You can't have me: Starlight (French Edition)

Heather S. Wood · Chapitre 26 sur 70

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You can't have me: Starlight (French Edition)

CHAPITRE 26 - Chloé

 

 

— J’ai un truc de dingue à te dire ! lancé-je à mon frère quand il m’a raconté son trajet retour.

Je l’ai eu au téléphone hier, et tous les jours de son absence, alors nos retrouvailles sont plutôt courtes, on se contente d’une longue embrassade.

— Attends, plus fou que faire la pochette et le clip pour les Starlight ? s’enquiert-il.

J’acquiesce en soulevant les sourcils, un rictus énigmatique sur mes lèvres. Je fais la maligne, pourtant, à l’intérieur, j’ai hâte de savoir ce qu’il pense de tout ça, parce que j’ai eu du mal à déchiffrer les expressions de Florent, ce matin, au label, et je ne l’ai pas revu depuis. Je voulais appeler Jim, mais il avait la conférence de presse à gérer. Et il m’a clairement demandé de couper les ponts. En même temps, ça risque d’être difficile, si nous habitons ensemble pour le mois à venir ! Enfin, ma décision n’est pas encore prise, j’attends de voir la réaction de mon frère et de comprendre celle de mon collègue. Mais comment refuser une opportunité pareille ? Ce genre de proposition n’arrive qu’une fois dans une vie, et j’ai l’impression que je ne me le pardonnerai pas, si je la laisse passer. Et puis, ce contrat me paraît aussi dingue que moi, il me plaît. Il est certes sujet à amélioration, en remplaçant le bassiste par le chanteur par exemple, sinon, quelle jeune femme célibataire ne rêverait pas de partir un mois à L.A. en compagnie des Starlight ?

Avec Alban, nous allons nous asseoir dans mon bureau, sur les sièges pour les clients, côte à côte.

— Ce matin, j’avais rendez-vous à la maison de disques, au départ pour montrer l’avancée de mon animation, puis finalement, quand je suis arrivée, Florent m’a lancé, sur un ton mystérieux : ils ont une proposition pour toi, c’est bizarre, prends ton temps pour réfléchir, ça peut être bien… ou pas !

Mon frère écarquille les yeux, ne comprenant pas où je veux en venir. Je fais durer le suspens :

— Puis le manager des Starlight m’a demandé de signer un document comme quoi notre conversation à venir devait rester strictement confidentielle…

Je rougis un peu.

— Bon, je te le dis à toi, car Florent t’en aurait parlé. C’est tellement étrange qu’il faut que tu m’aides, et je ne peux pas te cacher la vérité.

Cette fois-ci, Alban fronce les sourcils, inquiet. Parce qu’il sent bien que ce que je m’apprête à révéler est peu commun. Il m’a toujours protégée et il panique déjà à l’idée que là, il ne puisse pas. Nous n’avons pas le même père, mais nous n’avons jamais été séparés et nous nous sommes soutenus dans toutes les épreuves. Il pose sa main sur la mienne.

— Tu sais que je peux être une véritable porte de prison quand c’est nécessaire. Tu peux tout me confier, Chloé, m’encourage-t-il.

— Tu es peut-être au courant qu’une fille raconte à qui veut bien l’entendre qu’elle est enceinte de Cooper, le bassiste des Starlight, son test de grossesse plein de son urine comme preuve irréfutable…

Mon frère sourit. Il ne suit pas les potins des stars, mais je lui ai suffisamment résumé, il a compris.

— Bon, c’est vrai qu’il ne se gêne pas pour vivre pleinement le sexe and rock’n’roll, je précise en riant. En fait, il est cool et drôle. Je l’ai prévenu dès notre première conversation que je ne coucherais jamais avec lui, ça a posé les bases et on avait un peu sympathisé. Il était là, ce matin et quand les gars du label nous ont annoncé que leur idée était que nous prétendions être un couple, ça nous a bien rapprochés… pour rire de leur proposition d’abord, puis dans notre effroi.

Je lis ce même sentiment sur les traits de mon frère, à cet instant. Il faut dire que je n’y suis pas allée de main morte, à lui lâcher toutes les infos si brutalement.

