Dangereusement douce

Antoine Laurain · Chapitre 2 sur 28

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Dangereusement douce

Ouverture 1

Au centre des pavés disjoints, il y a un grand arbre. On n’a jamais su exactement à quelle espèce il appartenait ; certains habitants penchent pour un merisier, d’autres pour un chêne, bien qu’il n’ait jamais produit aucun gland. Avant d’arriver sous l’arbre, il faut traverser le porche arrondi qui servait autrefois aux voitures à chevaux. Sur la gauche, l’escalier de pierre blonde monte vers les étages et sa rampe de fer forgé noir grimpe en torsades délicates au-dessus des marches. À droite un autre escalier, en bois, dessert les étages de la façade nord. Puis un autre au fond, en bois lui aussi, ceux de la façade ouest. La façade est, elle, n’est accessible que du fond de la cour par un escalier constamment dans l’obscurité. L’ensemble, le hall, les escaliers comme les plafonds, aurait besoin d’un sérieux coup de peinture, mais ici personne ne semble pressé de monter des échafaudages ni de sentir l’odeur des enduits.

Derrière les fines fenêtres qui enserrent la cour, on voit passer des ombres. Une fenêtre se referme, une autre s’entrouvre qui laisse filtrer quelques bruits du monde : chanson, journal télévisé, ruissellement d’une douche ou sonnerie d’un portable.

Après que la porte cochère s’est refermée lourdement, on est plongé quelques secondes dans la pénombre, il faut chercher à tâtons l’interrupteur dont la diode lumineuse a grillé depuis longtemps. La lumière jaune qui filtre à travers l’opaline poussiéreuse inonde la pierre et les pavés. On se dirige vers l’arbre, on sort dans un cliquetis ses clefs puis on gravit l’escalier – de pierre ou de bois.

On est chez soi. On va se servir un verre, et, presque instinctivement, s’approcher de la fenêtre.

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