La revanche d'un Venadicci

Melanie Milburne · Chapitre 5 sur 11

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La revanche d'un Venadicci

— Ma chérie ! s’écria Pamela St-Clair…

6.

 

— Ma chérie ! s’écria Pamela St-Clair dès que Gabby arriva à l’hôpital, le lendemain matin. S'il te plaît, dis-moi que ce torchon a tout inventé !

Gabby regarda le journal ouvert et eut l’impression qu’elle recevait un coup de poignard en plein cœur. On voyait une photo de Vinn accompagné d’une très belle jeune femme brune, qui lui souriait avec adoration. La légende précisait que Vinn Venadicci était censé épouser bientôt la mondaine Gabriella Glendenning, née Saint Clair, dont le mari était mort deux ans plus tôt, et le journaliste se montrait catégorique : la jeune femme de la photo n’était pas la fiancée, mais une mystérieuse petite amie avec laquelle Vinn avait été vu une ou deux fois.

— Eh bien ? insista Pamela en se tordant les mains. Pour l’amour de Dieu, Gabby, si ton père entend parler de ça, il risque de faire un autre infarctus !

— C'est faux, bien sûr, répondit-elle d’une voix étranglée. Tu sais comment sont les journalistes, ils font ça tout le temps. C'est sûrement une vieille photo.

Pamela Saint Clair plissa les yeux.

— Tu es sûre ? Vraiment sûre ?

Jamais Gabby ne s’était sentie aussi peu sûre d’elle-même, mais elle n’allait pas l’avouer à sa mère. Avec des talents d’actrice qu’elle ignorait posséder, elle se composa un visage détendu et sourit, avant d’agiter la main gauche devant les yeux de sa mère.

— Maman, dit-elle, tu crois que Vinn m’offrirait ça et sortirait le soir même avec une autre femme ?

— Oh, Gabby, elle est magnifique !

Soudain, Pamela regarda par-dessus l’épaule de Gabby.

— Oh… Vinn ! s’exclama-t-elle. Nous… nous parlions justement de vous.

De nouveau, Gabby dut faire appel à tout son talent de comédienne pour présenter à Vinn un visage serein. Pour achever de rassurer sa mère, elle se haussa sur la pointe des pieds et déposa un bref baiser sur sa joue. Mais sans qu’elle puisse l’en empêcher, Vinn tourna la tête et l’embrassa sur les lèvres.

— Bonjour, ma chérie, dit-il avant de se tourner vers Pamela, qui tentait désespérément de cacher le journal derrière son dos. J’espère que cet article ne vous a pas contrariée ? J’ai déjà vu mes avocats afin qu’ils déposent une plainte pour diffamation contre ce journaliste.

— Oh…, balbutia Pamela avec un large sourire. Non, bien sûr que non, je n’étais pas du tout contrariée, pas plus que Gabby. N’est-ce pas, ma chérie ?

Celle-ci sourit avec raideur.

— Je suis habituée aux médisances de la presse, dit-elle. J’en ai moi-même été victime une ou deux fois, par le passé.

Vinn lui adressa un sourire parfaitement innocent qui l’irrita profondément. Puis il se tourna vers Pamela.

— Comment va Henry, aujourd’hui ?

— En ce moment, il se repose, mais il a passé une bonne nuit, répondit Pamela avec un soulagement visible. Le chirurgien est satisfait. Tout ce que nous avons à faire, c’est lui épargner tout stress.

— Oui, bien sûr, acquiesça Vinn en prenant la main de Gabby et en attirant celle-ci plus près de lui. Retournez auprès de lui, si vous le souhaitez. Votre fille et moi allons prendre un café. Je peux vous rapporter quelque chose ?

Pamela rougit comme une écolière.

— Oh non, merci, Vinn… Vous êtes si gentil ! Et vous avez été fantastique. Gabby a beaucoup de chance d’avoir quelqu’un comme vous auprès d’elle. Je suis sincère… Et cette bague !

Vinn rit.

— Elle le vaut bien, non ? répliqua-t-il.

— C'est ma fille, vous comprendrez que je sois d'accord avec vous, répondit Pamela en riant à son tour. Oui, elle le mérite, même si j’aimerais la voir sourire un peu plus. N’est-ce pas, ma chérie ? Je dois dire que pour quelqu’un de très amoureux, tu n’as pas l’air si heureuse…

— Je… m’inquiète juste pour papa, se justifia Gabby.

Vinn passa un bras autour de ses épaules.

— Je vous promets, madame Saint Clair, que vous ne reconnaîtrez pas votre fille à notre retour de lune de miel. Elle ne cessera de sourire, je m’en porte garant.

