La revanche d'un Venadicci
Gabby crut qu’elle allait s’évanouir. En fait,…
9.
Gabby crut qu’elle allait s’évanouir. En fait, elle avait l’impression que c’était elle qui avait reçu un coup en pleine figure.
Sa gorge était si serrée qu’elle en devenait douloureuse. En dépit de tous ses efforts, elle ne pouvait parler. Vinn avait été brutalement agressé et, pendant tout ce temps, il avait pensé qu’elle avait tout organisé ! Certes, la veille du mariage, elle avait eu au téléphone le chef de la sécurité de son père, Tony Malvern, pour lui demander de ne pas laisser Vinn entrer dans l’église. Mais jamais elle ne lui avait demandé d’utiliser la violence ! De plus, Tony n’était pas ce genre d’homme. C'était un mari et un père aimant et, bien que parfois un peu rude, elle le croyait incapable de participer à une agression aussi lâche et vicieuse. Tout ce qu’elle avait fait, c’était avertir Tony que Vinn ne devait pas perturber la cérémonie, comme il l’en avait menacée.
— Non ! cria-t-elle enfin. Je n’ai demandé à personne de te faire du mal ! Tu dois me croire, Vinn. Pourquoi aurais-je fait une chose pareille ?
A présent, les yeux de Vinn avaient l’éclat et la dureté du diamant.
— Tu m’en as voulu dès le moment où j’ai franchi la porte des Saint Clair, dit-il. Et, au fil des années, ton mépris pour moi n’a fait que croître. Tu ne te souviens pas combien tu aimais te moquer de moi, Gabriella ? Me piéger juste pour pouvoir glousser en cachette avec tes stupides amies ?
La honte la submergea.
— Je sais que je me suis comportée comme une peste avec toi, avoua-t-elle. Je te l’ai dit… j’étais jalouse de ton amitié avec James. Quand tu étais dans les parages, il n’avait plus de temps pour moi.
— Ses relations avec ses autres amis ne semblaient pas te déranger, répliqua Vinn. Comme avec Tristan.
— C'était différent. Ils étaient à l’école ensemble. Et Tristan était le fils de la meilleure amie de ma mère. Même avant ma naissance, il venait déjà à la maison. Au fond, j’avais l’habitude de partager mon frère avec lui. J’avais toujours connu cette situation.
Il la toisait de son regard dur et plein de colère.
— Tu nies avoir demandé à Glendenning de me tenir à l’écart de votre mariage ?
— Bien sûr que je le nie ! J’admets avoir parlé à Tony Malvern, le chef de la sécurité de mon père, mais seulement pour qu’il t’interdise l’entrée de l’église. Je n’en ai pas parlé à Tristan.
Pendant de longues secondes, Vinn continua d’observer Gabby. Pouvait-il la croire ? Tony Malvern ne travaillait plus pour Henry Saint Clair, mais Vinn l’avait toujours considéré comme un père de famille honnête et travailleur, chargé de surveiller les bureaux après la fermeture.
— Quelqu’un a entendu ta conversation avec Tony Malvern ? demanda-t-il.
— Je ne sais pas, répondit-elle avec agacement. J’étais trop perturbée pour faire attention à ça.
— Ton mari a dû t’entendre.
Elle fronça les sourcils.
— Tu avais bu…, murmura-t-elle. C'est ce qu’on m’a raconté lorsque je suis revenue de ma lune de miel. On m’a dit que tu étais soûl et que tu t’étais laissé entraîner dans une bagarre, pour finir à l’hôpital. Mais… si tu as été agressé par Tristan et les brutes qu’il avait payées, pourquoi n’as-tu pas porté plainte ?
— Et mêler tes parents à un scandale public ? Compromettre leur fille chérie ? rétorqua-t-il avec un sourire sarcastique. Je suis peut-être un peu brutal à ton goût, Gabriella, mais j’ai le sens de l’honneur.
Troublée, Gabby haussa les épaules. Ainsi, croyant qu’elle était à l’origine de son agression, Vinn l’avait haïe pendant des années… Et pourtant, il avait voulu les protéger, elle et sa famille. Il n’avait pas parlé de tout ça à ses parents, elle en était certaine. Au lieu de cela, il avait laissé la colère s’accumuler, et attendu patiemment le moment de se venger. Sans le savoir, en allant lui demander son aide, elle lui avait fourni cette vengeance sur un plateau.
