You can't have me: Starlight (French Edition)
CHAPITRE 19 - Chloé
— Tu es seule ? me demande Jim lorsque je le fais entrer.
— Florent est en rendez-vous client, tu aurais dû appeler, ça t’aurait évité un déplacement.
Il me sourit, ses yeux s’éclairent et je crois un instant qu’il va me prendre dans ses bras pour m’embrasser. D’ailleurs, dans ma tête, ce film se joue. Je retrouve ses lèvres douces, il m’enlace comme si je lui avais manqué et il me serre contre lui en nous berçant lentement, au rythme d’une mélodie imaginaire.
Dans la réalité, il se contente de hausser les épaules, son regard redevenant aussi sombre qu’à son arrivée. Moi qui pensais qu’il était revenu pour profiter de moi, ou de mon corps, ça n’est pas le cas. Ça n’aurait pas été très galant de sa part, de débarquer pour ça, sans prévenir ou savoir si j’en avais envie. Cependant, j’ai si souvent rêvé de lui que je l’aurais accepté.
— En fait, je passais par là, j’ai reçu une mauvaise nouvelle et j’avais besoin d’un point de chute. Comme tu m’avais proposé de te parler la semaine dernière, j’ai pensé à toi.
Donc, c’est bien moi qu’il vient voir ! Tant mieux, même si ce n’est que pour me raconter ses problèmes, au moins, je l’aurai revu. Je lui fais signe de me suivre dans mon bureau. Il referme la porte derrière nous et je m’installe sur mon fauteuil tandis qu’il recule la chaise d’en face, celle destinée aux clients. Il pose les paquets qu’il portait au sol, des sacs de fringues neuves. Dans un soupir, il serre sa tête entre ses mains, coudes sur les genoux, sans rien dire.
J’aimerais pouvoir aller lui caresser le dos, l’accompagner dans les tourments qu’il semble vivre, mais je ne sais pas trop où nous en sommes. La façon dont il m’a saluée, plutôt froide, me laisse penser qu’il ne prend pas vraiment en compte nos nuits ensemble, que nous ne sommes pas proches, même s’il s’est tourné vers moi dans ce moment difficile. Bon, il était aussi dans les parages et avait besoin de se ressaisir, néanmoins, je décide que sa présence ici est un bon point pour moi. Pourtant, je n’ose pas bouger pour tenter de l’apaiser.
— Tu veux un truc à boire ? je lui propose. Thé, café ou autre chose ?
Il souffle encore, frotte ses paumes contre son visage puis se redresse vers moi.
— Je ne vais pas t’embêter longtemps, promis, répond-il.
Il se lève et regarde à l’extérieur avant de sortir son portable, sûrement pour vérifier l’heure.
— Il est tard… je… je t’inviterais bien au restau pour te remercier, mais ça peut vite être galère. Si les gens me reconnaissent, on sera pas tranquilles, à moins d’aller dans un endroit hyper guindé. Sinon, tu risques de te retrouver en photo dans tous les magazines people.
Il se frotte de nouveau le visage, puis sa main finit dans ses cheveux. Ça pourrait être la mienne, à cet endroit-là, si j’étais un peu plus courageuse. Si j’agissais, au lieu de me perdre dans mes rêveries sans arrêt.
— Je vais juste te prendre un peu d’eau, avant de partir, finit-il par ajouter.
Il me suit, quand je me rends dans la cuisine. Nos doigts s’effleurant en échangeant le verre ne devraient pas me mettre dans un tel état, mais je me retrouve là à le dévisager pendant qu’il boit son eau, d’une traite. Ce simple contact m’a laissé hors d’haleine, et mon cœur bat la chamade, c’est n’importe quoi !
Lorsqu’il pose le verre dans le bac à vaisselle, le bruit me fait sursauter.
— Tu n’as pas à partir tout de suite, je parviens enfin à lui dire. Tu peux m’en parler, si tu veux.
Il appuie ses fesses contre l’évier et ses yeux noisette cherchent les miens. Pour l’encourager, je lui souris.
— C’est Cooper, il… il a encore merdé. Putain, les nanas sont de vraies sangsues, elles essaient toujours de nous piéger et…
Je déglutis avec difficulté et mes sourcils froncés l’arrêtent immédiatement.
