Guide du diagnos
Dbu Colle 2017 01 0003
De l’usage du terme diagnostic
1. Quelques repères étymologiques
Le terme diagnostic vient du grec διάγνωση (diágnosi), composé de δια (dia),
« par, à travers, séparation, distinction », et γνώση (gnósi), « connaissance ».
Comme l’indique Sève-Ferrieu en 2010 : « Il s’agit donc, littéralement, d’acqué-
rir la connaissance à travers les signes observables ». Couramment, le terme
est employé lorsque l’on cherche à poser une « hypothèse tirée d’une analyse 3.8.18.9.19 des signes » (Rey, 2016).
by
2. Le diagnostic dans le monde de la santé Downloaded Interroger les pratiques d’autres praticiens, tels que les médecins, infirmiers et
kinésithérapeutes en matière de diagnostic, permet d’alimenter une réflexion
préliminaire.
Selon Rey (2016), le diagnostic médical est la « détermination d’un état,
d’une maladie, d’après les symptômes » ; de cette manière-là la « diagnose
est la connaissance d’une maladie qui s’acquiert par l’observation des signes
diagnostics, des symptômes ». Le DSM V4 (APA, 2013) ou la CIM 105 (OMS,
2008) sont d’ailleurs des outils très précieux pour cette production : à la fois
classifications des maladies, tableaux cliniques, et nomenclatures, ils permettent
aux médecins de poser leur diagnostic, mais aussi de l’énoncer sous une forme
4 Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders ou Manuel diagnostique et statistique
des troubles mentaux de l’Association Américaine de Psychiatrie (2013).
5 CIM 10 (Classification internationale des maladies) ou International Statistical Classifica-
tion of Diseases and Related Health Problems. La version en ligne actuelle est datée de 2008. La CIM 11 est actuellement en version bêta. « L’OMS publie la version 2016 de la CIM-11 afin de recueillir les observations de ses États membres. Les travaux de la présente confé-rence permettront d’affiner encore la CIM-11 pour aboutir à sa mise en œuvre début 2018. » (CHAN 2016)
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compréhensible et utilisable par tout le monde. Selon Sournia (1995), le dia-gnostic médical est la « démarche intellectuelle par laquelle une personne d’une profession médicale identifie la maladie d’une autre personne soumise à son examen, à partir des symptômes et des signes que cette dernière pré-sente et à l’aide d’éventuelles investigations supplémentaires ». Il s’agit de la formulation du problème et de la conclusion de l’évaluation. Cela implique le rassemblement de données d’origines différentes, les unes liées à la personnalité du malade dans sa complexité, les autres dues aux connaissances techniques du médecin, et qui ouvrent sur la préconisation d’une thérapeutique précise.
De plus, selon l’article R.4127-33 du code de la santé publique « le médecin
doit toujours élaborer son diagnostic avec le plus grand soin, en y consacrant le temps nécessaire, en s’aidant dans toute la mesure du possible des méthodes scientifiques les mieux adaptées et, s’il y a lieu, de concours appropriés. » Ce qui constituerait donc une faute, c’est de ne pas chercher à faire le diagnostic avec tout le soin nécessaire, de se contenter d’une certaine forme d’incertitude, de prescrire un traitement standard sans discrimination, de ne pas adapter un protocole à la situation.
Ainsi, le diagnostic médical sous-entend :
− un travail de réflexion, avec une collecte de données à la fois objectives
3.8.18.9.19 s’apparentant aux signes cliniques observables et subjectives s’apparen-by tant aux symptômes énoncés par la personne ;
− l’expression du problème de manière brève, avec un langage spécialisé
en référence à des nomenclatures et classifications ;
− des connaissances (ici médicales) ;
Downloaded − une responsabilité du décideur ;
− l’orientation vers une thérapeutique idoine.
