(La délicatesse)
Chapitre 52
Markus laissa derrière lui cette scène étrange de baiser volé. Nathalie voulut se replonger dans son dossier, mais décida finalement de partir à sa recherche. Elle avait ressenti quelque chose de compliqué à définir. À vrai dire, c'était la première fois depuis trois ans qu'on l'agrippait ainsi. Qu'on ne la prenait pas pour une chose fragile. Oui, c'était étonnant, mais elle avait été troublée par ce mouvement éclair, d'une virilité presque brutale. Elle marcha dans les couloirs de l'entreprise, demanda à droite à gauche où il était aux employés qu'elle croisait. Personne ne le savait. Il n'avait pas regagné son bureau. C'est alors qu'elle pensa au toit de l'immeuble. En cette saison, personne n'y allait, car il faisait très froid. Elle se dit qu'il devait y être. Une intuition juste. Il était là, près du rebord, dans une posture très calme. Il faisait des petits mouvements avec ses lèvres, des souffles sûrement. On aurait presque dit qu'il fumait, mais sans cigarette. Nathalie s'approcha de lui en silence : « Moi aussi, je viens parfois me réfugier ici. Pour respirer », dit-elle.
Markus fut surpris d'une telle apparition. Jamais il n'aurait pensé qu'elle partirait à sa recherche, après ce qui venait de se passer.
« Vous allez attraper froid, répondit-il. Et je n'ai même pas de manteau à vous proposer.
— Eh bien, on va attraper froid tous les deux. Voilà au moins un état sur lequel il n'y aura pas de différence entre nous.
— C'est malin ça.
— Non ce n'est pas malin. Et je ne suis pas maligne d'avoir agi comme je l'ai fait... enfin bon, tout de même, ce n'est pas comme si j'avais commis un crime !
— Alors vous ne connaissez rien à la sensualité. Un baiser de votre part, puis plus rien, bien sûr que c'est un crime. Au royaume des cœurs secs, vous seriez condamnée.
— Au royaume des cœurs secs?... Vous ne m'aviez pas habituée à parler comme ça.
— C'est sûr que ce n'est pas avec le 114 que je vais faire de la poésie. »
Le froid modifiait leur visage. Et aggravait une certaine injustice. Markus devenait légèrement bleu, pour ne pas dire blafard, alors que Nathalie devenait pâle comme une princesse neurasthénique.
« II vaut peut-être mieux qu'on rentre, dit-elle.
— Oui... qu'est-ce qu'on fait alors ?
— Mais... ça suffit maintenant. Il n'y a rien à faire. Je me suis excusée. On ne va pas en faire un roman tout de même.
— Pourquoi pas ? Moi je ne serais pas contre l'idée de lire une telle histoire.
— Bon on arrête. Je ne sais même pas ce que je fais à vous parler ici.
— D'accord, on arrête. Mais après un dîner.
— Quoi ?
— On dîne ensemble. Et après, je vous promets qu'on n'en parle plus.
- Je ne peux pas.
— Vous me devez bien ça... juste un dîner. »
Certaines personnes ont la capacité extraordinaire de prononcer une telle phrase. Capacité qui empêche l'autre de répondre par la négative. Nathalie sentait dans la voix de Markus toute sa conviction. Elle savait que ce serait une erreur d'accepter. Elle savait qu'il fallait reculer maintenant, avant qu'il ne soit trop tard. Mais, face à lui, il était impossible de refuser. Et puis, elle avait tellement froid.
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Information concrète à propos du dossier 114
II s'agit d'une analyse comparée entre la France et la Suède de la régulation en milieu rural des balances du commerce extérieur sur une période allant de novembre 1967 à octobre 1974.