2023 - The Race : Pour rester en vie, une seule solution : devenir parano !

Révélations et vengeances

 

Deux hommes de Willis ligotèrent solidement Lady Spencer et la traînèrent jusqu’au bureau de l’Amiral. Ce dernier prit un malin plaisir à la réveiller en lui balançant un verre d’eau glacée au visage et en lui assénant une violente gifle. Il avait enfilé la chevalière de son frère, qui entailla la joue de la femme. Elle revint à elle et essaya de se libérer de ses liens pour bondir sur son agresseur. Il ne masqua pas sa joie de la voir aussi vulnérable et se mit à rire à s’en décrocher la mâchoire, ce qui exacerba d’autant plus la haine de sa prisonnière.

Lady Spencer se concentra néanmoins pour maîtriser un minimum sa rage, puis balaya la pièce du regard. Elle plissa le front et haussa les sourcils quand elle aperçut dans un coin son fils qui sanglotait, agrippé à la jambe de Paul. Celui-ci, penché, lui chuchotait à l’oreille et lui caressait les cheveux pour le calmer. Une forme au sol attira ensuite son attention et accrut sa surprise. Elle reconnut difficilement son vieil ami, Oscar. Il affichait un visage boursouflé et un œil si tuméfié qu’il ne parvenait plus à l’ouvrir. Tout se chamboula dans sa tête qu’elle secoua comme pour remettre ses idées en place. Elle ne savait plus pour qui elle devait s’inquiéter, mais s’adressa tout de même à Paul en premier lieu.

— Paul ? Qu’est-ce que tu fais ici ?

— Ton cher mari est mon invité, intervint Willis. Quand j’ai vu qu’il patientait à l’extérieur avec les deux flics, je me suis dit qu’il serait bien mieux au frais, à l’intérieur. Je ne voudrais pas que mon neveu attrape un coup de soleil.

— Parker, Darren ? s’exclama-t-elle, horrifiée.

— Ils se sont enfuis, répondit Paul sans ambages. Pas très courageux pour des policiers.

Elle ne reconnut pas l’homme qui venait de parler. Ce n’était pas le Paul qu’elle connaissait, celui qu’elle avait épousé. Qu’avait pu lui raconter Willis ?

— Bon, je vais vous laisser régler vos comptes en famille. Je reviendrai faire le ménage dans quelques instants. Vous pourrez constater que je ne suis pas si égoïste qu’on le dit.

Marlon sortit de son bureau, suivi de ses gardes du corps. Dès que la porte se referma, Lady Spencer se retourna vers son mari pour lui demander de la libérer. Elle remarqua alors une sombre lueur dans son regard. Elle ne l’avait jamais vu ainsi avant. Cela lui fit à la fois froid dans le dos et la mit en colère. Georgie se débâtit et s’extirpa des bras de l’homme pour rejoindre sa mère.

— Vite, détache-moi ! On doit partir avant qu’il ne revienne.

— Non ! Il faut d’abord qu’on parle, lâcha Paul d’un ton péremptoire. Tu savais que j’étais le fils de Melvin Willis.

Georgie s’évertua alors à dénouer les liens de Dorothy à la place de son beau-père. Cependant, il n’avait pas assez de force et la corde, trop serrée, ne bougeait pas d’un poil.

— Mais puisque je te dis que non. C’est lui qui t’a remis ça dans la tête ?

— Tout à fait. Entre autres choses, dont tu as également oublié de me parler…

— Tu ne vas quand même pas écouter ce type ?!

Paul s’approcha de sa femme pour la toiser et son ton devint plus dur.

— Tu me mens depuis le début de notre relation. Pourquoi devrais-je te croire, toi ?

— Je t’ai déjà expliqué. J’avais trop peur de te perdre si tu apprenais la vérité sur mon passé.

— Dans ce cas, pourquoi t’être mariée avec moi, sachant que tu ne pourrais jamais être tout à fait honnête ? Après le père, tu t’es dit que ce serait bien de se taper le fils ? Ou peut-être avais-tu l’intention de me descendre, moi aussi ?