— Quoi ? s’étonne Alban. Pourquoi toi ?

— En fait, pour plusieurs raisons. Déjà, c’est juste pour un mois. La première partie de la tournée se fait à Los Angeles, où ils louent une immense villa. Je pourrais me consacrer à leur animation et, avec eux sur place, ce sera plus facile d’être sûre que ça leur plaît. J’ai aussi le droit de travailler sur d’autres trucs, au bord de la piscine ou dans le jacuzzi… c’est le grand luxe, là-bas, apparemment, il y a même un étang où on peut se baigner, à côté de la propriété, c’est quasi privé. Et puis, au pire, ce n’est pas trop loin pour rentrer !

— Waouh, ils te l’ont bien vendu, en tout cas, rit Alban, qui me fait un clin d’œil.

— Ouais. Je ne crois pas qu’ils m’aient menti, Jim et Diane m’ont déjà parlé de l’endroit, avant cette proposition bizarre.

— Pendant la fête chez le batteur, c’est ça ? Je ne savais pas que tu avais autant sympathisé avec eux, tu m’as dit qu’il y avait beaucoup de monde. C’est vrai que tu n’es pas rentrée dans les détails, petite cachottière ! Tu les connais bien ? Je suis jaloux, moi, vous allez me les présenter quand ?

— Ben du coup, peut-être bientôt, il faut bien que mon frère rencontre mon nouveau petit ami célèbre, non ?

Je ris, mais c’est le visage de Jim qui se faufile soudain dans mes pensées, et mon cœur se serre.

— Et donc, pourquoi prétendre être la copine du bassiste ? m’interroge Alban.

— Redorer l’image de Coop auprès du public ! Figure-toi qu’ils trouvent que j’ai l’air angélique, que ça va plaire aux fans qu’il soit amoureux de quelqu’un « comme moi ». Je l’ai mal pris au début, mais en fait, ils disent ça comme un compliment, eux. Ces gens sont bizarres, je me sentais en décalage, et Cooper aussi. On se croyait dans la quatrième dimension, avec lui ! Je me sens plus proche des Starlight, qui pourraient paraître inaccessibles, que de ces requins anonymes qui ne pensent qu’avec leur porte-monnaie.

— Normal, confirme Alban. Tu te sens proche des artistes. Ils te correspondent plus que les gestionnaires. Et toi, tu as quoi à y gagner, à part des vacances aux frais de la princesse et un séjour avec des célébrités ?

Mon frère ne me ressemble pas beaucoup. Pas mentalement, parce qu’il n’a pas mon esprit rêveur, il est beaucoup plus organisé et pragmatique. Et encore moins physiquement, puisque j’ai tout pris de nos parents d’origine irlandaise, alors qu’il est le portrait craché de son père biologique africain. Notre mère est allée au Mali, dans le cadre d’un projet humanitaire, juste avant la rencontre de notre père. À son retour, un ami commun les a présentés, à cause de leurs origines. Ma mère ne savait pas qu’elle avait ramené un bien drôle de bagage de son voyage. Elle disait toujours que quand notre père lui a demandé sa main en apprenant la nouvelle, elle est tombée encore plus amoureuse de lui qu’elle ne l’était déjà. Leur couple était pourtant tout nouveau, mais ils ont tout de suite su qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Alban a rencontré son géniteur quelques fois, mais il est mort lors des affrontements dans son pays en 2012.

— La promesse de contrats pour notre agence. Dans les deux ans à venir, ils nous accorderont au moins six gros dossiers à traiter. On parle de trucs importants qui sont sûrs de lancer notre business et de nous faire connaître.

— Ah ouais, quand même, réplique-t-il en souriant. Mais même s’il est sympa, tu es certaine que ce n’est pas risqué, avec ce Cooper ? Tu ne vas pas finir par tomber amoureuse de lui, comme toutes les autres ? Il est vraiment craquant.

Il me dit la dernière phrase dans un murmure, alors que Florent n’est pas là. En plus, ce dernier m’a confié la même chose !

Je ris.