Elle affronta son regard impitoyable.
— C'est pour cela que tu m’as forcée à t’épouser, affirma-t-elle. Parce que tu penses que j’ai ordonné ton agression, tu veux m’enfermer dans un mariage sans amour ?
— Je t’ai expliqué mes raisons, répondit-il sans sembler éprouver la moindre gêne.
— Oh, oui, lança-t-elle avec amertume. Tu as envie de moi depuis des années. La preuve, tu n’as guère pu attendre pour poser la main sur moi !
Un sourire cynique se dessina sur les lèvres de Vinn.
— Tu ne disais pas ça il y a quelques minutes. En fait, je crois même me rappeler que tu m’as supplié de te faire l’amour.
Furieuse, Gabby serra les poings. Comment supporter qu’il se moque ainsi de son désir ? Même envahie par la colère, elle sentait encore le sang pulser à toute vitesse dans ses veines, elle se souvenait de ce qu’elle avait éprouvé dans ses bras… Son corps avait encore envie de lui. Si elle n’avait pas pris la pilule pour réguler son cycle, elle lui aurait même fait cet enfant qu’il voulait tant et pour lequel il l’avait achetée.
Soudain, elle frissonna. Il l’avait peut-être épousée pour de mauvaises raisons, mais elle était certaine qu’il ferait un merveilleux père. Pour sa mère, il avait été un fils aimant et attentionné, mettant sa vie entre parenthèses pour s’occuper d’elle lors des derniers mois de sa vie. Une vie par ailleurs trop dure et trop brève.
— Tu ne dis plus rien, Gabriella ? Tu ne veux pas me remettre à ma place avec une insulte ?
Elle se tourna vers lui avec un soupir. Il était temps de ravaler sa fierté.
— Je suis désolée, Vinn, pour ce qui t’est arrivé cette nuit-là.
Je sais que tu ne me crois pas… que tu ne me croiras peut-être jamais, mais je n’ai rien à voir avec ça. C'est vrai, Tristan a pu surprendre ma conversation téléphonique avec Tony mais, même sans cela, il avait de bonnes raisons de vouloir t’éloigner de notre mariage.
— Lesquelles ? demanda-t-il tout en plongeant un regard froid dans le sien.
Gabby se mordit la lèvre et baissa les yeux.
— Je ne suis pas certaine qu’il nous ait vus nous embrasser… ce soir-là… Mais… je me suis souvent posé la question.
— Il a été jaloux de te voir réagir à mon baiser comme tu n’avais jamais répondu aux siens, dit Vinn. Je ne le lui reproche pas. Des milliers de fois, j’ai repensé à ce qui s’est passé. Aucune femme ne m’a jamais fait éprouver ce que j’ai ressenti à ce moment-là.
Gabby sentit une intense chaleur l’envahir. Il avait repensé à leur baiser ? Tout comme elle… Qu’en conclurait-il si elle lui avouait avoir pensé à la façon dont elle avait réagi entre ses bras ? Elle s’était sentie vivante, comme s’il avait allumé une flamme dans son corps…
Il y avait si longtemps qu’elle était attirée par lui, et qu’elle s’obstinait à le nier, songea-t-elle.
Elle l’avait toujours aimé. Mais elle était trop terrifiée pour l’admettre.
A présent qu’elle acceptait la vérité, Gabby avait l’impression qu’un voile se levait dans son esprit.
Dès qu’elle l’avait vu, elle avait été attirée par lui. D’une certaine façon, elle l’avait reconnu comme son âme sœur, la seule personne capable de combler ses besoins, mais elle l’avait rejeté. En partie par peur, en partie par fierté mal placée.
Ses parents auraient-ils vraiment émis des objections si elle leur avait dit, bien des années plus tôt, aimer Vinn et non Tristan ? Récemment, ils avaient accepté sans une once de réprobation la nouvelle de son mariage précipité avec Vinn. Même sa mère, qui s’était montrée si méprisante envers lui et sa mère par le passé, avait presque pleuré en l’accueillant dans la famille Saint Clair… ou du moins ce qu’il en restait, songea Gabby avec tristesse, tandis que l’image de son frère s’imposait à son esprit.