— Ne raconte pas n’importe quoi, crétin ! intervint Oscar, qui reprenait difficilement connaissance. Elle t’aime plus que tout. Et ce n’est pas elle qui a tué Melvin. C’est mon cousin, Eddy. Une histoire avec les cartels… Ça serait trop long à expliquer et on manque de temps. Il faut vite se tirer d’ici, alors si tu veux bien redescendre un peu.

Il se releva tant bien que mal, ses blessures le faisant souffrir, et fut cueilli par une droite de Paul, qui le renvoya au sol.

— Puta. T’es cinglé, ma parole !

— Reste à terre, toi. On ne t’a pas sonné. C’est une discussion de couple et je n’en ai pas encore terminé. Tu as connu ma mère ?

Dorothy, figée par l’attitude de son mari, blêmit face à cette question. Paul en sourit nerveusement alors que Georgie, qui ne comprenait rien à la situation, se remit à pleurer de plus belle en serrant sa maman dans ses bras.

— Elle ne s’est pas pendue, n’est-ce pas ? Enfin pas toute seule ?

Dorothy ne répondit pas, mais son silence valait tous les mots du monde. Cela le rendit hystérique.

— Ah non, non, non ! Tu vas parler !

— Paul… Sortons d’ici d’abord.

— Tu vas tout me raconter, je t’ai dit ! Et maintenant !

Les yeux embués, elle se résigna à lui délivrer la vérité.

— Comme tu voudras ! Quand j’ai commencé à fréquenter Melvin, je suis en premier lieu devenue sa tueuse à gages attitrée, puis seulement quelque temps plus tard sa maîtresse. Il aimait les petites jeunes et moi, je suis tombée sous le charme de cet homme qui avait presque l’âge d’être mon père. J’ai tout abandonné pour lui. Même Oscar, mon partenaire, mon meilleur ami. Dès qu’une personne interférait dans ses affaires, il m’envoyait m’en charger. Un jour, il est venu me voir, car une de ses nombreuses conquêtes – eh oui, je n’étais pas l’unique – menaçait de révéler ton existence qu’il gardait secrète jusque-là. Il a pété les plombs et m’a ordonné de la tuer. Et toi avec… La Lady Spencer de l’époque ne pouvait rien lui refuser…

— Pourquoi suis-je en vie, dans ce cas ?

— Tu faisais tes études à l’université de Cambridge. Je n’ai rien dit et j’ai prétendu que je vous avais bien assassinés tous les deux. Dans mon état, j’étais incapable de traquer un enfant pour l’éliminer. Comme tu n’es revenu qu’après sa mort, il n’en a jamais rien su.

— Dans ton état ? Tu veux dire que… Les gens qui trouvaient que Georgie me ressemblait bien qu’il ne soit pas de moi ne se trompaient pas tant que ça, au final.

Dorothy baissa la tête, les larmes commençant à couler, et parla d’une voix presque inaudible.

— Oui… C’est le fils de Melvin, ce qui fait de lui ton demi-frère.

— Et notre rencontre, c’était prémédité ?

— Pas du tout ! Je t’ai croisé par hasard dans ce bar. Tu m’as plu tout de suite. À vrai dire, tu m’as fait penser à ton père sur le coup, mais je te jure que je n’étais pas au courant à ce moment-là. La suite, tu la connais, j’ai malencontreusement renversé ma bière sur ton épaule pour t’aborder.

— Malencontreusement, mouais. Après, tu m’as incité à boire, et innocemment tu as évoqué le sujet de mes parents.

— Et tu m’as raconté ta vie, ce qui m’a permis d’oublier ta ressemblance avec Melvin et a balayé les doutes que j’aurais pu avoir. J’ai certes eu le même coup de foudre que pour lui, mais c’est de Paul Lawrence que je suis tombée amoureuse. Pas de cette similitude entre vous. D’autant plus, qu’en dehors du physique, tu es clairement différent.

Paul s’était adouci et semblait enfin accepter la version de l’histoire de sa femme. Il s’accroupit près d’elle pour la détacher quand la porte s’ouvrit. Des éclats de rire précédèrent l’entrée de Willis, suivis par ses hommes.

— N’est-ce pas mignon ? Bon, fiston, qu’est-ce que ça fait d’avoir l’assassin de ta mère devant toi ?

