quand elle songea que, dans quelques minutes, si elle ne rétablissait pas la situation, elle s'allongerait sur les draps de lin aux côtés de Bruno. Il fallait tout arrêter alors qu'il en était encore temps.

Sans la quitter des yeux, Bruno commença tranquillement à défaire les boutons de sa chemise. Il semblait si sûr de lui qu'une terrible appréhension la saisit. Elle devait parler, avant qu'il ne soit trop tard ! Quand il saurait, il souhaiterait probablement qu'elle s'en aille...

— Bruno, commença-t-elle d'une voix étranglée. Il faut que je te dise quelque chose...

Il lui sourit tout en ôtant sa chemise et elle découvrit, bouleversée, ses larges épaules et ses impressionnants muscles Pectoraux. Il était si fort, si séduisant ! songea-t-elle éblouie et affolée tout à la fois.

— Nous avons mieux à faire que discuter, tu ne trouves pas ? rétorqua-t-il d'un ton amusé.

— Non. C'est maintenant que je dois te parler.

Il comprit soudain à son expression figée qu'elle était sérieuse.

— Soit. Qu'as-tu de si important à me dire, Katy ? demanda-t-il d'un ton perplexe.

Elle baissa les yeux, au supplice.

— Voilà, commença-t-elle d'une voix mal assurée. Etant donné les cercles que tu fréquentes, les femmes qui t'entourent, je...

— J'espère que tu ne vas pas te lancer dans une de ces explications alambiquées dont tu as le secret ! l'interrompit-il brutalement.

— Que veux-tu dire ?

— Que si tu as quelque chose à m'annoncer, fais-le tout de suite, sans détours !

Une vague de frustration qu'il n'avait jamais ressentie jusque-là s'empara de lui. Il savait ce qui allait arriver : prise d'angoisse, incapable d'assumer son désir, Katy avait changé d'avis et s'apprêtait à partir. L'idée qu'elle allait lui échapper lui paraissait si insupportable qu'il se sentait prêt, pour la première fois de sa vie, à supplier une femme de se donner à lui...

Il croisa les bras sur sa poitrine avec détermination et la fixa d'un regard aigu.

— Je t'écoute, asséna-t-il. Va droit au but !

— Je...

— Vas-y, Katy, venons-en au fait. Quel est le problème ?

— C'est que... je ne suis pas comme les femmes que tu fréquentes d'habitude. Sophistiquées, habituées à séduire... Comme Isobel, par exemple.

— Et alors ?

Pourquoi lui rendait-il la tâche si difficile ? songea Katy, au bord des larmes. Ne pouvait-il pas deviner, lui épargnant ainsi d'avoir à prononcer ces mots qui lui brûlaient les lèvres ?

— Voilà, Bruno, je... je suis encore vierge, acheva-t-elle dans un souffle.

Les bras ballants, il la dévisagea avec un regard fixe qu'elle ne parvint pas à déchiffrer. Il la prenait certainement pour une laissée pour compte, il avait pitié d'elle ! songea-t-elle, mortifiée. Que n'aurait-elle donné pour s'enfuir en courant ! Mais comment lui expliquer qu'elle n'avait jamais éprouvé pour aucun autre ce désir brut et irrépressible qu'il avait éveillé en elle et qui la consumait ?

— A mon âge, c'est lamentable, n'est-ce pas ? balbutia-t-elle alors pour briser le silence qui devenait de plus en plus pesant.

Le visage grave, il avança de quelques pas vers elle. Probablement pour lui annoncer qu'il préférait en rester là, s'imagina-t-elle avec horreur.

— Pas du tout, affirma-t-il alors d'une voix douce.

— Mais ça change tout pour toi ! insista-t-elle d'une voix étranglée. Tu es habitué à des femmes expertes, qui savent te donner du plaisir, qui...

Bruno la fit taire en lui posant délicatement un doigt sur la bouche. Il hésitait à lui avouer à quel point apprendre qu'il serait le premier le bouleversait, mais se tut. Il voulait avant tout la rassurer, apaiser la crainte qu'il sentait monter en elle. Il ferait tout pour que cette initiation soit pour elle un enchantement.

— Peu importe ce qui s'est passé avant, murmura-t-il. Ce qui compte, c'est toi et moi, maintenant. Et tu n'as rien à craindre : je serai très doux, très patient...

Il se pencha et lui effleura les lèvres d'un baiser furtif, portant au paroxysme l'émotion de la jeune femme. L'appréhension le disputait en elle à l'excitation...

— Est-ce qu'on peut éteindre les lumières ? demanda-t-elle d'une petite voix.