— Je suis désolé, s’excuse-t-il dans un nouveau soupir.
Il secoue la tête, les yeux fermés, avant de continuer en regardant le sol :
— Je suis énervé, je deviens indélicat. Je ne voulais pas te blesser. C’est juste que certaines filles tentent de coucher avec nous pour obtenir plus qu’une nuit dans nos bras. Elles prennent des photos, parfois intimes. Elles essaient de récupérer des infos, de nous faire parler. Ça fait plusieurs fois que Cooper est accusé de les avoir forcées alors que, clairement, comme tu as pu l’observer à la fête, il n’a aucune raison de faire ça, il n’a déjà que l’embarras du choix. Et là, une nana enceinte jure qu’il est le père.
Je fais un pas dans sa direction. Il relève la tête vers moi et je lis beaucoup de déception dans ses yeux avant qu’il ne les détourne, fuyant mon regard.
— Notre manager est enchanté, il dit que ça va nous faire de la pub. Avant la sortie de l’album et la tournée, il est certain que c’est super. Moi, j’ai envie qu’on parle de notre musique, c’est tout. C’est pour ça que les gens me décrivent comme un mec hautain, les journalistes me disent froid, parce que ces histoires m’agacent, et que je le leur fais savoir ! C’est pas demain que ça risque de changer, car on a une conférence de presse à cause de cette embrouille. On va nous poser tout un tas de questions qui ne regardent que nous. Ça me fout hors de moi à chaque fois. Alors je m’énerve devant ces gens dont c’est le métier de rapporter mes faits et gestes au grand public, et ils se font un plaisir de…
Il ne termine pas sa phrase, dépité, passant de nouveau sa main dans ses cheveux.
N’y tenant plus, je me rapproche encore afin de me glisser dans ses bras. Il réagit immédiatement, comme s’il n’attendait que ça, il se redresse pour me serrer contre lui. Le cœur battant, j’appuie ma tête contre son torse, me laissant aller à cette étreinte.
Il avait déjà insinué qu’il ne me voyait pas comme une groupie, mais ses confidences me montrent qu’il me considère autrement. Ça me plaît et me déstabilise à la fois, puisqu’il part bientôt. Je tente de me concentrer sur l’instant présent au lieu de m’engager dans des suppositions mentales, décidant de juste apprécier ces moments.
Dans mon lâcher-prise, je soupire. Il embrasse mon front, je caresse son dos, je suis bien. Je crois que lui aussi, car je le sens se détendre. Il me berce doucement, comme je l’ai rêvé plus tôt.
— On pourrait commander à emporter. Je n’ai aucune envie de rentrer chez moi. Je me ferai tout petit et ne ferai pas de bruit pour te laisser travailler.
À sa proposition, mon ventre gargouille, ce qui le fait sourire. L’horloge au mur de notre cuisine m’indique qu’il est 19 h 23, largement l’heure de manger en effet. Et même de boucler ma journée pour vraiment profiter de la présence de Jim.
— Ma voiture est juste devant, l’informé-je. On pourrait aller dîner chez moi, ce sera plus sympa qu’ici. Je n’habite pas loin.
Il se recule et acquiesce, visiblement content.
— Laisse-moi deux minutes, je range deux ou trois trucs.
— OK, je commande, pendant ce temps, si tu veux, propose-t-il en sortant son portable de sa poche. Je connais un super restau thaï qui livre dans toute la ville, ça te va ?
— J’adore les currys rouges, avec des crevettes, répliqué-je.
— Cool ! Tu vas pas être déçue.
Et après un clin d’œil, il se concentre sur son téléphone pour effectuer la commande pendant que je retourne dans mon bureau pour prendre mon ordi, organiser un peu mes affaires et tenter de ne rien oublier, comme ça m’arrive souvent.
— Donne-moi juste ton adresse et ce sera livré dans… une demi-heure, c’est suffisant ? me surprend Jim, qui m’a suivi sans un bruit.
J’acquiesce, lui fournissant tous les détails dont il a besoin, mon cœur battant toujours à un rythme effréné !
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