Dès 1973, la North American Nursing Diagnosis Association (NANDA)
propose une définition, sur laquelle se base le travail des infirmiers en France : « Un diagnostic infirmier est un jugement clinique sur les réactions aux problèmes de santé présents ou potentiels, ou aux processus de vie, d’un individu, d’une famille ou d’une collectivité. Le diagnostic infirmier sert de base pour choisir les interventions de soins visant l’atteinte de résultats, dont l’infirmière est responsable. » (Celis-Geradin, 2010, cité par Vecchiato S., 2014, p. 182)
Plus récemment, Charrier (2015) précise que « le diagnostic infirmier est
le nom donné à un problème de santé, constaté par un infirmier, à partir de l’analyse de situation d’une personne soignée. […] L’intitulé d’un diag-nostic fait donc référence à une liste de termes choisis, ayant fait l’objet d’une élaboration rigoureuse et validée, par des professionnels experts en soins infirmiers (méthode de recherche : analyse conceptuelle, méthode de validation “Delphi”…). Il résume et s’appuie sur un ensemble de caracté-ristiques et de facteurs favorisants traduisant la présence du diagnostic. » 4
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De l’usage du terme diagnostic
Ilest intéressant de noter que les termes retenus pour formuler le diagnostic
infirmier se distinguent des termes médicaux. Ils correspondent en effet
aux signes et symptômes pour lesquels l’infirmier a été formé (Vecchiato,
2014). Par exemple, le diagnostic infirmier utilisera le terme de « température
élevée » et non d’« hyperthermie ».
Selon Schmouth (citée par Lamy, O., 2001, p. 40) « Faire un diagnostic
infirmier a favorisé le passage d’un mode de pensée axé sur l’action à une
conceptualisation du problème ou de l’expérience de la personne. » En France,
le diagnostic infirmier est ainsi le socle du rôle « propre » de l’infirmier. Il
met en avant les compétences et les responsabilités des infirmiers. Il se fait en
parallèle du diagnostic médical dont il est complémentaire. Il est le point de
départ des interventions infirmières. Le diagnostic identifie des problèmes de
santé avec des termes spécialisés. Il a permis de développer l’efficacité et de
renforcer la crédibilité des infirmiers. Le terme diagnostic est référencé dans
l’annexe I du Code de la santé publique et dans l’annexe II du Référentiel de
compétences infirmier.
Selon L’Association Française pour la Recherche et l’Évaluation en Kiné-
sithérapie (AFREK) (2016), « le diagnostic kinésithérapique est un processus
d’analyse des déficiences et incapacités observées et/ou mesurées. C’est un pro-3.8.18.9.19 cessus d’évaluation du pronostic fonctionnel dont les déductions permettent : by − d’établir un programme de traitement en fonction des besoins constatés ;
− de choisir les actes de kinésithérapie à mettre en œuvre ». Comme pour les infirmiers, Delplanque (2001) précise que le diagnostic
en masso-kinésithérapie permet d’assumer une autonomie professionnelle. Il Downloaded permet en outre de justifier les objectifs kinésithérapiques dans le cadre d’un
projet thérapeutique, d’évaluer les chances et les probabilités de réussite du
soin, d’établir un programme de traitement avec le choix des actes propres à
la profession, d’établir un contrat moral exhaustif et explicite entre le patient
et le professionnel.
3. Le diagnostic dans le monde ergothérapique
3.1. Recension des écrits
Les premiers usages du terme diagnosis en ergothérapie se retrouvent dans
les écrits d’ergothérapeutes américaines. Dans le cadre de leurs recherches
sur le raisonnement clinique, elles ont étudié la manière dont les ergothé-
rapeutes décidaient des activités professionnelles à mettre en œuvre et dont
elles justifiaient leurs choix. Une étude menée sur la résolution de problème
comme forme de raisonnement clinique conduit Line (1969) à constater
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que les ergothérapeutes auront des difficultés à développer leur métier s’ils n’acquièrent pas la compétence de définir les problèmes des personnes qu’ils traitent dans leurs propres termes.
