La revanche d'un Venadicci

Melanie Milburne · Chapitre 3 sur 11

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La revanche d'un Venadicci

Assis en face de la jeune femme,…

4.

 

Assis en face de la jeune femme, Vinn regardait défiler une multitude d’émotions sur son visage. Il avait l’habitude d’y voir de la colère, de la révolte et de la mauvaise humeur ; voir ses yeux briller n’aurait pas dû l’étonner. Mais qu’elles soient sincères ou pas, les larmes de Gabriella le surprenaient.

Pourtant, il avait trop souvent souffert à cause d’elle pour se laisser prendre. Il ne céderait pas un pouce de terrain jusqu’à ce que les papiers soient signés et qu’elle soit devenue sa femme — aux yeux de la loi, sinon dans son lit.

Il attendrait.

Il attendait depuis sept ans. Attendre un peu plus longtemps ne ferait qu’accroître son plaisir lorsque enfin il la posséderait.

Dès qu’il avait posé les yeux sur elle, bien des années plus tôt, il avait été subjugué par sa beauté. Et deux ans plus tard, il avait vu l’adolescente de quatorze ans s’épanouir en une exquise et belle jeune femme. Des yeux de biche, une épaisse chevelure blonde, des lèvres pleines couleur cerise, charnues et douces… Quand elle avait eu dix-sept ans, ses sourires et ses regards aguicheurs l’avaient rendu fou, et il passait ses nuits à se retourner dans son lit de frustration en pensant qu’il la posséderait un jour. Mais même si son corps vibrait de désir, il savait qu’il aurait fallu un miracle pour qu’elle se livre à lui.

Gabriella Saint Clair n’était pas une femme pour lui. Il l’avait toujours su, sans jamais vraiment l’accepter.

Avec gentillesse et délicatesse, James Saint Clair y avait fait allusion. Quant aux parents de Gabriella — surtout sa mère, Pamela —, ils le lui avaient fait comprendre sans ménagement. On lui avait clairement expliqué que l’avenir de Gabriella était avec Tristan Glendenning, un avocat plein d’avenir issu d’une longue lignée de juristes, et qui serait nommé associé dans une firme d’une grande ville une fois marié à la fille de la meilleure amie de sa mère.

Ce qui avait le plus écœuré Vinn, c’est qu’il n’avait jamais cru que Gabriella aimait vraiment son mari — ce qui montrait combien elle était superficielle. Non, après la façon dont elle avait répondu à son baiser, la veille de son mariage, il avait su qu’elle ne pouvait aimer Glendenning.

Elle s’était serrée contre lui avec fièvre, sa bouche s’était ouverte sous la pression de la sienne. Il avait senti sa langue contre la sienne, en une explosion de passion qui les avait laissés tous les deux tremblants et haletants. De ses mains, il avait couvert ses seins, se délectant de leur douceur crémeuse, et elle n’avait rien fait pour l’arrêter. Au contraire, elle avait gémi et soupiré sous la caresse de ses lèvres, de sa langue…

Quand elle avait posé la main sur son sexe durci par le désir et l’avait caressé, il avait senti un brasier s’allumer en lui. Il l’aurait prise contre le mur, là, s’il n’avait entendu un bruit de pas dans l’escalier. La voix si distinguée de Tristan Glendenning s’était fait entendre.

— Gabby ? Tu es là ? Je dois y aller. Je suis désolé, mais j’ai quelques petites choses à faire avant la cérémonie de demain.

Presque avec rudesse, Vinn avait repoussé Gabriella. Il s’était passé une main dans les cheveux en espérant y remettre un peu d’ordre. Malgré la tension de son corps, sa respiration irrégulière, les battements précipités de son cœur, il avait réussi à reprendre le contrôle de lui-même. Mais au prix d’un effort monumental.

En actrice et menteuse consommée, Gabriella s’était simplement tournée vers son fiancé et lui avait souri. Sur son visage, on ne pouvait rien lire de ce qui venait de se passer un moment plus tôt. Ses yeux noisette étaient clairs et assurés, sa voix douce et égale.

— Tu pars déjà? avait-elle demandé, avec juste ce qu’il fallait de déception dans la voix. Mais tu viens à peine d’arriver.

Tristan s’était penché pour l’embrasser légèrement sur la bouche.

— Je sais, ma chérie. Mais je serai tout à toi pendant notre lune de miel, je te le promets. Et puis, il est bientôt minuit. Cela ne porte pas malheur de voir la mariée juste avant la cérémonie ?

