À cœur ouvert
4 - Mon père, ce héros...
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Mon père, ce héros...
J’ai eu une enfance modeste, mais je n’ai jamais manqué de rien. Nous vivions à Sannois, dans un quartier familial. Sannois n’était pas une banlieue mal famée. Elle était plutôt conviviale, habitée par des familles paisibles. J’allais à l’école chez les bonnes sœurs, à deux pas de chez moi. Je portais une petite blouse bleue dont on n’avait pas le droit de défaire plus d’un bouton. Nous n’étions pas spécialement religieux dans la famille. Nous parlions de nos anges gardiens, il y avait une croyance en quelque chose là-haut, quelque part, des prières formulées, mais pas directement ou précisément envers Dieu. Je crois que j’ai été mise chez les bonnes sœurs tout simplement parce que c’était l’école la plus proche de chez moi. Le catéchisme et la chapelle néanmoins étaient obligatoires.
Je me souviens que les bonnes sœurs nous disaient :
— Vous voyez, quand la petite lumière rouge près de l’autel est allumée, c’est que le Seigneur vous entend. Faites vos prières et parlez-lui.
Un jour, il y a eu une panne d’électricité et la lumière ne s’est pas allumée... Jésus n’était donc plus là ? Cela avait remis en doute pas mal de choses pour moi. Aujourd’hui encore, je ne sais pas donner de réponses à certaines questions concernant l’existence de Dieu. Pourtant, au cours de nos diverses escapades, mon mari et moi sommes entrés dans chacune des églises qui croisaient notre chemin et avons allumé une bougie pour nos pères disparus, sans prières précises, juste pour se recueillir quelques instants.
Il doit y avoir forcément une croyance...
Mes grands-parents ont quitté la région parisienne vers l’âge de mes trois ans, pour s’installer en Vendée, à Chaillé-sous-les-Ormeaux, près des Sables-d’Olonne. Ma grand-mère y avait ses racines : sa famille venait de cette région et mes arrière-grands-parents y vivaient encore. Le rythme du bien-être, pour moi, était rompu, mais je les rejoignais pour les vacances, petites et grandes. La campagne, les champs, le potager, les animaux, tout cela était un rêve pour moi. Je garde de ces années-là des souvenirs impérissables de petite campagnarde. La maison de mes grands-parents était un refuge, un lieu plein de joie et de chaleur.
J’aimais être là-bas, j’aimais être avec eux, je courais dans ce grand jardin, si vite que parfois il me semblait que j’arriverais à m’envoler. Je m’amusais toujours seule. J’étais une petite fille heureuse, affectueuse et solitaire.
Nous avions une télévision, mais je ne la regardais pratiquement jamais. Elle ne m’attirait pas plus que ça. Pourtant, curieusement, j’ai rêvé très tôt de devenir comédienne. À cinq ans je le savais déjà, je voulais jouer les histoires que j’imaginais, j’avais la certitude que je donnerais une forme d’existence aux personnages que j’inventais. C’est ce qu’on appelle une vocation précoce !
J’ai la sensation très vive d’avoir toujours su ce que je voulais être : je voulais vivre plein de vies différentes dans une même vie. Bien sûr, je ne savais pas encore qu’il existait un vrai métier qui correspondait à ce désir. Le monde de fantaisie que j’échafaudais me faisait vivre, dans un tout petit coin de jardin, les aventures les plus folles. Mais surtout, il me permettait de m’évader de celui des adultes que je ne trouvais pas très beau. Voir – et entendre – mes parents se déchirer au fil des jours m’était profondément douloureux. Je m’échappais de ces rixes perpétuelles, de cette violence verbale, et je me réfugiais avec délices dans l’univers enchanté que j’imaginais et où j’étais si heureuse.
Au fil du temps, les choses entre mes parents ne s’arrangeaient pas. Je ne voulais pas penser qu’ils allaient se séparer. J’éprouvais un amour égal pour chacun d’eux. Je ne pouvais imaginer me passer de l’un ou de l’autre, mais pourtant, il a fallu...
En silence, j’ai souffert.