Cette simple phrase ramena le doute dans la tête de Paul. Il se releva et fixa Dorothy avec beaucoup de peine dans le regard. Marlon lui colla un revolver dans la main et positionna son bras dans la direction de sa femme.

— Il est chargé. Il ne te reste qu’à faire feu pour lui exploser la cervelle.

Georgie se planta devant sa mère et supplia son beau-père de ne pas tirer. De chaudes larmes ruisselèrent sur les joues de Paul et malgré les pleurs de l’enfant, il pressa la détente.

***

 

Georgie avait fermé les yeux juste avant que la détonation retentisse alors que Dorothy avait hurlé de tout son saoul le prénom de son mari. Paul avait finalement détourné son revolver vers Willis au dernier moment, mais l’arme était chargée à blanc. Il la laissa tomber au sol, fumante. Il observa sa femme, l’air triste, comme pour s’excuser de ce qu’il avait failli lui faire. L’Amiral, avec un sourire sadique aux lèvres, s’installa dans son fauteuil. Il se servit un whisky et remplit un deuxième verre qu’il tendit à Paul.

— Un remontant, fiston ?

— Je ne suis pas votre fiston…

— Tu as raison. Pardon, cher neveu. Eh oui, que tu le veuilles ou non, je suis ton bon vieux tonton. Mais surtout, ne m’appelle jamais comme ça. Amiral ira très bien.

— Vous saviez que je ne le ferais pas ?

— On ne devient pas assassin du jour au lendemain. Mais ça viendra si tu restes avec moi. Ne t’inquiète pas, ça se travaille.

Paul s’approcha du bureau et accepta la boisson qu’il descendit d’une traite avant de se resservir lui-même.

— Houla, doucement. C’est du Glenfiddich, 50 ans d’âge, ça se déguste. Bon, que fait-on maintenant ?

— Ce que vous voulez. Ma vie vient de s’effondrer. Et je doute que mon avis vous importe. Vous allez la tuer quoi que j’en pense.

— Chéri… supplia Dorothy. Ne dis pas ça, s’il te plaît. Je t’aime. Ce sera dur, mais on arrivera à se reconstruire.

— Il faudrait déjà sortir d’ici, ricana Willis. Enfin, vivante, je veux dire. Ton mari a raison, ta survie n’est pas une option.

Paul, complètement dépassé par la situation, s’installa sur une chaise à l’autre bout de la pièce. Marlon ordonna à ses deux plus proches hommes – Brent et Stan – d’enfermer Oscar et Georgie dans le bunker. Il désirait prendre un peu de temps pour s’amuser avec Lady Spencer.

 

Les gardes n’avaient pas l’habitude de descendre dans la résidence des enfants Willis et encore moins sans la présence de leur père. D’ordinaire, ils devaient patienter devant l’entrée pendant que leur patron s’entretenait avec eux. Ils avaient été autorisés deux fois seulement à pénétrer dans le hall. Une première pour amener un médecin quand Devon avait eu l’appendicite. Une seconde pour arrêter un de leurs collègues qui voulait trahir l’Amiral.

Une fois Georgie, qui remuait dans tous les sens, enfermé dans une chambre, les gorilles décidèrent de jouer avec Oscar. Brent le ligota sur une chaise pendant que Stan s’absentait un instant.

— On a une petite surprise pour toi, s’amusa l’homme de main. Ça devrait te plaire !

Oscar entendit un bruit de lutte dans son dos. Son cœur rata un battement lorsqu’il se retourna et découvrit l’auteur de ces gémissements. Il s’agissait de sa femme, que la brute tirait par les cheveux et giflait à tout va.

— Bande d’enflures ! Laissez-la tranquille ! Elle n’a rien à voir dans tout ça.

— Eh bah, on va dire qu’elle se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment.

Stan jeta la pauvre Hannah au sol, non sans lui mettre une dernière claque sur les fesses et lui arracher son chemisier. Brent pouffait devant le triste spectacle offert par son acolyte.

— Vous êtes deux hommes morts, siffla Oscar. Je commencerai par toi. Stan ? C’est bien ça ?

— Je crois que tu ne te rends pas compte de la situation. Tu es dans un état lamentable, attaché à une chaise, sans arme. Je n’ai jamais été en meilleure forme de ma vie, j’ai un énorme Magnum et surtout, je suis libre de mes mouvements.

