Guide du diagnos
Dbu Colle 2017 01 0015
Le centre de gravité
du diagnostic ergothérapique
Comme tout autre diagnostic, le diagnostic ergothérapique s’efforce de mettre
en évidence les éléments essentiels qui vont orienter l’intervention du pra-
ticien. Mais, comment repérer et organiser ces éléments essentiels dans la
perspective de l’ergothérapie ? Pour éviter de faire une simple liste, il est
nécessaire d’identifier le cœur (Guillez, 2007) ou centre de gravité (Fisher, 3.8.18.9.19 2009) autour duquel va s’organiser le raisonnement et par conséquent l’énoncé by diagnostique. Différents termes sont utilisés pour désigner cet élément qui
retient toute l’attention de l’ergothérapeute : activité, occupation, engage-
ment, performance, participation, etc. Les modèles conceptuels synthétisant les
représentations fondamentales de la profession d’ergothérapeute permettent Downloaded d’approcher ce centre de gravité, ce cœur, susceptible de rassembler le plus
grand nombre.
1. L’occupation, concept central
La plupart des modèles conceptuels propres à l’ergothérapie, représentent
le lien existant entre la santé des personnes et leurs occupations, dans une
perspective individuelle et collective.
Le Modèle de l’Occupation Humaine (MOH) se présente d’emblée comme
un modèle occupation centered (centré sur l’occupation). Il incite les ergothé-
rapeutes à se centrer sur les occupations, c’est-à-dire à raisonner en gardant
comme point de mire la réalisation des activités de travail, de loisir et de
vie quotidienne que les personnes réalisent dans un contexte temporel, phy-
sique et socio-culturel (Kielhofner, 2008, p. 5). Pour Kielhofner, les rôles
occupationnels (parents, collègues, étudiants, malade, chef d’entreprise, etc.)
assumés par la personne et/ou lui étant attribués fondent pour une large part
la structure et la forme de ses routines quotidiennes.
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L’occupation est aussi « l’objet d’intérêt primordial de l’ergothérapie » (Town-
send et Polatajko, 2013, chapitre 1) selon le Modèle Canadien du Rendement et de l’Engagement Occupationnels (MCREO). Elle y est entendue comme « une acti-vité ou un ensemble d’activités réalisées avec constance et régularité qui apportent une structure à laquelle des individus et une culture accordent une valeur et une signifiance » (Townsend et Polatajko, 2013, p. 22). L’occupation peut appartenir au domaine des soins personnels (prendre soin de soi), de la productivité (contribuer à l’édifice social et économique de la communauté) ou des loisirs (se divertir).
Dans le sillage du MOH, Fisher encourage les ergothérapeutes à adopter
une vision occupation-centered, centrée sur l’occupation (Fisher, 2009, 2013). Elle définit l’occupation comme l’engagement dans des activités ayant du sens et/ou un but. Pour promouvoir une pratique cohérente avec cette vision, elle propose une modélisation du processus d’intervention centré sur l’occupation à toutes les étapes : l’Occupational Therapy Intervention Process Model (OTIPM).
Le cadre conceptuel de terminologie européen (CCTE) retient aussi le
concept d’occupation pour désigner « un groupe d’activités, culturellement dénommé, qui a une valeur personnelle et socioculturelle et qui est le support de la participation à la société » (Meyer, 2013, chapitre 4).
Ce concept d’occupation connaît par ailleurs une notoriété sans précédent
3.8.18.9.19 dans le monde de l’ergothérapie puisqu’il a été retenu pour définir l’objet de by l’occupational science ou science de l’occupation se destinant à informer et
renforcer la pratique des ergothérapeutes (Pierce, 2016).