Vinn s’était éloigné, serrant les poings si fort qu’il avait l’impression que ses os allaient éclater.

— Vous partez aussi, Venadicci ? avait lancé Tristan d’un ton méprisant. Nul doute que vous ayez beaucoup de choses à faire. Comme aider votre mère à faire l’argenterie.

Vinn s’était tourné vers lui.

— Vous seriez surpris de savoir que certaines des plus belles pièces de l’argenterie des Saint Clair manquent singulièrement d’éclat.

Et avec un dernier regard pour Gabriella, il avait quitté la maison.

 

***

 

Après un long silence, Gabby leva la tête. Devant le regard impénétrable de Vinn, son malaise s’accentua.

— Tu es sérieux, n’est-ce pas ? demanda-t-elle d’une voix faible. Mais pourquoi ? Tu es un homme riche, maintenant. Tu as réussi. Pourquoi tiens-tu tellement à m’épouser ?

Il se leva du canapé et vint se poster devant elle. Il était si près qu’elle devait plier la nuque pour le regarder.

— Tu n’as toujours pas compris, n’est-ce pas ? dit-il en plongeant son regard dans le sien. Je ne veux aucune autre femme. Pas depuis cette nuit où j’aurais pu te prendre contre le mur… Tu en avais envie autant que moi, alors n’insulte pas mon intelligence en prétendant le contraire.

De honte, Gabby se leva d’un bond.

— Tu mens ! s’écria-t-elle. Tu as profité de l’occasion… Chaque fois que tu venais rendre visite à ta mère, tu me regardais avec concupiscence !

Vinn eut un rire cynique.

— C'est comme ça que tu réinterprètes ce qui s’est passé ? Je crois pourtant que les choses étaient un peu différentes. Chaque fois que tu le pouvais, tu aimais flirter avec moi et m’allumer. Comme si tu prenais un plaisir pervers à agiter devant moi ce que je ne pouvais avoir. Tu te souviens de ces après-midi autour de la piscine, quand tu savais que j’allais me trouver dans les environs pour tailler les haies ou tondre la pelouse ? Je savais ce que tu voulais : que je tente quelque chose pour aller ensuite pleurer auprès de ton père, et nous faire renvoyer, ma mère et moi. C'était ton petit jeu, n’est-ce pas ? Tu ne voulais même pas que ton frère passe du temps avec moi, tu étais jalouse.

Gabby se sentit rougir au souvenir de son attitude effrontée, et si transparente. Oui, elle avait été jalouse de l’amitié entre James et Vinn. Mais ce n’était pas tout… Dès l’arrivée de Vinn chez les Saint Clair, elle s’était sentie mal à l’aise. A l’époque, pourtant, elle venait tout juste d’avoir quatorze ans, et Vinn, de quatre ans plus âgé, ne lui avait jamais donné aucune raison de se sentir menacée. La plupart du temps, il restait seul, et il gardait les yeux baissés lorsqu’il venait prendre les instructions auprès de Henry Saint Clair.

C'est seulement quand elle était devenue une jeune femme qu’elle avait commencé à se rendre compte de ce qu’elle ressentait lorsque leurs yeux se rencontraient. Jamais elle n’avait ressenti cela, même avec Tristan qui, tout le monde le disait, serait un jour son mari.

Plonger dans les yeux gris-bleu de Vinn Venadicci, c’était comme regarder le centre d’une flamme. Elle avait l’impression de s’embraser, jusqu’au moment où elle parvenait à détourner le regard.

— Pour l’amour du ciel, Vinn, j’avais quinze ou seize ans ! s’écria-t-elle, même si elle avait conscience qu’il s’agissait d’une excuse bien tardive. Tu ne me tiens pas rigueur de ça ?

Il rit de nouveau avec froideur.

— Ma mère avait raison à ton sujet, déclara-t-il en lui adressant un regard meurtrier. Elle pensait que tu vendrais un jour ton âme, et c’est exactement ce que tu as fait. Tristan Glendenning voulait des parts dans l’affaire de ton père, et tu lui as été offerte en prime, gratuitement.

Gabby serra les dents. Tout son corps tremblait de rage.

— Ce que tu dis est horrible et insultant ! s’exclama-t-elle. La mère de Tristan est la meilleure amie de ma mère. Depuis toujours, elles avaient prévu que nous nous marierions un jour. Nous avons grandi ensemble et, hormis les périodes où Tristan et James se trouvaient au pensionnat, nous passions la plupart des week-ends et des vacances ensemble.