Rogers et Masagatani (1982) poursuivent elles aussi des recherches sur le
raisonnement clinique et, suite à une étude qualitative, Rogers introduit le terme d’occupational therapy diagnosis en 1983. Rogers et Holm écrivent le premier article entièrement consacré au concept en 1991. Le terme évolue ensuite dans les écrits de Rogers sous l’appellation d’occupational diagnosis (2004).
Dans la douzième édition du Willard and Spackman’s Occupational Therapy
(2013), Boyt Schell évoque la notion de diagnostic reasoning. Elle définit le raisonnement diagnostique comme une forme de raisonnement scientifique qui cherche à comprendre et analyser la raison et les conditions requérant l’intervention d’un ergothérapeute. Toutefois, c’est le terme de diagnosis qui est mentionné dans le glossaire de cet ouvrage, et non celui d’occupational diagnosis, qui n’apparaît pas comme concept central. Ce même terme n’a pas non plus été retenu dans les publications de l’Association Américaine des Ergothérapeutes où sont employés plutôt les termes de summary et analysis (Clark & Youngstrom, 2003 et 2008).
3.8.18.9.19 Le tableau ci-dessous restitue les définitions successives données au terme by occupational therapy diagnosis ou occupational diagnosis dans les écrits anglo-
phones recensés ci-dessus.
Tableau I. Définitions des concepts occupational therapy diagnosis et occupational dia-gnosis dans les écrits recensés.
Downloaded
Auteur, date Terme utilisé Définition donnée
J.C. Rogers, Diagnostic ou p. 337. « Le diagnostic et la définition du pro-
1983 définition du blème évoquent l’identification de processus ou
problème états pathologiques, anormaux, dysfonctionnels ou
problématiques. »
p. 338 :
– « Il détermine les problèmes spécifiques du patient
dans la réalisation d’occupation dans les domaines des
soins personnels, du travail et des loisirs. »
– « Perturbation dans des rôles occupationnels
concernés par le traitement. »
– « Les perturbations dans les rôles occupationnels sont
la plupart du temps de deux sortes : l’impossibilité de
réussir les tâches socialement définies en rapport avec
l’âge de la personne et l’impossibilité d’organiser effec-
tivement ces tâches dans la vie quotidienne. »
– « Souvent, le diagnostic ergothérapique n’indique
pas uniquement la perturbation de rôle occupationnel,
mais aussi la cause ou les causes suspectées de cette
perturbation. »
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J.C. Rogers ; Diagnostic p. 1045 : M. Holm, ergo thérapique – « L’intervention de l’ergothérapeute est conduite à 1991 partir de l’énoncé du problème ou des énoncés des
problèmes décrivant le déficit fonctionnel. »
– « Le diagnostic ergothérapique « décrit les effets
actuels ou potentiels de maladies, traumatismes,
troubles du développement, changements associés
à l’âge, privation environnementale et autres agents
étiologiques du statut occupationnel. »
– « la séquence de décisions sur laquelle repose le
diagnostic ergothérapique est nommée raisonnement
diagnostic. »
J.C. Rogers, Diagnostic p. 17. « Le diagnostic occupationnel se réfère à la fois 2004 occupationnel aux processus cognitifs utilisés par l’ergothérapeute
praticien pour formuler un énoncé résumant le statut
occupationnel du client et les résultats de ce pro-
cessus, l’énoncé diagnostic. »
p. 18 :
– « Résumé concis des perturbations du rôle occu-
pationnel du client, pouvant être abordées en
ergothérapie. »
– « Le diagnostic occupationnel est un concept clef
car il résume les besoins en ergothérapie et identifie
3.8.18.9.19 les données pour lesquelles l’ergothérapeute peut être by tenu responsable professionnellement. »
B.A. Boyt Raisonnement p. 338 : Schel, 2013 diagnostique – « Le raisonnement d’investigation et d’analyse des
causes ou de la nature des conditions requérant
une intervention en ergothérapie, peut être consi-
Downloaded déré comme une composante du raisonnement
scientifique. »
– « Les thérapeutes tentent d’expliciter pourquoi le
client vit des problèmes, en utilisant un mélange de
science et d’informations venant du client. »
Dans ces écrits, le concept fait référence à une analyse des difficultés
occupationnelles vécues par un client et motivant l’intervention de l’ergo-
thérapeute. Rogers et Holm (1991) suggèrent qu’identifier des problèmes
fonctionnels dans les activités importantes de la personne est au cœur du
diagnostic que doivent faire les ergothérapeutes. La rédaction des problèmes
identifiés lors de l’évaluation et consignés dans le diagnostic doit contenir
quatre éléments selon eux : une description des problèmes, une explication,
un indice et le lien avec le déficit ou la maladie.