Pamela rougit de nouveau.

— Vous êtes un vrai charmeur, Vinn ! s’écria-t-elle avec ravissement. Et appelez-moi « Pamela », puisque vous allez bientôt faire partie de la famille.

— Merci, Pamela, répondit-il avec un sourire irrésistible.

Dès que sa mère fut partie rejoindre son père, Gabby se dégagea de son étreinte.

— Qui est-ce ? demanda-t-elle d’un ton glacial.

— Qui ça ? répliqua Vinn en se dirigeant vers les ascenseurs, si bien que Gabby dut courir pour le rattraper.

— Cette fille sur la photo ! C'est ta maîtresse ? Ne prends pas la peine de nier, je ne te croirai pas.

Ils entrèrent dans la cabine, et Vinn appuya sur le bouton.

— Alors, je ne perdrai pas mon temps à nier, dit-il. A quoi cela servirait-il, si tu es décidée à ne pas me croire ?

Gabby ne put répliquer, car d’autres personnes entraient dans l’ascenseur. Lorsque celui-ci se fut immobilisé au rez-de-chaussée, Vinn la prit par le coude pour la guider hors du hall animé de l’hôpital, jusqu’à sa voiture.

— Où allons-nous ? demanda Gabby en lui lançant un regard noir.

— Nous allons prendre un café ensemble, répondit-il en lui ouvrant la portière passager. Monte !

Elle lui adressa de nouveau un regard furieux.

— Ne me donne pas des ordres comme si j’étais une enfant.

— Alors ne te conduis pas comme si tu en étais une. Monte ! répéta-t-il d’un ton dur.

— Je ne vois pas pourquoi nous devrions prendre la voiture pour aller boire un café, alors qu’il y a une cafétéria dans le hall de l’hôpital, fit-elle remarquer en haussant les épaules.

Vinn dut faire un effort surhumain pour garder son calme.

— Ecoute, je n’ai rien contre les boissons et la nourriture d’hôpital mais, pour l’instant, je veux que nous soyons seuls. Nous devons discuter de certaines choses.

— Comme de ta mystérieuse maîtresse ? demanda-t-elle d’un ton provocant.

Vinn serra les dents.

— Elle n’est pas ma maîtresse. C'est juste… une amie.

— Une amie ? répéta-t-elle en haussant les sourcils. Tu me crois vraiment aussi naïve, Vinn ?

— Très franchement, en ce moment, je me moque de ce que tu penses ! s’écria-t-il. J’ai des tas de choses à faire parce que je ne serai pas là la semaine prochaine, et je ne peux m’en occuper si tu persistes dans cette attitude infantile. Surtout si l’on considère la somme d’argent que j’ai déboursée pour toi sans un seul remerciement de ta part.

— Tu espères que je vais te remercier de me forcer au mariage ? demanda-t-elle avec incrédulité.

— Si tu n’es pas d’accord avec mes conditions, tu peux me rendre l’argent et la bague, rétorqua-t-il en la toisant. Maintenant.

Pendant quelques secondes, Gabby soutint son regard. Puis elle baissa les yeux.

— Tu sais que je ne peux pas faire ça…

— Alors, monte dans la voiture.

Sans plus résister, Gabby s’installa sur le siège. Elle commençait à avoir mal à la tête à cause de la tension croissante dans son cou et ses épaules. Elle pressa les mains sur ses tempes et ferma les yeux pour ne pas être aveuglée par le soleil à travers le pare-brise.

— Tu as une migraine ? demanda Vinn en lui massant la nuque.

Comme par miracle, ses mains apaisaient la tension qui régnait dans tout son corps. Elle se mordit la lèvre.

— Je n’ai pas bien dormi, avoua-t-elle. Et j’ai sauté le petit déjeuner.

Elle l’entendit jurer, mais il n’enleva pas ses mains. Elle pencha la tête et baissa les épaules pour mieux profiter de son massage. Sa respiration se faisait plus lente à mesure que la tension diminuait.

— Tu te sens un peu mieux ?

Elle ouvrit les yeux et se tourna vers lui. Il y avait de l’inquiétude dans son regard, et sa bouche n’avait plus ce pli sévère. Ainsi, il était encore plus irrésistible… Sa mâchoire était ombrée par une barbe naissante, et cela le rendait plus viril que jamais. Elle n’avait qu’une envie : tendre la main pour caresser sa peau, embrasser son visage et sa bouche pleine et sensuelle.

Un instant, elle crut qu’il allait l’embrasser. Mais au dernier moment, il alluma le contact. En baissant le frein à main, il lui adressa un sourire avant de se concentrer sur sa conduite.