James avait adoré Vinn. Dès le début, ils s’étaient bien entendus : ils avaient été des complices, des confidents, bref, de vrais amis.
Et pourtant, James était mort…
Pendant que Vinn, son ami, se trouvait à des milliers de kilomètres, au chevet de sa mère mourante, se rappela soudain Gabby dans un éclair de lucidité.
— Quelque chose ne va pas ? demanda Vinn. Tu es très pâle.
— Je vais bien…, répondit-elle tout en essayant de mettre ses pensées en ordre. Je me disais juste… j’essayais de comprendre…
— Ce qui s’est passé autrefois ne doit pas nous affecter. Si tu me dis que tu n’as rien à voir avec l’agression, eh bien, je te crois.
Elle le regarda d’un air hésitant.
— Comment peux-tu être sûr que je n’ai pas tout manigancé ? Tu n’as aucune raison de me faire confiance.
Bras croisés sur son large torse, il s’appuya contre le mur.
— Tant que je serai certain que tu n’as rien à voir dans cette histoire, je serai heureux. Je n’aimerais pas que nos futurs enfants puissent penser que leur mère a un jour souhaité la mort de leur père.
Gabby sentit ses mains se mettre à trembler.
— Tu sembles vouloir un héritier très vite, fit-elle remarquer. Et si je ne pouvais pas avoir d’enfant ?
— As-tu des raisons de le croire ?
— Me libéreras-tu de mon engagement, si c’est le cas ? le contra-t-elle.
Le regard de Vinn se fit plus intense.
— Non, dit-il enfin. Si tu ne peux pas me donner un héritier, nous nous tournerons vers les autres options possibles.
— Et si je ne veux pas d’enfant tout de suite ? répliqua-t-elle. Ou si je n’en veux pas du tout ?
Le silence dans la pièce devint électrique.
— Tu as quelque chose contre la maternité ? demanda-t-il.
— Pas vraiment…
Elle s’interrompit quelques secondes avant de poursuivre.
— Je crois que je déteste l’idée de faire un enfant pour me conformer aux vœux de quelqu’un d’autre. Et non parce que je l’ai décidé, moi.
— Pour avoir un enfant, il vaut mieux que la décision soit conjointe, concéda-t-il. Nous pouvons attendre jusqu’à ce que tu sois prête.
— Mais tu n’éprouves rien pour moi ! s’écria-t-elle avec irritation. Comment peux-tu sérieusement envisager d’avoir un enfant avec moi ?
Le regard qu’il posa sur elle à cet instant était empli d’arrogance et de possessivité.
— Parce que je t’ai toujours voulue, Gabriella. Tu es ma moitié, la part qui me manque. Cela s’est confirmé lorsque nous avons fait l’amour. J’ai toujours su que cela se passerait ainsi entre nous, j’ai juste dû attendre que tu t’en rendes compte.
Elle redressa le menton.
— Et si Tristan n’était pas mort ? interrogea-t-elle. Tu aurais tout de même mené à bien ton projet de vengeance ?
Il haussa les épaules.
— Cela aurait dépendu de toi. La nuit précédant ton mariage, j’étais venu voir comment les choses se passaient entre vous. J’étais convaincu que tu n’aimais pas plus Glendenning que celui-ci ne t’aimait. Et apparemment, je ne m’étais pas trompé. Jamais une femme amoureuse n’aurait répondu ainsi à mon baiser.
— Alors, en m’embrassant, tu te livrais à une sorte… d’expérience ? demanda Gabby d’une voix pleine de reproche.
— Disons plutôt que j’ai été incapable de résister à la tentation, répondit-il en s’avançant vers elle et en s’asseyant sur le lit.
Il posa les mains sur ses épaules.
— Et je ne peux pas plus y résister aujourd’hui, cara. Je veux sentir la douceur de tes lèvres sous les miennes. Je te veux, Gabriella, je te veux tout entière.
Elle aurait voulu le repousser, mais il l’avait déjà attirée tout contre lui. Alors qu’il ne portait qu’une serviette autour des hanches, elle ne pouvait avoir aucun doute sur la force de son désir. Et son corps répondait au sien avec la même avidité. Déjà, ses tétons pointaient sous le drap, réclamant ses caresses, son corps se cambrait contre lui, sa bouche s’entrouvrait dans l’attente de son baiser…
Lorsqu’il l’embrassa, elle eut l’impression de prendre feu.