Elle s’interrompit quelques secondes pour ajouter, sur un ton moins convaincu qu’elle ne l’aurait voulu :

— Et… c’est ce que nous voulions, nous aussi.

Il lui adressa un sourire cynique qui la fit frissonner.

— Est-ce qu’il en a eu pour son argent, Gabriella ? As-tu été une petite épouse soumise et obéissante ?

Le mépris absolu qu’elle lisait sur son visage était insupportable. C'était comme se retrouver face à toutes les erreurs stupides qu’elle avait commises. Comment ne s’était-elle pas rendu compte du genre de mari que serait Tristan ? Comment avait-elle pu être aussi aveugle ? Elle n’avait pas d’excuse. Ce n’était pas comme s’il avait été un inconnu pour elle, elle le connaissait depuis l’enfance. Et pourtant, elle n’avait appris que trop tard certaines choses sur lui.

Elle détourna vivement la tête. Mais le mouvement fut trop rapide, et elle sentit soudain ses mains et son front devenir moites alors qu’elle luttait pour rester debout. Elle tendit la main vers le bras du canapé, mais en vain. Ses genoux tremblaient, ses jambes ne la portaient plus. La tête lui tournait. Incapable de garder les yeux ouverts, elle sentait la pièce tanguer autour d’elle…

— Gabriella ?

En une fraction de seconde, Vinn s’agenouilla et prit la tête de la jeune femme entre ses mains, avant qu’elle ne heurte le sol.

Elle gémit. Au moins, cela prouvait qu’elle était consciente. Jouait-elle la comédie ? Non, elle était en nage. Alors, l’avait-il mal jugée ? Elle avait été soumise à rude épreuve, ces derniers temps — avec l’offre d’achat et la maladie de son père, n’importe qui aurait été ébranlé. Néanmoins, la Gabriella qu’il connaissait aurait continué à donner le change quoi qu’il arrive. Un vertige ou un évanouissement opportun, voilà qui aurait été tout à fait son style.

— Tu vas bien ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.

— Que… que s’est-il passé ?

— Tu t’es évanouie, apparemment, répondit-il, tout en continuant de la serrer dans ses bras.

Plus légère que dans son souvenir, elle était douce et féminine ; et son parfum était si envoûtant qu’il ne pouvait s’empêcher de le respirer.

Elle gémit de nouveau et murmura :

— Je crois que je vais être malade…

Vinn la souleva dans ses bras et l’emmena dans la salle de bains la plus proche. Avec douceur, il la soutint tandis qu’elle vomissait dans les toilettes.

— S'il te plaît... Laisse-moi seule quelques instants, murmura-t-elle.

— Je ne te laisserai pas tant que je ne suis pas sûr que tu ne vas pas t’effondrer par terre, répliqua-t-il. Tu m’as fait une peur bleue.

Il mouilla une serviette et la lui appliqua sur la nuque, comme sa mère le faisait quand il était enfant.

Enfin, Gabby se redressa. Elle lui prit la serviette des mains et enfouit son visage dedans.

— Plus de cocktails pour toi, déclara Vinn en lui massant doucement les épaules. Visiblement, ils ne te réussissent pas.

Elle pressa les doigts sur ses tempes.

— Tu as peut-être raison, murmura-t-elle en se tournant vers lui.

Gabby se sentait encore plus faible sans le contact des mains de Vinn sur ses épaules.

— Cela t’ennuie si je rentre chez moi, maintenant ? demanda-t-elle d’une voix tremblante. La journée a été longue… En fait, toute la semaine a été difficile.

Pendant quelques secondes, le regard de Vinn se souda au sien.

— Gabriella, ton père va s’en sortir. Des tas de gens subissent un triple pontage, et la plupart s’en remettent très bien.

Elle se mordit la lèvre et baissa les yeux.

— Je sais... C'est juste qu’il se repose sur moi. Je ne veux pas le décevoir. Je ne peux pas le décevoir avec cette… cette offre d’achat.

Il posa de nouveau les mains sur ses épaules.

— Tout ira bien, dit-il. Lorsque nous serons mariés, nous irons visiter la station Saint Clair et contrôler les travaux de rénovation. Les gens vont s’attendre à ce que nous partions en lune de miel : nous profiterons de cette occasion.

Vinn pouvait sentir la tension dans les épaules contractées de la jeune femme.