En France le concept de diagnostic ergothérapique a émergé concomi-
tamment à l’apparition du terme dans le langage des professionnels de la
santé. Les premiers usages en ergothérapie font écho à l’adoption du concept
par d’autres métiers paramédicaux, en particulier les kinésithérapeutes et les
infirmiers. Guillez publie en 2007 le premier écrit sur le sujet dans lequel il
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précise que la reconnaissance légale de cette activité permet de prédire l’action de l’ergothérapeute et de positionner ses actes dans un contexte pluriel. Un diagnostic précis sert à établir des objectifs puis des interventions précises, gage de réussite et de qualité pour les bénéficiaires. Il poursuit sa réflexion dans un article publié en 2009 avec le kinésithérapeute Gedda sur la complé-mentarité entre l’ergothérapie et la kinésithérapie. Il précise que « la finalité de l’évaluation est de donner un diagnostic professionnel. Cette notion de diagnostic n’a pas, pour l’instant, donné lieu à une réglementation et une définition légale. Toutefois, ce diagnostic est explicitement demandé dans la totalité des interventions d’ergothérapie. » (Gedda & Guillez, 2009, p. 4). Pour ces auteurs, le diagnostic consiste en l’analyse qualitative et quantitative de l’altération de l’activité.
En 2010, suite à la publication de l’Arrêté officiel mentionnant le diagnostic
ergothérapique comme compétence attendue pour les ergothérapeutes, Sève-Ferrieu propose une réflexion sur le sujet dans un numéro spécial de la revue ergOThérapies. Selon elle, le diagnostic ergothérapique est « un processus d’évaluation et d’analyse des symptômes d’une personne et de sa situation de handicap dans l’objectif de la mise en place d’un accompagnement personna-lisé en ergothérapie » (Sève-Ferrieu, 2010, p. 51). Selon cet auteur, la difficulté
3.8.18.9.19 résiderait dans le fait de rendre compte du regard spécifique de l’ergothéra-by peute sur la situation de handicap. En 2010, Meyer consacre un paragraphe
sur le raisonnement diagnostique dans son ouvrage sur les démarches et raisonnements cliniques. En 2013, elle emploie le terme de « définition des problèmes » pour évoquer cette étape correspondant à la formulation du diagnostic : « la définition des problèmes correspond à l’appréciation,
Downloaded par l’ergothérapeute, de ce qui est important dans une situation et à la mise
en relation des diverses informations retenues de manière à leur conférer du sens » (Meyer, 2013, p. 237). Elle souligne le fait que cette élaboration narra-tive est le fait de l’ergothérapeute qui intègre les problèmes communiqués par l’usager. Elle met l’accent sur la dimension éthique et réglementaire associée à la protection de ces données, ce qui lui fait dire qu’il est préférable de ne pas les consigner dans le dossier de l’usager.