— Tu sais que je te veux, n’est-ce pas ? murmura-t-il contre sa bouche, tout en arrachant le drap qui la couvrait.
Gabby dénoua la serviette autour des hanches de Vinn, et se mit à le caresser.
— Je te veux aussi… Je veux que tu me fasses encore l’amour.
Vinn n’eut pas besoin d’en entendre davantage. Il la désirait tant… Il ne voulait penser à rien d’autre. Il avait libéré en elle un trésor de plaisirs sensuels, et il voulait les savourer un par un. La façon dont elle frissonnait dès qu’il l’effleurait, dont ses yeux brillaient quand il la regardait…
Bon sang, est-ce qu’une autre femme lui avait déjà fait cet effet ? Avec elle, il devait toujours lutter pour garder le contrôle.
— Vinn ?
Il posa la main sur sa nuque pour l’empêcher de s’écarter, pour la garder près de lui, si près qu’il pouvait sentir les battements de son cœur.
— Ne parle pas, mia piccola, dit-il en prenant son visage en coupe entre ses mains. Laisse-toi aller à tes sensations.
Gabby cligna des yeux lorsqu’il se pencha pour l’embrasser. Ses baisers étaient si divins qu’elle en oubliait le passé pour ne penser qu’à ce qu’elle ressentait dans les bras de Vinn, à la façon dont son corps vibrait de vie comme jamais il ne l’avait fait. Elle pouvait sentir l’écho de son baiser dans tout son corps, amplifiant son désir. Il pulsait dans son ventre, durcissait sa poitrine, faisait trembler ses doigts…
Il lui prit les mains et fit passer ses bras au-dessus de sa tête, sans cesser de l’embrasser. Puis il baissa la tête et posa les lèvres sur ses tétons durcis pour les sucer, les lécher, jusqu’à ce qu’elle se cambre sous lui.
— Je voulais te faire ça depuis si longtemps…, murmura-t-il d’une voix rauque. Je ne crois pas qu’aucune femme ait été désirée par un homme comme je t’ai désirée…
Gabby savait qu’il n’éprouvait pour elle qu’une attirance physique. Il n’avait jamais parlé de sentiments. Au moins, il ne lui mentait pas comme Tristan. Pourtant, elle ressentait une douloureuse déception en se disant que l’amour qu’elle éprouvait n’était pas réciproque. Son destin était-il d’être liée à des hommes qui voulaient l’utiliser ? Ne serait-elle jamais aimée pour ce qu’elle était? Elle avait soif de sécurité, d’un amour qui ne mourrait pas en dépit du temps qui passe… Vinn, lui, voulait des enfants. Mais comment pourrait-elle accepter, sans l’assurance qu’il ressente quelque chose pour elle ?
— Vinn ? chuchota-t-elle en caressant sa joue.
— Devons-nous vraiment parler maintenant, cara ? demanda-t-il d’une voix rendue rauque par le désir.
— Tu me hais toujours ?
Ses yeux gris-bleu se fixèrent sur elle.
— Non, répondit-il. La haine n’est pas le sentiment que je ressens pour toi.
— Vraiment ?
— Je ne serais pas là, dans ce lit avec toi, si je te haïssais, Gabriella.
— Mais tu ne m’aimes pas, insista-t-elle. N’est-ce pas?
Il fronça les sourcils.
— En voilà une question ! dit-il d’un ton moqueur. Ma réponse est-elle une condition préalable avant de m’abandonner ton corps ?
Gabby nota une note de ressentiment dans sa voix.
— Je ne peux pas totalement me dissocier de mes sentiments, et je suis sûre que toi non plus, insista-t-elle. Tu me fais l’amour avec passion, mais tu refuses d’admettre que tu as la moindre affection pour moi. Qu’est-ce que je dois comprendre à tout ça ?
Il se redressa sur un coude.
— Tu veux que je te dise que je t’aime ? demanda-t-il. C'est vraiment ce que tu veux ? Que je fasse semblant d’avoir des sentiments pour toi ?
Gabby sentit les larmes emplir ses yeux.
— Non, je ne te demande pas de faire semblant, répondit-elle d’une voix qu’elle s’efforçait de garder neutre.
« Je voudrais que tu m’aimes vraiment… »
— Pourquoi ce que je ressens ou non pour toi t’intéresse soudain autant ?