— Je ne veux pas trop m’éloigner de mes parents en ce moment, répondit-elle en évitant de le regarder en face.

— Gabriella, tu as ta propre vie. La responsabilité de soutenir ton père incombe à ta mère, pas à toi. Tu en as fait assez. Pour être franc, je crois que tu en as fait beaucoup trop.

Vinn lut une lueur de méfiance dans les yeux de la jeune femme.

— Je ne veux pas partir en lune de miel avec toi. Dois-je être plus claire ? Je ne veux pas coucher avec toi.

Il prit une profonde inspiration pour garder son calme.

— Tu crois que je vais te renverser sur le premier lit venu pour te prendre de force ? Non, je comprends que tu aies besoin de temps. Je suis prêt à attendre, disons un temps raisonnable.

— Un temps raisonnable ? répéta-t-elle en le foudroyant du regard. Combien ? Quelques jours ? Une semaine ou deux ? Un mois ?

— Je te l’ai dit, répondit-il durement. Je veux que notre mariage soit un vrai mariage.

Elle se dirigea vers la porte.

— Sais-tu seulement ce qu’est un vrai mariage ? répliqua-t-elle avec humeur. Tu es le fils d’une femme célibataire, tu ne sais pas comment fonctionnent les couples.

— Tu as été mariée pendant cinq ans, déclara-t-il d’un ton froid, tout en posant la main sur la poignée de la porte pour l’empêcher de sortir. Pourquoi ne pas m’apprendre ?

Gabby eut l’impression d’avoir reçu un coup à l’estomac, un coup qui réveillait toute sa douleur, sa déception et sa culpabilité. Cela la faisait tellement souffrir qu’elle dut faire appel à toutes ses forces pour ne pas se courber de douleur.

Non, elle ne s’effondrerait pas devant Vinn.

Il n’avait qu’un but, la vengeance, mais elle n’allait pas s’avouer vaincue devant lui, et certainement pas abandonner sa fierté. C'était ce qu’il voulait. La voir ramper, supplier et porter un cilice jusqu’à la fin de ses jours… Mais elle n’allait pas le laisser l’humilier.

Pas sans se battre.

— Je peux te dire que le mariage demande bien plus de travail que les promesses chimériques prononcées à l’église, dit-elle. Ce que tu demandes, c’est un engagement que personne ne peut promettre, et certainement pas sans amour. Or, il me semble que ta seule motivation est la vengeance.

— Tu n’espères tout de même pas que je vais t’aimer, Gabriella ? fit-il observer avec une moue méprisante.

L'espace d’une seconde, elle ferma les yeux pour chasser la douleur. Mais, lorsqu’elle les rouvrit, ce fut pour lire la même amertume sarcastique dans le regard de Vinn. La haine qu’il ressentait pour elle n’avait pas disparu et ne disparaîtrait jamais. Pourquoi se sentait-elle aussi bouleversée à cette idée ?

— Non, murmura-t-elle d’une voix à peine audible. Je ne m’attends pas à ce que tu m’aimes.

Vinn lui désigna la cabine de douche.

— Prends une douche pendant que je vais chercher des vêtements pour toi. Car je ne te laisserai pas passer la nuit seule dans la maison de tes parents : tu vas rester ici avec moi. Tu trouveras des serviettes propres sur l’étagère.

— Je n’ai pas besoin de prendre une douche, protesta Gabby. Et je ne vais pas dormir ici avec…

— Je te conseille de faire ce que je te dis avant que je ne décide de prendre cette douche avec toi, la coupa-t-il.

Elle lui lança un regard furieux avant d’entrer tout habillée dans la cabine. Puis elle saisit le pommeau de douche et dirigea le jet d’eau droit sur Vinn.

Il y avait de l’eau partout. Avant qu’il ait pu lui prendre le pommeau des mains, les murs, le sol de marbre et tous ses vêtements étaient trempés.

— Tu es une vraie furie, lança-t-il en entrant à son tour dans la cabine, en faisant à présent couler l’eau sur la jeune femme.

— Arrête ! cria-t-elle. Je suis habillée !

— Comme moi, répliqua-t-il en coupant l’eau.

Gabby resta immobile. L'atmosphère avait changé. Elle s’était remplie d’une tension sexuelle intense et vibrante, accentuée par le bruit de l’eau qui gouttait de leurs cheveux et de leurs vêtements.

Elle écarta une mèche de sa joue.

— Tu ne veux tout de même pas que je te rembourse tes vêtements ? demanda-t-elle dans l’espoir de dissiper cette ambiance troublante.

