À cœur ouvert
8 - Jade
8
Jade
Vers la fin du sixième mois, après quelques contractions préoccupantes, nous décidons de nous rendre à la Polyclinique Santa Maria de Nice. Je ne crains pas la menace d’un accouchement prématuré mais je sens mon bébé peser lourdement dans mon bassin.
Il est 20 h 30. Je m’installe confortablement dans la voiture et, très émus, nous prenons la route. Nous sommes partagés entre la joie de penser que nous sommes en train de répéter le trajet qui nous mènera au bonheur ultime et l’inquiétude d’accueillir notre fille aussi tôt, avec toutes les complications que cela comporterait.
La Polyclinique nous est familière, nous l’avons visitée quelque temps auparavant, le cadre est exceptionnel. Les salles d’accouchement, toutes différentes, sont décorées par thèmes : l’eau, la terre, le feu et l’air. Nous avons choisi celle du feu, pour son ambiance aux couleurs de couchers de soleil et sa vue imprenable sur la Méditerranée. Nous sommes loin des salles d’accouchement étroites et froides des anciennes maternités. J’imagine combien cela change tout pour l’accompagnement de cet événement. Mon mari souhaite ce qu’il y a de mieux pour nous. Et là, le confort et la sécurité sont réunis. Il serait absurde de s’en priver.
Nous envisageons un accouchement physiologique dans ce cadre idéal, confortable et propice à la relaxation. Les équipements médicaux sont présents, mais masqués. La sécurité est assurée en cas d’urgence vitale, et c’est évidemment ma priorité.
Il y a des lianes en tissu accrochées au plafond qui permettent d’adopter des positions soulageant la douleur et propices au bon déroulement du travail. Je découvre aussi un ballon de mobilisation, très efficace pour faire travailler le bassin tout en favorisant la descente du bébé. Je ne manquerai pas de l’utiliser le jour de la naissance de Jade.
21 heures. Nous arrivons à l’étage dédié aux naissances. Nous sommes chaleureusement accueillis par l’équipe et mon mari endosse pour la première fois la tenue bleu azur du futur papa. Nous sourions tous les deux, heureux malgré les douleurs intenses qui me vrillent le corps. J’essaie de rester digne, mais ma démarche révèle les fortes contractions qui me traversent, et mon allure manque décidément d’élégance. J’avance péniblement, le dos courbé. Mon mari, amusé, me rappelle une conversation que nous avons eue avant que je sois enceinte : je ne comprenais pas pourquoi les futures mamans perdaient de leur superbe et pourquoi elles marchaient parfois comme des canards. Cela me faisait sourire et je m’étais juré de garder coûte que coûte ma féminité... Ne jamais jurer de rien et ne jamais affirmer tant que l’on ne sait pas de quoi on parle ! C’est une bonne leçon. Nous rions de bon cœur.
Le trajet vers la salle d’observation me semble interminable. On me présente un fauteuil roulant, je décline la proposition. Je suis dure au mal, je l’ai toujours été. Tant que je suis debout, c’est que je peux y arriver. J’y suis allée, à mon rythme d’escargot, mais j’y suis arrivée...
Le premier examen me rassure, il n’y a pas de danger imminent, le bébé est placé très bas, ce qui cause les douleurs, mais le col est bien fermé. Un monitoring a été installé pour une heure, suivi d’une piqûre pour soulager douleurs et contractions. Je m’évade peu à peu, je suis dans un état cotonneux, comme ivre, légère.
J’accepte le fauteuil roulant pour le trajet du retour. Je ne ressens plus aucune douleur mais mes jambes ne me soutiennent plus, elles se sont transformées en deux gigantesques guimauves.
Un traitement médicamenteux m’est prescrit pour ralentir les contractions. Je freine mes activités. Je n’ai pas vraiment eu peur, mais nous avons conscience, maintenant, que la vigilance est importante. Il est vital que je garde mon bébé bien en sécurité, au creux de moi, le plus longtemps possible. Je me sens pourtant capable de soulever le monde tant le bonheur me donne des ailes. Mais je reste au calme. Cela a été bénéfique. Les contractions ont fini par disparaître définitivement.