J’ai gardé en mémoire les merveilleuses explorations que nous faisions dans les dunes, mon père et moi, lors de vacances avec mes parents. Il m’apprenait à attraper des couleuvres, ou des têtards que nous ramenions à la maison et qui devenaient de petites grenouilles. J’ai le souvenir d’être rentrée un jour et d’avoir découvert les petits batraciens transformés, échappés de leur aquarium, qui sautillaient ici et là à travers ma chambre. C’était une joie pour moi. Je trouvais magique qu’une sorte de poisson puisse se métamorphoser ainsi.
Il y avait aussi les lézards que nous apprivoisions. Mon père avait cette faculté incroyable de les attraper sans casser leur queue si fragile. À force de patience, les petits reptiles s’accommodaient de notre présence jusqu’à rester tranquillement tapis dans la poche de mon Indiana Jones de père. Il n’en était pas peu fier et gagnait toute mon admiration.
C’est à peu près les rares souvenirs enchanteurs que je garde en mémoire de ces jeunes années où nous étions ensemble, mais je m’y accroche et ils sont très précieux à mes yeux.
Mes parents ont fini par divorcer au cours de ma neuvième année. Cette décision a été difficile et mal vécue par mon père. Désespéré, il menaçait de me kidnapper et de se suicider en voiture avec moi. C’était très angoissant pour la petite fille que j’étais. À ce moment-là, malgré ma peine, j’ai soutenu maman et l’ai confortée dans sa décision de séparation, imaginant qu’elle avait déjà perdu beaucoup d’années de bonheur.
J’ai été logée chez une copine de classe pour finir mon année scolaire et échapper à la brutalité des derniers combats qui ont dû être pénibles et douloureux pour mes deux parents. Ma mère enfin gagnait sa liberté.
Mon père secrètement me manquait. Je me souviens de l’avoir appelé et qu’il m’avait raccroché au nez. Je me suis alors construite sans lui. Je le fantasmais, je m’inventais un père à la fois Indiana Jones et Superman. Je l’inventais sans y croire tout à fait. Peu importe. Il me manquait et mon amour pour lui, toujours, était immense.
Environ trois ans après le divorce de mes parents, j’avais reçu une lettre de mon père. Dès le premier coup d’œil, j’avais remarqué que cette lettre n’était pas de sa main, ce n’était pas son écriture. Peu importe ! C’étaient ses mots. Il m’apprenait qu’il avait refait sa vie, qu’il s’était remarié et qu’il serait heureux de me retrouver. Il avait signé : « Ton papa qui t’aime ». J’étais aux anges.
Je soupçonne que ma belle-mère et mon beau-père ont été les instigateurs de ce tendre complot. Je les en remercie : grâce à eux, j’ai retrouvé mon père.
J’ai découvert à ce moment un père qui semblait apaisé. Je prenais plaisir à partager des week-ends avec eux. Ma belle-mère était une femme charmante et nous tissions ensemble des liens très affectueux.
Mon père était un homme cassé par une enfance douloureuse. J’étais heureuse de le voir entouré de la bienveillance de Christine, sa femme. C’était rassurant pour moi. Ma belle-mère lui apportait réconfort, écoute et compréhension. J’imaginais que peut-être elle pourrait l’aider à guérir de son enfance, à surmonter ce mal-être qui avait pris naissance à son adolescence quand il avait appris qu’il était l’enfant d’un autre.
Ma grand-mère paternelle était enceinte de mon père lorsqu’elle avait rencontré celui qui allait devenir son mari. Ils avaient gardé l’enfant qu’elle attendait et mon grand-père avait eu la générosité de le reconnaître à la naissance. Mais le secret pesait lourd et mon père restait l’enfant d’un autre, l’enfant non désiré.
Papa avait été placé en pension pendant de longues années. À seize ans, il avait appris la vérité sur ses origines. Je pense que c’est à partir de ce moment-là qu’il s’est inventé des vies et que s’est développée une mythomanie pathologique.
