You can't have me: Starlight (French Edition)

Heather S. Wood · Chapitre 10 sur 70

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You can't have me: Starlight (French Edition)

CHAPITRE 10 - Chloé

 

J’ai soudain l’impression d’être un agent secret. Un vieux rêve de petite fille se réalise. C’est excitant. En plus, j’aime bien conduire. Je suis plutôt bonne conductrice, je crois. Alors que je suis un danger public à pied, parce que j’observe tout sauf la direction dans laquelle je vais, dans une voiture, je suis alerte. J’adore sortir de la ville, arpenter la campagne, et je le fais parfois pour me détendre. Le paysage qui change et la vitesse me permettent de décompresser et de lâcher prise. Souvent, ça m’inspire aussi. Voir autre chose que l’agence, mon appartement… c’est simple, mais ça me suffit. Et les amener là-bas ou ailleurs ne me dérange pas. En plus, je n’ai aucune envie de rentrer chez moi et de me retrouver seule. Florent a décidé de me confisquer mon ordinateur ce week-end, afin que je me repose. Je n’aime pas ça. Toutefois, je le laisse faire parce que je sais qu’il a raison. De toute façon, mon frère lui en voudrait s’il ne prenait pas soin de moi comme ça, et je ne souhaite pas créer de tension entre eux. D’autant plus que j’ai conscience qu’il faut que je sorte un peu mon nez de mon écran… Dans la voiture, Florent me dérobe également mes clefs de l’agence pour que je ne puisse pas m’y faufiler et travailler quand même :

— Alban va me poser la question, tu le sais, me réexplique-t-il. Je dois être vigilant… mais tu peux venir me voir demain si tu es libre !

— Pour récupérer les clefs ?

— Sûrement pas !

— OK, je passerai peut-être… je te tiens au courant.

Mon frère est parti hier en voyage d’affaires pour deux semaines alors je ne l’ai pas vu depuis ma nuit chez eux, il y a quelques jours. Ça me fait toujours bizarre quand il n’est pas dans les parages, j’ai tellement l’habitude de sa présence !

— Alban, c’est qui ? demande Joe.

Mince ! Je les avais oubliés, ces deux-là.

— Mon frère.

Je leur réponds la vérité… et je néglige le reste des informations. Cependant, Florent me surprend en dévoilant ce qu’il voulait cacher :

— C’est aussi mon copain. Ne l’ébruitez pas encore, par contre, je viens d’être embauché au label, et je ne sais pas si ça peut me porter préjudice…

— T’inquiète ! Ça reste entre nous.

Ils commencent à parler de leurs fans gays. Ça les fait marrer et Florent en rajoute. Ils rient, c’est bon enfant, ils ne jugent pas. Je sens que Florent est rassuré de l’avoir avoué et que ça ne change rien. Parce que des rumeurs circulent déjà au label, il ne veut pas les démentir. Elles tombent même bien, il avait envie de prendre un peu la température avant de l’annoncer clairement. Il est beaucoup moins à l’aise qu’Alban vis-à-vis de son homosexualité.

Quand nous le déposons à l’agence, Jim vient s’installer devant, à côté de moi. Je suis contente que ce soit lui parce qu’il a passé une matinée près de moi, je sais qu’il est plutôt calme, qu’il parle doucement, de sa jolie voix ronde et un peu éraillée. Joe a l’air très sympa, néanmoins il gesticule beaucoup et parle fort. Sûrement un truc de batteur, il doit bouger tous les membres en même temps et est sans doute devenu légèrement sourd ? Ou alors c’est ce tempérament qui l’a amené à choisir la batterie ? L’œuf ou la poule ?

En plus, Joe est très grand, bien costaud et il m’impressionne tant il est imposant, même s’il semble très gentil. Il regardait la violoncelliste avec tant de tendresse, sur scène, que j’imagine que c’est un gros nounours. Solide, réconfortant et… bruyant. D’ailleurs, il est derrière, mais c’est lui qui alimente la conversation. Il me parle justement de sa femme et de leur nouvelle maison. Il me pose aussi des questions, sans s’embarquer sur mon passé ou ma vie personnelle. Il évoque le dessin, Florent et mon frère. Ce qu’il connaît déjà de moi donc, il ne se montre pas trop curieux. J’apprécie sa discrétion, et j’adore papoter à propos de ma passion, qui est également mon travail. Je lui dis à quel point je me sens chanceuse et comme ils vivent la même chose, nous nous comprenons bien, sur ce point-là. Bien sûr nous faisons des métiers très différents, mais dans le domaine artistique, alors nous avons beaucoup en commun.