L’homme sortit le revolver en question et l’agita sous le nez de son prisonnier.

— Un duel.

— Quoi ?

— Je te propose un duel, puisque tu es si confiant.

Stan l’étudia quelques secondes puis s’avança pour défaire les liens quand Brent le retint par le bras. Il le repoussa vivement et le braqua tandis qu’Oscar observait cette querelle d’un œil attentif.

— Ne fais pas le con ! le pria Brent. S’il parvient à s’échapper, l’Amiral va nous descendre.

— S’échapper ? Tu rigoles ou quoi ? Tu crois que ce déchet pourrait me battre ?

— Il faut toujours se méfier avec ces types. Enfermons-les dans la chambre comme prévu.

— Dégonflé. Tu ne me laisses pas le choix. Tourne-toi !

— Stan…

— Tourne-toi, je t’ai dit !

Stan pressa la détente et explosa un vase derrière Brent, qui dut se résoudre à obtempérer. Le colosse ligota les mains de son collègue dans le dos et le bâillonna, car celui-ci tentait encore de le raisonner. Il lui demanda ensuite de sortir, le menaçant toujours de son arme et, en traînant Hannah de son autre bras, il l’attacha à un arbre. Il revint finalement dans le bâtiment où il balança la femme sur un canapé avant de se diriger vers Oscar pour le débarrasser de ses liens. Ce dernier n’attendit pas d’être libre et lui asséna un coup de tête dans le nez. L’appendice éclata sous le choc, répandant du sang sur le visage des deux hommes. Stan, en réponse, se recula vivement et lui tira une balle dans l’épaule, ce qui le fit hurler de douleur. Le sous-fifre de Willis, dans une rage folle, enchaîna avec plusieurs droites en pleine face et cassa à son tour le nez de son opposant.

À la vue de l’appendice de travers et dégoulinant d’hémoglobine, Stan cessa de frapper et finit de dénouer la corde. Il leva son adversaire qui éprouvait des difficultés à tenir debout et l’invita à l’attaquer. Oscar tituba vers lui et lança son poing dans sa direction. Stan n’eut aucun mal à esquiver. En revanche, il ne put éviter la balle qui lui perfora la poitrine. Puis une seconde, une troisième et tout un chargeur. Hannah avait profité qu’il était aveuglé par son excès de colère pour aller récupérer l’arme de Brent.

Oscar allait s’écrouler avant que sa femme ne le rattrape de justesse. Elle l’assit sur la chaise puis pansa tant bien que mal son épaule, avec un morceau de son chemisier arraché.

— Attends-moi ici bien sagement. Je vais chercher le petit. Pas de bêtise, hein ?

— Ne t’en fais pas, je ne bouge pas, essaya-t-il de plaisanter en esquissant une grimace de douleur.

Hannah essuya le sang sur son visage pour l’embrasser et partit en vitesse dans le couloir par lequel elle était arrivée quelques instants plus tôt. Elle en revint deux minutes plus tard, accompagnée de Georgie, qui semblait rassuré. Il tenait la femme par la main et un sourire timide illuminait sa figure.

 

Avec l’aide de son épouse et de Georgie, Oscar sortit du bunker en claudiquant. Ils profitèrent de l’absence d’une grande partie des gardes, regroupés à l’intérieur, pour quitter la villa aussi discrètement que possible. Une fois arrivée dans la rue, Hannah héla un taxi qui s’arrêta immédiatement. Elle installa le garçon et grimpa à son tour avant que la porte ne se referme. Elle ouvrit la vitre pour parler à son mari.

— Oscar ? Qu’est-ce que tu fais ? Monte tout de suite dans ce taxi.

— Je ne peux pas. Je dois y retourner.

— Regarde-toi, tu ne tiens plus debout.

— Merci de t’inquiéter, mi amor, mais j’ai connu pire et tu le sais.

— C’était il y a plus de dix ans…

— File-moi le flingue que tu as pris à Brent, s’il te plaît.

Hannah, bien que réticente, lui tendit l’arme. Elle était certaine qu’elle ne le ferait pas changer d’avis.