Au cours de la dernière échographie, mon angoisse est encore palpable. Nous insistons pour avoir un examen complet de notre bébé. Une fois de plus, l’obstétricien nous rassure.
L’accouchement est imminent et bientôt viendra l’heure tant attendue des présentations et de la vie de famille à trois. J’ai le souvenir, malgré tout, que le médecin s’est attardé sur le cœur de Jade. Il m’a semblé qu’il cherchait quelque chose qu’il n’a pas trouvé. Son ton rassurant ne nous alerte pas. Nous ne voulons retenir que l’émotion de voir notre fille sucer gentiment son poignet. Elle est magnifique et nous avons hâte de la découvrir pour de bon.
Je ne regrette pas le bien-être et le bonheur sans nuages que j’ai goûtés pendant ces neuf mois. Si j’avais été avertie de la pathologie de mon enfant, je n’aurais pas eu une grossesse aussi sereine. Et peut-être que Jade en aurait souffert, elle aussi.
Je souhaitais vivement accoucher le 3 octobre, jour de mon anniversaire. Ce jour-là, j’ai marché de longues heures, je ne suis pas restée en place une minute. Je me suis même lancée dans de grandes opérations de jardinage et de nettoyage des grandes baies vitrées de la maison sous l’œil ahuri de mon mari qui vérifiait constamment que la valise prévue pour la maternité était bouclée et bien placée dans le coffre de la voiture.
Les heures ont défilé, je me suis épuisée en vain : ma princesse avait décidé de rester au chaud quatorze jours de plus.
J’ai fait ma dernière séance de préparation à l’accouchement dans la piscine. Très agréable. J’en suis sortie, comme toujours, détendue et ravie.
À chacune de ces séances de préparation, nous faisons un monitoring, et, chaque fois, cette même phrase revient : « Votre petite puce est en pleine forme. La vitalité et le rythme cardiaque sont plus que rassurants. »
Malgré les précautions les plus scrupuleuses, malgré tous les examens et les échographies, rien, jamais, n’a été décelé. Cela peut faire peur. Et je me demande aujourd’hui quel serait mon état d’esprit si je devais affronter une nouvelle grossesse. La peur, indéniablement, serait présente. De même que l’appréhension que je ressentirais à l’idée d’être mère à nouveau. Comment faire pour exorciser cette terreur que m’inspirent les menaces qui pourraient planer sur la santé et la vie de mon bébé ? J’imagine que j’aurais constamment besoin de contrôler sa respiration, que je serais incapable de m’endormir paisiblement.
Il nous faudra apprendre à dompter toutes ces craintes, toutes ces angoisses...
Notre accoucheur nous avait fixé un rendez-vous entre le 16 et le 18 octobre. Le 16 au matin, les contractions semblent se préciser. Je transmets les informations concernant leur fréquence à notre chef d’orchestre qui organise notre accueil à la maternité pour le soir. Le moment tant attendu est arrivé. Je vérifie une énième fois le contenu de notre petite valise commune, je prends le temps de me relaxer dans un bain et je vis mes derniers instants de future maman. On m’a bien prévenue d’en profiter, car, après la naissance du bébé, la vie ne sera plus jamais la même, et à la fatigue de l’accouchement s’ajoutera celle des nuits blanches.
Tout cela est sans doute vrai, pensais-je, mais pour moi, le bonheur sera bien plus fort que tout. Bientôt, les mamies nous rejoindront pour découvrir la petite Jade tant attendue. Elles ne connaissent pas le prénom que mon mari et moi avons choisi et que nous gardons dans le plus grand secret.
Au cours de l’un de nos dîners d’été, nous avions organisé une sorte de jeu familial où chacun devait deviner le prénom de notre fille. Belle-maman avait laissé échapper le prénom de Jade, la chipie ! Elle ne savait pas qu’elle venait de gagner, mais mon mari et moi avons joué aux innocents, nous n’avons pas bronché et fait de notre mieux pour brouiller les pistes. Nous avons seulement échangé un regard complice, un petit sourire en coin, genre « elle est trop forte, ma mère »... Petite Marie, ma belle-maman, allait être ravie d’être la grande gagnante, ravie surtout de voir son rêve se réaliser : son fils allait être papa. J’étais heureuse de lui apporter cela. Je l’aime beaucoup, Marie. Je suis avec elle comme avec ma grand-mère, peut-être parce qu’elles ont le même âge.