— En revanche, je suis contente d’être derrière mon bureau, je ne pourrais pas m’exposer sur scène comme vous le faites… c’est vraiment un talent supplémentaire, je pense.

— Ce n’était pas facile au début, répond Jim. D’ailleurs, avant de se lancer, c’est toujours difficile. Même avec l’expérience, le trac avant concert reste là…

— Ça doit être normal, non ? Du bon stress pour se préparer ? supposé-je.

— Ouais, ben, bon ou pas, je m’en passerais. Sur le coup, je ne le ressens pas comme ça, mais sans doute as-tu raison.

— Non, tu sais mieux que moi ! En tout cas, le stress avant une présentation de projet dans une salle de réunion ne m’aide pas du tout non plus…

— Moi, je trouve ça facile, j’adore être derrière ma batterie, intervient Joe. C’est comme toi derrière ton bureau. Peut-être que je suis plus protégé. Jim, tu es face au public. Il n’y a que le pied de micro et ta guitare entre toi et les gens. Moi, je suis au fond de la scène, tranquillou. Je ressens juste l’énergie de la foule en plus par rapport aux répètes, c’est magique ! Je suis même bien excité avant de monter sur les planches. Le bon stress, ça doit être ça !

— Tu as bien de la chance ! je déclare.

— T’inquiète pas, même si ça reste un peu, ça s’améliore avec le temps. Tu devrais pouvoir être de plus en plus détendue lors de tes présentations, me dit Jim.

Je sens ses yeux sur moi et ça me perturbe. Il me sourit et j’ai de moins en moins envie de me retrouver seule, ce soir. Je pourrais aller au ciné avec Florent après son rendez-vous ? Les musiciens parlent d’un ami qui est totalement à l’aise sur scène et en dehors. Très excentrique, il aime qu’on le regarde, il apprécie de se faire remarquer partout, il adore se donner en spectacle, sur les planches ou ailleurs. J’écoute, mais ne participe pas, me contentant d’acquiescer et de sourire.

Puis nous arrivons sur la propriété de Joe, dans une allée pavée. La demeure est immense, en arc de cercle. Elle semble neuve, et en même temps son architecture rappelle les bâtiments plus anciens, avec de grandes colonnes et des enchevêtrements de motifs sculptés, de fenêtres ainsi que du lierre qui commence à se répandre le long des murs.

Les garçons sortent de la voiture avant que j’aie l’occasion de leur dire au revoir et Joe ouvre ma portière.

— Merci beaucoup de nous avoir ramenés. Diane va vouloir te remercier, viens boire un coup.

Et il me plante là avant que je puisse réagir.

Je détache donc ma ceinture afin de rejoindre les deux hommes sur le perron.

Joe s’engouffre à l’intérieur. Jim me sourit en me laissant passer devant et je hoche la tête avant de suivre le batteur. Ce dernier crie à tue-tête pour appeler sa femme, qui lui répond en hurlant qu’elle est sur la terrasse.

Nous la retrouvons près de la piscine. Elle est en maillot de bain avec un chapeau de paille et des lunettes de soleil. Elle est magnifique, sa peau hâlée luit, ses longs cheveux raides et bruns brillent, elle nous éblouit dès notre arrivée, sans même le vouloir. Elle nous sourit puis embrasse son mari qui la prend dans ses bras pour approfondir le baiser. Embarrassée, je n’ose pas regarder Jim.

Heureusement, elle se détache de Joe et s’approche de moi alors que les garçons me présentent.

— Voici l’artiste qui a réalisé la pochette que tu adores. Et le clip à venir pour You can't have me, tu vas voir, c’est trop classe. Tout simple et super à la fois. C’est du génie. Donc, voici Chloé, le génie. Ou la génie ? Comment on dit pour une nana ? demande Joe.

— Sexiste ! lui répond sa femme en le frappant gentiment sur l’épaule. Salut, moi c’est Diane, je suis enchantée de te rencontrer… enfin, on peut se tutoyer ?

— Oui, bien sûr. Enchantée aussi !

— Ça va me changer des mecs et de leur musique de te parler un peu ! Viens !

Elle me prend par le bras en posant un baiser sur la joue de Jim au passage, m’embarquant sur un transat vers la piscine.

— Je te prête un maillot ? Tu veux te baigner ? On doit faire la même taille, je pense.

Joe et Jim ont disparu. J’ai peur d’être mal à l’aise, surtout si elle me sort un bikini aussi minimaliste que celui qu’elle porte… Je refuse donc le maillot et m’installe sur un transat. Les garçons reviennent rapidement, avec des snacks et des bières. Jim m’en tend une alors que Joe en donne une à Diane.