Mon père m’aimait, ça, c’était une évidence. Il avait ce côté affectueux et protecteur, même s’il était très fragile. Si ma mère n’avait pas été là, je pense qu’il n’aurait pas pu assurer les responsabilités de l’éducation d’une enfant.
Je l’aimais à la folie, ce père qui s’était volatilisé et qui était revenu. C’était un homme infiniment généreux, mais extrêmement perturbé aussi, sensible, tendre, excessif et parfois violent. Mais pas avec moi, et jamais physiquement en tout cas.
Personne n’avait pu abolir la profonde angoisse qui le jetait dans l’alcool. Il buvait. Beaucoup. Je ne l’avais jamais vu ivre, juste différent, parfois. Mais j’arrivais à détecter quand il avait trop bu. Il tenait bien l’alcool, comme les vrais alcooliques. Souvent, lorsque je revenais de l’école, il me donnait quelques pièces pour aller lui acheter des bouteilles de vin. Je ne voulais pas accepter l’idée qu’il était alcoolique. Je ne voulais pas savoir. Il aimait boire, un point c’est tout. Je n’ai vraiment compris que lorsque, à la fin de sa vie, il a été rattrapé par la cirrhose.
Aujourd’hui, j’ai un violent rejet de l’alcool qui me vient sûrement de là.
Ses paroles étaient parfois dures à encaisser, ses menaces de suicide surtout me terrifiaient. Il n’oubliait jamais de préciser qu’il mettrait fin à ses jours avec une photo de moi posée sur son ventre. L’horreur absolue pour une enfant. J’ai dû, un jour, prendre sur moi et lui parler comme si c’était lui, l’enfant. J’avais fini par échanger les rôles. J’étais devenue sa mère. J’imposais des limites à ne pas franchir, mais je l’écoutais, je le comprenais. Mon amour pour lui me rendait indulgente et tendre.
Comme moi enfant, il vivait dans son monde et s’inventait des histoires incroyables. Sauf que lui, il y croyait. Il n’avait jamais grandi. Il me racontait par exemple qu’un ami était venu le visiter en hélicoptère, il me racontait les aventures abracadabrantes qu’il avait vécues... Moi, j’étais capable de faire aussi bien que lui, mais je savais que le monde de l’imaginaire était bien distinct de la réalité. Je l’écoutais, je souriais, je hochais la tête. Mon héros, au fil des années, cédait à l’immense détresse qui l’envahissait. Je me sentais impuissante. Seul mon amour arrivait parfois à l’apaiser.
Il rêvait d’être sauveteur en mer et avait acheté avec ma belle-mère un petit appartement près de Dinard. Il y avait son Zodiac. Il allait là-bas régulièrement et, souvent, seul sur son Zodiac, il rêvait à de vastes horizons, à des aventures fabuleuses en haute mer.
À la fin de sa vie, il avait fini par accepter de faire ce que, depuis des années, nous le suppliions d’entreprendre : une cure de désintoxication. Mais il était trop tard. Je l’ai vu se dégrader. Je l’ai accompagné plus d’une fois durant ses séjours à l’hôpital. Je me souviens, un jour, de l’avoir découvert poignets et chevilles attachés aux barreaux de son lit. J’ai ressenti une infinie tristesse à le voir ainsi. Des excès de violence dus au manque, j’imagine, avaient obligé les médecins à le maintenir attaché à son lit. Le blanc de ses yeux devenu orange trahissait la cirrhose...
Il finira par regagner son domicile, mais l’espoir qu’il ne reprenne plus une goutte d’alcool était infime. Je savais qu’il n’en aurait pas la force.
Ce qui devait arriver arriva, six mois plus tard. Il est mort en 2003, ravagé par l’alcool. Hémorragie interne, cirrhose. Il s’est endormi doucement dans son jardin pendant la grande canicule de l’été 2003. Il n’avait que cinquante-six ans.
Moi, je sais qu’il est mort aussi de cette douleur d’enfance qui le rongeait et qu’il n’avait pas pu calmer.