Il s'écarta légèrement.

— Certainement pas ! rétorqua-t-il en souriant.

Sans la quitter des yeux, il se mit alors à défaire les boutons de sa robe-chemisier avec des gestes calmes et précis, ce qui acheva d'affoler la jeune femme. Comment pouvait-il être si maître de lui alors qu'elle avait l'impression que le sol vacillait sous ses pieds ? se demanda-t-elle, éperdue.

De ses doigts, il lui effleurait la poitrine, la taille, les hanches, et elle ne put retenir un frémissement. Il lui semblait qu'il électrifiait son corps tout entier, que tel un musicien virtuose, il faisait vibrer en elle des cordes sensibles dont elle ne soupçonnait même pas l'existence. Comment supporterait-elle la suite, si cette seule caresse la transportait déjà au septième ciel ?

La robe tomba à terre dans un bruissement d'étoffe, et Katy apparut dans ses simples sous-vêtements de coton blanc. Bruno s'écarta pour mieux la contempler et ils restèrent ainsi face à face pendant un temps qui parut une éternité à la jeune femme. Jamais aucun homme ne l'avait regardée avec une telle impudeur... C'était comme si, déjà, il lui faisait l'amour avec les yeux, se dit-elle.

Bruno, de son côté, ne se lassait pas de l'observer, bouleversé par la grâce et la finesse de ce corps de femme qui avait si violemment éveillé son désir à la piscine. Avec ses seins menus, sa discrète cambrure, elle n'avait aucune des rondeurs que les hommes recherchent d'ordinaire, mais sa féminité n'en était que plus émouvante. Ainsi vêtue de coton blanc, elle était plus excitante et sensuelle que si elle avait porté des dessous affriolants. Tout en elle était vrai, sans artifices... Elle était si différente de toutes les femmes qu'il avait connues jusque-là !

Le désir montait en lui, inexorable. Il avança la main et abaissa une bretelle de son soutien-gorge, puis une autre. Ensuite, il dégrafa l'attache dans son dos sans cesser de la dévorer des yeux. Elle soutint son regard sans faillir. Quand son soutien-gorge tomba au sol, elle sembla éprouver une intense fierté à se montrer nue devant lui. Ses mamelons durcis étaient une invitation aux caresses et aux baisers, et il ne résista pas à leur appel. D'abord, il avança la main pour couvrir le galbe d'un sein, et elle se cambra plus encore pour mieux lui offrir sa poitrine.

— Tu es si belle, si belle ! murmura-t-il d'une voix rauque.

N'y tenant plus, il se pencha soudain et goûta alternativement la pointe de ses seins comme s'il s'agissait de deux fruits mûrs. Le plaisir était si intense qu'un cri échappa à Katy, attisant encore un peu plus le désir de Bruno.

Alors il la saisit dans ses bras et l'emmena vers le lit, où il la déposa délicatement. Puis il se débarrassa à la hâte de ses vêtements. Il avait besoin de serrer Katy contre lui, de s'emplir de son parfum enivrant, de sentir sa peau nue contre la sienne. Il la rejoignit entre les draps de lin et ils s'étreignirent à s'étouffer. Ils étaient prêts pour le long et merveilleux voyage qui allait commencer.

Toute appréhension avait quitté Katy. D'instinct, elle savait qu'ils chemineraient ensemble au même rythme, et que ce qui les attendait au bout de ce périple serait source d'une joie infinie. Elle avait confiance : Bruno la guiderait...

Commença alors une extraordinaire découverte mutuelle : dans le grand lit aux draps fleurant bon la lavande, ce ne fut bientôt plus que gémissements, soupirs, râles de plaisir. Parfois Bruno et Katy s'arrêtaient pour reprendre leur respiration et se regarder, éblouis de ce qu'ils étaient en train de vivre, de cette communion absolue qui les réunissait. D'abord surprise par l'impudeur de certaines caresses de Bruno, Katy s'enhardit Peu à peu et osa à son tour les baisers les plus audacieux, des gestes que même dans ses rêves les plus fous elle n'avait jamais imaginés.

Insatiables, les deux amants s'exploraient mutuellement sans aucune retenue, comme si nulle parcelle de leurs corps ne devait leur rester inconnue. Rien ne pouvait les faire cesser de s'embrasser, de se goûter, de se toucher... Toute réserve avait abandonné Katy. Pour la première fois de sa vie, grâce au regard de Bruno, elle se sentait pleinement femme.

Elle se plia à ses fantaisies les plus érotiques, émerveillée du plaisir qu'il pouvait lui donner, là où personne ne l'avait jamais touchée. Que serait-ce quand, enfin, il la ferait sienne ? Elle craignait de ne pas pouvoir supporter l'intensité du bonheur physique à venir...