Elle frémit sous la dureté de sa voix.
— Parce que toutes les femmes veulent être sûres que l’homme avec lequel elles s’engagent ne les utilisent pas seulement pour le sexe. C'est trop dégradant, trop froid… inhumain.
Il s’écarta, lui donnant une impression d’abandon non seulement physique mais aussi affectif. Elle le regarda se lever et s’envelopper brusquement de la serviette qu’elle avait dénouée, quelques instants plus tôt. La colère se lisait sur son visage.
— Tu crois que c’est ce que je fais ? s’écria-t-il. Que j’assouvis mes besoins physiques sans égards pour toi et pour tes désirs ? Le temps que nous avons passé ensemble ne t’a pas appris qui j’étais vraiment ?
Gabby pinça les lèvres pour les empêcher de trembler.
— Tu m’as épousée pour me posséder, comme si j’étais le trophée qui te manquait. Tu savais que je ne t’aurais jamais épousé si je n’avais pas eu besoin d’argent, alors tu as sauté sur l’occasion dès qu’elle s’est présentée.
— Je ne nie pas que je te désire depuis très longtemps, mais ne compliquons pas le problème en faisant semblant d’éprouver des sentiments qui n’existent pas. Depuis que je te connais, tu t’es montrée méprisante. Bien sûr, faire l’amour ensemble a été extraordinaire, encore plus que je ne l’avais pensé, mais cela ne veut pas dire que nous devons jouer la comédie.
Gabby remonta les draps sur son menton.
— Je crois que tu n’admettrais pas que tu aimes quelqu’un, même si c’était le cas. Tu ne voudrais pas laisser une femme, et surtout pas moi, prendre le dessus.
Il eut un rire froid qui la glaça.
— C'est ce que tu crois ? Que je meurs d’amour pour toi depuis toutes ces années, mais que je ne veux pas l’avouer de peur que tu t’en serves contre moi ?
Gabby ne savait que penser. Elle se sentait confuse, terriblement confuse, et beaucoup plus fragile qu’elle ne l’aurait voulu. Elle avait conscience d’être ridicule, et cela lui donnait une sensation plus grande encore de vulnérabilité. Dire qu’elle l’avait presque supplié de confesser des sentiments qu’il n’éprouvait pas… Une idiote, une idiote romantique, voilà ce qu’elle était, en attente d’un clair de lune qui ne viendrait jamais.
— J’aimerais être seule, murmura-t-elle d’une voix sans timbre.
Hésitant, Vinn fronça les sourcils. Il n’avait pas envie de la laisser ainsi. Visiblement, elle était contrariée et au bord des larmes. Mais il ne pouvait rester.
L'amour qu’il avait ressenti pour Gabriella, quand elle était plus jeune, avait vite été remplacé par un profond dégoût pour tout ce qu’elle incarnait. Son air condescendant, la façon dont elle tentait de le ridiculiser à chaque occasion, avait fait culminer sa haine jusqu’à l’explosion. Mais aujourd’hui, le fait qu’elle nie catégoriquement être liée en quoi que ce soit à son agression l’amenait à revoir son point de vue.
Jusqu’alors, la vengeance avait été si présente dans son esprit qu’il avait besoin de temps pour faire le point sur ses sentiments. Quelques heures plus tôt, la haine que Gabriella ressentait pour lui se lisait dans chacun de ses regards. Puis elle s’était abandonnée dans ses bras, répondant à son désir avec une passion explosive. Bien des choses pouvaient expliquer ce comportement, pensa-t-il avec cynisme. Deux millions quatre cent mille raisons, pour commencer !
Elle avait fait allusion à ses sentiments pour lui, mais n’était-ce pas son argent qu’elle aimait ?
Certes, il l’avait sauvée de la faillite, et il lui avait fait découvrir ce que son défunt mari lui avait toujours refusé. Les femmes étaient amusantes. Elles éprouvaient du plaisir et, soudain, elles étaient folles de vous. Combien lui avaient joué cette comédie ?
— Je vais me baigner, dit-il enfin, sans la regarder. J’espère te voir plus tard.
Il entendit un son étouffé.
Probablement se moquait-elle de ce qu’il pouvait faire.
Et sans doute l’avait-il mérité, songea-t-il en fermant doucement la porte derrière lui.