— Non, répondit-il en fixant sa bouche. Je pensais te punir autrement.

Tout en reculant le plus qu’elle le pouvait, Gabby tentait de contrôler les battements désordonnés de son cœur.

— Que… que veux-tu dire ?

Elle sentit la paroi de la cabine contre son dos. Elle ne pouvait reculer davantage… Et soudain, Vinn s’avança tout près d’elle. Si près qu’elle pouvait sentir la force de son désir contre son ventre.

— Pourquoi ne pas nous déshabiller et faire ça comme il faut ? murmura-t-il.

Choquée, Gabby se rendit compte qu’elle n’avait qu’une envie : soulever la chemise de Vinn et poser les mains sur ses pectoraux. Lui enlever son pantalon pour voir son sexe dressé, le caresser pour le sentir pulser dans sa main. Elle voulait qu’il la plaque contre le mur, qu’il prenne ses seins dans ses mains et lèche ses tétons, jusqu’à ce que toute pensée raisonnable l’abandonne…

Mais c’était justement là le problème. De telles pensées lui rappelaient qu’elle était totalement inexpérimentée. Son propre mari l’avait trouvée si peu sexy qu’il lui avait préféré la compagnie d’autres femmes.

— Gabriella ? demanda Vinn en fronçant les sourcils. Tu as froid ? Je suis désolé, je n’avais pas vu que tu tremblais. Attends, je vais remettre l’eau.

Elle tremblait. Pas de froid, mais à cause de l’effort qu’elle faisait pour contenir ses émotions. Jamais elle ne s’était sentie aussi dépassée et impuissante. Si elle ne trouvait pas une excuse d’ici quelques secondes pour éloigner Vinn, elle allait complètement s’effondrer devant lui.

Qu’il soit le témoin de son désarroi, c’était trop pour elle en ce moment. Comme il jubilerait et la tournerait en ridicule, après tout ce qu’elle lui avait fait ! Et elle pourrait difficilement l’en blâmer. Elle s’était conduite comme une écervelée, sans jamais prendre la peine de penser à ce qu’il éprouvait. Il avait toutes les raisons de la haïr et de se venger de sa malveillance. Voilà pourquoi il voulait l’épouser, pour prendre le pouvoir sur elle, l’humilier et se réjouir à l’idée de la posséder.

— N… non, je… je n’ai pas froid, dit-elle en dépit de ses tremblements. Mais… j’aimerais être seule.

Vinn régla l’eau avant de sortir de la cabine.

— Je t’apporte des vêtements secs.

Quelques minutes plus tard, Vinn revint avec un survêtement trop large pour elle. Il s’arrêta devant la porte. Même si l’eau coulait, il pouvait entendre Gabriella renifler, comme si elle pleurait. Une étrange sensation naquit dans sa poitrine, mais il la repoussa aussitôt. Les larmes et les crises de colère faisaient partie des nombreuses armes de Gabriella : elle les utilisait indifféremment pour obtenir ce qu’elle voulait. Par le passé, combien de fois s’était-il laissé berner par des larmes savamment orchestrées ? Mais aujourd’hui, il n’était plus question de se conduire en idiot amoureux. Il avait compris, et bien compris.

Quand enfin elle sortit de la salle de bains, après qu’il lui eut passé les vêtements par la porte entrebâillée, il n’y avait pas trace de détresse sur son visage. Mais en la voyant ainsi vêtue, Vinn devait admettre qu’elle ressemblait à une enfant. Elle avait roulé les manches et le bas du survêtement et, avec ses cheveux humides, elle avait l’air fragile… et adorable.

De nouveau, il sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Mais cela fut si fugitif qu’il l’ignora. Ce n’était pas le moment de se montrer doux avec elle. Ils avaient passé un contrat : il s’assurerait qu’elle allait bien en respecter sa part.

— Finalement, je crois que je vais te ramener chez toi, dit-il d’un ton rude. Ton père va se faire opérer demain : laissons se dérouler cette épreuve avant de passer à la prochaine étape.

— Merci, Vinn, murmura-t-elle. Tout cela a été un tel choc pour moi.

Il faillit lui demander si elle faisait référence à sa demande en mariage ou à la santé de son père, mais s’abstint. Ne connaissait-il pas déjà la réponse ?

Gabriella Saint Clair pouvait faire face à l’infarctus de son père. Quant à épouser le bâtard de la femme de ménage, c’était une autre histoire.