Plus récemment, Brousseau, ergothérapeute québécoise qui mène depuis
les années 1990 des recherches sur la tenue des dossiers des ergothéra-peutes et sur l’analyse dans le processus d’intervention, réalise plusieurs publications sur le sujet, dont une en collaboration avec Tosser (2015). Elle constate que l’adoption du terme de « diagnostic ergothérapique » dans un référentiel d’activités est une spécificité française (2015). Au Canada, c’est le terme d’« analyse » qui est retenu dans les lignes directrices de l’Association Canadienne des Ergothérapeutes (2002 ; 2013). Elle propose également des critères de qualité pour la rédaction d’un diagnostic ergo-thérapique et donne des exemples de rédaction. Brousseau, Gauthier et Morel-Bracq (2017) mettent en évidence l’intérêt de recourir à des modèles 8
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centrés sur l’occupation pour fonder le raisonnement de l’ergothérapeute,
ce qui n’exclut pas le recours à d’autres schèmes de références qui peuvent
être utilisés de manière complémentaire, notamment dans le raisonnement
et l’énoncé diagnostique. Mignet (2015) fait du Model of Human Occupation
Screening Tool (MOHOST) un instrument structurant le recueil de données
relatif aux occupations des personnes, et pouvant faciliter la formulation
du diagnostic ergothérapique.
Le tableau ci-dessous consigne les différentes définitions attribuées au
concept de diagnostic ergothérapique dans les écrits francophones énumé-
rés préalablement.
Tableau II. Définitions du concept de diagnostic ergothérapique
dans les écrits recensés.
Auteur, date Terme utilisé Définition donnée
P. Guillez, Diagnostic p. 23. « Le diagnostic est l’élément qui va servir 2007 ergothérapique de référence à la mise en place d’objectifs
d’intervention. »
p. 24. « L’activité devient ainsi l’axiome de base du
diagnostic d’ergothérapie. »
p. 25. « Si l’activité est le facteur déterminant pris
3.8.18.9.19 en compte par l’ergothérapeute, c’est donc elle qu’il by faut “mesurer” en premier. (…) L’étape suivante va
consister à approfondir l’investigation pour expliciter
ce qui perturbe ou rend impossible l’activité. »
M. Gedda, P. Diagnostic p. 4 : Guillez, 2009 ergothérapique – « La finalité de l’évaluation est de proposer un dia-
Downloaded gnostic professionnel. »
– « L’impact de la pathologie ou du dysfonction-
nement sur l’activité ne suffit pas à établir le dia-
gnostic d’ergothérapie. Ce dernier permet de préciser
d’emblée le ou les secteurs où il sera nécessaire
d’intervenir, mais il reste insuffisant si les causes de
cette limitation n’ont pas été définies. C’est donc la
seconde partie du diagnostic d’ergothérapie qui pré-
cise l’étiologie de cette altération. »
p. 5. « Le prédiagnostic correspond à deux démarches
classiques de l’ergothérapeute : l’entretien et l’obser-
vation. (…) Le diagnostic est ensuite élaboré à l’issue
de l’interprétation et du raisonnement clinique mis en
place après le recueil d’informations. »
N. Sève- Diagnostic p. 51 : Ferrieu, 2010 ergothérapique – « Établissement de la problématique de la personne
obtenue par l’analyse de sa situation. »
– « Processus d’évaluation et d’analyse des symptômes
d’une personne et de sa situation de handicap dans
l’objectif de la mise en place d’un accompagnement
personnalisé en ergothérapie. »
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M. Brousseau, Diagnostic p. 49. « Le diagnostic ergothérapique renvoie à la fois
2015 ergothérapique à un processus et à un énoncé précis ».