Leur désir avait atteint son paroxysme. Bruno s'écarta quelques instants pour se protéger, mais Katy s'en aperçut à peine. Ses sens étaient exacerbés, et elle sentait confusément que seule l'union finale parviendrait à les apaiser, à étancher cette soif insatiable qu'elle avait de lui.

Il la pénétra avec une infinie délicatesse, réfrénant l'urgence de son désir pour s'assurer qu'elle était prête. Bouleversé, il la sentit s'ouvrir à lui comme une fleur écarte ses pétales pour s'offrir au soleil et il s'émut en songeant au don si précieux qu'elle lui faisait d'elle-même.

Puis ce fut un enchantement partagé, une lente montée vers la communion finale, et pour Katy la découverte de contrées jusque-là inexplorées. L'émotion était si forte qu'elle s'accrocha à Bruno comme un nageur en perdition, criant son plaisir. Plus rien ne comptait que son corps d'homme sur le sien et le rythme de plus en plus affolant de leur danse érotique. Enfin, mêlant leurs gémissements, ils atteignirent ensemble le sommet de la volupté, et s'effondrèrent épuisés et comblés dans les bras l'un de l'autre.

Quand elle reprit enfin conscience du monde extérieur, Katy s'aperçut que Bruno la fixait d'un regard aigu et un doute la saisit.

— Tu n'as pas été déçu ? demanda-t-elle d'une petite voix. Pour toute réponse, il la serra contre lui à l'étouffer.

— Tu es folle ! protesta-t-il contre son oreille. C'était... je ne peux pas trouver les mots, avoua-t-il.

Elle lui adressa un sourire si lumineux qu'il se sentit fondre. Il lui passa un bras autour de la taille et l'attira à lui.

— Je crois que je pourrais m'endormir, murmura-t-elle en se lovant contre lui. Mais il faut que je retourne dans ma chambre, ajouta-t-elle aussitôt. Joseph ne doit pas deviner ce qui s'est passé...

Le regard de Bruno s'assombrit, ce qui inquiéta aussitôt Katy. Certes, ils venaient de vivre un moment d'exception dans les bras l'un de l'autre, mais ce n'était qu'un moment, une extraordinaire expérience sexuelle, rien de plus, se dit-elle, soudain lucide. Elle devait redescendre sur terre...

— Que s'est-il passé ? interrogea-t-il d'un ton abrupt.

En plein désarroi, elle hésita à répondre. Il craignait probablement qu'après lui avoir offert sa virginité, elle attende de lui un quelconque engagement. Or il n'était pas prêt à s'engager, il l'avait clairement montré. En tout cas, certainement pas avec elle...

— Que s'est-il passé ? insista-t-il.

— Tu sais bien... Cet échange physique que nous venons d'avoir, répondit-elle lamentablement.

— Echange physique ? répéta-t-il, incrédule.

— Oui. Quand tu me touches, je ne peux pas résister, avoua-t-elle d'une voix à peine audible. Mais ne crains rien, Bruno, je ne vais pas me mettre à m'imaginer des choses, ajouta-t-elle à la hâte pour ne pas l'effrayer.

— Des choses ?

— Oui. Comme une relation permanente ou quoi que ce soit de ce genre... Je sais bien qu'il n'est pas question de ça.

Elle le regarda, attendant qu'il confirme ou tout au moins qu'il manifeste son soulagement, mais il resta muet, une étrange expression sur le visage. Ce fut elle qui rompit un silence qui devenait pesant.

— Je retourne dans ma chambre, annonça-t-elle,

— Attends, Katy, fit-il d'une voix tendue. Je veux savoir pourquoi je suis le premier. Tu as eu des petits amis avant moi ! Pourquoi n'as-tu jamais couché avec eux ?

Il aurait été si simple de lui dire qu'il était le seul homme qui ait jamais compté vraiment pour elle ! Mais elle devait se taire, jouer l'indifférence : le contraire le ferait définitivement fuir. A aucun prix il ne devait soupçonner l'intensité de ce qu'elle ressentait pour lui.

— Je ne sais pas, répondit-elle, évasive. On n'a jamais été jusque-là, voilà.

— Alors vous ne deviez pas être très amoureux ! fit-il observer, soudain provocateur.

Elle se redressa sur un coude et lui jeta un regard faussement outré.

— Si, bien sûr ! Mais j'étais plus jeune, et...

— J'ai beaucoup de mal à me concentrer sur ce que tu dis quand tu me montres ainsi ta poitrine. C'est trop tentant !