Elle avait tellement envie de sentir ses lèvres sur les siennes ! Le faisait-il exprès ? Voulait-il faire monter son désir, jour après jour, pour qu’elle ne puisse plus résister le jour où il déciderait qu’il était temps de consommer leur mariage ? Elle frissonnait à l’idée qu’il lui fasse l’amour, de ses mains sur son corps…

Le décevrait-elle ? En dépit de son mariage avec Tristan, elle n’avait jamais connu le plaisir, seulement la honte et la douleur. Elle se raidit en repensant aux insultes proférées par son mari, des insultes qui lui avaient donné le sentiment qu’elle ne valait rien et avaient complètement détruit son peu de confiance en elle.

Soudain, Gabby comprit où Vinn l’emmenait, tandis qu’il prenait la sortie de Mosman sur Harbour Bridge.

— Nous allons chez toi ? demanda-t-elle en pivotant sur son siège pour le regarder.

— Oui, répondit-il, sans quitter la circulation des yeux. Nous aurions pu aller dans un café en ville mais, à l’évidence, tu as besoin d’un endroit calme et tranquille… et de prendre des antalgiques.

Gabby haussa légèrement les sourcils avant de fixer la route devant elle. Que Vinn se montre attentionné était si nouveau… Essayait-il de détourner son attention de sa mystérieuse petite amie ? De nouveau, la jalousie la submergea.

Elle ne voulait pas ressentir des émotions aussi intenses.

Elle ne voulait pas se sentir vulnérable.

Et, à sa grande surprise, elle se rendait compte qu’elle ne voulait pas que Vinn désire une autre femme.

Vinn se gara et sortit du véhicule pour ouvrir la portière à la jeune femme.

Elle était pâle, et elle avait des cernes. A l’évidence, elle était épuisée. Et comment ne l’aurait-elle pas été après ces longues heures passées à l’hôpital, et avec l’entreprise de son père à gérer ?

Il savait ce que signifiait s’occuper d’un parent malade. Assister à la mort de sa mère adorée avait été une épreuve terrible, rendue plus difficile encore par la nouvelle du suicide de James Saint Clair. Il n’avait pu quitter le chevet de sa mère pour se rendre aux funérailles de son vieil ami, de l’autre côté du globe. Même s’il aurait été de toute façon incapable de réconforter les parents de James, ou Gabriella, il aurait voulu pouvoir essayer.

Quelques semaines après la mort de James, l’annonce des fiançailles de Gabriella avait été un autre choc. Il n’avait jamais beaucoup aimé Tristan Glendenning ; quelque chose chez lui l’avait toujours gêné. Il était trop lisse, trop sûr de lui, et pas du tout amoureux de Gabriella. De cela il était certain. Mais en dépit de sa mise en garde, la jeune femme avait épousé Glendenning. Et les gros bras engagés par ce dernier pour le passer à tabac l’avaient empêché d’assister à la cérémonie, comme Gabriella l’avait sûrement exigé. Il avait rendu coup pour coup, mais à quatre contre un…

Vinn guida Gabriella à l’intérieur de la maison et la conduisit dans la cuisine. Il lui désigna un tabouret.

— Assieds-toi, dit-il. Je vais te préparer des œufs brouillés et des toasts.

Pendant quelques secondes, elle le regarda comme si elle allait refuser. Mais elle soupira et s’installa sur son siège.

— N’en prépare pas trop, dit-elle, je n’ai pas très faim.

— Quand as-tu pris ton dernier repas ? demanda-t-il en prenant une poêle.

— Je ne sais plus… je ne m’en souviens pas, avoua-t-elle. Hier au déjeuner ?

Il leva les yeux au ciel tout en prenant des œufs dans le réfrigérateur.

— Si tu continues à maigrir, tu vas bientôt disparaître!

Elle lui lança un regard noir.

— Très drôle.

— Comment ça se passe, au bureau, depuis que ton père a dû s’arrêter de travailler ? demanda-t-il.

Comme elle ne répondait pas, il la regarda par-dessus l’épaule.

— Pas très bien, n’est-ce pas ?

— Pourquoi dis-tu ça ? répliqua-t-elle, sur la défensive. Tu penses que je ne peux pas m’en sortir seule ?

— Je pense seulement que tu fais tout ça parce que tu crois avoir quelque chose à prouver. Tu n’es pas faite pour diriger une entreprise, tu ne l’as jamais été.

Pendant de longues secondes, seul le silence lui répondit.

— C'est une affaire de famille, dit-elle enfin.