L’incinération était prévue pour le week-end suivant. Mon père était un homme seul, nous n’étions que trois pour saluer sa dépouille : ma belle-mère, un ami et moi. Une cérémonie vite expédiée. Tout s’est passé en cinq minutes. J’ai pris le temps, malgré tout, de me recueillir seule auprès de lui, de l’embrasser, de lui redire combien je l’aimais et de poser tout contre lui une photo de moi. Je pensais alors vivre le pire moment de ma vie. Je ne savais pas encore, évidemment, que ce n’était pas le cas...
Après l’incinération, je suis partie avec son urne funéraire dans les bras vers ce village de la côte normande qu’il aimait tant. L’image de mon père dans cette urne m’était juste épouvantable, j’étais en train de voyager avec ce qu’il restait de lui et bientôt j’allais devoir prendre sur moi et déverser mon père, mon idole, mon « héros » dans la mer...
Comme souvent en Normandie, le temps était gris. Les nuages bas, en plein mois de juillet, avaient la couleur de mon chagrin. Tout habillée, tenant l’urne contre moi, j’ai marché quelques mètres dans l’eau glacée, j’ai jeté des pétales de rose dans la mer qui allait ensevelir mon père et répandu ses cendres, toutes tièdes encore, au milieu des vagues. Je ne sais pas où j’ai puisé le courage d’accomplir ce geste inhumain. Mais, soudain, un rayon de soleil est venu percer les nuages, comme un signe, pour m’encourager et me remercier d’exaucer le désir de mon père d’être immergé dans l’immensité de l’océan.
Mon père, ce fou d’aventure qui n’avait jamais quitté le rivage, est parti ainsi avec un petit clin d’œil.
Pendant les trois ans qu’avait duré l’absence de mon père après le divorce de mes parents, j’avais vécu seule avec maman. Nous avions déménagé. Peut-être voulait-elle effacer les traces de ce couple qui avait sombré ? C’était en tout cas un nouveau départ. J’éprouvais une sensation étrange, il y avait la souffrance du manque de la famille que nous avions perdue, et en même temps ce bonheur merveilleux, inestimable : je découvrais enfin ma mère.
La rentrée scolaire s’était faite dans les Yvelines à Chatou. Ma mère semblait respirer enfin. Il régnait chez nous une certaine forme d’insouciance et de complicité. Nous sortions ensemble, je découvrais le cinéma, les restaurants, les balades et les pique-niques au lac des Ibis où nous donnions à manger aux cygnes et à leurs petits. J’aimais leur lancer des morceaux de pain qu’ils avalaient avec une gloutonnerie cocasse. Ensemble, nous allions voir les films de Belmondo que j’adorais ou des Walt Disney, des films pour enfants. C’étaient des moments de complicité merveilleux, les premiers souvenirs heureux de ma vie avec maman.
Tous les mercredis, grâce au comité d’entreprise de ma mère, je pouvais faire du cheval, du tennis, de la danse. Je rattrapais un peu le temps perdu. C’était une vie nouvelle qui débutait, je m’épanouissais et découvrais de nouveaux centres d’intérêt. J’apprenais à me servir de mon corps, je devenais agile, adroite grâce au sport, et cela m’a permis, plus tard, d’endosser ces rôles – qui sont un peu devenus ma marque de fabrique – de femmes énergiques au top de leur condition physique.
Je me suis d’abord servi de mes capacités physiques au théâtre avec Sylvia, la deuxième pièce que j’ai jouée aux côtés de Michel Creton, Christine Delaroche et Claude Vega. J’y campais le rôle pas banal d’un être mi-femme, mi-chien. Cette pièce s’inspirait du film Didier avec Alain Chabat. C’était un rôle physique : je devais me jeter au sol et glisser joyeusement de part et d’autre du décor. Des genouillères incrustées au costume et un revêtement de sol lisse et souple permettaient ces traversées incroyables. Cela m’a valu quelques visites à l’hôpital, tant mes rotules s’étaient abîmées au cours de ces exercices. Des épanchements de synovie faisaient parfois doubler de volume mes genoux. Il m’est arrivé plus d’une fois de ne plus pouvoir marcher avant d’entrer en scène. Mais toujours, comme par magie, l’esprit, la volonté, l’envie de jouer dépassaient le mal. Après la représentation, il ressurgissait dans toute sa virulence, plus vif encore. Mais j’avais réussi à dominer la douleur, à ne presque plus la ressentir durant une heure trente. Ce pouvoir du mental n’est-il pas extraordinaire ?