J’aime cette relation où les générations éloignées font que c’est à notre tour de nous occuper d’eux, donner à mes grands-parents le titre tant attendu d’arrière-grands-parents – leur petite « Nini », comme ils disent, allait à son tour donner naissance, et la famille s’agrandir. Et nous, futurs parents, allions faire démarrer la nôtre. Maman, émue de me voir si épanouie : enfin sa fille a trouvé bonheur et accomplissement et bientôt elle va goûter aux joies de cette maternité qu’elle a tant désirée.
Jade a donc finalement pointé le bout de son nez trois semaines avant le terme de ma grossesse. Les médecins ne semblaient pas s’en émouvoir.
La chambre réservée à la maternité est prête et semble nous attendre. Nous avons l’impression d’être dans un de ces paquebots qui traversent la Méditerranée. Nous voguons sur les vagues bleues étendues devant nous. Les grandes baies de notre chambre s’ouvrent sur la mer, à perte de vue. C’est extraordinaire de beauté.
Malgré les contractions, je suis en pleine forme. L’excitation de devenir maman est immense. Notre soirée s’organise autour d’un dîner raffiné arrivé sous cloche. À côté de nous, le petit berceau transparent nous tend les bras. Dans quelques heures, il sera le nid de notre petite Jade. J’y ai déposé deux petits doudous avec lesquels j’ai pris soin de dormir pendant deux mois afin qu’ils s’imprègnent de mon odeur, pour que notre bébé se sente en sécurité.
L’accouchement semble se dessiner pour le lendemain. Nous esquissons quelques pas de danse, mon mari et moi. Nous sommes impatients et animés d’une joie infinie.
La nuit se passe, douce, rythmée par l’agréable bruit des vagues. Vers 7 heures, je descends en salle de naissance.
La journée est belle et ensoleillée. Mon mari n’arrête pas de me mitrailler et de prendre des photos pour immortaliser l’événement mémorable. Le travail a débuté tranquillement, les contractions se font intenses et plus régulières, mais je garde le sourire. Je trouve même la force de me lever et de faire encore quelques pas de danse, agrippée au pied de ma perfusion. Les fous rires se mêlent à la douleur. Mais : même pas mal ! Le bonheur est un anesthésique puissant.
J’ai attendu la dernière minute pour la péridurale. Je me suis relaxée sur le fameux ballon et j’ai exécuté les mouvements comme on me l’avait expliqué, puis j’ai fait travailler mon bassin afin d’aider ma poupée à entamer sa descente.
L’angoisse de l’accouchement semble s’être envolée. Je suis divinement accompagnée et l’avancement du travail se fait en douceur. C’est agréable, mais bien plus encore, je l’avoue, après la péridurale. L’émotion est à son comble, je laisse échapper quelques larmes de bonheur. Je suis en train de réaliser pleinement le grand rêve de ma vie.
Je pense à papa qui, là-haut, doit sourire et s’émerveiller de tant de bonheur. Mon mari et moi échangeons des regards chargés d’émotion, nous sommes terriblement heureux et émus, nous nous prenons par la main, et nous nous serrons très fort. Je me souviens de son angoisse sur le fait de savoir si je savais bien pousser, si j’avais bien appris mes leçons... Nous avons ri. À quelques minutes de l’arrivée, il était temps...
J’imagine maman, ma famille, nos familles, qui pensent à nous, attendent impatiemment la venue de notre fille et la révélation de son mystérieux prénom.
Nous voulons égoïstement garder ce moment de vie pour nous, ainsi que les quelques jours à la maternité, pour profiter à deux de notre bébé. Il est prévu que les mamies nous rejoindront le lendemain de notre première nuit à la maison à trois. Je suis sûre que les pauvres trépignent d’impatience !
Le travail a été long, mais nous n’avons pas vu le temps passer. Une épisiotomie et des ventouses ont été nécessaires. Jade est arrivée à 16 h 34. L’accouchement a été vécu dans l’émotion la plus intense. La concentration et le stress se lisaient sur le visage de mon accoucheur.