— Et alors ?

— Alors, il est normal que j’y joue un rôle.

— Oui, mais cela aide si on est fait pour ça. Et c’est encore mieux si on y prend du plaisir, ou si on en retire des satisfactions personnelles.

Elle croisa les bras sur sa poitrine, comme pour se protéger.

— Mais cela me plaît, protesta-t-elle.

— Peut-être… Mais je pense que tu préférerais tout de même faire autre chose.

— Ah oui ? Et depuis quand sais-tu ce qui me fait plaisir?

Vinn lui jeta ce regard qui la faisait trembler de tout son corps. En rougissant, Gabriella se rendit soudain compte qu’on pouvait attribuer un tout autre sens à ses paroles.

— Parce que je te connais, Gabriella, répondit-il. Tu n’es pas taillée pour les affaires. Et je ne suis pas le seul à le penser.

Gabriella se raidit.

— Comment ça ? Tu as parlé de moi avec quelqu’un de l’entreprise ?

Il s’appuya contre le bar avec nonchalance.

— Je viens de mettre deux millions quatre dans cette affaire. Tu crois que je n’ai pas pris la peine de me renseigner avant ?

— Tu as fait des recherches ? interrogea-t-elle d’un ton circonspect. Pourtant, tu n’as pas eu beaucoup de temps pour le faire : je suis venue te voir à la dernière minute…

Elle s’interrompit, tandis que la vérité s’imposait peu à peu à elle.

— Tu m’espionnais déjà avant que je vienne te voir, n’est-ce pas ?

— Avant même qu’il ait son infarctus, je m’inquiétais pour la santé de ton père, se justifia Vinn. J’ai déjeuné avec lui plusieurs mois avant, et j’ai compris qu’il n’était plus dans le coup. Comment dire ? Il n’avait plus le feu sacré. Pour parler franc, je crois qu’il était soulagé de te passer le flambeau parce qu’il se sentait épuisé. Mais je parie que, lorsqu’il sera rétabli, il changera d’avis au sujet de sa retraite et voudra reprendre les rênes de l’entreprise. C'est pour cette raison que j’ai engagé un directeur pour te remplacer. Il commence demain.

— Tu as fait quoi ? s’écria Gabby, révoltée.

— Je veux que tu te reposes, expliqua-t-il en lui servant ses œufs. Prends quelques mois pour réfléchir à ce que tu voudrais faire. Peut-être découvriras-tu que tu aimerais en fait te consacrer à ton rôle d’épouse et de mère.

Elle se sentit devenir livide.

— Tu as tout manigancé, n’est-ce pas, Vinn ? Tu espères que je vais abandonner mon travail pour devenir une mère au foyer ? Bon sang, je croyais que les hommes comme toi n’existaient plus depuis la préhistoire !

— Mange pendant que tes œufs sont chauds, dit-il.

Avec colère, Gabby repoussa l’assiette qu’il avait posée devant elle. Mais son geste fut plus vif qu’elle ne l’aurait voulu, et l’assiette glissa sur le bar pour se fracasser au sol.

— Je… je suis désolée. Je ne voulais pas faire ça, murmura-t-elle.

Il la fixait avec un regard dur, et Gabby devinait au pli de sa bouche qu’il était furieux. Maladroitement, elle descendit du tabouret.

— Je vais nettoyer, dit-elle d’une voix tremblante. Si tu veux bien me montrer où se trouve le balai…

— Laisse tomber, répliqua-t-il brusquement. Je vais m’en occuper. Et de toute façon, tu ne dois même pas savoir te servir d’un balai.

Elle serra les dents pour ne pas laisser les larmes couler sur ses joues. En vain.

Aussitôt, Vinn sentit sa colère s’évanouir.

— Ce n’est qu’une assiette et des œufs, Gabriella. Ce n’est pas la fin du monde.

Elle éclata en sanglots et se couvrit le visage de ses mains. Ses épaules étaient secouées de tremblements.

Il jura, plus contre lui-même que contre elle, et vint prendre la jeune femme dans ses bras. Ses sanglots redoublèrent. Avec douceur, il passa les mains dans sa chevelure soyeuse et, peu à peu, les pleurs de Gabriella cessèrent. Silencieux, Vinn sentait sa joue posée sur sa poitrine.

Soudain, le désir le submergea. Sans pouvoir se contrôler, il pressa son bassin contre elle, frissonnant au contact de ses seins contre son torse.

Pendant un instant, il la sentit se raidir. Puis elle leva les yeux vers lui et plongea son regard dans le sien. Vinn se pencha et prit sa bouche.