— En fait, avec son visage un peu poupin et son sourire enjôleur, sa peau sombre comme la tienne, il me fait penser à toi, petit, avoué-je à mon frère. Je ne sais pas pourquoi, il a cette malice dans son regard que tu avais quand on s’apprêtait à faire une bêtise…

Alban se marre, et les images qui me reviennent m’emportent dans un grand fou rire. D’ailleurs, nous commençons à nous raconter des anecdotes de notre enfance et c’est hilares que nous trouve Florent.

Dès que mon frère le voit, il s’arrête de rire pour se jeter sur lui. Alban est parti deux semaines et leur soulagement, dans ces retrouvailles, me percute en plein cœur. J’en ai les larmes aux yeux. Ils s’aiment tant, je suis heureuse pour eux. J’espère vivre quelque chose d’aussi fort, un jour. Parce que ce n’est pas ce que j’avais avec Gaël.

Discrète, je me faufile derrière eux et referme la porte pour leur laisser un moment d’intimité. Je vais me faire un thé, dans la cuisine.

— Alors, tu as raconté notre folle entrevue de ce matin à Alban ! énonce joyeusement Florent en me rejoignant quelques minutes plus tard.

Il sourit, cependant, j’ai du mal à croire à sa gaieté. Il est content de revoir mon frère, je n’ai pas de doutes là-dessus, mais le ton qu’il emploie sonne faux, son visage n’exprime pas la même chose. Alban ne semble pas le remarquer, il contemple son copain comme la huitième merveille du monde, ce qui me fait sourire.

— Oui, il le fallait bien, déclaré-je.

Mais pas plus qu’à lui, je n’ai avoué ce qui touche à Jim. Florent ne doit pas savoir, pour ne pas avoir à mentir au travail, puisque Jim ne souhaite pas ébruiter nos ébats. Connaissant ses réserves concernant le privé, il n’apprécierait guère que l’information filtre. Et je ne veux surtout pas mettre le bazar dans le couple de mon frère, ce qui ne manquerait pas d’arriver avec un tel secret entre eux. Alors si Alban a toujours été mon confident et mon aide pour les décisions importantes, cette fois-ci, je vais devoir étudier tous les paramètres en compte seule.

— Tu as eu raison, répond Florent, cet air étrange encore peint sur ses traits.

Et là, je comprends. Son insistance ce matin pour que je prenne mon temps pour réfléchir, pour ne pas me précipiter tout en refusant d’en parler. D’habitude, nous serions allés déjeuner ensemble pour discuter, sauf que ce midi, il m’a pratiquement mise à la porte de la maison de disques. Il ne souhaite pas que ça pèse dans mon choix, pour ne pas m’influencer, mais je suis certaine que ces requins l’ont menacé. Sans doute de le virer si je n’acceptais pas leur deal. Peut-être même de décrédibiliser notre agence auprès du public. Je suis sûre qu’ils en sont capables !

Du coup, je n’ai plus vraiment d’autres possibilités… Ce contrat fou me plaît, me terrifie, m’entraîne dans une impasse avec Jim… mais je ne peux plus le refuser. Vais-je supporter la pression, les médias, la célébrité de courte durée, le retour à la vie normale, les paparazzis ? La réaction de Jim ?

— Et il m’a bien aidé, précisé-je. Je vais dire oui ! Coop est super sympa, je vais réaliser un rêve de petite fille de…

— Mais vous ne devez pas coucher ensemble ! crie soudain Florent, me surprenant. Enfin, pas durant le mois du contrat.

C’est en effet une des conditions, pour que je ne me fâche pas contre le bassiste, ce qui est courant avec ses conquêtes, apparemment.

— Je n’en ai aucune intention ! je me défends.

Et ça, c’est une des raisons qui font que je suis la candidate idéale, parce que je ne suis pas du tout attirée par lui et l’en ai informé dès notre première rencontre, en présence de leur manager.

Florent fronce les sourcils.

— Alors ton rêve de petite fille n’est pas de coucher avec une rockstar ? demande-t-il.

— Non, ça c’est le tien ! répond Alban, hilare.

Nous rions tous ensemble.

— Si tu m’avais laissée finir, tu saurais que je voulais être agent secret. Et actrice. Là, je combine les deux, c’est génial, non ?

Nous nous marrons de nouveau.

— En même temps, tu as eu envie de faire à peu près tous les métiers… souligne mon frère.