L’envie, la pression j’imagine, que tout se déroule au mieux. Après quelques gouttes de sueur partagées, j’ai pu enfin attraper mon bébé et la blottir tout contre moi. Émus aux larmes, tous. Mon mari amoureusement m’embrasse, avant de murmurer :
— Tu as fait du bon travail, chérie.
Il me semblait entendre les battements de son cœur tant il était heureux et bouleversé.
Jade nous a offert ses premiers cris, pareils aux doux miaulements d’un chaton qui appelle sa mère, des petits maeuh, comme si déjà elle savait dire maman. Des pleurs délicats, élégants et terriblement féminins. Ma fille est une adorable poupée à la bouche parfaitement dessinée, avec des yeux en amande, une vraie petite Indonésienne, tout comme sa maman bébé.
Lovée contre mes seins, une main délicatement posée contre son menton, ses petits pieds soigneusement croisés telle une petite, toute petite danseuse étoile, elle est magnifique.
L’émotion a été intense. La pression retombe, tout va bien, mon bébé est là, c’est le bonheur total. Jade, accompagnée de son papa, est transportée pour ses premiers soins.
Mais soudain, je sens que je m’en vais. Je dis :
— Je suis en train de partir ! Je pars !
Mon corps me lâche, peu à peu je ne sens plus rien, je m’évanouis. Malaise vagal. Ma tension a chuté brusquement. Le ressenti, la sensation ont été trop forts.
Mon mari fait des allers-retours entre notre fille et moi, ne sachant plus comment naviguer entre la joie et l’angoisse. Les portes de la salle de naissance se sont refermées. Il attend mon réveil, au comble de l’inquiétude.
Heureusement, mon malaise est bref et tout revient rapidement dans l’ordre.
Mes premiers mots sont pour ma fille :
— Comment va Jade ? Où est-elle ?
On l’a mise dans une couveuse pour la réchauffer. Je me sens mieux. J’attends patiemment le moment où je pourrai prendre ma fille dans mes bras. Juste le temps pour mon mari de constater, amusé, que mon ventre très arrondi a complètement disparu. C’est sa manière à lui de détourner avec ironie la tension dans les situations délicates et d’installer une ambiance positive.
Notre princesse nous rejoint enfin et reprend sa place tout contre moi.
Ainsi débute notre vie à trois. Je viens d’accomplir la plus belle chose de toute mon existence.
La nuit maintenant est tombée, nous sommes réunis tous les trois. L’explosion de joie de notre famille est immense, bouleversante, et nous ne manquons pas de leur envoyer photos et vidéos de notre petite beauté. Un peu avec maman, un peu avec papa. Quelle émotion de voir notre bébé dans les bras de mon mari. Il semble être père depuis toujours.
Notre rêve est devenu réalité.
Jade est paisible, sereine, emmitouflée, toute de rose vêtue. Exactement à l’inverse de ce que j’avais pensé quelque temps auparavant. Rose pour les filles, bleu pour les garçons, c’est ringard, avais-je dit. Le rose pourtant prédomine dans ses petits vêtements, et cela lui va à ravir. Dans sa chambre également, il y a un peu de blanc, mais surtout du rose... Nous l’avons préparée avec amour et en avons fait un véritable royaume de princesse.
Le moment de la tétée d’accueil reste un souvenir inoubliable. Au début, je suis un peu malhabile. Mais quelques conseils de la sage-femme nous permettent, quelques minutes plus tard, de savourer toutes les deux cet instant magique sous le regard attendri de mon mari.
Il me semble que, désormais, plus rien ne peut m’arriver. Devenir mère, j’en suis convaincue, va pallier ce manque de confiance démesuré qui me poursuit depuis mon enfance.
Ma vie, mon esprit tout entier sont comblés par cet amour nouveau et fusionnel. Ma priorité, c’est elle, ma fille, c’est nous. Je me sens forte comme jamais, épuisée mais heureuse, profondément heureuse.