— Lady Spencer, hein ?

— Lady Spencer. Elle m’a sauvé trop de fois la vie pour que je l’abandonne. Je donnerais la mienne pour elle.

— Tu es le meilleur des hommes, Oscar Guerrero. Je t’aime.

— Je t’aime.

Hannah embrassa Oscar et remonta la vitre alors que les larmes coulaient sur ses joues. Elle regarda son mari longer l’allée de la villa de Willis, la démarche chaotique, se demandant si elle le reverrait un jour. Georgie vint se blottir contre elle et le taxi démarra.

 

***

 

Willis ordonna à ses hommes d’installer Lady Spencer sur une chaise. Pour cela, ils lui délièrent les mains afin de les attacher aux accoudoirs. Lorsqu’elle essaya de mordre les doigts de l’un d’eux pour qu’il ne la touche pas, il lui bloqua la bouche à l’aide d’un bout de tissu et lui envoya une bonne gifle qui lui fendit la lèvre. Ce fut là une grossière erreur qui lui coûta une balle dans la jambe. Il s’effondra au sol en hurlant de douleur.

— Qui t’a permis de la frapper ? gronda l’Amiral. Toi, ramasse-le et emporte-le hors de ma vue.

Un autre subordonné releva son collègue, qui laissa une tâche rougeâtre sur la moquette. Celui-ci baissa la tête et sortit du bureau en boitant, toujours soutenu par son acolyte. Willis s’avança vers Lady Spencer et lui ôta son bâillon.

— Je veux t’entendre m’implorer quand je tuerai ton fils.

Elle ne répondit pas et se contenta de le fixer, le regard mauvais. Il prit cela comme un défi et lui caressa la joue avant de lui asséner un terrible coup de poing. La lèvre déjà fendue éclata pour de bon sous le choc.

— Il n’y a que moi qui ai le droit de te blesser.

De colère, Lady Spencer cracha du sang sur les chaussures de Marlon. Il retourna calmement à son bureau et attrapa un mouchoir pour les essuyer.

— Je sais ce que tu tentes de faire. Tu essaies de me pousser à bout pour que je te tue. Mais tu fais erreur, Lady. Je n’en ferai rien. Je veux te voir souffrir avant.

— Tu devrais pourtant m’éliminer avant qu’il ne soit trop tard.

— Penses-tu vraiment être en mesure de me menacer ?

Willis alluma un cigare et revint se placer devant Lady Spencer. Elle affichait toujours ce regard déterminé et rageur, même quand il lui cracha de la fumée au visage. C’est à peine si elle esquissa une grimace quand il lui apposa l’extrémité brûlante sur l’avant-bras. Alors, il recommença à plusieurs reprises en remontant progressivement vers l’épaule. Elle resta sans réaction.

Paul, qui se tenait à l’autre bout de la pièce, observait la scène d’un seul œil. Il ne savait pas s’il devait souffrir pour celle qu’il aimait ou se réjouir de regarder l’assassin de sa mère endurer un tel châtiment. Il s’étonnait également de la résistance de sa femme, qu’il connaissait pourtant douillette au quotidien. Il esquissa un mouvement pour intervenir, mais un garde le fit rasseoir.

— Je comprends ce que tu ressens, fiston, lâcha Marlon qui l’avait vu se lever. Malheureusement, ce n’est que le début du spectacle. Mais ne t’en fais pas, comme je te l’ai dit, tu t’habitueras très vite à la cruauté de l’être humain si tu veux bien me rejoindre. J’ai consulté ton profil, tu t’intégrerais à merveille à mon équipe. Avec un peu d’entraînement et des conseils adéquats, tu deviendrais même un excellent bras droit. Sûrement meilleur que mon bon à rien de fils en tout cas. J’aime mes enfants, vois-tu, mais ils ne connaissent rien de la vraie vie. Pas comme toi. Tu as vécu des choses terribles, et c’est ça qui forge un bon soldat. Eux n’ont jamais eu à se battre pour obtenir ce qu’ils voulaient ou pour sauver leur peau. Je n’aurais pas dû les couver autant et les garder enfermés dans leur bunker.

— Arrêtez tout de suite les violons. Ce n’est pas parce qu’on est liés par le sang que je vais commettre des crimes avec vous. Vous n’êtes rien pour moi.