— La pochette et l’animation ! Ça se fête ! À la vôtre ! dit Joe en trinquant, ouvrant un paquet de chips.

Nous levons nos verres puis Joe raconte des anecdotes sur la vie du groupe en tournée. Jim se marre et Diane me regarde d’un air désabusé à chaque bêtise que dit son mari. Puis ils commencent à se chamailler gentiment. Diane tente de me prendre à partie, Joe se plaint. Ils sont drôles, je passe un bon moment. Même à cette heure tardive, il fait encore chaud, je me saisis donc de la seconde bière qu’on me tend. Quand je m’aperçois que la table a été mise pour quatre par une cuisinière ou quelqu’un qui est là pour les aider, j’essaie de me défiler.

— Tu es attendue ? Tu peux dire à ton copain de venir si tu veux… tu as un petit ami ? Ou une ? Un mari ? me demande Diane.

— Euh… Non…

— Tu avais un truc prévu ?

— Non…

— Alors tu peux rester, tu es la bienvenue.

Je n’ai pas à réfléchir longtemps, je suis bien, je n’ai rien d’autre à faire. J’acquiesce et Diane sourit, visiblement contente de ma décision.

Une fois à table, je me sens un instant mal à l’aise parce que je me retrouve à côté de Jim tandis qu’en face, Diane et Joe se font des papouilles avant de commencer le repas.

— T’inquiète pas pour eux, mange, me dit Jim en se secouant la tête, un sourire sur les lèvres. Ils font toujours ça et ça peut durer un moment… Hey ! Un peu de tenue, vous deux !

— Oups, pardon !

Diane sort de sa bulle et rougit lorsqu’elle se souvient de notre présence. Joe semble satisfait de lui et je les trouve vraiment bien assortis. Pourtant, ils paraissent venir d’une autre planète, à la base. Joe est un gros dur alors que Diane est toute fine et frêle. J’ai l’impression qu’il va la casser à chaque fois qu’il s’approche, mais elle est bien plus solide qu’elle ne paraît, elle ne se laisse pas faire ! Ni en parole ni physiquement ! Je l’envie, elle a de la répartie et un caractère bien trempé. D’ailleurs, il faut au moins ça pour que quelqu’un comme Joe vous remarque.

Jim m’intrigue. Après la question de Diane plus tôt, il sait que je n’ai pas de copain, mais ça n’a pas eu l’air d’être un souci pour lui. Il m’a dévoré des yeux dès la première soirée, lors du concert, avant de savoir qui j’étais. Je suppose qu’il a l’habitude que les filles lui sautent dessus, et qu’il en profite. Je ne comprends pas l’intérêt qu’il me porte, je suis plutôt quelconque. Et puis, je n’ai rien d’une groupie.

Lui me plaît vraiment, et j’ai du mal à définir comment me comporter quand je le prends à me dévisager ou me mater. Je me suis contentée de sourire timidement et baisser les yeux jusqu’à présent, cependant, ça ne fait que l’encourager, je crois. Il doit se dire que je suis vulnérable et impressionnable… en même temps, n’a-t-il pas raison ?

— Non, non ! Je ne peux pas boire de vin, merci !

Je réagis vivement lorsque Joe me sert, mais il ne semble pas m’entendre et continue de remplir mon verre.

— Tu es allergique ? Tu n’aimes pas ? Tu veux du blanc ? Autre chose ? me demande Diane, inquiète.

— Non. C’est juste que je dois reprendre la voiture…

— Alors là, hors de question ! De toute façon, tu as déjà bu deux bières, tu es donc obligée de rester jusqu’à demain. Il y a une vingtaine de chambres ici. C’est comme un hôtel, les gens qui viennent le soir dorment sur place, on a l’habitude. On adore recevoir !

— Moi, je ne rentre même plus chez moi, intervient Jim. Je vais bientôt rajouter mon nom sur la boîte aux lettres.

— Honnêtement, ne t’en fais pas ! reprend Diane. Bois tant que tu veux, amuse-toi, c’est avec plaisir.

Et comme ça, la décision est prise, ils continuent de jacasser sur un sujet puis un autre. Ils sont drôles et plus je bois, plus je me détends aussi.

C’est plaisant de passer un moment entre amis. Enfin amis, je ne sais pas si on en est là, même si j’ai déjà cette impression. Ils sont très sympas. Surtout que pour une fois, les gens s’intéressent à moi et à mon art. D’habitude, je me sens rarement comprise ou entendue, je suis l’artiste, la bizarroïde de service, ce qui ne m’aide pas à sortir de ma coquille. Avec eux, c’est différent, je suis comme un poisson dans l’eau.

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