Je mords ma lèvre, j’espère qu’il ne va pas se lancer dans l’énumération de toutes les catastrophes que j’ai accomplies, à ce moment-là… Je reprends donc rapidement :

— Et pour vous, ça ne va pas poser problème ? Parce que si certains font des recherches sur moi, vous serez sûrement mis en avant aussi ! leur rappelé-je, inquiète.

— À moi la célébrité, déclare Alban en se redressant.

— On va parler de nos parents, de nos différences…

Alban déteste qu’on nous accuse de mentir, lorsque nous annonçons que nous sommes frère et sœur. Et ça arrive souvent.

— On s’en fout !

Il hausse les épaules.

Je tourne mon regard vers Florent.

— Ça va nous faire de la pub pour l’agence ! se réjouit-il.

— Et le label ? Tu ne voulais pas encore attendre, pour leur dire que tu es gay ?

— Je pense au contraire que c’est le moment idéal qu’ils l’apprennent. S’ils me virent, ils se feront traiter d’homophobes.

Je suis certaine qu’il me cache leurs menaces. En même temps, c’est tout à fait le style de la famille, nous avons tendance à nous concentrer sur le positif des situations, surtout si nous n’avons aucun contrôle sur le reste.

Nous discutons encore un moment puis je les presse pour partir, pour qu’ils profitent de leur soirée, de leurs retrouvailles et cessent de s’inquiéter pour moi. Ils l’ont suffisamment fait lors de ma séparation d’avec Gaël. J’ai assez souvent fait appel à eux. Maintenant, je sais me débrouiller, je leur promets de tout fermer et rentrer chez moi rapidement.

Bon, je n’en ai aucune envie, mais il faut bien que je réintègre mon appartement, même s’il porte encore les marques du passage de Jim. D’ailleurs, à mon arrivée, le pendentif sur l’îlot me nargue, les plectres tombés de sa poche sur mon canapé rient de moi et nos deux assiettes dans l’évier tentent de m’hypnotiser.

J’ai déjà été seule, démunie. À la mort de mes parents, lors de ma séparation d’avec mon ex. Je ne me souvenais pas que c’était si douloureux. Parce qu’on s’habitue à tout, j’imagine, on fait le deuil des gens, des relations.

Comme tout ce que je fais me rappelle ma dernière soirée ici avec Jim, je décide d’aller me coucher tôt. Je ne vais quand même pas déménager à cause d’une nuit, si ?

C’est pire dans les draps, où flotte encore son odeur. La journée a été éprouvante, bien trop riche en émotions. Depuis la disparition et le mot de Jim le matin, jusqu’aux retrouvailles avec mon frère, en passant par cette réunion surnaturelle au label, je suis claquée…

Pourtant, je ne parviens pas à m’endormir. Dans des songes à mi-chemin entre l’éveil et le sommeil, Jim m’embrasse avec tendresse avant de se métamorphoser en Cooper. Je suis sûre que je pourrais réaliser une animation fantastique du visage du guitariste se transformant en celui du bassiste. Bien sûr, je ne ferai jamais ces dessins, inutile de rajouter de l’eau au moulin, mon cerveau carbure déjà bien assez aux souvenirs que j’ai de Jim.

Le lendemain matin, je me lève plus fatiguée que je me suis couchée. Pas du tout prête pour la réunion qui m’attend : je me rends de nouveau au siège du label pour annoncer ma décision. Je ne sais pas si tout le groupe sera là, mais cette fois-ci, on m’a demandé d’amener mon ordi, pour voir l’avancée du clip, et j’ai intérêt à ne pas l’oublier.

Le bracelet de ma mère, que mon frère a fait réparer, pend à mon bras et me donne du courage. Dans un dernier élan, je mets aussi le collier offert par Jim. Pour lui signaler que j’ai bien compris ce qu’il m’a dit, malgré le fait que j’accepte la proposition du label : rien n’est possible entre nous. Ce pendentif représente l’animation, que je vais leur montrer, puis je prétendrai être avec Cooper pour les médias. Jim et moi pourrons peut-être devenir amis cette fois-ci, avant que je revienne à San Francisco et qu’il poursuive sa tournée avec le groupe.

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