. Il se pencha et embrassa la pointe dressée d'un sein.

— Arrête ! s'écria-t-elle en riant.

— Tu as raison, fit-il en s'écartant et en affichant une mine soudain sérieuse. Nous en étions à tes petits amis. Pas vraiment à la hauteur comme amants, il me semble !

— Je t'en prie ! protesta-t-elle pour la forme. Je ne suis pas aussi inexpérimentée que tu le crois !

Elle se garda bien de lui avouer qu'elle n'avait eu que deux histoires un peu sérieuses, et que ni Paul ni James ne l'avaient jamais bouleversée comme lui savait le faire d'un seul regard.

Il l'attira à lui et déposa une pluie de baisers sur son visage.

— Comment veux-tu que je me concentre ? demanda-t-elle en retenant un gémissement.

— Tu n'as pas à te concentrer, sauf sur moi ! répliqua Bruno en lui fermant la bouche d'un baiser. Que dirais-tu d'une autre séance de... comment appelles-tu ça ? Ah oui, échange physique !

En guise de réponse, elle lui jeta un regard brûlant de désir. Elle était trop émue pour parler...

Cette fois, ils firent l'amour avec une lenteur calculée, décidés à ne pas brûler les étapes, à profiter au maximum de chaque baiser, de chaque caresse. Etendu sur le dos, Bruno guida la jeune femme sur lui et, la maintenant par les hanches, la laissa trouver tout naturellement le rythme de l'amour jusqu'à l'éblouissement final. Quand ils furent comblés, Katy s'allongea sur Bruno, incapable de se détacher de lui.

Puis la réalité reprit brutalement droit de cité et elle s'écarta de lui, le cœur déchiré. Elle aurait tout donné pour passer la nuit dans son lit, le regarder dormir, se réveiller le matin dans ses bras, mais c'était impossible. Il ne le souhaitait pas...

— Il faut que je regagne ma chambre, murmura-t-elle d'une voix qui par miracle ne tremblait pas. Si j'en ai la force... Tu aurais dû m'avertir que faire l'amour était si épuisant !

— Et encore, tu n'as rien vu ! lança-t-il en riant. Mais je ne te laisserai pas partir avant que tu ne m'aies raconté un peu ta vie sentimentale..., ajouta-t-il plus sérieusement.

— Il n'y a pas grand-chose à dire, tu sais. Aucun de mes petits amis ne s'est avéré être l'homme de ma vie...

— Tant mieux ! Car si tel avait été le cas, tu ne serais pas dans mes bras aujourd'hui...

Katy comprit tout à coup qu'elle devait mettre les choses au point tant qu'elle en avait encore le courage. Plus elle attendrait, moins elle aurait la force de prononcer des paroles qu'elle ne pensait pas au fond d'elle-même, mais qui étaient les seules appropriées. Il fallait couper court à cette relation, tout de suite !

Elle quitta le lit sans laisser à Bruno le temps de réagir et commença à ramasser ses vêtements. Intrigué, il l'observa se rhabiller sans mot dire.

— Restons-en là, Bruno, déclara-t-elle au prix d'un douloureux effort. Tu penses probablement que si je me suis donnée à toi si facilement, c'est que...

— Je ne pense rien, Katy ! coupa-t-il brutalement. Sinon que nous avons fait l'amour parce que nous en avions envie tous les deux !

— Nous ne parlons pas le même langage, poursuivit-elle d'une voix étranglée. Tu es habitué à séduire, à conquérir, à voir des femmes te tourner autour, et tout ça ne représente rien pour toi ! Tu t'amuses un peu avec moi pendant ton séjour forcé ici, et dès que tu seras retourné à Londres, ce sera de l'histoire ancienne !

Il la dévisagea avec une stupéfaction incrédule.

— Mais enfin, Katy, où est le problème ? Pourquoi une réaction aussi disproportionnée ? Personne ne parle d'amour éternel et de prince charmant ! Nous sommes deux adultes libres et consentants, merveilleusement complémentaires au lit ! C'est aussi simple que cela ! Je n'ai pas l'impression de t'avoir manqué de respect, que je sache ! Que cherches-tu exactement alors que nous nous connaissons à peine ?

Poussée à bout, elle faillit éclater en sanglots et lui avouer qu'elle le désirait à la folie, mais se contint. A quoi bon crier qu'elle voulait tout de lui, qu'elle tenait trop à lui pour transiger ?

— Nous n'aurions pas dû, répéta-t-elle, butée. Tout ça est ma faute. J'aurais dû comprendre...