Downloaded 2. Autres concepts existants :
habitudes de vie, rôles sociaux, participation
L’occupation peut sensiblement se superposer sur d’autres concepts plus com-munément utilisés en France, issus de modèles conceptuels interprofessionnels internationaux tels que le Modèle de Développement Humain – Processus de Production de Handicap (MDH-PPH 2) (Fougeyrollas, 2010) ou bien encore la Classification Internationale du Fonctionnement du handicap et de la santé (CIF) (OMS, 2001).
Le praticien recourant au MDH-PPH 2 (Fougeyrollas, 2010) utilise le
concept d’habitudes de vie et s’efforce de promouvoir la pleine participation sociale ou de réduire les situations de handicap résultant de l’interaction entre les facteurs personnels et les facteurs environnementaux. Les habitudes de vie selon Fougeyrollas sont les activités courantes qu’une personne réalise et les rôles sociaux qu’elle exerce. Wolfensberger et Thomas (Fougeyrollas, 1996, p. 44) favorisent la compréhension de cette notion de rôle social : « Le rôle social renvoie à un modèle de comportement socialement attendu et habituel-lement défini afin de faciliter la réalisation de(s) fonction(s) particulière(s) qui 16
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Le centre de gravité du diagnostic ergothérapique
sont généralement attribuées à ou assumées par un individu et qui reflètent
partiellement le statut social de cette personne ». La participation sociale
correspond alors à la pleine réalisation des habitudes de vie dans le milieu
de vie d’un individu ou d’un groupe d’individus.
Le praticien utilisant les concepts de la CIF (OMS, 2001) a pour sa part
recours au concept de participation pour parler des activités auxquelles prend
part la personne en situation de vie réelle, différemment des activités réalisées
dans un milieu de vie plus standardisé, représenté par le milieu clinique.
3. Intérêt de recourir au concept d’occupation
Que soit utilisé le terme d’occupation, d’habitudes de vie, ou de participation,
le raisonnement et la démarche de l’ergothérapeute sont centrés sur les acti-
vités dans lesquelles les personnes s’engagent quotidiennement pour subvenir
à leurs besoins fondamentaux, tisser leurs relations sociales et accomplir leurs
rôles sociaux, par choix ou par intérêt. Cependant, le recours au concept
d’« occupation » et la référence à des modèles centrés sur l’occupation permet
d’affiner une démarche diagnostique spécifique à l’ergothérapeute, tout en 3.8.18.9.19 distinguant différents niveaux de l’agir. by Différentes taxonomies du « faire » sont proposées dans les cadres concep-
tuels relevant de modèles centrés sur l’occupation. Selon le Cadre conceptuel
de terminologie européen (CCTE), l’occupation comprend un ensemble d’acti-
vités. Par exemple l’occupation « préparer un repas » recouvrira diverses Downloaded activités telles que « faire une soupe », « faire cuire des pâtes », « mettre la
table », qui elles-mêmes peuvent être subdivisées en tâches. Cette arborescence
se retrouve de manière à peu près similaire dans le Modèle Canadien du Ren-
dement et de l’Engagement Occupationnel avec des niveaux supplémentaires
de complexité : occupation/activité/tâche/Action/mouvements volontaires ou
processus mentaux. Dans l’OTIPM et dans le MOHO, l’occupation s’actualise
en performances, qui comprennent elles-mêmes plusieurs habiletés (celles-ci
sont les plus petites unités observables de l’occupation). Pour préparer un
repas, la performance occupationnelle7 de la personne correspondra à la réa-
lisation des tâches « faire une soupe », « faire cuire des pâtes », « mettre la
table » ; elle mettra en œuvre plusieurs habiletés pour y parvenir : elle se
déplace, soulève des ustensiles de cuisine, marche et transporte ces ustensiles,
elle localise les objets, les rassemble, les organise, etc.
Ainsi, recourir au concept d’occupation et à ses différentes taxonomies
pour élaborer le diagnostic ergothérapique augmente le niveau de précision
de l’appréciation de la situation par l’ergothérapeute.
7 Voir Glossaire, p. 75.
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