Nous possédons des capacités phénoménales que nous ne soupçonnons même pas.
Quelques mois plus tard, maman fera la connaissance de Philippe, ou plutôt, je ferai sa connaissance. C’était un jeune homme de vingt et un ans – onze années seulement nous séparaient. Sur le coup, je l’avoue, j’ai été un brin perplexe... Je me souviens des réflexions de mes copines de classe qui croyaient qu’il s’agissait de mon nouveau copain : « Eh bien, non, c’est mon futur nouveau père », avais-je répondu à l’étonnement général. Philippe était un homme dans la maison, qui comblait un peu l’absence de mon père. Ce très jeune beau-papa a eu le mérite de m’accepter et de m’adopter avec beaucoup de générosité. Nous avons débuté ainsi notre vie à trois. Maman me semblait épanouie et cela était plus qu’agréable.
En manque de ce père qui s’était volatilisé et sûrement par besoin de créer le cocon familial dont je rêvais, j’ai progressivement appelé mon beau-père « papa ». Je pensais que c’était une proposition que maman et Philippe m’avaient faite, mais d’après ma mère, c’est moi qui en aurais fait la demande...
La mémoire, parfois, me fait défaut.
C’était cependant perturbant pour moi, lorsque je devais évoquer mon père à l’extérieur : j’appelais deux hommes « papa ». J’étais un peu paumée lorsque l’on me demandait la profession de mon père par exemple. Laquelle devais-je donner ? De quel père devais-je parler ? Ce sera un coup l’un un coup l’autre. Je m’embrouillais, personne n’y comprenait rien, je ne voulais blesser ni l’un ni l’autre, je voulais les faire exister tous les deux.
J’ai rêvé longtemps d’un petit frère ou d’une petite sœur. D’un bébé. Je n’arrêtais pas de demander à ma mère de m’en donner un. Maman s’était remariée, je me disais que, peut-être ainsi, le bébé viendrait. Et puis, un jour, au cours de ma quatorzième année, Jérémy, le petit frère tant attendu, est arrivé ! J’en ai pleuré de joie, c’était une émotion incroyable. Il était d’une beauté spectaculaire, mon petit frère. Je me souviens que cela m’avait marquée : il n’est pas rare que les bébés aient un aspect disgracieux à la naissance. On dit en général qu’il faut attendre un mois pour que les tissus, la peau ou le crâne se remettent de l’accouchement. Mon petit frère, lui, était le parfait bébé Cadum. Ses traits étaient joliment dessinés, il était rond et lisse. Il faisait l’admiration de tous. J’étais fan, émerveillée et émue. Il représentait pour moi la plus belle chose qui puisse exister au monde. J’ai partagé la joie de maman lorsqu’elle a appris sa grossesse, j’ai suivi avec elle son évolution avec beaucoup d’émotion. Mon petit frère Jérémy a été un peu, pour moi, comme un premier bébé.
Je me suis occupée de cette superbe poupée vivante avec toute la tendresse que j’avais dans le cœur. J’étais une vraie petite maman : j’allais le chercher à la crèche et me promenais fièrement avec lui, tendrement lové dans le kangourou. À plusieurs reprises on m’avait demandé s’il était mon enfant et j’avais bien des fois eu envie de dire oui. Je le pouponnais, lui donner le biberon était un bonheur. J’avais enfin un petit être à chérir qui s’abandonnait totalement dans mes bras. J’étais récompensée au centuple de l’amour que je lui donnais par la douceur et par l’attachement naturel, sans retenue, qu’il me manifestait.
Jérémy est aujourd’hui un beau jeune homme, il est chanteur lyrique et sa carrière de ténor d’opéra s’annonce brillante. Je suis très fière de lui.
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