You can't have me: Starlight (French Edition)
CHAPITRE 1 - Jim
Cet album doit cartonner.
C’est le second, de nombreux fans s’impatientent de sa sortie, et beaucoup de critiques nous attendent au tournant. Nous n’avons pas le droit à l’erreur.
Le premier album était un travail de longue haleine. Nous avions peaufiné les chansons au fur et à mesure du temps, écumant les bars et les scènes ouvertes. Grâce aux suggestions de nos amis, de nos familles, des premiers fans, les titres étaient peu à peu arrivés à maturité. Je suppose que c’est à ce moment-là que nous avons pu être découverts par une maison de disques. C’était le bon moment. Nous étions prêts et les morceaux étaient aboutis.
Mais pour ce deuxième opus, comme pour la plupart des groupes qui se retrouvent tout à coup célèbres, il faut composer de nouvelles chansons : elles doivent être top pour satisfaire tout le monde, et l’écriture doit se faire rapidement, sinon, le public passe à autre chose. Bien que nous continuions d’être actifs sur les réseaux sociaux depuis la fin de la tournée, des groupes émergent régulièrement et les gens oublient vite.
Ces chansons, elles sont donc toutes neuves. Beaucoup plus actuelles tandis que les autres étaient devenues meilleures avec le temps, à force d’être jouées, transpirées. Elles représentaient qui nous étions à nos débuts, des musiques d’adolescents qui grandissent. Maintenant, nous sommes des hommes – enfin, j’imagine – alors les morceaux sont différents aussi parce que nous avons évolué.
Les paroles me sont venues assez spontanément pour la plupart des titres, nos expériences depuis la signature avec le label alimentant encore et encore ma plume. Les concerts, les fans, la popularité, ma séparation, un changement radical de vie, ça m’a beaucoup inspiré. Et si après toutes nos aventures, j’ai des choses à dire, ces ressentis sont très personnels. D’ailleurs, je me mets à nu dans ces chansons et j’adore les chanter parce que je les sens exister dans chaque parcelle de mon corps, comme je vis à travers elles. Mais je ne sais pas encore si je vais apprécier de les partager avec le public. Vont-ils me comprendre ou me repousser ? S’ils n’aiment pas, c’est le moi actuel qu’ils rejetteront, pas l’ado du premier album.
Donc, je m’apprête à donner le premier concert, une avant-première de la prochaine tournée pour dévoiler nos dernières œuvres, et je panique un peu. J’adore la scène, en principe, mais là, je flippe à mort. Les autres membres du groupe ont l’air relax. Ce n’est qu’une façade, je les connais suffisamment à présent pour le déchiffrer, cependant, cette détente apparente est déstabilisante.
Savoir qu’ils seront sur scène à mes côtés me tranquillise. Ils vont jouer, transpirer avec moi. Tester la température, voir si les chansons plaisent ou pas. Mais c’est moi qui suis le plus exposé, moi qui délivre mes paroles, mes tripes et j’en suis malade. Derrière un micro, j’assure, je fais mon malin seulement, j’ai l’impression que ça me ronge de l’intérieur avant, après, parfois même pendant le concert. Certains disent que je parais hautain. En live, en interview, dans mon quotidien. Mais qu’est-ce que j’ai d’autre comme défense, moi, contre toutes les critiques ? Contre tous ceux qui pensent que je devrais plutôt faire comme ci ou me comporter comme ça ? Ils ont déjà essayé d’être moi ? Parce que si notre nouvelle vie peut en faire rêver plus d’un, c’est un boulot et une pression de dingue ! Sans parler des casseroles qu’on se traîne tous. Il ne faut pas se leurrer, elles nous influencent toujours, qu’on le veuille ou non, où qu’on soit, quoi qu’on fasse. Même quand on se retrouve au sommet.
Le pire, c’est que ce soir, c’est un concert en comité restreint. Des journalistes qui vont donner le ton direct, ce qui va forcément peser sur ce que les gens penseront à la sortie de l’album. Il y a aussi les employés de la maison de disques, qui décideront de l’énergie qu’ils veulent bien mettre dans notre promo, pour nous trouver plus de dates de tournée, nous bouder ou mettre le paquet. Et bien sûr, il y a nos proches. On pourrait croire que c’est le public le plus facile… mais c’est loin d’être le cas ! D’une part parce qu’ils ne vous diront jamais la vérité, ils se contenteront de déclarer que c’est génial, peut-être sans en penser un mot. Et puis, me révéler comme ça devant ces personnes que je côtoie, c’est effrayant.
Dans la vie de tous les jours, je peux juste porter mon masque, comme tout le monde. Sur scène, il tombe et si je m’en fous de me dévoiler autant face à des inconnus, faire ça devant mes proches, leur divulguer mes secrets, mes tripes, ce n’est pas simple. Comment les regarder dans les yeux après ça ? Une fois qu’ils savent qui je suis, à l’intérieur, alors que je m’évertue à le dissimuler la plupart du temps ?
Putain, pourquoi j’ai choisi ce métier ?
Bon, je l’adore, je ne vais pas me plaindre de vivre enfin de ma passion, mais des fois, je me dis qu’un boulot 9 h-18 h, ce serait plus facile… et bien meilleur pour mes nerfs que je sens à vif à cet instant.
Je prends ma guitare acoustique qui traîne là pour gratter un peu et me déstresser. Les minutes passent au ralenti avant le début du concert. Il y a toujours tellement d’attente ! Au moins, si ma vie consistait à jouer uniquement… Mais elle est aussi rythmée par ces pauses, ces moments où nous sommes dans l’expectative, et ça me gave grave !
Malgré tout, l’heure finit par arriver.
Je suis prêt à leur montrer qui je suis !
Enfin… je crois…
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