You can't have me: Starlight (French Edition)
CHAPITRE 58 - Chloé
— Une autre, une autre, une autre !
On pourrait penser que les musiciens nous ont joué un morceau et que nous en voulons encore. En fait, pas du tout, mon frère raconte les bêtises que j’ai faites quand j’étais enfant, et mes prétendus nouveaux amis en redemandent !
— Oh là là, j’en ai plein des comme ça ! rit Alban.
— En même temps, tu n’es pas obligé de tout déballer maintenant. Gardes-en pour une prochaine soirée, proposé-je, en toute bonne foi.
Jim serre ma main dans la sienne et pose ses lèvres sur les miennes avant de relancer mon frangin pour qu’il continue ses histoires. Il faut dire que j’ai toujours été rêveuse, avec des idées un peu loufoques et une imagination débordante, je partais donc facilement dans mes délires, sans penser aux conséquences.
— Alors, il y a la fois où elle s’est prise pour Jean-Louis David et a réalisé une autocoupe de cheveux si originale qu’on a dû lui tondre la tête pour rattraper les dégâts ! J’ai des photos. Pas sur moi, mais je vous les montrerai, à l’occasion !
— N’empêche que j’aurais été une coiffeuse top, je me défends.
— Peut-être maintenant, mais pas à 6 ans… rit mon frère. Oh ! La fois où tu t’es improvisée mécano, tu te rappelles ? Là aussi, j’ai des photos ! Tu as été couverte de cambouis pendant une semaine, maman avait beau te passer au bain, tu étais plus noire que moi !
— Ah, ah ! je réponds d’un ton ironique.
— Là encore, j’ai des preuves, reprend Alban, le traître.
— Dis donc, tu as déjà exercé plein de métiers, en plus de babysitter d’artiste ! rigole Cooper, en s’autoridiculisant par la même occasion.
— Bon, tu as toujours été douée en dessin, mais nos parents ont moyennement apprécié ta période décoratrice d’intérieur… soulève mon charmant frangin.
— Moi qui étais contente que tu arrives, j’ai changé d’avis ! Tu es pas fatigué au fait ? Il est minuit !
Alban regarde l’heure et se lève d’un bond.
— C’est vrai que nous sommes loin d’être des oiseaux de nuit comme vous, bâille-t-il soudain. Si je veux être en forme pour le concert demain, il faut que j’aille me coucher !
— Tu vois, moi aussi je connais tes points faibles !
Je me venge, car j’ai bien anticipé sa réaction. C’est important, de bien connaître son ennemi ! En tout cas, je me rends compte que j’étais un sacré cas ! Et encore, Alban est sympa en ne racontant que mes bêtises d’enfant, parce que j’ai longtemps été à la masse. La rupture avec Gaël m’a vraiment fait avancer, c’est fou ! Sinon, je me reposerais sûrement toujours sur lui, sans chercher à m’améliorer.
— Une petite dernière ! insiste Joe, qui n’arrête pas de se marrer.
— OK… tu étais déjà vachement plus grande, commence-t-il en me regardant.
Mince ! Je crains la suite !
— Serrurière ! crie-t-il. Chloé oubliait toujours ses clefs. Alors elle essayait tout ce qui lui passait sous la main pour tenter d’entrer chez elle comme un cambrioleur. Je vous dis pas la tête du serrurier quand il retirait tout ce qu’elle avait fourré dedans…
— Ce n’est pas arrivé si souvent ! me renfrogné-je.
— Que tu mettes des trucs dans la serrure, c’est vrai. Parce que le mec qui venait te dépanner t’avait à la bonne et qu’il était trop rapide ! J’ai bien cru que tu allais finir par l’épouser.
Je ris de nouveau de manière très ironique.
— Intéressant… murmure Jim à mon oreille, ce qui me fait frissonner. Ton copain n’était pas jaloux ?
— C’était au début où j’ai eu mon appart seule. J’ai galéré. Avec les clefs, la porte, mais pas seulement. J’oubliais sans arrêt où j’avais garé ma voiture, je la cherchais parfois pendant plusieurs jours. Je ne payais jamais mes factures à temps. J’ai failli mettre le feu à mon immeuble des dizaines de fois et je m’étonne d’être toujours vivante.
Son visage se décompose au fur et à mesure que j’énumère mes maladresses et imprudences.
— J’ai vite appris, heureusement, je le rassure. Je m’autogère bien, maintenant.
— Je sais, je t’ai vue à l’œuvre avec Cooper, tu peux même t’occuper d’un rockeur, à présent.
Je souris et il m’embrasse. Mon frère et Flo nous saluent pour aller se coucher et disparaissent dans le couloir.
— On y va aussi ? me propose Jim.
J’acquiesce, même si je suis mal à l’aise de partir sous le regard des autres membres du groupe. D’ailleurs, lorsqu’on se lève, ils nous huent, produisant des bruits plus que suggestifs. Je rougis, mais il nous reste si peu de temps tous les deux que je veux juste profiter d’être ensemble.
— Tu n’as jamais fait des trucs aussi bêtes, hein ?
Dans la chambre, je me sens soudain très mal de lui avoir raconté tout ça. Mais il devait savoir, pour être au courant d’où il met les pieds… Si mon énumération était un peu abrupte, j’ai résumé et même arrondi les angles…
— J’ai dû grandir vite, prendre des responsabilités très jeune, devenir autonome pour m’en sortir, répond-il. Tu as eu de la chance de pouvoir évoluer à ton rythme en t’amusant. C’est cool !
— Je te parlais des bêtises adultes. Encore aujourd’hui, je suis plutôt tête en l’air, j’oublie souvent mes clefs, je sème mes carnets à dessin, je perds des objets sans arrêt et…
— Hey ! me coupe-t-il. Si tu crois que je vais changer d’avis sur cette relation parce qu’il faut appeler un serrurier de temps en temps, ce n’est pas le cas. J’ai toute confiance que tu ne partiras pas avec le mec qui viendra à ta rescousse à présent…
Il s’assoit sur le lit et se penche en avant pour frotter son visage dans ses mains, soudain soucieux. Je me pose à côté de lui, et caresse son dos.
— Pourquoi tu dis ça ? Qu’est-ce qu’il y a ? demandé-je.
— Il y a que je suis le dernier des imbéciles… c’est toi qui va me prendre pour un con et me jeter, je… je ne sais même pas comment te l’avouer !
Moi aussi, je suis inquiète, d’un coup. Que va-t-il me sortir ?
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