— Comprendre quoi ? s'écria-t-il, impuissant.

— Que nous n'envisageons pas l'existence de la même façon.

Pour Bruno, cette dernière réflexion fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Il ne s'expliquait pas les reproches de Katy, cette brusque volte-face. Quelques instants auparavant, ils étaient amoureusement enlacés, et voilà qu'elle s'enfuyait comme s'ils avaient commis un crime, en lui faisant des reproches auxquels il ne comprenait pas un traître mot !

— Je ne sais pas quel but tu poursuis dans la vie, Katy, mais ta méthode n'est pas la bonne, déclara-t-il alors d'une voix glaciale. Tant que tu n'assumeras pas tes choix et tes pulsions, tant que tu te complairas dans la culpabilité, tu seras malheureuse. En tout cas, ce sera sans moi... J'ai passé l'âge de ce genre de petit numéro...

Il s'assit sur le lit et, sans la regarder, enfila son pantalon.

— Auras-tu besoin de moi demain pour travailler ? demanda-t-elle enfin d'une voix à peine audible.

— Peut-être dans l'après-midi, répondit-il d'un ton détaché qui acheva d'anéantir la jeune femme. Je serai absent demain matin. Je te tiendrai au courant, conclut-il en reboutonnant sa chemise sans plus prêter attention à elle.

Il n'aurait pas pu lui signifier plus clairement qu'il l'avait assez vue, songea Katy, le cœur brisé. Elle quitta la pièce sans ajouter un mot. Ce n'est qu'une fois dans sa chambre qu'elle laissa libre cours à ses sanglots...

 

Le lendemain, Bruno ne se montra ni au petit déjeuner ni au déjeuner. Lors de leur traditionnelle promenade de l'après-midi dans le parc, Katy, n'y tenant plus, demanda à Joseph s'il savait où se trouvait son filleul.

— Il devait assister à une réunion à Londres, je crois, répondit celui-ci.

— La ville doit lui manquer, fit observer Katy après un silence. Il est habitué à une vie bien plus mouvementée que la nôtre, j'en suis sûre.

— Oui, c'est un grand changement pour lui d'habiter ici, déclara Joseph. Comme ce le sera pour nous quand il partira. Il te manquera ?

— Oh, non ! s'écria Katy d'un ton forcé. J'ai été ravie de mieux le connaître, ajouta-t-elle à la hâte pour tenter de donner le change à Joseph, mais je serai soulagée de reprendre notre rythme tranquille.

Sa voix s'étrangla dans sa gorge et elle sourit bravement pour masquer son émotion.

Non, dorénavant rien ne serait plus comme avant, songea-t-elle, déchirée. Bruno avait fait irruption dans sa vie, bouleversant son système de valeurs qu'elle croyait si bien établi, faisant voler en éclats ce calme et cette tranquillité dont elle s'était jusque-là toujours satisfaite. Il avait éveillé en elle le désir, la passion, l'émotion, et une multitude de sensations aussi nouvelles que merveilleuses qui changeaient à tout jamais sa vision de l'existence. Désormais, sans lui, le monde serait dépourvu de cette magie que suffisait à déclencher un seul de ses regards, de ses sourires.

Si seulement son attirance pour lui n'avait été que physique ! Mais non, elle avait eu la folie de tomber amoureuse de lui, de se donner à lui tout entière, corps et âme, et elle se retrouvait à présent face à un abîme de solitude et de souffrance. Car, à l'évidence, elle n'était pour lui qu'une aventure passagère. Peut-être l'avait-il déjà oubliée ? Quant à elle, elle vivrait pour le restant de ses jours avec le souvenir aussi émerveillé que douloureux de cette parenthèse enchantée.

— Bruno avait l'air de se plaire ici, dit Joseph en la regardant du coin de l'œil.

— Bien sûr, car il était avec vous ! commenta Katy. Mais un homme habitué comme lui à la vie trépidante de New York et de Londres, aux déjeuners d'affaires, aux sorties mondaines, doit être heureux de se retrouver enfin dans son élément après avoir goûté aux joies de la campagne.

Agrémentées en l'occurrence d'un peu de compagnie féminine, ajouta-t-elle en son for intérieur avec une amère lucidité.

— Détrompe-toi, Bruno est très sensible à la nature, fit remarquer Joseph. Même s'il n'en est pas toujours conscient... Peut-être allons-nous le voir plus souvent à partir de maintenant ?

Katy garda le silence. Inutile de décevoir le vieil homme : Bruno s'était promis de rester jusqu'au complet rétablissement de son parrain, ce qui était chose faite. Désormais, son départ n'était plus qu'une question de jours...