— Oh ! Tu vas me vexer… J’ai l’impression que tu ne saisis pas bien. Je ne te laisse pas vraiment le choix. Soit tu rejoins mon organisation, soit tu vas moisir au fond d’un trou. Ce n’est que par respect envers mon défunt frère que je ne te tue pas.

— Willis ! hurla Lady Spencer. Fous-lui la paix et viens plutôt t’occuper de moi.

— Mais c’est qu’elle en redemande. Tu vois, au final, il semblerait qu’elle tienne réellement à toi.

Marlon se rapprocha de sa prisonnière et lui décocha plusieurs coups de poing dans le ventre. Un mélange de bave et de sang s’échappait de la bouche de Lady Spencer à chaque frappe. Cette fois-ci, elle ne put réprimer de légers gémissements de douleur, et laissa son menton reposer sur sa poitrine. Willis lui releva la tête en serrant ses joues dans sa main.

— Tu veux jouer ? On va jouer. Après ça, tu me regarderas torturer et tuer ton ami Oscar ainsi que sa merveilleuse épouse. Viendra ensuite le tour de ton fils. Avec lui, je te promets de prendre mon temps, que tu puisses bien savourer.

— Je vais te crever, ordure !

Lady Spencer s’agita dans tous les sens, tentant de se défaire de ses liens. Elle avait oublié toute la souffrance et la fatigue qui l’habitaient. Dans un cri de rage à en percer les tympans, elle réussit à arracher un accoudoir et essaya de frapper Willis avec. Il recula au bon moment et fit signe à ses hommes de la neutraliser. L’un d’eux lui mit un coup de taser, puis un autre en profita pour lui rattacher les mains derrière le dossier de la chaise. Pendant ce temps-là, Marlon alla à son bureau et en revint avec un coupe-papier bien aiguisé.

— Vous deux, tenez-lui bien la tête.

Il plaça la lame sur la joue de Lady Spencer et dessina des arabesques sans appuyer, la baladant sur tout son visage. Il affichait un sourire malsain et ses yeux étaient injectés de sang. Puis, il pressa un peu plus fort et traça un sillon vermillon le long de l’arête de son nez. Lady Spencer se débattait, mais les gorilles de Willis la tenaient trop bien pour qu’elle puisse bouger la tête. L’Amiral lui fit deux nouvelles estafilades au niveau des pommettes.

— Ça suffit ! intervint Paul qui s’était levé vivement de sa chaise. J’en ai assez vu. Elle reste malgré tout ma femme et je ne supporte pas d’assister à un tel spectacle. Amenez-moi ailleurs s’il vous plaît.

— Pense à ta pauvre mère, mon neveu. Et dis-toi qu’elle lui a fait vivre les mêmes tourments.

— Ne l’écoute pas, Paul. Je l’ai empoisonnée pour qu’on croie à un suicide. Elle n’a pas souffert. Oui, je tuais des gens, mais en aucun cas je ne les torturais. Et en général, c’étaient des salauds qui l’avaient mérité.

— Je m’en fous ! Tu étais, non, tu es quelqu’un d’horrible. Comment ai-je pu tomber amoureux d’un monstre pareil ?

— Je ne suis plus Lady Spencer. Je suis Dorothy. Ta Dorothy…

Paul s’approcha de sa femme et la regarda d’un air triste. Puis sans crier gare, il attrapa le coupe-papier de Willis et le planta dans la jambe de l’Amiral. Ce dernier eut tout juste le temps de faire un pas en retrait, évitant ainsi que la lame ne rentre trop profondément.

— Espèce d’imbécile ! hurla Willis pendant que ses hommes neutralisaient Paul. Traître et lâche. Ne recommence jamais ça ! Comment mon frère a-t-il pu enfanter une vermine pareille ?

— Que fait-on de lui, Amiral ?

— Remettez-le sur sa chaise et surveillez-le pendant qu’il se calme.

Paul lutta quelques secondes, mais une lourde droite de son oncle le convainquit d’obtempérer pour le moment. Willis, par précaution, désinfecta sa blessure et appliqua un pansement, avant de pouvoir passer à la suite de son programme.

 

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