Les services d’une sage-femme me sont proposés pour la nuit. Elle s’occuperait de mon bébé afin que je puisse récupérer un peu tout en restant à proximité. Nous ne serions séparées que par la salle pour le bain et les changes de Jade. J’ai d’abord envie de refuser, mais mon mari sait trouver les mots pour me convaincre. Et surtout je peux, si je le souhaite, les rejoindre à tout moment pour m’occuper de ma petite Jade. Les douleurs de l’épisiotomie se font sentir, je récupère difficilement de mon malaise vagal, je finis donc par accepter. Je me détends, tout doucement, les angoisses de ce long voyage de neuf mois s’évanouissent.
Quelques baisers échangés, un bouquet de « je t’aime », et mon mari nous laisse récupérer toutes les deux de ce petit marathon qu’est la naissance.
Évidemment, je ne résiste pas à l’envie de rejoindre ma princesse toutes les nuits. Cela devient le jeu du soir entre la sage-femme et moi :
— Bon, eh bien, à tout à l’heure ! me dit-elle en souriant.
Et nous passons des heures ensemble à veiller ma petite, à l’admirer et à discuter de ce bonheur extraordinaire d’être mère. Elle m’enseigne sa façon toute particulière d’emmailloter Jade, comme dans un cocon – ainsi les bébés retrouvent la sensation qu’ils ont à l’intérieur du ventre de leur mère et cela les rassure beaucoup.
Pour le confort de mon bébé et pour atténuer les traumatismes liés à la naissance, nous avons organisé la venue d’une ostéopathe spécialisée dans les soins pour nourrissons. Jade profite ainsi de sa première séance de massage. Elle semble apprécier beaucoup. C’est un vrai plaisir pour moi de la voir ainsi, totalement détendue. J’apprends ce jour-là les gestes qui lui sont agréables. Je ne manque pas de les reproduire à chaque sortie du bain. C’est notre plaisir à toutes les deux, un petit moment privilégié parmi tant d’autres, puisque chaque instant est synonyme de bonheur.
Nous sommes heureuses, malgré le va-et-vient permanent des puéricultrices et des sages-femmes qui, juste pour le plaisir de découvrir Jade et sa maman, interrompent constamment nos moments d’intimité. Je comprends leur curiosité et l’envie de venir me dire bonjour, mais j’avoue que, venant d’accoucher, les séances de photos souvenirs me sont parfois difficiles à assumer. Certaines désirent même donner le biberon ou le bain à ma place. Je n’ose rien dire...
Puis un matin, je vois débouler la chef de service dans ma chambre à la recherche de ses « petites abeilles ». Elle a deviné qu’elle trouverait son petit monde autour de ma poupée. D’un seul regard, en un éclair, elle fait s’envoler son essaim.
Embarrassée par cette manifestation soudaine d’autorité auprès des filles, je lui demande surtout de ne pas les sanctionner. Certes, elles ont été un brin envahissantes, mais je comprends et ce n’est pas grave.
Mais mademoiselle Rigaud, très protectrice à notre égard, s’assure d’ailleurs, chaque jour, qu’il ne manque rien à notre confort. C’est elle qui gère et organise ici le séjour des personnalités. Elle le fait avec cœur et générosité.
Quelques minutes plus tard, notre ange gardien revient me voir, brandissant fièrement le Cocoonababy (un cocon ergonomique qui maintient bébé dans la position semi-fœtale, le must du dodo) qui avait servi aux bébés d’Angelina Jolie !
Le confort maximum est apporté à ma petite Jade, c’est mignon comme tout.
Ce sont des souvenirs auxquels je me raccroche fortement aujourd’hui.
Jade n’aura pas le plaisir de tester le Cocoonababy si précieux de la maternité, à la grande déception de mademoiselle Rigaud, car de petits rejets récurrents après ses biberons nous obligent à la coucher, la tête un peu surélevée.
Ses rejets m’inquiètent un peu, mais tous ici me rassurent. C’est monnaie courante, me disent-ils. Il est vrai que Jade ne montre aucune gêne particulière après avoir régurgité.
J’admire ma fille si gracieuse. Je revois ses attitudes incroyables : toujours ce petit détail caractéristique, signe d’une féminité plus que précoce. Ses mains sont toujours délicatement posées, et souvent, elle sourit dans son sommeil. Cela m’émerveille. Je reste des heures à l’observer, à la contempler, à la prendre en photo, tous les jours, à chaque instant.
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