ou analyse p. 52. « Un ou des énoncés résultant du jugement
clinique sur les réactions présentes ou potentielles aux
problèmes de participation, d’engagement et de satis-
faction aux activités d’une personne, d’un groupe ou
d’une collectivité. Il est complémentaire du diagnostic
médical et ne s’y substitue pas. D’une façon générale,
il est centré sur les besoins d’une personne et non
directement sur sa pathologie. »
G. Mignet, Diagnostic p. 59. « Le diagnostic ergothérapique fait partie du
2015 ergothérapique raisonnement clinique de l’ergothérapeute. C’est un
processus, guidé par un modèle conceptuel ergothé-
rapique, qui aboutit à la construction d’une image
clinique de la personne qui va permettre de concevoir
le plan d’intervention en ergothérapie. Cette image
clinique s’appuie sur la synthèse des résultats de
l’évaluation : elle prend en compte la complexité de la
situation de handicap de la personne, et est formulée
en termes de forces/potentiels et de limites/problèmes
en regard de l’occupation. En plus de cette image
clinique, le diagnostic ergothérapique pose également
des hypothèses, et propose des bases pour résoudre
3.8.18.9.19 les problèmes occupationnels et valoriser les poten-by tiels de la personne. Ainsi, il permet de définir les
priorités d’accompagnement et de concevoir le plan
d’intervention en ergothérapie. »
S. Meyer, 2010 Raisonnement p. 161. « Le raisonnement diagnostique permet à
diagnostique l’ergothérapeute d’identifier les problèmes de l’usager,
Downloaded de définir des objectifs de traitement et de développer
des solutions. » (note de l’auteur : Par problème,
il faut entendre « une liste de performances ou
d’éléments de performances qui sont altérés. »)
p. 164. « En ergothérapie, le raisonnement
hypothético-déductif vise la description souvent assez
détaillée des limitations de la capacité fonctionnelle de
la personne, des perturbations des habiletés6 ou des fonctions corporelles, des facteurs environnementaux
en cause : une sorte de photographie. »
3.2. Analyse comparative des définitions recensées L’analyse comparative de ces réflexions et définitions fait ressortir des conver-gences dans l’approche du diagnostic ergothérapique.
En premier lieu, ces écrits se rejoignent sur le fait suivant : le diagnostic
ergothérapique repose sur l’identification de problèmes relatifs à l’activité 6 Voir Glossaire, habileté, page 74.
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d’une personne, il intègre l’analyse des facteurs expliquant ces problèmes
d’activité. Il comporte un niveau descriptif et un niveau explicatif.
Par ailleurs, ils différencient le diagnostic comme raisonnement, du diagnos-
tic comme énoncé. Les termes employés ne sont pas toujours les mêmes, mais
une distinction est faite entre le processus de pensée déployé par l’ergothéra-
peute et la formulation d’un énoncé qui est son aboutissement. Le raisonnement
diagnostique est une partie du raisonnement professionnel mis en œuvre par
l’ergothérapeute lorsqu’il évalue une situation. L’énoncé du diagnostic fonctionne
comme une sorte de pivot, il succède à l’évaluation et précède l’intervention dans
la démarche de l’ergothérapeute. Il s’agit d’une formulation, à l’oral ou à l’écrit, en
une suite finie de phrases (Dubois et al., 2001), des problèmes relatifs à l’activité
accompagnés des facteurs explicatifs. Le diagnostic ergothérapique relève donc à
la fois du raisonnement professionnel : les processus de pensée à l’œuvre chez le
thérapeute, et de la démarche d’intervention : la succession des activités profes-
sionnelles réalisées. La double nature du diagnostic et son positionnement dans
le processus ergothérapique sont illustrés par le schéma suivant :
Figure 1. La double nature du diagnostic ergothérapique. 3.8.18.9.19 Focus sur les
by connaissances Lié
théoriques et aux aspects
pratiques de l’état
pour produire occupationnel
le diagnostic
Downloaded
Produit diagnostic =
Collecte problèmes et causes Choix
de données : = hypothèses des orientations
symptômes, résultats Intervention signes observables, énocées brièvement de l’intervention Produit et identification
d’investigations à un instant donné des objectifs
secondaires et réactualisable opérationnels
en tout temps
Raisonnement professionnel
Raisonnement-diagnostique
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Cependant, ces définitions divergent sur certains points. Ainsi, une pre-
mière constatation est la diversité des termes utilisés, en particulier pour parler du problème lié à l’activité. Ces problèmes sont nommés tour à tour disruptions in occupational role (Rogers, 1983), functional deficits (Rogers & Holm, 1991), effects of etiological agents on occupational status (Rogers & Holm, 1991), perturbation des activités (Guillez, 2007), limitation et altération des activités (Gedda & Guillez, 2009), problématique et situation de handi-cap (Sève-Ferrieu, 2010), dysfonctionnement occupationnel (Trouvé, 2011), problèmes de participation, d’engagement et de satisfaction aux activités (Brousseau, 2015), problèmes occupationnels (Mignet, 2015).
Cette diversité tient aux différents cadres conceptuels qui sous-tendent
la pensée et l’expression de ces auteurs. Définir ce qu’est le diagnostic ergo-thérapique implique donc un choix conceptuel en référence à des modèles généraux, du fait même des termes employés et des critères retenus.
Par ailleurs, la notion de diagnostic ergothérapique recouvre essentielle-
ment les problèmes, les dysfonctionnements présents ou potentiels dans les écrits de Rogers (1983, 2004), Rogers et Holm (1991), Guillez (2007), Gedda et Guillez (2009) et Sève-Ferrieu (2010). Ces auteurs ne négligent pas l’impor-tance de tenir compte des forces et des ressources de la personne dans son
3.8.18.9.19 contexte, mais elles ne sont pas intégrées dans le diagnostic ergothérapique. by En effet, les personnes qui ont recours à l’ergothérapie le font du fait d’un
problème présent ou potentiel de réalisation de leurs activités. C’est de ce problème réel ou potentiel que devra rendre compte l’ergothérapeute qui engage une intervention. Brousseau (2015) et Mignet (2015) retiennent une définition plus large du concept qui incorpore les ressources de la personne
Downloaded et de son contexte sur lesquelles l’intervention pourra s’appuyer. Elles mettent
de ce fait l’accent sur la dimension prospective du diagnostic qui anticipe déjà les objectifs et moyens d’intervention.
Enfin, il est intéressant de noter que Brousseau (2015) élargit la possibi-
lité de poser un diagnostic ergothérapique à un groupe et à une collectivité. Ce redimensionnement de la population fait écho au référentiel d’activité de l’ergothérapeute et à la première activité décrite qui est celle d’évaluer « les intégrités, les déficiences, les limitations d’activité et les restrictions de participation des personnes ou des groupes de personnes » (ministère de la Santé et des Sports, 2010). Cela signifie que l’ergothérapeute peut être amené à repérer des problèmes, présents ou potentiels, d’activité menée par un ensemble d’acteurs à un niveau plus macroscopique, ce qui le place poten-tiellement dans la sphère de l’action citoyenne et politique.
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3.3. Éléments pour une définition
De cette analyse, des éléments peuvent être retenus pour une définition du
diagnostic ergothérapique.
Tableau III. Éléments retenus pour une définition du diagnostic ergothérapique.
Éléments retenus Référence aux auteurs
Le diagnostic ergothérapique est à la fois un Rogers et Holm (1991), Rogers (2004) ; processus et un énoncé. Le raisonnement dia- Brousseau (2015) gnostique est une composante du raisonnement
professionnel qui aboutit à la formulation d’un
énoncé diagnostique.
Il définit et résume les problèmes présents ou Inspiré de Rogers et Holm (1991), potentiels relatifs à l’état occupationnel de la Rogers (1983, 2004), Mignet (2015) et personne/du groupe qui justifient l’intervention de Brousseau (2015) de l’ergothérapeute.
Le diagnostic ergothérapique identifie les fac- Rogers (1983 ; 2004), Rogers et Holm teurs internes et externes explicatifs de cet état (1991), Guillez (2007), Gedda et occupationnel et met en évidence les ressources Guillez (2009), Sève-Ferrieu (2010), sur lesquelles la thérapie pourra s’appuyer. Brousseau (2015), Mignet (2015)
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